A TR.U'ERS L'AMÉRIQUE
Car, si le climat influe sur les végétaux, sur les minéraux, sur les plantes, il influe encore bien davantage sur le caractère, le tempérament et par conséquent sur les mœurs et usages des hommes.
Tous les Français qui étaient à bord trouvaient du meilleur ton, comme aussi d'un goût parfait, de répéter tout haut devant les Américains :
« Quel vilain peuple ! quel peuple de voleurs ! quels liommes grossiers, mal élevés, communs, vulgaires ! »
Les Américains ont l'air bien habitués à ces j)hrases-là,ils se contentaient de hausser les épaules.
Mais cela m'a fait songer à un Chinois très-intelligent, qui me disait un jour :
« Qael peuple spirituel, aimable, que le peuple français ! oh oui, j'aime beaucoup le Français ! mais tel qu'il est en France et non tel que je l'ai vu en Chine ! »
Eh bien! dans tous les pays où j'ai rencontré des Français, j'ai fait cette remarque, qu'à l'étranger, il n'est plus le même et qu'il ptrd beaucoup à ce changement.
Lorsque, comme moi, on a le bonheur de ne pa
craindre la mer, de n'y élre pas malade, une traversée est une chose amusante et l'on peut y faire des études curieuses; il se passe à bord des^ comédies burlesques, sentimentales quelquefois.
Le docteur du Saint-Laurent, un homme d'esprit (un peu trop rabelaisien), est doué ^d'un vif esprit d'observation; il a fait un journal, espèce^de lanterne magique où l'on voit défiler les types les plus excentriques comme les plus gracieux. Ce journal, impression de bord, serait un j etit^ volume humoristique, très-amusant ; il y a là :
Biographie de la passagère, du passager, voire même la biographie du mal de mer.
Un chapitre intitulé :
La flirtation à toute vapeur 1
Etude très-réussie.
Et un autre, non moins'amusant, intitulé :
Le marin à bord.
Ce bon docteur aurait pu y ajouter la biographie de la peur.
Comme ce sentiment rend les hommes laids et désagréables !
Il faut convenirj que cette traversée du Grand
Océan n'est pas sans danger et en tout cas elle est dure.
On dirait que les éléments se liguent pour empêcher les habitants du vieux monde d'aller vers le nouveau.
Tout le temps, vous avez le vent contraire ; la vapeur, comme un coursier essoufllé, fait entendre un mugissement désespéré contre ces vagues gigantesques qui prennent le bateau par le devant, essayant d'enlraver sa marche ; les mâts secoués par la tempête font entendre un bruissement lugubre ; dis cinq heures, un brouillard épais s'étend sur la mer ; on ne peut i)lus apercevoir un bateau à vingt mètres, et alors la cloche se met en branle, son tintement aigu résoni>c toute la nuit à votre oreille; elle a l'air de vouloir vous rappeler qu'à chaque minute vous pouvez vous heurter contre un bateau, ou contre une montagne de glace, et qu'une minute suffira pour engloutir bateau et passagers dans les profondeurs de l'Océan.
L'année 1868 a été une des plus mauvaises années pour la traversée de l'Océan. Jamais, paraît-il, on n'avait eu des montagnes de glace aussi gigantesques
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et aussi nombreuses, pendant le jour. Lorsque le soleil dore ces masses et fait resplendir la glace de mille feux, le coup d'œil est vraiment fort beau.
Pendant trois jours, le Saint-Laurent a été entouré par ces blocs colossaux, dont quelques-uns avaient cinquante mètres de hauteur au-dessus de l'eau et le double en dedans. Ils descendent avec rapidité des mers du nord et voguent sur l'Océan au gré du courant, brisant, anéantissant tout sur leur passage. Malheur au bateau qui s'y heurte, il sombre en un instant et, en une minute, des centaines d'êtres humains ont cessé de vivre.
Que deviennent les âmes?
Remontent-elles au-dessus de l'onde pour retourner à l'infini ? Qui le sait ! Notre grand maître, notre poëte, le génie du dix-neuvième siècle l'a dit :
L'avenir, l'avenir, mystère!
