A LA HAVANE
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La Havane, — Premières formalités, — Les volantes, — Un bon diner, En quête d’un gite. — Nuit blanche,
L'île de Cuba, surnommée la Reine des Antilles depuis que l'île de Saint-Domingue s’est soustraite à la domination française, a près de trois cents lieues de long sur quarante à peine de large. Elle est, avec Porto-Rico, le dernier lambeau de l'immense empire possédé par les Espagnols dans le nouveau monde ; encore ce fleuron magnifique d'une couronne qui fut sans rivale est-il prêt à se détacher. Je ne puis songer sans émotion que ce beau pays, que j'ai connu si paisible, si prospère, est aujourd'hui dévasté par la guerre civile, la plus affreuse de toutes les guerres. Le sang coule dans ces plaines, dans ces vallées, dans ces forêts dont j'ai tant admiré la riche végétation; les pieds des chevaux, les roues des canons troublent les ruisseaux auxquels je me suis si souvent désaltéré, La première fois que je visitai l’île de Cuba, elle venait d'être
dévastée par un de ces terribles ouragans qui, de loin en loin, fondent sur les Antilles et semblent vouloir les submerger sous les flots de l'Atlantique. Mais que sont ces désastres, ces ruines à côté de ceux que l’homme sait faire naître! Que signifie, par exemple, un arbre brisé — dommage que le
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temps se charge de réparer — devant les Tuileries et l'Hôtel de ville de Paris réduits en cendres? Puis, si cruels, si implacables que se montrent les créoles révoltés, ils ont un but toujours respectable — conquérir leur liberté.
Mais laissons ce triste sujet et pénétrons dans ce fameux port de la Havane dont l'aspect surprend si fort l'Européen qui le voit pour la première fois.
On ne peut atteindre le havre de la capitale de l’île de Cuba qu'en passant sous le feu d’un fort construit sur une pointe de rocher que l'on nomme le fort du More. Les navires glissent entre deux hautes falaises, nues, mornes, désolées, tournent brusquement à gauche, et la ville, qui ne compte pas moins de deux cent mille âmes, apparaît soudain comme encaissée au fond d’un entonnoir.
Sauf le fort, posé hardiment sur un amas de roches arides, rien n’attire d'abord l'attention du touriste. Deux ou trois palmiers surprennent par leurs troncs élancés les voyageurs qui viennent d'Europe; mais on a peine à se croire dans la patrie tant vantée des bons cigares, dans l’entrepôt général du commerce de l'Espagne avec ses anciennes colonies. Peu ou point de verdure; les aubes du steamer battent une eau trouble, couverte de milliers de méduses blanches, dont les corps mous, ballottés par les vagues, forment mille dessins bizarres. Le ciel est d'un bleu pâle; au-dessus de la ville, que l'on entrevoit à peine, plane une sorte de vapeur. De fortes odeurs salines prennent à la gorge. On se sent attristé par le paysage morne, abrupt, sévère. On respire à peine un air brûlant, on songe à la fièvre jaune qui fait ici tant de victimes, et l'on trouve que la cruelle maladie ne choisit pas mal ses repaires.
Le steamer américain qui m'avait amené laissait à peine tomber l'ancre, qu'une multitude de bateaux nous entou-
raient, sans que personne pourtant osât mettre le pied sur notre bord. Il fallait attendre le canot de la douane et celui de la police, qu : rurent voguant côte à côte. Je n'avais rien à
voir avec la douane; quant à la police, en échange de deux piastres fortes, elle me concéda la permission de circuler librement dans la ville pendant quarante-huit heures. Passé ce temps, s'il me plaisait de prolonger mon séjour dans la capitale de la perle des Antilles, il me faudrait découvrir deux notables du pays qui voulussent bien me servir de caution. Faute de ma part de remplir cette formalité, les gendarmes, les alg'azils, les soldats à pied ou à cheval auraient le droit de me mettre la main sur le collet et de me reconduire à bord d’un des navires ancrés dans le port, que ce fût ou non celui sur lequel j'avais dessein de me rembarquer.
Pourquoi tant de précautions rigoureuses? Étais-je si redoutable que l’on pût craindre que ma présence ne miît la ville sens dessus dessous? ou avais-je si mauvaise mine que la police jugeât bon de me prévenir qu'elle avait l'œil sur moi ? Rien de cela; on m’appliquait la lettre des vieux règlements, qui pendant plusieurs siècles interdirent aux Européens l'entrée des colonies espagnoles. Humboldt, grâce à de hautes protections, obtint un des premiers, en 1803, l'autorisation de visiter le Mexique et le Pérou. On comprend le succès des récits et des descriptions du savant allemand; il avait cette bonne fortune d'apparaître comme ayant découvert les contrées dont il parlait, et que des lois draconiennes avaient tenues plus hermétiquement fermées que ne le fut jamais la Chine.
