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C’est aussi dans ce local que le Père Hyacinthe se fit entendre pour la première et la dernière fois en Amérique. Moyennant quatre dollars, qui étaient le prix du billet, j'assistai à cette conférence du célèbre carme, qui choisit comme sujet de son discours : « De l’influence du cœur sur l'esprit », et qui sut prouver à chacun que le cœur était, physiologiquement, anatomiquement, moralement parlant, le plus puissant moteur de nos actions.
Le Père Hyacinthe eut un grand succès, cela va sans dire, et la portion américaine du public applaudit plus fort que toutes les autres, sans doute pour faire croire que pas un mot ne lui avait échappé. La recette fut de 50,000 francs, que le Père Hyacinthe abandonna entièrement aux Français pauvres de New-York. Après deux mois de séjour en cette ville, le Père Hyacinthe reprenait le bateau transatlantique pour le Havre, refusant les fastueuses offres d’engagement que certains Barnums lui présentaient.
Enfin c'est également à l'Académie de musique qu'ont lieu le: rancerts de la Société philbarmonique, dont l'orchestre cest assez remarquable. Son organisation ressemble à celle de toutes les sociétés Iyriques et les concerts qu’elle donne peuvent être comparés aux Concerts populaires de Paris. I v à toutefois une différence, La Société philharmonique qui ne donne que six concerts par saison, réussit
cependant à se faire entendre vingt-quatre fois. En effet, trois rehearsals (répétitions) précèdent toute exécution définitive et le public est admis à chacune de ces répétitions, moyennant une rétribution. La salle est toujours assez bien remplie, car on éprouve de véritables diflicultés à se procurer des cartes d'entrée pour le grand jour.
Cette habitude originale me faisait penser aux difficultés qu’éprouvent les amateurs à assister aux concerts de notre Conservatoire. Ne pourrait-on, en l'rance, adopter l'usage des répétitions publiques ? Une pareille innovation augmenterait les recettes, tout en facilitant au public dilettante et aux artistes l'accès de ces concerts toujours intéressants, toujours remarquables par une exécution supérieure,
Mais revenons à l’Académie de musique, dont les représentations sont très-suivies quand le directeur réussit à exhiber une demi-notoriété artistique. Aussi voit-on toujours rayonner sur l'affiche le nom d’une étoile de pius ou moins grande taille. Comme le directeur se saigne à blanc pour faire venir cette planète d'Europe, il ne lui reste plus les moyens de constituer un ensemble suflisant,.
Autour de l'étoile gravitent done des satellites engagés à vie. Les étoiles changent, mais les satellites restent. Les amateurs ne se souviennent pas d'avoir vu renouveler le personnel de la troupe. Je me rappelle une représentation de Guillaume Tell
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donnée dans ces conditions. M. Lefranc, l'élève de Duprez, mettait toute sa bonne volonté à jouer le rôle d’Arnold. Quant aux autres, ils bredouillaient tous, à grand renfort de gestes des bras et des jambes, un italien de fantaisie. Walter se démenait comme un damné, tandis que Guillaume Tell, dont l'arc, hélas, était plus juste que la voix, s’obstinait à ne pas quitter le trou du souffleur. Pendant ce temps Gessler chantait en français et le batelier en allemand. Quant au chef d'orchestre, &’était un hongrois long et maigre, dont le buste avait l'air, à tout instant, de plonger dans l'orchestre, sans doute pour faire quelque confidence au trombonne ou au modeste second violon.
On peut attribuer ces faiblesses d'interprétation à la difficulté qu'éprouvent les dir2cteurs pour constituer une troupe homogène. Quelquefois, cependant, on à pu applaudir à l’Académie de musique de véritables compagnies artistiques. Je citerai celle de M"° Parepa Rosa, qui donne l’opéra en anglais. Je ne puis qu'adresser des compliments à cette cantatrice ; elle possède une voix splendide, doublée d’une méthode et d’un goût exquis. Très-populaire en Amérique, elle recucille dans ses tournées d'amples moissons de dollars. Cette cantatrice a épousé, il y a quelques années, M. Rosa, un jeune violon, ancien élève du Conservatoire de Paris, qui joint à un talent réel d’exécutant, une véritable habileté dans la direction de Forchestre de la troupe.
Il cst inutile de parler de l’Académie de Boston ; c'est pour ainsi dire une succursale de celle de New-York. Mème programme, mêmes compagnies alternant sans cesse entre ces deux villes. Une différence pourtant, c’est que les dames bostoniennes ne livrent pas leur taille pour quatre dollars et que, si quelquefois elles se laissent aller au plaisir de la danse, cela n’a lieu qu’en famille, et avec la com-
plicité de gens présentes.