‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 8 sur 24 · NEW -YORK · texte numérisé non relu

NEW -YORK

À Boston, je pris congé de miss Mary et de son père, qui m'engagea à lui rendre visite, si jamais je passais par Cincinnati. Au moment de monter en wagon, j'aperçus Sir John. I n'était pas en habit de voyage et ne me quitta guère des yeux ; on eût dit qu’il voulait se convaincre de mon départ. Je passai froidement devant ce gentleman, qui de son côté ne me salua pas, bien que nous eussions vécu durant douze Jours côte à côte. Il est vrai que nous n'avions échangé que de dédaigneux sourires; si mes bottes et ma pelisse l'avaient diverti, le dépit que semblait lui causer la préférence que m'accordait miss Mary lorsqu'elle avait besoin d’un bras ou d'un tabouret, m'avait en revanche singulièrement amusé.

Douze heures plus tard, j'étais à New-York, où je trouvai une température de printemps. Cependant, loin d'imiter les New-Yorkais qui recherchaient déjà les boissons glacées, je me promenais sur les bords de la baie, heureux de sentir sur mes épaules les rayons d’un soleil moins froid que celui qui brille en février sur les côtes de la Nouvelle-Écosse.

Le soir même, dans le salon d’une charmante dame espagnole, j'annonçai mon intention d'aller visiter les chutes du Niagara. On se récria fort contre mon projet. En hiver, me dit-on, il est impossible de s'approcher des chutes, de voir les îles, de parcourir les promenades ou la grotte des vents ; pour contempler le Niagara dans toute sa splendeur, je devais attendre l'été. Et c'étaient des Américains, ces voyageurs par excellence, qui m'engageaient à renoncer à mon excursion. On me déclara que j'allais perdre mon temps et que je reviendrais plus vite que je ne le supposais. On ajouta même que Je risquerais de me trouver sans abri, les hôtels étant abandonnés aussitôt que la neige commence à tomber. J'avais trop voyagé pour me laisser intimider; d’ailleurs, obligé de partir sous peu pour la Nouvelle-Orléans, je n'avais pas le choix de la saison.

Huit jours après je me rendis à la gare du chemin de

fer qui de New-York conduit à Albany. Le salon d'attente de cette grande voie est une petite chambre ignoble, insuffisante, au sol raboteux, aux banquettes sordides et si bien tachées de graisse, que je n'osais m'y asseoir. En général, la malpropreté des débarcadères et des wagons américains me semble avoir été dissimulée par les visiteurs européens, qui aux États-Unis ne veulent voir que la liberté. J'ai mené une existence trop dégagée d'entraves pour ne pas comprendre l'enthousiasme qu'inspire l'amour de l'indépendance; mais la propreté n’est pas à dédaigner. J'avoue aussi sans honte que, lorsque plusieurs de mes compagnons de voyage s'avisèrent de me décharger leurs revolvers aux oreilles pour tuer un malheureux corbeau que je regardais innocemment par la portière, j'aurais préféré à cette preuve d'indépendance nationale des banquettes moins poussiéreuses et passées à la brosse, ne füt-ce qu'une fois l'an.

A peine étions-nous en route qu'un de mes voisins m'apprit que nous roulions sur la ligne de chemin de fer la mieux construite de l'Union, Il est vrai qu'un voyageur communicatif — en Amérique on n'est guère libre de ne pas causer — m'en avait dit autant de la voie qui va de Boston à New-York. J'ai traversé les États-Unis d'une extrémité à l'autre, et je reconnais que les louanges données aux chemins de fer de Boston et d'Albany sont méritées.

Mes voisins s'étaient tout d'abord informés du prix de mon chapeau et de celui de ma poche de chemin de fer, meuble alors inconnu en Amérique. Bientôt ils voulurent à toute force me faire admirer les petits drapeaux dont les cantonniers se servent pour annoncer que la voie est libre ou pour arrêter les trains en cas de danger. Je ne pus m'émerveiller convenablement de cette heureuse innovation, et mes compagnons de voyage parurent s'en étonner,

Que mes lecteurs, quoi qu'ils entendent dire, restent bien

convaincus que les locomotives américaines ne marchent pas

plus vite que les nôtres; en revanche, les rails sont si mal posés qu'on s'attend sans cesse à être jeté hors de la voie. C'est un peu l'histoire de quelques chemins de fer anglais qui abusent du droit de secouer et de tuer les colis humains dont la liberté britannique ne permet pas au gouvernement de défendre les intérêts. Mais dites à un Anglais ou à un Américain que l'intervention administrative peut offrir certains avantages, et il s'imag'inera que l’orgueil national vous fait parler. On nous a si bien reproché notre vanité, que ce défaut a l'air d'être purement français. Il appartient à l'humanité, s'il vous plaît. Qui donc a jamais rencontré un fils d'Albion qui ne soit esquire, un Espagnol qui ne soit hidalgo, un Italien dont le nom de famille ne soit inscrit sur le livre d’or de Venise, un Yankee qui ne soit colonel? Mais je me rends aux chutes du Niagara. Cette digression est la thèse que j'ai soutenue en route, au risque de me voir présenter un revolver en guise d’arzument,

Le train s'arrête.