Après que j'eus formellement promis de ne pas m'enivrer, d'éviter toute cause de scandale, de ne pas prêcher la liberté aux esclaves, de respecter les droits de la couronne d'Espagne, on me délivra un petit carré de papier jaune; je hélai une barque dont le propriétaire voulut bien me prendre à son bord sur la présentation de mon bulletin, et dix minutes plus
tard j'abordais sur un quai construit sur pilotis, œuvre aussi laide que primitive. Ce fut le 24 décembre 1863, c'est-à-dire la veille du jour de Noël, que je foulai pour la première fois le
Si APE tige de dé
sol de la ville fondée en 1511 par Diégo Velasquez : Saint- Christophe de la Havane.
Dès mon entrée dans les rues étroites, puantes, mal entre-
tenues à tous les points de vue de la cité cubaine, mon odorat fut blessé par une odeur écœurante, assez difficile à définir. C'était comme un composé désagréable d'émanations de morue sèche, d'huile d'olive cuite, de gros vin de Catalogne et de je ne sais quels ingrédients qui mettent l’eau à la bouche des Espagnols et le cœur sur les lèvres aux Français, gens délicats. Je trouvai les maisons pavoisées, ayant un air de fête, et j'appris que depuis huit jours les habitants de Puerto-Principe, de Santiago, de Fernandina de Jagua, de Nuevitas, de Santa-Maria, de Matanzas s'étaient donné rendez-vous dans la métropole, et que découvrir une chambre d'hôtel passait en ce moment pour un problème insoluble. On m'avait donné l'adresse d'un hôtelier français, restaurateur en renom, chez lequel je me rendis sur l'heure. L'établissement, situé sur la moderne promenade de Tacon, était propre et gai. En attendant le moment de di :r, je m'installai sur le seuil, et vers cinq heures, alors que le soleil disparaît derrière le fort de la Punta, je vis défiler devant moi tout le beau monde havanais.
Or le beau monde de la Havane, j'en parle de visu, ressemble exactement à celui de Londres et de Paris. Même coupe de vestons pour les hommes, même taille de robes pour les femmes; coiffures, chapeaux, cannes, bottines, binocles viennent de Paris. Par malheur, l'arrosage public est encore inconnu dans la cité cubaine, dont le sol poussiéreux aurait pourtant bon besoin de ce luxe. On était en décembre, la chaleur ne différait guère de celle que l'on ressent chez nous en juillet, et la sueur et la poussière, se mariant sur les visages, obligeaient le beau sexe lui-même à une prompte retraite.
Une des particularités de la Havane, ce sont les volantes. La volante — volanta — est un vaste cabriolet traïné par deux
mules, et dont les roues, placées en arrière, garnies d'argent, ‘
sont d'une hauteur égale à la capote du véhicule. Sur l'une des mules s'établit un nègre coquettement vêtu en postillon, argenté sur toutes les coutures, et plus fier qu'Artaban de sa riche parure. Sur la banquette du léger cabriolet s'établissent deux et même trois jeunes femmes, les cheveux ornés de fleurs. Alors, fouette postillon! L'équipage sautille sur les galets inégaux dont la ville est pavée, et l'étrange voiture, après avoir fait une dizaine de fois le tour de la promenade, ramène les indolentes créoles à leur logis. Ce n'est qu'à ce paseo ou bien au théâtre que le beau sexe havanais est visible, Les rares belles personnes que l’on frôle dans les rues de la ville ne sont que des femmes d'employés subalternes ou de toutes petites bourgeoises.
Égayé par le spectacle de ce va-et-vient merveilleux , après avoir consciencieusement remarqué que les jolies promeneuses sont en majorité, et que les grands veux noirs, doux, expressifs, sont aussi communs à la Havane qu'à Mexico, je me décidai à diner. Mon compatriote fit bien les choses, et mon dîner, assez frugal, ne me coûta que cinquante et quelques francs. Pour ce prix, on ne me servit ni truffes, ni merles, ni ortolan grassouillet, pas même une perdrix aux oranges. Un demi-poulet, une bouteille de bordeaux, une salade de laitue qui me fut vantée comme une primeur, eurent raison de mes dix piastres. Au dessert, on m'offrit des fraises. Des fraises au mois de décembre ! la chose me parut piquante et je me hâtai d'accepter. Au bout de cinq minutes, on m'apporta triomphalement un plat de fraises conservées dans du sirop. Je laisse à juger de ma déception ! Ces fraises, qui venaient d'Europe, augmentèrent de douze franes le total de mon addition ; jamais, je crois, je ne me suis trouvé aussi cher à nourrir que ce jour-là.
