‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 21 sur 24 · ROC · texte numérisé non relu

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gageai à mé suivre dans la grotte, il recula et secoua négativement la tête.

A force d'arguments, de raisonnements et de supplications, arrosés de plusieurs verres de grog, je décidai mes compagnons à tenter l'aventure, et je pénétrai pour la troisième fois dans le mystérieux souterrain.

La première salle fut explorée sans encombre; j'en fouillai tous les recoins dans l'espoir de découvrir des ossements fossiles ; mais partout je trouvai un sol dur et comme nivelé. Un éboulemient défendait l’abord de la seconde salle, et ce ne fut pas une mince affaire que de nous hisser sur des quartiers de roches humides et glissantes. Ce mauvais pas franchi, nos torches éclairèrent une immense galerie bordée de stalactites, au milieu de laquelle, ainsi que l’avait annoncé Néotli, s’étendait un long bassin rempli d'une eau limpide et glacée. Nous allumâmes un grand feu.

Le spectacle était grandiose et valait seul notre excursion. Néotli avait dit vrai, la hauteur de la voûte se dérobait aux regards, et l'éclat de nos quatre torches ne put percer les ténèbres qui la couvraient. En revanche, la lumière de notre feu embrasait la surface immobile du lac.

— On dirait une masse d’or, s'écria Bautista en désignant la nappe brillante.

— Une masse d’or enchàssée de diamants, dit à son tour le curé en montrant les stalactites dont les mille facettes nous renvoyaient des lueurs multicolores.

Mes compagnons avaient raison, et cet effet magique, produit par le jeu de la lumière sur les eaux et les concrétions calcaires que renferment souvent les grottes, doit con-

tribuer à établir ces légendes de richesses inouïes enfouies dans leurs profondeurs.

Je me mis en marche pour explorer la galerie, et, dès les premiers pas, je rencontrai quelques débris de statuettes en terre cuite. Une tête de guerrier, au front couronné de

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plumes, représentait parfaitement ce type toltèque que l’on retrouve sur tous les monuments de Palenqué, et qui rappelle d'une façon si singulière le type de la famille des Bourbons.

A dix pas plus loin, nouvelle trouvaille : il s'agissait, cette fois, d'une tête de serpen. grossièrement taillée dans un morceau de lave. Je regrettai de ne pouvoir creuser le sol recouvert d'une croûte de chaux; par malheur, les outils nécessaires nous manquaient. Arrivés au fond de la galerie, un éboulement nous barra le passage, et nous dûmes rétrograder pour visiter le côté droit de la vaste salle, Là encore je ramassai des débris de statuettes, mais si endommagés, que je renonçai à m'en charger. Une tête de guerrier et une tête de serpent furent done les seules richesses que je retirai de ma visite à la grotte des Toltèques.

Mes compagnons se montrèrent plus désappointés que moi. Le curé, dans son for intérieur, avait compté sur la découverte d'un trésor suffisant pour reconstruire son église ; il nous l’avoua.

— Il faudra, dit-il à Bautista d’un ton de regret, continuer à dire la messe sous un toit en feuilles de palmier.

— L'enfant Jésus et sa divine Mère, répliqua l'Indien en se découvrant, le changeront en toit de diamants si jamais cela leur plait.

— Bien répondu, Bautista, dit le bon curé; laissons faire Dieu et sortons d'ici.

Avant de m'’éloigner, je cherchai des insectes sous les pierres, le long des parois de la roche, et des coquilles sur les bords du petit lac, recherches inutiles. À ma grande surprise, trois ou quatre pelits poissons vinrent se placer dans l’espace éelairé par ma torche; c'était là une trouvaille précieuse. Hélas !— et ici tous les naturalistes pousseront avec: moi ‘in soupir — à peine eus-je agité l’eau que ces

singuliers hôtes des ténèbres disparurent. Pendant une

heure, je guettai leur retour, ce fut en vain. Mes torches touchaient à leur fin; je me décidai #lors, bien qu'à contrecœur, à rejoindre mes compagnons depuis longtemps établis au pied de l’acajou.

Au moment de rentrer dans la première salle, je jetai un dernier regard sur l'immense galerie aux colonnes scintillantes qui allait retomber dans le silence de la nuit. Une heure plus tard, je disais un éternel adieu à la grotte des Toltèques. En compagnie du curé, de Bautista et de Noétli, je me dirigeai vers Guatemala-la-Vieille, cette ancienne capitale qui, détruite en 1774 par un tremblement de terre, est toujours menacée par deux volcans, dont l'un vomit des flammes et l’autre dé l’eau.