— Kingstown! crie le conducteur.

Je souris : je viens de me souvenir que c'est à Queenstown, en Irlande, que sir John prit passage à bord du Scotia. Je me penche machinalement à la portière; un voyageur court le long de la voie et saute dans un wag'on. Sur mon honneur, sir John a un frère, ou c'est lui que je viens d’entrevoir.

Les palissades de l’Hudson. — Un repas escamoté, — Est-ce lui? — Les chutes, — Le pont suspendu. — Le câble de Blondin, — Voyage sous le Niagara, — Cincinnati, — Une présentation,

Si tout n'est pas digne d’admiration aux États-Unis, tout n'est pas non plus à blâmer. D'ordinaire, les wagons de

chemin de fer sont construits de façon que l’on puisse passer

de l’un à l'autre, alors même que la locomotive est en marche. Par exception, le train dans lequel je me trouvais avait exactement la disposition des nôtres. Donc, impossible de vérifier si j'avais été le jouet d'une illusion. Après tout, que m'importait ? Sir John, à ma connaissance, n'avait jamais communiqué à personne la cause de son voyage en Amérique, ni désigné l'endroit où il se rendait, et les lois anglaises, américaines et françaises lui permettaient de se rendre à Albany, même dans le train qu'il m'avait plu de choisir pour mon excursion.

Le chemin d’Albany, ou plutôt de Troy, où aboutit la ligne, est certainement un des plus pittoresques du monde. Il court sur la rive droite de l'Hudson, qui va sans cesse se resserrant ou s'élargissant, et dont un étranger prend tout d'abord les célèbres palissades pour de gigantesques fortifications. Ces rochers escarpés ressemblent de loin aux basaltes qui forment, en Irlande, la chaussée des Géants. Des bricks, des steamers, des barques descendaient le fleuve à toute vitesse ou le remontaient péniblement; c'était un mouvement qui n'a d'égal que celui de la Tamise au-dessous de Londres. J'entrevis West-Point, la célèbre École polytechnique des États-Unis. Mais la campagne paraissait nue, les maisons restaient closes; on aurait pu les croire inhabitées, sans la fumée qui planait au-dessus des cheminées. Constructions, barques, voitures, habitants, me rappelaient les environs de Londres, que j'avais visités récemment; c'est au point que je me demandais si je rêvais et si j'avais réellement franchi l'océan Atlantique. I] faisait nuit, il pleuvait, et la locomotive poussait ces mug'issements lugubres qui répondent aux coups de sifflet de nos machines européennes. Nous arrivons à

Albany après avoir parcouru cent quarante-quatre milles en sept heures.

Je me précipite hors du train, cherchant du regard sir John Burton par pure curiosité. Je me suis trompé : je ne vois nulle

part trace de mon ancien compagnon de voyage, de mon rival en politesse près de miss Mary.

Le lendemain, dès l'aube, je me remets en route. Je traverse dans ma journée Utique, Rome, Syracuse, Palmyre, pour atteindre Rochester. La campagne devient de plus en plus désolée, la neige tombe à gros flocons. Hier je me croyais en Angleterre, aujourd'hui je suis en Allemagne. Les inscriptions, les enseignes appartiennent toutes à la langue de ce pays. On s'arrête pour dîner. Chacun se dresse, se heurte, se bouscule à l'entrée d’une porte étroite. En France, il ne faudrait pas la vingtième partie des coups de coude que l’on distribue autour de moi pour amener une mêlée générale. Ne me sentant ni assez d'appétit ni assez de force pour prendre part à l'assaut, je laisse passer les plus pressés.

Je pénètre enfin dans une salle immense, presque entièrement occupée par une large table autour de laquelle la plupart des places sont prises. Je m'installe tant bien que mal et un garçon pose devant moi ce dindon à la colle traditionnel à bord des paquebots anglais. Je demande le menu : il se compose de dix plats; mais le meilleur avait été dévoré pendant que je me lavais les mains. J'étais à peine assis que mes compagnons se levèrent, prêts à repartir. Et l'on prétend que les Français sont vifs! En fait de choses expéditives, j'ai vu la vapeur et l'électricité accomplir des prodiges de célérité ; elles sont dépassées par la rapidité avec laquelle un Américain engloutit un repas. C'est l'escamotage appliqué à la gastronomie.