La vie est coûteuse à la Havane, comme dans tous les pays tropicaux du reste. Mais mon compatriote avait la vogue, et
il ne me traita pas précisément en ami. Je jugeai inutile de . SR
réclamer contre le prix exorbitant des poulets et de la salade ; Je me contentai de retirer ma pratique à l'établissement. Quatre années plus tard, traversant de nouveau la Havane, je me laissai prendre une seconde fois aux succulences de la maison Legrand, si fraîche, si coquett®, si bien située. Il m'en coûta soixante francs; aujourd'hui, je suppose que l’on ne peut guère s’en tirer à moins de cent; c’est décidément un peu cher.
Lorsque vint la nuit, je gagnai la grande place, sur laquelle est situé le palais du gouverneur, et je m’établis chez un de ces pâtissiers-glaciers-confiseurs dont les luxueux magasins sont une des merveilles de la Havane. Il n’est bonbon ni boisson rafraichissante que ces habiles industriels ne sachent fabriquer, et si leurs établissements surpassent en bon goût tout ce qui existe en ce genre à Paris et à Londres, le café, les glaces, les liqueurs qu'ils offrent aux consommateurs sont, en outre, de première qualité et dignes de leur réputation. Mais je dois parler de la fête de Noël, et, si je ne me hâte d'en venir à mes moutons, je vais me perdre — un peu selon ma coutume — dans des détails qui pourraient bien n'intéresser que moi.
Donc, j'avais diné ; mais je ne me sentais aucune envie de passer la nuit à la belle étoile, et je m'étais convaincu par de minutieuses investigations que les hôtels, même les borgnes, regorgeaient de voyageurs. Tandis que je savourais une glace, non sans réfléchir au moyen de sortir d’embarras, on me frappa doucement sur l'épaule et je me trouvai en face d’un Mexicain de ma connaissance. Nous voilà aussitôt attablés côte à côte, causant de Vera-Cruz, de Puebla, de Mexico. Je fis part à mon ami de mes efforts infructueux pour découvrir un gîte et de ma répugnance à regagner le bord du steamer, où des nègres empilaient du charbon. Il offrit de me faire dresser un lit dans la maison où il logeait, et nous voilà partis. Une heure plus tard, je disposais d'un sofa garni d’une fine
natte de jonc, et je prenais possession d’un petit salon situé au rez-de-chaussée, dont les fenêtres donnaient sur la rue.
Vers minuit, après avoir béni la Providence, je commençais à m'endormir, heureux de ne plus sentir la trépidation du navire, lorsque je fus réveillé en sursaut. Toutes les cloches de la ville sonnaient à la fois. Elles se turent; mais une rumeur sourde, lointaine, me tint éveillé. C'était comme le bruit immense, discordant, d’une foule furieuse. Les chiens du voisinag'e et ceux de la maison où l'on m'avait donné l'hospitalité se mirent à hurler. Le bruit se rapprochait; plus de doute, il s'agissait d’une foule bruyante, hurlante, déchaînée. On criait, on vociférait; mille bruits affreux résonnaient. J'ouvris une de mes fenêtres, et à la lueur de torches portées par d'affreuses mégères, je vis passer, courant, se disputant, frappant sur des chaudrons, une bande tumultueuse de nègres et de négresses. Jamais pareil charivari ne m'avait déchiré les oreilles. Que signifiait cela ? Les esclaves se seraient-ils révoltés ? Plusieurs centaines d'individus venaient de passer sous mes yeux, et dans les pays où règne l'esclavage on ne permet guère à la gent africaine de faire un semblable vacarme à unc . aussi indue.
Les chiens se turent peu à peu, et graduellement le silence se fit; bientôt je n’entendis plus que de lointaines et vagues rumeurs. J'avais du regard exploré la rue, assez surpris de ne voir s'ouvrir aucune fenêtre. Dans la maison même où j'étais logé, nul bruit. Mais voilà que le tapage renaît, se rapproche, plus formidable que la première fois, et une nouvelle ban'e de nègres court dans la direction de celle qui l’a précédée. Des coups de feu retentissent au loin et dissipent mes derniers doutes ; les nègres sont révoltés. J’ouvre ma porte, qui donne sur un corridor, afin de demander des explications. Un superbe molosse, qui m'avait flairé la veille avec une certaine
curiosité, se précipite vers moi, et je n'ai que le temps de m'enfermer. L'animal gronde, gratte, gémit. Peut-être ne
me veut-il aucun mal et n'y a-t-il entre nous qu'un malentendu. Néanmoins, je juge prudent de ne pas ouvrir, et, de ce côté, me voilà prisonnier.
Le silence se rétablit encore une fois; un monde d'idées se pressent dans ma tête. La garnison est nombreuse; mais la Havane compte vingt-cinq mille esclaves, autant de mulâtres, et les blancs, dont j'ai l'honneur de faire partie, me semblent un tant soit peu en danger. Je me recouche, rêvant qu'on se bat vers le palais du gouverneur. La fatigue l'emporte sur l'inquiétude, je me rendors. Une casserole qui racle soudain les barreaux de fer dont ma fenêtre est garnie, me fait sauter à bas de mon sofa. J'entends des voix, des rires. Une femme frappe à tour de bras sur un chaudron, dix nègres dansent autour d'elle, tandis que celui qui se sert des barreaux de ma fenêtre en guise de guitare essaye de les racler en mesure.