Les vrais Aztèques. — Un père à son fils, — Une mère à sa fille,

Il y a quelques années, un industriel exhiba à Londres, puis à Paris, deux nains informes, au teint bistré, aux cheveux crépus, qu'il désignait sous le nom d'Astèques. « Un intrépide voyageur, disaient les réclames, pénétrant à travers les déserts jusqu’à la ville d'Acayucan, avait pu ramener, au prix de mille périls, ces deux échantillons d'une race qui chaque jour s'amoindrit et semble devoir disparaître. » J'arrivais précisément d'Acayucan, village de einq à six mille âmes, situé au sud de Vera-Cruz, dans la Terre chaude. Comme ces parages sont habités non par des Aztèques, mais par des Totonaques admirablement constitués, Je n'écoutai pas sans rire les explications données sur les mœurs et les coutumes des Indiens par notre intrépide voyageur. Les deux pauvres avortons dont il s'était fait le cornac eussent été des phénomènes à Acayucan aussi bien qu'à Paris. Le public, cependant, prit la chose au sérieux; des savants — des savants accrédités, s’il vous plaît — rédigérent de longues dissertations qui ne tendaient à rien moins qu'à ratifier l’imposture de l’intrépide voyageur. Sur la foi des savants, la foule admira, et l'Europe, sauf un petit nombre d'incrédules, se représente aujourd'hui les Aztèques,

sous la forme idiote des deux nains que j'ai retrouvés depuis à New-York, dans la fameuse boutique-musée de Barnum.

Disons. done un mot des vrais Aztèques, cette nation puissante et civilisée dont Montézuma et Guatimotzin ont été les derniers empereurs.

Les Aztèques ou Mexicains — ces deux noms désignent un même peuple — apparurent vers le treizième siècle sur l’immense plateau où s'élève aujourd'hui la ville de Mexico. Ils arrivaient du Nord. On ignore l’étymologie du mot Aztèque; quant à celui de Mexicatl où Mexicain, il vient de Meæitli, divinité guerrière. En moins d'un siècle, les Mexicains soumirent à leurs lois toutes les nations qui les environnaient. Ainsi que les Romains, avec lesquels ils offrent plus d'une analogie, ils empruntaient aux peuples vaincus leur civilisation et leurs dieux. Sans cesser d'être belliqueux, ils s'adonnèrent aux sciences et aux arts. L'arrivée de Fernand Cortès et de ses compagnons, en 1519, les surprit en pleine prospérité. Toutefois, malgré la sagesse des lois qu'ils avaient établies, plusieurs de leurs conquêtes étaient trop récentes pour que les indigènes ne profitassent pas de la première occasion favorable pour se révolter. Cortès ne manqua pas d'appeler aux armes ces ennemis encore frémissants de leurs défaites et qui devinrent ses auxiliaires. On se plaît à répéier que le grand aventurier espagnol s'empara du Mexique avec trois cents de ses compatriotes. Est-il donc inutile de constas2r qu'il eut pour alliés les Totonaques et les républicains de Tlascala, c’est-à-dire plus de deux cent mille combattants?

Les Aztèques, les Indiens, comme on les nomme aujourd'hui, car le nom de Mexicain s'applique plus spécialement aux hommes de sang mêlé, sont doués d’une constitution saine et robuste. De taille moyenne, plutôt grands que petits, ils ont le teint olivâtre, le front fuyant, le nez légèrement camard, la bouche grande et bien garnie, les cheveux noirs et rudes. Leur mâchoire inférieure est proéminente et

leur barbe peu fournie. L'expression générale de leurs traits annonce peu d'intelligence, mais beaucoup de douceur ; leurs yeux manquent de vivacité, tandis que leur allure humble et gauche leur donne l'air de grands enfants.

Le respect dû aux parents et aux vieillards semble inné chez la race aztèque. Jamais on n’entendraun-jeune Indien contredire un interlocuteur plus âgé que lui. Les parents, de leur côté, témoignent à leurs enfants une tendresse aveugle, et les familles sont si unies, que plus d’une nation européenne pourrait puiser d’utiles leçons dans une cabane du nouveau monde.

L'éducation domestique occupait une grande place dans la vie des Aztèques. Les reines elles-mêmes nourrissaient leurs enfants, qu'on accoutumait dès leur bas âge à supporter la faim, la chaleur et le froid. Vers sa cinquième année, le fils d'un noble entrait dans un séminaire pour y être instruit par les prêtres, à côté d’écoliers plébéiens qui n'étaient reçus que comme externes. On y inspirait aux élèves l'horreur du vice, le respect dù aux vieillards, l'amour du travail. Habitués à dormir sur le sol, ils ne recevaient que la quantité d'aliments nécessaire pour entretenir la santé. À mesure qu'ils grandissaient, on leur enseignait le maniement des armes. Le soldat emmenait ses fils à la guerre, afin qu'ils s’accoutumassent à braver le danger. La mère apprenait à ses filles à filer et à tisser ; lorsqu'elles aimaient trop la promenade, on leur attachait les pieds. La règle voulait que les jeunes gens fussent toujours occupés.

Chaque fois qu'un enfant demeurait convaincu de mensonge on lui piquait la langue avec des épines de maguey. La vénération qu'inspiraient les parents était tellement enracinée, qu’un homme, même marié, osait à peine parler devant les siens.

Clavigero emprunte à Sahagun l’exhortation d’un Mexicain à son fils et celle d'une Mexicaine à sa fille. Ces deux admirables discours donneront une excellente idée de la morale

aztèque vers l’an 1400.

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