Toutes les choses de la lerre, Gloire, fortune éphémère, Couronne éclatante des rois, Victoire aux ailes embrasées.
Ambitions réalisées, Ne SDiit jamais sur nous posées Que comme l'oiseau sur nus toits.
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Ce qu'on nomme le Trou du diable^ le point central de l'Océan, offre, paraît-il, un grand danger. Dans cet endroit, en effet, les vagues paraissent vouloir vous engloulir et vous attirer dans un fond béant; on sent en dessous du bateau comme un mugissement souterrain, quelque chose d'épouvantable; le bateau lutte contre un tourbillon gigantesque et furieux.
J'avoue que, sur ces grands et solides steamers de la Société transatlantique, on se sent en sécurité; ils ont cent mètres de long; ils sont construits de façon à pouvoir lutter contre les fureurs de l'Océan ; leurs commandants sont tous des vieux loups de mer habitués à celte navigation périlleuse ; mais franchement je n'aimerais pas faire celte traversée sur certains petits bateaux de diversescompaguies.Lorscju'oi voit des colosses comme le Saint-Laurent^ le Pereirel la Ville-de-Paris ^ avoir tant de peine à lutter conttM le déchaînement des vents et des flots, on plaint d^ tout son cœur les passagers de ces petits bateau] qui passent de temps en temps près de vous. j
L'origine dis paijucbots en France remonte aï règne de Louis-Philippe. Plusieurs bateaux à vaped
NORTH AMERICA. lOS*
de 160 chevaux de force, quelques-uns de 240, construits par l'État et par des particuliers, furent ciiargés à cette époque du transport des dépêches et des passagers sur les points principaux du Httoral de la Méditerranée ; ces paquebots étaient commandés par des lieutenants de vaisseau, et armés par des marins de l'État; ils relevaient du ministère des finances et de la direction des postes.
L'on s'aperçut bientôt que ces navires soumis à un régime militaire dépensaient beaucoup et remplissaient imparfaitement le but que l'on s'était proposé.
Les négociants et armateurs de Marseille, et en première ligne la maison Rostan, furent les promoteurs du service actuel ; des subventions pour desservir des lignes déterminées furent accordées par le gouvernement à ces compagnies ; les navires employés par l'État furent cédés à la compagnie des Messageries impériales qui a eu le bonheur d'avoir à la tête de son administration, et dès sa formation, deux hommes remarquables, M. Albert Rostan, organisateur, et M. Simmons, financier; plus tard M. Rostan a cédé sa place à M. Réhic, excellent administrateur aussi.
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Les transports militaires, matériel et personnel, pendant la guerre de Crimée ont fait la fortune des Messageries impériales; c'est de cette époque que date la puissance de celte compagnie ; ses actions avaient triplé de valeur; aussi, quand il s'est agi de créer les lignes du Brésil et de riiido-Cliine, elle s'est procuré les fonds nécessaires avec la plus grande facililé.
Comme on le sait, la conjpagnie des Transatlantiques s'est formée peu de temps avant la guerre du Mexique ; les Pereirc en ont été les principaux Iondateurs. Ses paquebots ont atteint en peu d'années un degré de perfection très-remarquable ; ils sont presque tous à hélice. Ceux des grandes lignes, comme du Havre à New-York, ont des machines de 500 à 800 chevaux ; leur longueur augmente à chaque nouvelle construction ; le Pereire a plus de cent mèlres; leur largeur varie entre douze et treize mètres.
Commaudants et officiers sont excellents marins; officiers, mécaniciens, chauffeurs, matelots et soutiers sont en nombre sullisant pour parer à un accident.
La cuisine à bord des paquebots transatlantiques
NORTH AMEKICA. 107
est Irès-sainc, même choisie pour l'équipage, et elle est recherchée et très-variée pour les passagers; le service de la table est vraiment somptueux ; les repas se succèdent de façon à satisfaire les estomacs les plus exigeants.