— Holà, criai-je au musicien, quel diable de vacarme est-ce là ?
Il recula tout surpris, me regarda de ses gros yeux blancs, puis me répondit d’un air triomphant :
— Moi, libre!
Bien qu’ennemi juré de l'esclavage, je sentis un frisson me parcourir le corps à cette réponse. Cette liberté que les nègres de la Havane venaient de conquérir à l’aide de quelque trahison, à combien de malheureux avait-elle coûté la vie, à combien d’autres allait-elle la coûter encore ?
— Ÿ a-t-il eu beaucoup de malheurs? demandai-je à tout hasard au musicien dont la casserole raclait ma fenêtre avec un nouvel entrain.
Ses yeux s'écarquillèrent et, au lieu de me répondre, il entonna une chanson dont les paroles étaient incompréhensibles pour moi.
— Où est le gouverneur? demandai-je encore.
— Il dort.
Il dort! c’est-à-dire il est mort, massacré sans doute durant
son sommeil. Je regagnai mon sofa. Par suite de quel étrange complot tout cela pouvait-il être arrivé, et comment la garnison avait-elle fait si peu de résistance? Il y avait en rade des navires de guerre; le fort du More et celui de la Pointe renfermaient au moins deux mille hommes d'excellente troupe; attendaient-ils le jour pour foudroyer la ville? mais non ; c’est d'eux d’abord dont les conjurés avaient dù se rendre maîtres. Quel coup de foudre! Vers quatre heures, tout bruit ayant à peu près cessé, je cédai à la fatigue et, l'âme pleine de sinistres pressentiments, je m'endormis pour rêver aux héros noirs d'Haïti, Dessalines et Toussaint-Louverture.
Lorsque je m'éveillai, le soleil brillait depuis longtemps. Je courus à la fenêtre; partout des groupes de nègres, pas un seul blanc. Je me retirai et procédai mélancoliquement à ma toilette; puis j'ouvris ma porte avec précaution. Le grand molosse était enchaîné, et une petite négresse chargée d’un plateau me cria :
— Dépêchez-vous, señor, on prend le chocolat.
Je me dirigeai vers une partie du corridor qui, ornée de plantes, servait de salle à manger. Quatre dames, un prêtre et mon ami le Mexicain déjeunaient tranquillement, servis par un gros nègre, qui s'occupa aussitôt de mon couvert.
— Avez-vous pu dormir? me demanda mon ami.
— Un peu, vers le point du jour, je l'avoue à ma honte; mais dites-moi vite la cause de ce vacarme ?
— Les nègres sont libres, ne le savez-vous pas?
Le Mexicain, abolitionniste enragé, et que sa peau cuivrée rangeait un peu dans le camp des vainqueurs, me jeta cette nouvelle d'un ton dégagé.
= — Qu'avons-nous à redouter? demandai-je.
— Rien; cependant il sera prudent de ne pas trop se montrer dans les rues, afin d'éviter des insultes, car l’eau-de-vie va rendre plus d’une langue bavarde.
— Compte-t-on beaucoup de morts ?
— Trois, jusqu'à présent; il y en aura davantage demain. L'année dernière il y en a eu huit.
— Comment! il y avait donc déjà eu un essai de rébellion l’année dernière?
On me regarda avec une telle surprise, je reg'ardais de mon côté mes interlocuteurs d’un air si ébahi, qu'il devint manifeste qu'il existait entre nous un malentendu.
Provoquant une explication, j'appris alors que, par suite
. d’une ancienne coutume, les esclaves de la Havane jouissent tous les ans d’un jour de liberté absolue, et que ce jour est celui de la naissance du Christ, le jour de Noël.
En dépit des observations qui me furent faites sur l’imprudence qu'il y avait à parcourir les rues, et surtout à me mêler aux nègres, il s'agissait de voir un spectacle trop curieux pour que rien pût m'arrêter, On me pronostiqua mille acci-
dents ; je devais recevoir force horions dont je n'aurais ni le droit de me plaindre, ni celui de me venger. Je voulus en | courir le risque, et aussitôt après avoir déjeuné je me mis à
la suite d'une troupe de nègres et de négresses qui, vêtus des
habits démodés de leurs maîtres, passaient en chantant et en gambadant.
