CHAPITRE XXV
Windsor. -- La chute du Niagara. -- Les Tuscaroras. -- Chanson indienne. -- Représailles américaines.
Windsor ne mérite guère une description, car cette ville n’a pour toute importance que d’être le point où viennent aboutir les trains du Haut et du Bas-Canada. Je ne noterai pas plus mon passage à Hamilton et à Sainte-Catherine, petites villes qui n'ont rien de remarquable. J'ai hâte d'arriver à Niagara-Fall ou plutôt à la chute du Niagara. Le train a peu de distance à parcourir, car de Windsor à Niagara-Fall, il y a une trentaine de lieues. Pour combattre mon impatience pendant la route, je regarde le paysage tout-à-fait anglais qui file sous mes yeux. L'agriculture n'est plus la même. En Amérique nous avions des champs, ici nous avons des prairies à perte de vue, tapissées d'un vert, qui me rappelle le Dévonshire; sur ces prairies paissent des chevaux, des bestiaux d’une belle apparence.
À peine arrivé à Niagara-Fall, je ne prète aucune attention à la cloche qui annonce le déjeüner, et je me dirige vers la chute. Le bruit que j'entends
est mon meilleur guide et il m'indique le chemin quée dois: prendrer ss: 1606 Na eme
... . . y a un quart-d’heure que je suis devant la chute, les pieds cloués au sol, sans voix, sans pensée. Je regarde, et mes yeux, attirés comme par un aimant sympathique, ne peuvent se lasser de contempler cette magnifique cataracte. Avant même de se répandre en locutions admiratives, le sentiment reste comme suspendu. L'impression qu'on ressent est si puissante, qu'il semble qu'une vie nouvelle vient vous envahir. L'on est comme pris de vertige en voyant celte immense nappe d'eau, aux reflets verdâtres, se précipiter dans le gouffre, s’y briser ct se transformer en montagnes d’écume et en nuages de vapeur. A trois lieues au-dessus de la catarccte, l’eau entrainée par un courant fantastique saute et bouillonne, On dirait qu'un troupeau de béliers à la blanche toison accourt tumultueusesement au-devant de l'abime. Ce sont les rapides. Malheur au batelier imprudent qui s'aventurerait trop loin, il serait perdu! La chute est séparée en deux par Goat-lsland (ile aux Chèvres), petite langue de terre qui représente la nature calme et souriante, au milieu du trouble, du bruit, De ce côté est la chute canadienne, surnommée à cause de sa forme The Horse-Shoe, le Fer-à-Cheval; de l'autre côté de