‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 5 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La douane, -- Un fiacre à New-York. -- Fifth-avenue-hôtel, -- Un diner américain. -- La vie d'hôtel.

Le Pereire vient de s'arrêter devant le dock de la Compagnie Transatlantique. L’Amérique-nation se révèle à nous par la présence d'employés de la douane, fonctionnaires à l'air rapace qui portent, à la boutonnière de leur habit, la plaque d'argent aux armes des Etats-Unis. Les douaniers, comme tous lès employés de ce pays républicain, sont àpres à la curée. Leurs places sont très-recherchées, ou, pour mieux dire, cotées. Un inspecteur des douanes peut se faire cent mille dollars en cinq ans, un inspecteur cinquante mille, Quant au menu fretin, cela dépendra du plus au moins d'adresse qu'il emploiera à n'accuser à son chef que la moitié des sommes qu'il aura perçues, à dissimuler les pourboires illicites de voyageurs dont il aura visité les bagages les yeux fermés, La meilleure manière de passer sa malle sans [il payer de droits est de poser sur le couvercle une somme eu rapport avec les valeurs quelle contient, | et, cela fait, d'appeler à soi l'employé du Customil house. T1 ne se fait pas prier, vous dévisage, met la

-hôtel. --

lock de ation se de la rtent, à rent aux me tous res à la u, pour es peut specteur dépenloiera à es qu'il icites de es yeux ile sans ‘cle une ontient, Cuslom-

met la

a oo ent

main sur l'impôt volontaire, et, s'il sait ne pas être observé, trace le signe cabalistique qui fera tomber devant vous les barrières, Cela n'arrive pas toujours ainsi, mais il suflit que je l’aie vu une fois pour que je le signale.

J'aurai l’occasion de parler de l'impôt, et par conséquent des douancs.

Pour l'instant, j'ai frauchi la porte de fer du. dock, sans exhiber aucun passe-port, et le bâton terrible du policemen de garde ne m'est pas tombé sur les épaules,

Comme en Europe, comme partout, une foule d'officieux volontaires entourent les portes du dock. Ils m'offrent des cartes des meilleurs hôtels, me proposent une voiture, se disputent l'honneur de porter mes bagages. Ils se poussent et se querellent pour arriver les premiers,

Une première remarque : si l'habitant de Londres ou Cockney parle l'anglais de la gorge, le New- Yorkais le parle du nez, ce qui pour un musicien n'a rien d’agréable,

Enfin, j'aperçois un agent du l'fth-avenue-hôtel (hôtel de la 5° avenue), et je me livre à lui; il fait ranger mes bagages sur une voiture et me voilà parti,

Ma deuxième remarque vaut la première, La voiture tressaute, comme le Pereire Le jour du fameux grain. Les rues sont pavées de petites pierres poinlues, Les chaussures doivent s'en trouver très-mal,

Pourtaut nous approchons des quartiers élégants et le sol s'unifie. La République ne pratiquerait-elle pas l'égalité du pavé? La cinquième avenue, quartier riche et opulent, est propre comme un dollar ; on n'y rencontre ni boue, ni pavés pointus; le macadam est soigneusement entretenu et très-apte à supporter les piétinements de gens à organisations sensibles et qui appartiennent aux premières classes de la société.

l'iflh-avenue-hôtel se recommande à première vue par sa grandeur, je dirai mieux, par son immensité. Sa porte en est peut-être un peu basse, mais une fois entré...

IL convient, Je crois, de donner une description succincte de l'établissement, tous les hôtels américains étant coustruits.sur ce modèle, Ts sont en tout conformes au progrès et aux habitudes du pays.

D'abord on rencontre un grand vestibule (Hull) d'où part le grand escalier qui dessert l'hôtel, Au centre du vestibule, un bureau où le public ne peut pénétrer, le passage du vôté de l'entrée étant barré par une longue table en palissandre sur laquelle vous inscrivez votre nom. Cette disposition permet aux trois employés de répondre à toutes les demandes que leur adressent onze ou douze cents voyageurs. Quelques portes s'ouvrent sur le Æawl: celles du smolking-room, vulgairement fumoir, du reading-

room {salon de lecture , du washing-room (salon

élégants rait-elle , quardollar ; le ma- -apte à nisations s classes

ière vue mensité.

nais une

scription s amérit en tout pays.

le (Hull) ôtel, Au ne peul int barré elle vous rmet aux demandes oyageurs.

celles du readingm (salon

de toilette), où vingt coiffeurs sont toujours prèts à vous raser, peigner, nettoyer la tète, comme dans le meilleur établissement de Paris.