1h | Fraternité, — Fils et filles de rois. — Maria de Lao, — Abus de safran. Un bal de noirs.
| La journée était magnifique, la chaleur intolérable, et il | fallait y penser à deux fois pour se persuader qu’on était au ; mois de décembre, que la neige couvrait le sol de la vieille | Europe et faisait grelotter ses habitants. Tous les grands éta- | blissements de la ville avaient fermé leurs portes; seuls, les
de liqueurs paraissaient avoir le droit de vendre. Nègres, mu-
| | marchands de comestibles, de cigares et surtout les débitants
IEP POS
Mes guides formèrent une ronde infernale,
lâtres, quarterons, demi-quarterons, vêtus de leurs plus beaux habits, se pavanaient sur le seuil des maisons et applaudissaient bruyamment au passage de mascarades semblables à celle à laquelle je m'étais joint.
Parvenus sur une vaste place, mes guides formèrent à l'improviste une ronde infernale qui m'enferma dans ses anneaux ; Je fus bousculé, tiraillé, secoué, mais je pris gaiement l’aventure. Un grand nègre, vêtu d’un caleçon trop large et d'un habit noir trop étroit, entreprit soudain un cavalier seul dont Je serais fort en peine de décrire les pas fantastiques, les grimaces, les bonds désordonnés, les contorsions. Le danseur entonna une chanson africaine, dont une partie de ses compagnons reprirent en chœur le refrain. Jamais bruit plus discordant, plus guttural, plus désagréable, ne tortura des oreilles humaines; par malheur les miennes devaient en entendre bien d’autres.
On me regardait, on me montrait au doigt, j'étais un intrus, Deux jeunes gens d'un noir remarquable par son intensité, plus luisants que le cuir le mieux verni, s’'approchèrent de moi en sautillant. Ils étaient armés de formidables g'ourdins etentreprirent autour de ma tête une série de moulinets inquiétants. L'adresse des deux bâtonnistes semblait indiscutable, cependant ils me serraient de si près, qu’un peu d'appréhension s'empara de moi. Je songeai que ces beaux diables noirs, tout en paraissant jouer, pouvaient être pris de ln tentation de caresser des épaules européennes de leurs triques, de rendre à la race blanche, en profitant de ma bonne volonté, quel-
ques-uns des horions qu'ils devaient en avoir reçus. Comme je jugeai prudent de battre en retraite, je voulus le faire aussi honorablement que possible, et j'offris aux bâtonnistes un rafraîchissement. Ma politesse fut acceptée sans la moindre hésitation, et les gourdins, cessant d'évoluer autour de mes oreilles, s'abattirent rudement, mais pacifiquement, sur le sol. Me voilà donc me dirigeant bras dessus bras dessous vers
une buvette avec deux malheureux esclaves, et suivi de la bande que je suivais d'abord.
Frayer avec un nègre, à la Havane aussi bien qu'à la Nouvelle-Orléans, c'est déroger et se fermer à l'avance toutes les portes. J'avais peut-être un peu légèrement choisi mes nouvelles connaissances, mais je n'ai jamais pu m'accoutumer à mépriser les hommes noirs, et j'en pourrais nommer plus d’un qui, par l'intelligence, la bonté, la moralité, sont supérieurs à beaucoup de blancs. Je ne devais que traverser la Havane ; peu m'importait done de me compromettre en fraternisant avec la race de Cham, et j'entrai bravement dans la buvette.
Elle était tenue par un Catalan qui, voyant ma suite, me crut tout d’abord victime des nègres et leur ordonna de me laisser en paix.
— C'est moi qui les amène, m'empressai-je de dire; ce sont
mes amis.
Le Catalan retourna derrière son comptoir, me regardant avec commisération.
— Prenez garde, me dit-il; ces familiarités pourront vous attirer de sérieux désagréments.
— Croyez-vous donc ces pauvres g'ens capables de me maltraiter ?
— Îls ne se feront aucun scrupule de profiter des occasions que vous leur fournirez. Ce n’est pas tout, la police, qui veille sans en avoir l'air, pourra vous demander compte demain des scandales dont vous aurez été la cause, et vous serez châtié pour avoir exposé votre personne aux outrages des gens de couleur.
Je me souvins des serments que j'avais prêtés en échange du sauf-conduit dont j'étais possesseur, et mes agissements ne se trouvant en contradiction avec aucune de mes promesses, je priai le Catalan de faire servir mes invités. Ceux-ci, d'une commune voix, demandèrent de l'eau-de-vie, la seule boisson rafraichissante qu'ils admissent. Seulement, sans qu'il
y eût miracle, mes deux nègres se multiplièrent si bien, que j'eus un compte de sept francs à payer au cabaretier.
Pour ce prix, je reçus les confidences les plus intimes de mes hôtes; les femmes surtout se montrèrent expansives. J'avais cru déroger, et j'étais entouré de nobles seigneurs, de princesses infortunées, de fils et de filles de rois. Les reines, au nombre de trois, se montraient moins résignées que les hommes de la perte de leur trône, et je ne réussis à tarir leurs larmes qu’en faisant doubler leur dose de rafraîchissement. Tout ce que me racontaient ces malheureux, dans leur langage enfantin, pouvait être vrai. Il était hors de doute, par exemple, qu'ils avaient été brutalement arrachés à leurs cabanes, à leur sol natal, à leurs parents, embarqués de force et amenés à Cuba, dont ils ignoraient le nom, pour y être vendus comme un vil bétail. Chacun d'eux se bercait de l’espoir de retourner un jour dans son pays, consolante illusion que je me gardai de lui enlever.