Café, thé, ou chocolat, dès sept heures, servis dans sa cabine ou dans le salon ; déjeuner complet à neuf heures, lunch à midi, dîner à cinq heures ; thé et grog à huit heures ; là où la mer contient une telle quantité de glace que dans les mois les plus chauds elle est toujours abondante, à toute heure, les passagers peuvent en avoir. Cette glace sert à conserver la viande et le poisson embarqués au départ.
La traversée de France en Amérique est plus fatigante en ceci qu'on ne touche jamais terre.
On reste constamment au milieu de celte immensité d'eau; l'on ne peut faire des vivres nulle part.
Toutes les provisions, voire même le lait, sont si bien conservées dans la glace, que tout cela reste frais; mais je l'avoue, si les premiers jours je mange très-volontiers, les derniers, par contre, je ne puis manger que les légumes et la viande salée. La pensée que poisson et viande sont sur le bateau
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depuis huit ou dix jours me contrarie légèrement.
Les paquebots des Messageries, comme aussi ceux du Transatlanticjuo, sont admirablement construits; si bien que la partie nautique est tout à fait séparée de remplacement laissé aux passagers pour que ceux-ci puissent danser, chanter et s'amuser sans troubler le service ; cela a le grand avantage de donner la possibilité de dissimuler les accidents comme les dangers aux passagers, qui, il faut bien en convenir, sont peu braves.
Qu'il me soit permis d'adresser une petite malice au sexe fort... Son courage sur mer n'est pas à la hauteur de celui du sexe faible; tous les marins vous diront que la femme, au moment du danger, montre plus de sang-froid et de stoïcisme pour considérer la mort en face...
Le capitaine Duchesne, l'excellent marin qui commande le Pereiie^ me contait qu'un jour, sur le bateau qu'il commandait avant le Pereire, une voie d'eau effrayante se déclara; il fallait à tout prix fermer l'issue aux flots, sans quoi le bateau s'engouffrait dans l'abîme sans fond; l'équipage étant insuffisant, on appelle les passagers... les femmes accou-
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rent et, avec une énergie toute virile elles se mettent au travail. — Les hommes étaient pris d'un redoublement de mal de mer..,' seul un Anglais bondit bors de son lit, ses dents claquaient de peur et de froid ; il gelait à pierre fendre, pourtant il se mit au travail, en simple caleçon, sans souliers et sans bas.
Pendant cinq heures, il a travaillé ainsi tout en récitant à haute voix la Bible.
C'est ce môme commandant Duchesne qui a eu la quille de son bateau emportée par un abordage, et il a manœuvré avec tant d'adresse et de sang-froid qu'il est parvenu à ramènera terre sa moitié de bateau.
C'est lui encore qui a sauvé, par une savante manœuvre, le Pereire, l'an passé, lorsqu'il a reçu cette trombe d'eau.
L'homme le plus courageux à terre devient un enfant sur mer; un rien l'inquiète, un rien le rend nerveux... Si l'on stope, il court effaré vers le capitaine et lui dit : « Qu'y a-t-il? »
Il voudrait qu'on lui expli(|uàtlc pourquoi de toutes les manœuvres... Aussi les capitaines se tiennent-ils fort loin des passagers afin d'éviter ces ques-
lions oiseuses qui se renouvelleraient à chaque minute.
Tous les capitaines vous diront qu'il est trèsheureux que l'éloignementde la partie nautique soit assez grand pour pouvoir cacher les petits accidents aux passagers encore plus qu'aux passagères, car leur sang-froid fait place bien vite à une fièvre de peur fort agitée et fort gênante pour la manœuvre.