Une cloche résonne et je m'élance dehors. Ce n’est qu'un premier appel. Une véritable tempête de neige tourbillonne autour de cinq ou six locomotives. Une d'elles mugit et s’apprête à partir. Est-ce celle qui doit m'emporter? Aucun em-

ployé en uniforme, aucune pancarte qui puisse me renseigner. J'interroge en vain trois ou quatre gentlemen. Que faire? J'avise un épicier sur le seuil de sa porte. Comme je

ne tiens pas à me retrouver à Batavia, à Tonawinda ou à Canandaigua, je m'adresse à lui. Je tombe sur un homme poli, obligeant, qui m'installe dans mon wagon.

Nous avançons à travers des bourrasques de neige qui nous voilent l'horizon. La nuit vient, les voyageurs s'arrêtent en foule aux diverses stations el je reste seul dans mon compartiment. A Lockport, on allége le train de toutes les voitures, y compris le wagon-lit. Un homme en descend ; il semble de mauvaise humeur et oblige le conducteur à lui répéter par trois fois qu'il doit monter dans mon wagon s’il veut se rendre au Niagara. La portière s'ouvre et je vois paraître sir John. Nos regards se croisent; il s'accommode de façon à me tourner le dos; je limite, et nous voilà en route.

Est-ce le hasard qui nous réunit? C'est probable. En somme, le touriste anglais est un homme de mon àge, bien élevé, parlant français. Tout devait nous rapprocher, d'autant plus que nous sommes à quinze cents lieues de la Manche; mais il paraît que l'entente cordiale n’est pas faite pour nous.

La locomotive s'arrête. Qu'arrive-t-11? L'obscurité est complète; un bruit continuel, semblable à celui d'une forêt dont un vent d'orage agite les feuilles, nous parvient. Le conducteur se présente :

— Ces messieurs veulent-ils traverser le pont ?

— Quel pont?

— Le grand pont suspendu. Nous devons vous déposer de l'autre côté du Niagara; en général les voyageurs préfèrent descendre ici et poursuivre leur route à pied.

Je ne compris que le lendemain le motif de cette préférence ; je suivis néanmoins l'exemple de mon antagoniste de route, qui venait de sauter sur la voie.

Rien de visible autour de nous qu'une lumière lointaine que nous voulons atteindre. Dès les premiers pas, nous roulons dans une fondrière. Sir John grogne, je ris, et nous restons

aussi embarrassés l’un que l’autre.

— Où sommes-nous? où trouve-t-on un gite? demandai-je au conducteur.

— Je vais remiser le train. Voulez-vous m'attendre?

Il fallut se résigner. Au bout d'un quart d'heure, quand je commencais à grelotter, le guide parut. [Il me conduisit près d'un poêle, puis en face d’une table abondamment pourvue, et enfin dans une chambre commode, où j'aurais fort bien dormi sans le bruit de la cataracte, qui continuait à monter jusqu'à moi.

Je fus debout avant le jour, ce qui ne servit qu'à épuiser ma patience. Comme passe-temps, je parcourus d'un bout à l’autre l'immense hôtel, alors désert et silencieux, qui reçoit en été jusqu'à six cents voyageurs à la fois. Dès l'aube, je me plaçai à la fenêtre, regardant du côté d’où semblait venir l'espèce de roulement de tonnerre que j'entendais depuis la veille. Je m'attendais à voir les premiers rayons du soleil éclairer les chutes. Il n'en fut rien; je n’aperçus que quelques maisons et des routes semées d'ornières ; mon hôtel se trouvait à plus d’un kilomètre du Niagara.

Je quittai mon poste après cette belle découverte, et je descendis juste à temps pour voir partir seul, dans une calèche à quatre places, sir John : plus prévoyant que moi, il s'était renseigné la veille et avait commandé une voiture. Il me regarda et son sourire me causa un certain dépit. A dix heures seulement, je fus à mon tour en possession d’un véhicule et d’un guide. Le soleil ne se montrait qu'à de longs intervalles à travers les nuages; un àpre vent du nord balayait le demipied de neige qui couvrait le sol, et les chevaux n'avançaient qu'au pas. Le grondement sourd, dont aucune comparaison ne saurait donner une idée, devenait plus marqué. Je m'enfonçai dans la voiture jusqu’à l'instant où mon guide me dit d’un ton flegmatique :

— Les chutes.

Je restai longtemps en extase, le regard fixe, muet, anéanti.

Je ne pensais pas, je contemplais épouvanté cette masse d'eau croulante, ces abimes vertigineux, cette nature désolée, La première fois que j'avais vu l'Océan, c'était par un beau jour de printemps: les flots tranquilles venaient mourir sur la grève qu'ils semblaient caresser avec mollesse ; mon attente avait été déçue, lei, au contraire, comme lorsque je pénétrai en novice dans une forêt vierge, le spectacle dépassait tout ce que j'avais rêvé; mon imagination était vaincue.