Tout bien compté, la majorité de mes nouveaux amis se composait de gens nés à la Havane. Eux aussi rêvaient la liberté; mais ils ne se plaignaient pas de leurs maîtres, et la chaîne invisible qui les liait à un blanc, à une habitation, ne semblait pas trop leur peser. Sur l'invitation du Catalan, qui me fit remarquer qu'il y aurait danger pour moi à me promener en plein midi sous les rayons d’un soleil implacable, je m'assis sur le bord de son comptoir. Mes compagnons d’une heure, reprenant leurs danses fantastiques, continuèrent alors leur chemin.
En même temps que du vin et de l'eau-de-vie, mon hôte vendait des épices et des étoffes, et je vis défiler chez lui depuis l'esclave devenu important majordome jusqu'à la petite négresse bonne d'enfant. Ceux-là étaient des aristocrates méprisant tout haut les bandes qui parcouraient les rues. De loin
en loin apparaissait dans le mag'asin une coquette mulâtresse qui, bien qu'esclave, parlait des nègres avec un superbe dédain
et se rangeait sans façon du côté des blancs. Des ouvriers menuisiers, maçons, tourneurs, vinrent s’attabler; ils appartenaient à un maître qui, moyennant une somme déterminée, les laissait libres de se placer à leur gré. Ces travailleurs, généralement très-habiles dans leur métier, parviennent souvent à se racheter.
Je passai là près de trois heures à regarder, à écouter, à me convaincre de cette triste vérité, que la condition matérielle des esclaves, si pénible qu'elle soit, est cent fois meilleure que celle des ouvriers de nos grandes villes. Mais ces sujets de l'esclavage et du paupérisme sont trop graves pour être traités à la légère ; je reprends donc ma promenade.
Dans les quartiers de la ville que je parcourus, je retrouvai même allégresse, même bruit, mêmes bandes de mascarades. Je tombai à l’improviste sur un champ de foire, et l'examen des toiles peintes qui frappèrent mes regards m'apprit que la France n'a le monopole exclusif ni des femmes à barbe, ni des hommes-squelettes, ni des lièvres savants, encore moins celui des Hercules et des somnambules. Je pénétrai dans une de ces baraques, cirque de premier ordre où de jeunes acrobates exécutaient leurs tours avec une souplesse merveilleuse. Cinq d’entre eux, grimpés sur des boules, entreprirent une course des plus amusantes, exécutant sur leurs points d'appui une série de sauts périlleux ; en vérité, des singes n’eussent pas mieux fait.
Je remarquai qu’à très-peu d’exceptions près les boutiques du champ de foire étaient placées sous l’invocation d'une Haria de Lao, qui doit avoir été une célébrité, car chaque établissement se déclarait en termes pompeux son seul vrai et unique successeur. J’interrogeai successivement un nègre, un mulâtre, un quarteron, un créole et enfin un blanc sur cette singulière divinité, et autant de fois on me rit au nez, me prenant pour un mauvais plaisant : Maria de Lao est si connue à la Havane, que je ne pus venir à bout d'apprendre son histoire.
Je me décidai à consulter une somnambule, et je demandai à la jeune personne que l'on endormit à mon intention, des renseignements sur la famille de la célèbre Maria, dont le portrait en pied, de face, de profil, de trois quarts, m'apparaissait partout. Ma question éveilla la somnambule comme eût pu le faire la délonation d’un pistolet, c’est-à-dire brusquement. On me regarda de travers, on refusa mon argent, je crois même avoir été légèrement injurié par le pitre. Du reste, un curieux qui, à Paris, interrogerait un passant ou une somnambule sur la famille de Guignol ou sur celle de Polichinelle obtiendrait probablement le même succès que moi.
Vers cinq heures du soir, las de voir gambader des nègres grotesquement vêtus, d'avaler de la poussière, d’être assourdi par des cris discordants, je me lançai à la recherche d’un restaurateur havanais ; je voulais goûter dans toute sa pureté la cuisine de l’île de Cuba.
Le salon dans lequel je pénétrai n’était ni luxueux ni sordide, ni propre ni malpropre, et les gens que je vis attablés avaient l'air de petits commerçants ou d'honnêtes employés. On me présenta une carte que j'étudiai avec attention et sur laquelle, parmi nombre de plats que je connaissais de nom, figuraient des mets inconnus pour moi. Je débutai par demander un potag'e dont la composition me parut assez compliquée, et dans lequel le bouillon, presque absent, avait été remplacé par des pois chiches, des tomates, du riz et des calebasses naines. En somme, ce mortier, assez consciencieusement gâché, eût été très-agréable si le chef eût moins prodigué le safran.