Lorsque l'Impératrice^ paquebot des Messageries, inaugurait le service de Suez à Hong-Kong en 1862, à doux cents lieues d'Aden, à huit heures du soir, le feu se déclara dans la soute au charbon déterre... Le commandant, tout en donnant les ordres nécessaires pour éteindre l'incendie, voulant éviter les cris, les pleurs, le tapage des passagers et les empêcher de Iroublor les travailleurs dans leur tâche d'arrêter les progrès du feu, défemlit qu'on leur en |)arlàt fit illuminer l'arrière du navire, et leur dit : « L teuq)s est superbe, la nuit chaude, le bateau ne re mue pas, il glisse sur l'onde calme ; permettez-moi de vous offrir un bal. » Ils acceptent avec reconnaisJI sance. On place une toile, (jui seule leur masquait
les manœuvres faites pour maîtriser l'incendie ; ils ont dansé jusqu'à deux heures du matin, puis sont allés se coucher fort tranquillement sans se douter du danger qu'ils couraient.
Pendant toute la durée du bal, les officiers et les matelols se livraient sur l'avant et au milieu du navire à un rude et périlleux travail ; tous étaient silencieux et très-préoccupés de ne point effrayer les passagers.
La grande difficulté à vaincre surles paquebols pour arriver à rendre la vie à bord tout à fait confortable pour les voyageurs, c'est la question du coucher. L'espace est restreint ; il faut superposer les couchettes... Y a-t-il quelque chose de plus odieux qu'une de ces cabines avec quatre ou six lits? avoir au-dessus de sa tête un voisin qui a le mal de mer!
Se trouver enfermé dans une petite prison, force de supporter le voisinage d'inconnus !
J'ai fait douze traversées sur les différentes mers; ma bonne chance a voulu que jamais je n'aie eu de compagne de cabine, et j'ai apprécié ma solitude comme un bonheur des plus grands.
Si l'on pouvait inventer un système de petites cabines pour une seule personne, le voyage alors deviendrait la moitié moins pénible.
On peut se payer le luxe d'une cabine entière, me dira-t-on... Ceci est possible à un Crésus et ils sont rares... De Marseille à IIong-Knng, chaque lit représente 5,000 francs; on payerait donc une cabine à quatre lits (les plus petites en ont quatre) 12,000 francs I
Au milieu des justes éloges que je décerne aux constructeurs des paquebots transatlantiques, je dois reconnaître cependant qu'ils ont manqué complètement de courtoisie envers les dames... En plus de la salle à manger commune aux deux sexes, les hommes ont un très-joli petit salon fumoir sur le pont; il est en plein air, bien aéré ; il a de nombreuses fenêtres, il se trouve sur le milieu du bateau là où le roulis se fait le moins sentir... Les femmes ont un salon aussi, mais on le place dans l'intérieur du bateau, ne prenant jour que dans les corridors intérieurs ; une légère cloison le sépare de la machine, si bien que, dans ce salon, on a le désavantage de
sentir l'odeur de la graisse brûlée de la machine, d'entendre son bruit abasourdissant et de manquer d'air et de vue.
Les administrateurs de ces paquebots devraient bien se souvenir que le titre de Français oblige et installer ailleurs unjoli petitsalonpour les dames. ..ou, ce qui serait encore plus naturel, ce me semble, donner le bon aux femmes et abandonner le mauvais au sexe fort. Il est si galant ! il ferait ce sacrifice avec joie !
Mais, en tout cas, il faut changer la place du salon des dames.
La science de la navigation est vraiment une des plus belles et des plus surprenantes à mes yeux ignorants , comme difficulté vaincue.
Cet Océan immense et uniforme me paraît être un vrai labyrinthe, et pourtant nos marins s'y reconnaissent si bien, qu'ils ont établi comme un boulevard au milieu de lui; ils suivent ce tracé sans dévier de cinquante mètres à droite ou à gauche. Tous les bateaux allant et venant de New- York suivent ce boulevard qui a deux cents mètres de large au plus. Aussi se rcncontrc-t-on, se passe-t-on à côté à
m k TRAVERS L'AMERIQUE.
portée de fusil ; en temps de brouillard , par exemple, c'est un danger de plus, et les ca|)itaines restent toutes les nuits à leur poste d'observation, sur la passerelle; quelque temps qu'il fasse, ils sont là.