Une heure auparavant, j'admirais de fines gravures suspendues aux murs de l'hôtel, et qui représentaient le Niag'ara sous les aspects que nous connaissons tous : bouquets d'arbres verts, chemins sablés, maisons coquettes, belles dames et élégants cavaliers se promenant à travers un paysage aussi soigné qu'un parce anglais. L'hiver avait bien transformé cette scène : devant moi se déroulait un panorama sévère, morne, désert. Les roches qui, du côté des États-Unis, apparaissent par intervalles et dont les masses noires tranchent sur l'écume avec tant de vigueur, demeuraient cachées sous une couche de glace, tandis que la pointe de l’île de la Chèvre, blanchie par la neige, se confondait avec l'eau qui bouillonnait alentour. Je ne voyais qu'une masse de liquide de plus de mille mètres de largeur s’avancer avec majesté, puis se précipiter dans un gouffre qu'elle semble vouloir combler. On eût dit la mer rompant ses digues et débordant sur le monde.

Je ne cédai qu'à la longue aux importunités de mon guide, auquel ce tableau grandiose n'inspirait plus d'enthousiasme. Son premier soin fut de me conduire près du càble encore tendu sur lequel Blondin avait traversé, non pas les chutes — ce qui serait impossible — mais le Niagara encaissé, profond, roulant en larges nappes une onde encore frémissante.

Je m'engageai ensuite sur le grand pont suspendu, véritable merveille de hardiesse. Long de deux cent cinquante mètres, il domine la rivière d'une hauteur de quatre-vingts mètres. Je suivis la chaussée des piétons, l'étage supérieur servant aux

locomotives, et je compris alors qu'on a raison de consulter les voyageurs avant de se lancer sur cette voie aérienne plus large, mais peut-être moins solide que celle sur laquelle Blondin fabriquait son omelette.

Arrivé sur la berge du Canada, j'apercois à ma gauche la chute dite des États-Unis; en face, le fer à cheval de la chute principale. La berge qui longe le fleuve, élevée d'au moins cent mètres, se dresse partout à pie; une pluie perpétuelle, produite par l'eau qui rejaillit, couvre la neige d'un manteau de verglas, et partout où l’eau filtre avec lenteur, elle forme de fines aiguilles de glace qui atteignent une longueur de plusieurs mètres. Un rayon de soleil inespéré vient illuminer la scène; un arc-en-ciel se dessine dans le tumultueux tourbillon ; les roches étincellent sous leur couche de givre, l’eau qui se précipite prend des teintes bleuâtres; les aiguilles transparentes, irisées par la lumière, semblent encadrer les chutes d'une gigantesque monture de diamants.

Un nègre survient et m'offre de me conduire sous la courbe que décrivent les eaux du lac en tombant pour former le Niagara. Les gouffres attirent. J'accepte en dépit des remontrances de mon premier guide. Enveloppé de la tête aux pieds d'un vêtement imperméable, la semelle garnie de crampons, armé d'un bâton ferré, je m'engage sur la berge roide et polie comme un miroir.

Les premiers pas sont assez faciles; bientôt je marche contre la paroi d'un rocher lisse auquel je voudrais en vain me cramponner afin de maintenir mon équilibre; mais pour cela il faudrait posséder des doigts munis de ventouses, à l'instar des pattes de mouche. Le moindre faux pas nous précipiterait dans l'abîme ; mon nègre me le répète à satiété, et la position où je me trouve ne m'autorise pas à lui donner un démenti. Avant d'inviter un voyageur à tenter cette promenade périlleuse, on devrait au moins s'informer s'il est sujet au vertige. Sous la couche de glace que nous foulons existe un sentier taillé dans

le roc que les visiteurs suivent en été; mon guide me l'a affirmé el je le crois.

Nous arrivons au-dessous des aiguilles de glace, et je m'explique leur formation. Les bords de la berge surplombent, laissant tomber goutte à goutte une eau limpide qui se congèle et forme de véritables stalagmites. La route devient plus praticable, sinon plus facile; un faux pas ne serait plus une condamnation à mort sans appel. Nous nous engageons à travers les colonnes transparentes; tout à coup, à un bruit formidable, que le grondement de la chute ne parvient pas à étouffer, je baisse instinctivement la tête, C'est une des aiguilles qui, sapée par mon guide à l'aide de son bâton ferré, s'écroule en réveillant mille échos, À quelques pas plus loin, nous nous croisons avee un multre qui soutient un voyageur Uransi: je pousse un eri de surprise en reconnaissant sir John sous une carapace semblable à la mienne.

— Vous venez de la grotte? crie mon nègre au mulètre,

— Non.

— Vous y allez?

