‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 30 sur 44 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

En route pour le Ganada. -- Traversée. -- Le lac Supérieur. — La nature et les Musiciens. -- Canada.

AE ART Vous le ne savez peut-être pas? Me voilà parti de [2 1 Milwaukée pour le Canada, et je me trouve actuelle- | ment à bord d’un de ces nombreux navires, qui voyagent sur les lacs, trafiquant sur le transport des gens, des bêtes et des marchandises. Quoique ce soient des bateaux à vapeur, leur marche est trèslente, leur construction très-grossière, et ces deux défauts sont causes de nombreux sinistres. Quand ce LÉ n'est pas le naufrage, c’est l'incendie qui dévore ces LE bâtiments, qui ont le tort d’être en sapin.

Aussi le public habituel de ces transports est-il peu brillant, et, avec tout l’amour de l'égalité qu’on peut posséder, il est difficile de se montrer familier avec ses compagnons de route. Ce qui fait le succès ; de ces bâtiments, c’est que le prix du voyage est IA de 50 ‘/, au-dessous de celui du chemin de fer, et qu'avec la différence on paie la pension pour le temps de la traversée, La table est détestable; impossible d'être nourri plus sauvagement. Le nombre de plats est très- modéré et il n'est pas permis d'en prendre

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deux fois. Aussi faut-il voir l'énergie que chacun déploie pour arriver le premier ! Il n’y a plus de fenimes, plus de distinctions sociales, il n’y a plus que des affamés. Les places les plus recherchées sont celles qui se trouvent à une des extrémités de la table, là où se place le capitaine. Il ne peut pas y avoir de places gardées. Au coup de cloche, chacun se précipite. Quels regards terrifiants sont jetés sur le dineur qui tient le plat et qui aurait l'air de vouloir en abuser! Si pendant le voyage on était soumis continuellement à ce spectacle on en éprouverait un véritable dégoût. Mais une fois sorti de ce

. capharnaüm que de beautés dans la nature, quelles

choses grandioses! 11 faut le dire, par leur développement, les lacs d'Amérique sont uniques dans le monde entier. En dehors de leur importance, comme moyen de communication, comme mouvement commercial, ils abondent en paysages, plus ravissants les uns que les autres. Le lac Michigan sur lequel je me trouve en ce moment a soixantequinze lieues de large et cent lieues de long. C'est une petite mer. Les côtes fuient devant mes yeux comme un diorama, et la terre, parfois très-proche et dans d'autres moments invisible, présente des dentelures tout-à-fait étranges. Les Français ont été les premiers explorateurs du pays, et c’est certainement eux qui ont baptisé certains endroits qui portent les noms de: Fond du lac, Prairie du Chien,

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