Quel rude métier, et quelle dose de courage il faut pour l'accepter.
Le marin a celte différence avec le soldat : ce dernier voit le danger en face, une fois, deux dans sa vie, alors qu'il est à la bataille ; la bataille perdue ou gagnée, la lutte est finie, le danger n'existe plus, il peut reprendre sa vie calme.
Mais la bataille n'est jamais terminée pour le marin, le danger est toujours devant lui, terrible, menaçant.
La mort lui apparaît constamment: il n'est jamais sûr de la minute d'a|>rès.
Il doit lutter, lutter sans cesse; sa vie n'est qu'une longue lutte contre les dangers les plus terribles, l'eau, le feu, la tempête.
11 doit veiller jour et nuit; une seconde de distraction, et c'en est fait de son bateau, de la vie de centaines de personnes.
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On voit sur le l)ateau tous les marins, depuis le mousse jusqu'au capitaine, le front soucieux; c'est que tous sentent qu'une imprudence, qu'une manœuvre mnl faite, peuvent compromettre la vie de tous.
Certes, entre connaître l'art de la stratégie militaire, qui consiste à surprendre son ennemi, lui tuer le plus d'hommes qu'il esl possible, ou cette science difficile et compliquée de la navigation, qui comprend l'astronomie, les mathématiques, la connaissance exacte du globe, compas par compas, de combien la seconde est plus admirable, plus grandiose, comme aussi plus utile !
Pour être marin il faut être savant, et il faut avoir ce courage stoïque qui vous rend capable, non-seulement de braver la mort une fois, dix fois dans sa vie, mais bien vingt fois par jour, et souvent à toute heure, à toute minute.
Le marin est un homme à part. A ce spectacle sublime de l'infini, à se trouver presque toujours sur cette mer sans limites, avec ce ciel sans fin au-dessus de lui, à cette vie de contemplation, d'isolement, il devient rêveur, quelque peu poète; il
admire les grandeurs de la nature tiQp souvent poui pouvoir attacher autant de jtrix que les autres hommes aux grandeurs terrestres toutes de con> vention.
Les marins sont moins dominés par cette ambition qui dévore tant d'hommes ; ils prennent enfii la vie comme elle doit être pri>e, comme une chosi éphémère, qu'un rien, un choc comme un soufll peuvent détruire.
De plus, le marin est bon, loyal, philosophe, i prend gaiement son parti des ennuis et des chagrin inhérents à la vie.
Par l'instruction qu'il est forcé d'avoir, par sa vi active, par les services qu'il rend à la société e aussi par sa nature et son caractère, c'est riionim le j)lus sympathique et le plus digne de synq)athi de la famille humaine.
L'arrivée à New-York ne donne pas une idô( exacte des beautés grandioses de la nature du Noi veau-Monde.
La ville vous apparaît d'abord sous son plus vilail aspect.
Aucun beau monument ne se trouve à j)ortée
vue des arrivants. On n'aperçoit qu'une multitude de toits plats, surmontés de milliers de tuyaux de cheminée, comme dans les villes d'Orient. New- York ne possède pas de beaux quais ; ce qui porte ce nom n'est qu'une large route, d'une saleté révoltante, bordée de mauvaises masures de bois.
Chaque compagnie a construit sur la rivière une espère d'immense hangar. Le bateau vient se mettre à l'ancre tout auprès; on jette un pont et les voyageurs se trouvent dans ledit hangar ; les marchandises, les bagages y sont apportés ; la douane y envoie des hommes pour visiter les bagages.
Certes, s'il est une invention bien faite pour dégoûter des voyages, c'est bien la douane. Peut-on imaginer quelque chose de plus odieux que le droit donné à des hommes, qui n'ont pas toujours les mains propres, de fureter dans vos caisses, de prendre un par un vos effets, de les éparpiller, déplier, salir ; et de nous forcer, nous, à les regarder faire, sans avoir le droit de nous fâcher !
La douane a quelque chose de barbare, de grossier, qui attente à la liberté tout comme à la dignité de l'homme.