— Impossible de passer.

Mon guide, que j'interroge du regard, me montre deux rangées de dents blanches qui vont presque d’une oreille à l'autre, et s'empresse de répondre :

— C'est difficile, néanmoins on passe.

Je continue à marcher, tandis que l'Anglais s'abreuve à sa gourde et s'assied pour me suivre des yeux.

C'était difficile, en effet : je ne risquais plus de rouler dans les flots du Niagara, mais bien sous l'énorme masse d’eau dont le choc creuse chaque jour davantage un abîme déjà insondable. M'accrochant à la glace à l’aide de mon bâton ferré ou des crampons dont mes chaussures sont garnies, rampant tantôt à plat ventre, parfois sur le côté, roulant à droite et à gauche, non sans meurtrissures, n’entendant plus un seul mot

des conseils que m'adresse mon guide, j'arrive en face d’une

L'eau me couvrait d'une écume glacée.

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colonne d'eau qui me barre le passage et qu'il faut pourtant franchir. Je m'élance, el j'avoue que j'eusse été renversé sans la main de mon compagnon, qui broya la mienne.

J'en fus quitte pour une formidable douche et je me trouvui sur un terrain noirâtre, dans une demi-obscurité, au milieu d'une atmosphère comparativement chaude. Le nègre ne me Jâcha plus ; nous nous avançâmes à pas comptés le long d'un chemin si étroit, que deux personnes ne peuvent s'y tenir de front. Devant moi, l'eau s'agitait comme en démence, montait, s'affaissait, et me couvrait d'une écume glacée. Je m'adossai contre une roche. Au-dessus de ma tête s’arrondissait une vaste coupole d'un bleu verdàtre : c'était le Niagara. Le bruit assourdissant finit par me causer une douleur intolérable. Je voulus m'asseoir, contempler, réfléchir: vains efforts ! Une pensée, une seule, mais fixe, impérieuse, folle, m'obsédait : imposer silence à la cataracte, empêcher les flots de tourbillonner autour de moi. Une pierre se détacha du rocher et vint tomber à mes pieds, sur le bord même de l'abime: je me penchai pour la ramasser, puis je fis signe à mon guide que je désirais partir. Je repassai sans encombre sous la nappe d’eau et, aussitôt que je revis le ciel, je m'étendis sur la glace et respirai longuement. Mon nègre souriait.

L'espèce de cauchemar qui m'inspira l'envie de lutter contre le Niagara fut-il occasionné par le froid, par le manque d'air ou par une mauvaise disposition d'esprit? Je ne suis pas sujet au vertige, el je crois qu'il faut ranger un bruit assourdissant et continu au nombre des supplices infernaux.

Lorsque j'eus dépassé de nouveau les aiguilles, j'aperçus sir John près de la berge. Je me donnai la satisfaction d'agiter mon mouchoir en signe de triomphe. Hélas ! il n'était pas tricolore.

Je remontai lentement, et je n'eus plus qu'un instant de crainte : ce fut quand il me fallut franchir une seconde fois le

miroir de verglas qui pouvait me conduire si directement

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Uy4 A TRAVERS L'AMERIQUE.

dans les eaux de la rivière. Arrivé sur la berge, je me promis de ne plus retourner sous le Niagara, en hiver du moins.

Je visitai ensuite l’île de la Chèvre; je montai aussi sur la fameuse tourelle que les journaux américains annoncent de temps à autre avoir été entraînée dans le gouffre qu’elle domine, ce qui arrivera tôt ou tard. Du haut de la plate-forme, mes yeux plongeaient sur l’abime : je voyais l’eau s'avancer, puis courir avec une rapidité vertigineuse comme pour prendre son élan, se précipiter, se dresser en colonnes, retomberencore, suivre enfin les pentes que l'on nomme les rapides et passer ensuite calme, reposée, déjà transparente, sous le grand pont suspendu.

Je ne manquai pas non plus de parcourir les bords du lac Érié, dont les flots jaunâtres , fouettés par le vent, ajoutent sans cesse de nouvelles épaves aux arbres morts amoncelés sur la rive.

Je ne regagnai mon hôtel que le soir ; Rà j'appris que sir John venait de partir pour Buffalo; j'en fus fâché, comme un vainqueur qui se dispose à abuser de sa supériorité.

Buffalo, que je visitai à mon tour le lendemain, est une grande et belle ville aux rues régulières, monotones, tristes, sans doute à cause de leur ampleur. Au commencement de ce siècle, Buffalo n'était qu'un village à peine peuplé d’un millier d'habitants ; il en renferme aujourd'hui près de cent mille. Bien que située à cinq cents kilomètres de la mer, la ville des buffles, grâce au lac Érié et au canal qui la relie à New-York, est un port de première importance, un centre de fabriques et d’approvisionnement. C'est le grand point que rêvent d'atteindre les émigrants d'Allemagne qui, peu à peu, ont fait de cette partie des États-Unis un véritable pays d'outre-Rhin.