On me servit ensuite des aubergines farcies, pimentées de façon à emporter la bouche, même celle d'un Mexicain. Je m'en tirai, grâce au long et pénible apprentissage que je devais à dix ans de séjour dans les colonies espagnoles. Ces aubergines, modérément condimentées, seraient très-appréciées en Europe ;
seulement, il faudrait se dispenser de les aromatiser de safran. Une tranche de filet de bœuf piqué de lard rance, imitation
de notre fricandeau, me fut apportée; ici, je m'étais laissé | influencer. Me voyant consulter longuement la carte, un voi- | .
sin de table me dit :
— Prenez du filet, il est réussi.
| Et je demandai du filet. Je ne nie pas que le lard rance ne
soit une excellente chose ; mais je n'en mange que lorsque j'y
| suis forcé. Celui que l'on me servit était si avancé, que je fus obligé de me roidir pour ne pas faire la grimace en l’avalant. Ne voulant ni paraître un sot aux yeux du garçon, ni déclarer tacitement à mon obligeant voisin qu’il avait un goût détesta-
1 ble en renvoyant intacte ma tranche de viande, je commandai
une sauce au piment qui pt en atténuer les qualités, et j'atti-
sai de nouveau le feu qui me brûlait déjà l'estomac.
Ma tranche de filet suffisamment ébréchée pour que l'honneur fùt sauf, je renonçai à tout nouvel essai, et je me contentai d'une simple aile de poulet. Je croyais rester dans les | limites de la cuisine élémentaire. Hélas ! l'aile de poulet reposait | sur une couche de riz, et le fond de la boîte au safran, j'en jurerais encore aujourd'hui, avait servi à l’accommoder. Je | n'osai demander une salade, les Cubains doivent l’assaisonner | à l'huile de safran.
Je me mis en quête d'un café, et le moka réconfortant me ! fit oublier les amertumes de mon diner. Au crépuscule, je | me dirigeai vers la promenade, je la trouvai déserte. Je mar- 1 chaï alors au hasard, dans des rues mal éclairées, qui fourmil- ! laient de nègres. Toute trace de pavage avait disparu, des immondices me barraïient le passage, etles habitations devenaient à basses, sordides, puantes. J'entendais au loin des chants et un | bruit de guitare accentué de roulements de tambour. Bientôt je débouchai dans une rue peuplée de bals publics; j'étais le seul Européen visible à l'horizon.
Jouant des coudes, heurtant, heurté, gagnant peu à peu du terrain, je vins à bout de pénétrer dans une chambre basse, vaguement éclairée par deux lampions fumeux. Une jeune né-
gresse, les yeux égarés, se tordait avec frénésie dans les bonds sauvages d'une danse épileptique. Cinq ou six nègtes, pris du même vertige, secouaient à grand bruit des sacs de cuir remplis de cailloux et de tessons de bouteilles, tandis qu'un autre, sans aucun souci de la mesure, frappait à tour de bras un tambour de basque. La danseuse, épuisée, la bouche écumante, tombe sur le sol. On la roule dans une couverture pour l'emporter. Une de ses compagnes avait déjà pris sa place et tourbillonnait dans ce diabolique milieu. Tout à coup, sans aucun avertissement préalable, je fus délicatement saisi, enlevé, transporté et déposé à la porte de ce triste logis. J'avais indûment pénétré dans une réunion privée; je me savais dans mon tort, et je m'’éloignai sans élever la moindre réclamation.
Le misérable lieu d'où je venais d'être expulsé était du plus bas étage, et je me trouvai bientôt en face d’une salle de danse plus large, mieux éclairée, envahie par une foule mieux vêtue. Deux nègres, armés de gourdins, se tenaient, comme des cariatides de marbre noir, à la porte de l'établissement, et leurs têtes frisées émergeaient d'épaisses cravates blanches. Cette cravate de cérémonie m'enhardit, je m'approchai; mais les terribles bâtons me barrèrent le passage. Je parlementai, les deux cerbères me montrèrent leurs dents blanches et me donnèrent un bel exemple d'incorruptibilité en empochant la piastre que je leur offris. Pendant qu'ils m'expliquaient, en fort bon espagnol, ma foi, et avec une courtoisie toute castillane, qu'ils étaient chez eux et qu'aucun blanc n'avait le droit de venir les troubler, même alors qu'il serait leur ami comme je prétendais l'être, je voyais une douzaine de danseurs et autant de danseuses sautiller, tourbillonner au son d’une musique à laquelle manquait l'accord, mais moins primitive que la
première. A bout d'arguments, et me voyant jouir en partie du spectacle auquel je n'avais pas droit, les deux nègres exécutèrent autour de ma tête ce moulinet dont j'avais pu apprécier le matin même les dangereuses familiarités. Je me retirai,
car il ne faut abuser de rien. Pour me consoler dans ma retraite, je vis refuser l'entrée du bal à un mulâtre que les deux huissiers ne jugèrent pas assez bien vêtu. Il y a donc dans l’esclavage des distinctions sociales? L'homme naît despote.