Disons, entre parenthèses, que l'Amérique est en progrès sur l’Europe au point de vue de l'industrie du coiffeur. Le confortable que l’on trouve dans les shops (boutiques) des barbiers ne peut être égalé. Des 1its moelleux vous permettent de vous étendre tout en offrant votre tête au coiffeur. Des douches appropriées servent au nettoyage de tète. En Europe, on sort de chez les coiffeurs en se promettant d'y revenir le moins souvent possible ; en Amérique, quand on à passé une heure entre leurs mains, on se sent tellement reposé et dispos qu'on est tout prèt à recommencer.

Dans le Hall, une autre porte s'ouvre et se ferme souvent, c'est celle du bar-room (salle de rafraichissements), En cet endroit, peu ou point de siéges; les consommateurs sont accoudés sur un comptoir en acajou, derrière lequel on peut voir, rangés en ordre, tous les vins et spiritueux de l'univers, depuis le Tokay jusqu'au dernier crù de claret (Bordeaux), depuis le Zacryma-christi jusqu'au vin de Californie.

Si Je ne craignais d'être trop long, je dirais pour n'y pas revenir que les Américains, ainsi que l'a prouvé FExposition universelle de 1867, sont les

premiers boissonniers du monde, Hs inventent et conbinent des liqueurs qui font de tout débitant un

ganymède, Je ne veux citer que le ginger-bier, qui rend de grands services en été, et une boisson délicieuse, composée de rhum et de feuilles de menthe.

Le maitre d'hôtel vient de m'indiquer les chambres qui nous sont destinées. Elles sont situées au troisième. J’entre dans un petit salon avec d'autres personnes. Autre surprise : un monsieur vêtu de noir pousse un timbre et nous nous sentons monter doucement, L'ascenseur a fait son œuvre. A chaque étage, on nous a arrètés en proclamant les numéros des chambres, à la façon des conducteurs d'omninibus qui annoncent l’Odéon ou la Barrière-blanche.

J'arrive dans mon appartement. Il ne répond pas au luxe extérieur de lhôtel. En thèse générale, les chambres des hôtels américains sont blanchies à la chaux. Un bec de gaz les éclaire assez pauvrement. En revanche, une toilette adhérente à la muraille vous verse jour et nuit l'eau chaude et l’eau froide.

L'heure du diner approchant, je m'empresse de faire un brin de toilette et je descends à la salle à manger /dining room), remarquable par la multiplicité des tables, recouvertes de cristaux, et par ses garcons de salle, tous nègres.

La plupart des plats sont anglais ou français, cependant les mets nationaux ne sont pas complétement oubliés.

Jai vu, ce jour-là, un Américain, tête de Brasseur dans le Brésilien :

7, Qui on dépenthe.

chamuées au d'autres de noir er douchaque numéros d'omniblanche.

ond pas rale, les hies à la yrement.

muraille u froide.

presse de la salle à multipli+ tt par $€es

ncais, Cecompléte-

Brasseur

C'était des courses effrenées, A faire pâmer un Anglais, À faire pâmer un Anglais,

Mon Américain, tenant à deux mains une grosse pomme de maïs cuite à l’eau, la mordait avec un bruit de molaire tout-à-fait particulier.

Comme boisson, de l’eau à la glace malgré la saison, Beaucoup de mes voisins buvaient ou du lait ou du thé à la glace. Ces coutumes sont respectables et on a tout intérêt à s’y faire, quand on songe que le plus petit des bordeaux coûte quinze francs la bouteille. Ainsi, une pièce de vin, achetée cinq cents francs à Bordeaux, en coûte mille arrivée à New-York; encore est-elle souvent allégée d'un tiers par le zèle des employés de la douane. L'Américain n'aime pas les plaisirs de la table; cependant les maladies des voies digestives sont fréquentes aux Etats-Unis, si l'on en juge par les prospectus de remèdes insérés à la quatrième page des journaux, Peut-être faut-il chercher la cause de cette dyspepsie dans l'habitude que l’on a de manger le pain sortant du four ?

Avant de quitter le Fifth-avenue-hôtel, disons encore que quelques familles américaines préfèrent la vie d'hôtel à la vie d'intérieur, meublent des chambres et vivent éternellement à table d'hôte.

Haut Î juil Î

Page 1