De Buffalo je me rendis à Pittsburg, où les rivières Alleghany et Monogahela se réunissent pour former l'Ohio, un des principaux affluents ‘du Mississipi. L'Ohio, aux flots

jaunes, court entre des rives plates qu'il inonde souvent, formant des marais que l’industrie reconquiert peu à peu. Cette belle rivière, deux fois aussi large que la Seine à sa sortie de Paris, tombe dans le Mississipi à Jefferson, après un cours de seize cents kilomètres.

Il y a cinquante ans, les contrées arrosées par l'Ohio étaient presque désertes. Les voyageurs ne se hasardaient guère dans ces-plaines autrefois habitées par un peuple industrieux dont on retrouve les traces à chaque pas. Au point de vue de l’ar-

chéologie américaine, l'État d'Ohio est le plus riche des États- Unis: par malheur, jusqu'à ce jour, les études des savants n'ont jeté aucune lumière sur le peuple mystérieux qui le couvrit d'édifices, peuple dont les Indiens ignoraient le nom.

Le paquebot à bord duquel j'accomplissais mon voyage d'exploration me débarqua un beau matin à Cincinnati; je me hâtai de sauter à terre et de me rendre chez le père de miss Mary. Il m'accueillit avec la cordialité d'une vieille connaissance, Sa fille était sortie, mais il m'invita à diner etenvoya sur l'heure prendre mes bagages à l'hôtel où j'étais descendu, jurant qu'aucun autre toit que le sien ne m'abriterait tant que Je séjournerais dans sa ville natale.

— Nous causons souvent de vous, Mary, John et moi, me dit le vieillard; à vous parler franc, je ne comptais guère vous revoir.

J'allais demander au docteur s’il avait un fils, lorsqu'une voiture s'arrêta devant la maison, et, qu'on juge de ma surprise, je vis entrer miss Mary appuyée au bras de sir John.

— Mon mari, me dit la jeune femme après m'avoir serré la main.

Puis elle me nomma à mon tour à sir John Burton. Nous étions donc enfin présentés.

À l'heure du dessert, je savais que le jeune baronnet, épris

de miss Mary, avait été brusquement informé de son départ pour l'Amérique. Sans hésiter, il avait rejoint le Scotia à

Queenstown et suivi le docteur jusqu'à Cincinnati. Là, il avait officiellement demandé la main de la jeune fille. Le docteur ayant réclamé huit jours pour formuler sa réponse, sir John, pour tromper son impatience, avait entrepris le voyage du Niagara. C'était par convenance que miss Mary choisissait toujours mon bras à bord; le brave Anglais voyait en moi un rival et m'en voulait naturellement.

— Qui se serait jamais douté de ce petit roman? dis-je à mon nouvel ami en lui serrant cordialement la main.

— C'est vrai, s'écria le docteur; qui, à bord, se serait douté que vous aspiriez à devenir mon gendre?

— Mais moi, répondit lady Burton, qui rougit et que son mari embrassa tandis que son père fredonnait l'air national américain de Yankee doodle.

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Théâtre chinois, — Un compatriote. — L Eldorado de Cortez, — Le village de San Francisco, — Un riche propriétaire. — Une salle de jeu. — A yankee, yankee et demi, — Un bon tiens faut mieux que deux tu l'auras,

Îl était cinq heures du soir lorsque, fatigué de bâiller d'une facon inconvenante, je me décidai à sortir du théâtre chinois de San Francisco, où la curiosité m'avait fait pénétrer. Les acteurs étaient-ils mauvais? Je ne le crois pas, car les Chinois dont j'étais entouré approuvaient d'un dodelinement de tête très-significatif les tirades qu'on leur débitait. Quant à la pièce — gros drame autant que je pouvais en juger par la longueur des poignards dont on se menaçait — il eût fallu, pour goûter ses mérites dramatiques et littéraires, posséder un savoir qui me manquait d’une façon absolue : la connaissance de la langue chinoise. D'abord les costumes, la mise en scène, la musique, les spectateurs, tout m'avait intéressé; mais après avoir vu pendant deux heures de véritables magots grimacer, brandir leurs sabres, se défier et parfois se pourfendre, sans que je pusse deviner la cause de leurs querelles incessantes, j'en arrivai à maudire l’art théâtral, sous forme chinoise, bien entendu.