Je suis entêté, et je réussis, profitant d'une poussée, à franchir le seuil d'un établissement mixte. Côte à côte avec une contredanse très-convenablement exécutée, banboula faisait des siennes, et les deux musiques heurtaient leurs accords sans que les danseurs parussent troublés de cette épouvantable cacophonie. Parfois la salle entière entonnait en chœur un refrain en l'honneur de Maria de Lao. J'avaissi bien pris pied dans le coin obscur où je m'étais réfugié, que je me hasardai à m'asseoir. Je jouissais confortablement et innocemment du fruit défendu sur lequel j'étais parvenu à mettre la dent, lorsque je vis deux soldats, conduits par un mulâtre qui leur ouvrait un passage dans les rangs pressés de la foule, s'avancer vers moi. Les soldats n'étaient point de simples curieux, car ils portaient leurs mousquets, dont les crosses s’abattirent brusquement à mes pieds.
— Ce n’est pas ici votre place, me dit l’un d'eux ; vous plaitil de nous suivre ?
La musique avait cessé, les danses étaient interrompues, on nous regardait. Je me hâtai de me lever.
— Suis-je donc en contravention avec les lois du pays? demandai-je.
— Oui, répondit le fusilier, et les gens qui nous entourent et que vous êtes venu troubler chez eux avaient le droit de vous expulser brutalement. ;
— Je suis étranger, señor, et je ne croyais pas mal faire.
Dans la rue, je trouvai un sergent qui me demanda mon nom, et auquel, en guise de réponse, je présentai mon permis de séjour.
— À quelle diabolique tentation avez-vous cédé en vous fourrant dans un pareil guêpier ? me dit à son tour le sous-officier,;
les gens de votre classe ne viennent pas d'ordinaire errer dans ce quartier, où l’on court plus d'un risque même en plein jour.
J'expliquai de mon mieux que j'aimais à tout voir dans les pays que je visitais, le haut comme le bas.
— Remerciez Dieu d’être encore en vie, me dit le sergent, et souvenez-vous que celui qui cherche la laine s’en retourne souvent tondu. Où voulez-vous être conduit ?
— Inutile de vous déranger, sergent, je vais me rendre à bord du steamer qui m'a amené et qui doit repartir demain.
Sur un signe de leur chef, cinq ou six fusiliers m’entourèrentetse mirent en marche ; le sergent ne répondit plus à mes questions et m'imposa même silence. Me voilà donc prisonnier, mais fort de mon innocence, et préparant l'explication que je donnerais de mes agissements à l'officier devant lequel on me conduisait.
Nous traversämes la ville, déserte et silencieuse à mesure que nous approchions des quartiers aristocratiques, répondant au qui-vive des sentinelles, des patrouilles et des alguazils que nous rencontrions. Arrivés sur le port, un batelier fut hélé et reçut l’ordre de me conduire à bord du navire que je lui désignerais. Le sergent me salua courtoisement d’un « Allez avec Dieu », sa troupe fit demi-tour à droite sur ses pas, et bientôt j'abordai le Solent.
Pendant une demi-heure je contemplai la ville endormie, de laquelle s'élevait un sourd murmure. Des palmiers découpaient leurs silhouettes étranges sur le ciel étoilé, parfois un bruit de guitare, glissant sur les flots, venait frapper mon
oreille. L'heure, annoncée en notes sonores du haut des clo-.
chers, était saluée par les sentinelles des forts d'un « garde à vous! » qui, répété de distance en distance, faisait songer aux coutumes d’un autre âge. En somme, ville de commerce, de plaisirs, d'activité, de mollesse, de corruptions, la Havane serait un délicieux séjour si le terrible spectre de la fièvre jaune ne la couvrait sans cesse d’un voile de deuil.
Le lendemain, lorsque je montai sur le pont, nous étions hors de la passe, et la ville était déjà invisible pour nous. Des vautours noirs, espèce plus petite que celle du Mexique, planaient au-dessus de la baie, et les canons brillaient dans les embrasures du fort del Moro. À droite, sur un promontoire, on distinguait un château ombragé de palmiers, magnifique propriété qu'un formidable ouragan allait bientôt détruire. Toute la matinée nous nous croisèmes avec des bâtiments espagnols, anglais, américains se rendant à la Havane. A l'heure du déjeuner, l’île avait disparu ou se confondait avec les brumes de l'horizon, et mes aventures de la veille me semblaient un rêve.