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— El Victorine?
— Un peu plus taquine qu'il v a un an, lorsque tu es parti.
— Et... Louise?
—- Toujours la même, Pierre: seulement elle ne rit plus autant, elle a du chagrin.
— Et cela depuis ton départ, ajouta Émile.
M. Pierre passa plusieurs fois sa main sur son visage et garda un moment le silence.
— Comment êtes-vous ici? reprit-il. Ce n’est point jour de congé, que Je sache?
— Nous accompagnons un monsieur, un Français qui s'était perdu sur la route de Québec, et que Louise a ramené à la maison, dit Victor.
— Le jour où elle l'a rencontré, ajouta Émile.
— Au fait, reprit le frère aîné, où est-il, notre monsieur ? I doit être arrivé.
— C'est done vous qui avez tiré? demanda M. Pierre.
— Oui, nous avons tué chacun un lapin, et, en plus, un oiseau pour le monsieur; car nous sommes à la recherche d’un oiseau, d’un oiseau rouge.
— Eh bien, il faut vite rejoindre votre hôte, mes enfants.
— Te quitter sitôt, pour cela non! Qu'Émile aille chercher le monsieur.
— Va le chercher toi-même, répliqua sans façon Émile, tu es l'aîné. Dis donc, Pierre, ajouta le jeune garçon en saisissant la main de son cousin, est-ce vrai que tu ne reviendras jamais à Val-Secret, et que tu ne nous aimes plus?
Au lieu de répondre, le chasseur prit les deux enfants dans ses bras et les pressa contre sa poitrine.
— Ah! chers petits ! quel blasphème ! s’écria-t-il enfin.
En ce moment, Victor, ayant levé le nez, m'aperçut et me montra du doigt à ses compagnons. M. Pierre me salua, puis, suivant ses pelits cousins déjà en route pour me rejoindre, il fut bientôt à mon côté.
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C'était un beau et grand jeune homme aux cheveux blonds bouclés, portant toute sa barbe, et dont les traits étaient fins et doux. Il s'exprimait avec beaucoup de distinetion, bien qu'avec une certaine rudesse franche. Une heure plus tard, nous déjeunions côte à côte, el je lui avais décrit au moins trois fois le loxia. Après le repas, il nr'offrit un cigare, me ramena vers la roche sur laquelle il songeait lorsque je l'avais aperçu; il tenait évidemment à contempler Val-Secret.
Émile et Victor, incapables de rester en place, demandèrent à continuer leur chasse, tandis que leur cousin et moi nous achevions de fumer. L'autorisation sollicitée fut accordée, et l'absence des deux frères rendit la conversation de leur cousin plus intime.
— En vérité, monsieur, dis-je à mon compagnon, si je savais ne point vous fâcher, je vous demanderais quel dissentiment peut vous éloigner de la famille Martin, vous séparer de M‘ Louise.
— Me séparer de Louise! s'écria le chasseur.
Je crus qu'il allait continuer, mais il se couvrit le visage de ses mains et garda le silence.
— Je vous demande pardon de mon indiscrétion, repris-je au bout d’un instant; mais croyez bien, je vous en prie, que ce n'est pas une vaine curiosité qui m'a poussé à vous interroger.
— À Dieu ne plaise, monsieur, reprit-l enfin, que je prenne votre question en mauvaise part. J'aime Louise et j'en suis aimé, vous le savez. J'ai été élevé à Québec, j'ai fait ce que l’on nomme de bonnes études; je possède une fortune indépendante, et je voudrais être de ceux qui gouvernent et non du nombre de ceux qui sont gouvernés. En un mot, Je désire vivre à la ville et m'occuper des affaires de mon pays. Mon oncle et mon grand-oncle — qui ne sont en réalité que mes cousins — ont trouvé le bonheur à Val-Secret, et ils ne veulent point admettre que l'on puisse le trouver ailleurs,
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