Tout en m'obstinant à vouloir comprendre pour quel méfait le jeune Chinois qui remplissait le rôle de la princesse était

sans cesse menacé de mort, je gravis machinalement une des nombreuses collines sur lesquelles est construite la capitale de la Californie. Laissant bientôt les maisons derrière moi, j'avisai un grand arbre isolé, au pied garni de mousse, siége moelleux sur lequel je m'établis. Du point où le hasard m'avait amené, mes yeux plongèrent sur la ville et sur la baie de San Francisco, spectacle grandiose qui me fit vite oublier mon incompréhensible drame chinois.

À ma gauche, le soleil atteignait presque l'horizon, et ses rayons, embrasant les flots bleus de l'océan Pacifique, me rappelaient cette mer Vermeille qui baigne les côtes de la basse Californie, et qui porte aussi le nom de mer de Cortès. Cà et là, des voiles blanches, gonflées par une faible brise, faisaient glisser sur des flots d'or une embarcation de pêcheur, ou entraïnaient indolemment un navire vers la haute mer. À mes pieds, l'immense baie de San Francisco hérissée de mâts au haut desquels flottaient les pavillons de toutes les nations maritimes, tandis que la ville, avec ses quais sur pilotis, ses rues montantes et descendantes, ses bâtiments et ses édifices improvisés, bourdonnait comme une immense ruche en travail.

J'étais perdu dans mes contemplations lorsqu'une voix, résonnant au-dessus de moi, me demanda poliment du feu. Mon interlocuteur tenait un cigare et s'exprimait en français. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, blond, au visage énergique, à l'œil perçant. En réponse à sa demande, je lui présentai mon briquet. Il me remercia, et, après avoir aspiré plusieurs fois la fumée de son cigare, il s’assit tranquillement près de moi.

— Belle vue et beau pays, me dit-il en étendant le bras vers la mer et en le ramenant peu à peu vers les montagnes.

— Êtes-vous donc Francais, monsieur? lui demandai#e en guise de réponse.

— Mais oui, je suis de Boulogne-sur-Mer et par-dessus le

marché, votre voisin de chambre à l'hôtel de la Sonore; c'est

done à titre de compatriote que je me suis permis de vous demander du feu.

— Vous habitez San Francisco?

— Momentanément, oui.

Je regardai de nouveau la baie que traversait un steamer, et mon compagnon parut s'absorber dans la contemplation de la ville.

— Je crois rêver, me dit-il soudain, lorsque je me reporte par la pensée à dix années en arrière, en 1845. A cette époque, monsieur, cette baie, où se pressent aujourd'hui mille navires, en voyait apparaître un chaque mois. Quant à la grande cité qui mugit à nos pieds, elle comptait environ cinquante maisons.

— Vous avez visité la Californie avant qu'elle appartînt aux États-Unis ?

— En 1845. J'avais lu les vieux auteurs espagnols et je savais que Cortès, après la conquête de Mexico, avait lui-même exploré les côtes du Pacifique, à la recherche de l’Eldorado. Charles-Quint avait encouragé le conquérant dans cette entreprise, mais celui-ci ne dépassa guère la basse Californie. Poussé par je ne sais quel instinct, je me mis en quête de ce pays d'or vainement cherché par Cortès, et j'abordai un beau jour sur cette plage stérile en apparence. J'y demeurai près de six mois; convaincu que le sol était fertile, le pays agréable, le climat sain, je résolus de m'y établir, et j'achetai, en compagnie d’un de mes amis, tous les terrains que vous avez sous les yeux.

— Tous les terrains que nous avons sous les veux ! répétaije en me tournant vers mon interlocuteur. | + Tous, me répondit-il en aspirant à petits coups la fumée de son cigare, y compris l'emplacement sur lequel est bâtie la ville que nous dominons.

— L'emplacement sur lequel est construit San Francisco vous a appartenu? repris-je en scandant mes paroles.

— Il m'appartient encore, s'il vous plait, et cela d'une façon si incontestable que le gouvernement américain m'offre en ce moment dix millions de dollars en échange de mes titres de propriété.

— Et vous acceptez?

— Je refuse, je veux vingt millions.

Je crus avoir affaire à un cerveau troublé, comme J'en avais tant vu à l'époque où la découverte des gisements aurifères entraînait vers la Californie des flots d'émigrants. Mais mon compagnon parlait si tranquilement, si sérieusement, que je ne savais trop que penser.

— Oui, reprit-il enfin, quoi que je fasse, derrière cette populeuse cité je revois sans cesse le misérable village fondé par les missionnaires franciscains en 1776, village qui, en dépit de sa position exceptionnelle, avait si peu prospéré que, lors de ma première visite, il comptait à peine deux mille habitants. J'ai vu disparaître un à un les pauvres Indiens qui vivaient sur cette plage; partout et toujours la civilisation européenne aura été fatale aux races de couleur. |

— Par quel hasard, demandai-je, vous êtes-vous rendu acquéreur de ces terrains? Aviez-vous donc prévu l'avenir de la Californie?

— Pas le moins du monde. Ainsi que je vous l'ai dit, j'étais venu chercher de l'or; il y en avait à foison comme nous le savons aujourd'hui; je ne sus pas le trouver. Lorsque j'achetai les terres qui nous entourent, j'étais découragé, faligué de voyager, et il me vint à l'idée de cultiver la vigne, qui, de tout temps, a poussé d'une façon merveilleuse en Californie. Je rêvais d'approvisionner de vin les deux Amériques, de faire concurrence à l'Europe. Par malheur, j'avais compté sans l’indolence des Indiens, et, faute de bras, je dus renoncer à mon projet. Décidé à regagner la Sonore, je voulus

en vain revendre les terrains que j'avais achetés; même au prix le plus insignifiant, je ne pus trouver d’acquéreur. Je

partis emportant mon parchemin, et je me mis de nouveau à la recherche de l'Eldorado rèvé par Cortès et près duquel je venais de passer sans m'en douter.

— Comment n'avez-vous pas fait valoir vos droits aussitôt après la cession de la Californie aux États-Unis, dès l’agrandissement de San Francisco?

— Vous oubliez, mon cher compatriote, que l'agrandissement de cette ville a été en quelque sorte foudroyant. En moins de six mois, le village dont je possédais la plus grande partie devint une ville considérable et, devant les premiers émigrants, j'aurais reçu quelque balle de revolver à travers la poitrine si J'avais osé parler de mes droits. Néanmoins, je les eusse fait valoir si, comme je viens de vous le dire, je n'avais été perdu alors dans les profondeurs de la Sonore. Aujourd’hui, le droit du plus fort n’est plus le seul à régir ce beau pays, et j'attends mes vingt millions de dollars avec confiance.

La nuit venait ; mon compagnon se leva et je le suivis. Nous rentrâmes dans la ville par le quartier chinois, et, en défilant entre deux rangées de petites boutiques, éclairées par des lanternes multicolores, je pus me croire un instant dans une cité du Céleste Empire.

San Francisco est la ville la plus poudreuse du globe, car les collines sur lesquelles elle est assise sont des dunes dont la moindre brise jette aux yeux la poussière fine et blanche. Bâtie au hasard et fiévreusement, les maisons grimpent se cramponnant aux pentes les plus escarpées, sans aucun souci de la commodité des piétons. D'abord construite en planches, la

ville, plusieurs fois détruite par des incendies, se reconstruit peu à peu en pierres. Du reste, on a beau travailler sans relâche à l'édification de nouvelles habitations, San Francisco est toujours trop étroit pour le nombre d’âmes qu'il renferme. Il faut être très-riche à San Francisco pour posséder en propre un logis ; aussi la majeure partie des habitants vivent-ils à l'hôtel, et, bien qu’elle compte près de quatre cent mille habitants, la

Ville d'or, comme la nomment les Américains, n'est encore en 4 réalité qu'un vaste campement. ?

Mais chaque jour la civilisation accomplit là quelques-uns de ses prodiges : les rues s'alignent, se pavent, se garnissent | de trottoirs. La police, si elle laisse encore beaucoup à désirer, 4 commence néanmoins à protéger les habitants contre ces } bandes de malfaiteurs de toutes les nationalités, accourues là dès la première heure. La fièvre de l'or a fait place à celle de l'agriculture, et les blés de Californie apparaissent maintenant ' sur les marchés européens. San Francisco, bien que peuplé en majorité d'Américains, n’a point l'austérité des villes qui bordent l'Atlantique, et le dimanche y est un jour de réjouissance. Point de misère dans cette bienheureuse ville qui ne connaît point le papier-monnaie, et où, à l'époque où j'écris, le dollar peut être considéré comme l'équivalent de notre frane. Cette prospérité durera-t-elle? Oui, si l’on considère qu'un tiers du pays seulement est cultivé, et que de vastes espaces, où peuvent croître les céréales d'Europe et les produits tropicaux, restent encore à défricher.

Mon compagnon, après m'avoir promené dans les quartiers d'une ville trop souvent décrite pour que je me hasarde à en donner un croquis qui ne sérait plus vrai à l'heure présente, m'invita à dîner et me raconta plus au long son histoire, Il se plaignait avec amertume de son associé, dont les exigences, disait-il, entravaient la bonne volonté du cabinet de Washington, décidé à en finir au plus vite avec une créance à laquelle l'accroissement incessant de la ville donnait chaque jour une incalculable plus-value.

Le Boulonnais m'avait accompagné dans ma chambre, et nous causâmes longtemps. Vers dix heures du soir, des cris et un coup de feu retentirent au-dessous de nous.

— Que se passe-t-il? m'écriai-je.

— Oh! quelque différend entre deux joueurs.

Nous descendîmes; la détonation que nous avions entendue

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