JOURNAUX ET JOURNALISTES AMÉRICAINS
Les principaux journaux du monde sont, sans contredit, ceux de New-York.
Ils sont montés sur une échelle colossale, et leur influence est immense. On peut dire qu'ils dirigent le pays.
Les journaux du matin sont les seuls, toutefois, qui exercent une réelle influence politique.
Il y en a quatre qui se vendent à quatre sous le numéro. J
Ce sont le Herald, le Times, le World et la Tri-^ hune; un qui se vend à deux sous, le Sun. Enfin, un autre (jui ne se vend pas, mais qui est servi niix abonnés, le journal of Commerce.
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Tous les autres n'ont pas d'abonnés dans la ville et pas de porteurs. Leurs numéros sont vendus en bloc, à des hommes qui les font détailler sur la voie publique.
La ville de New-York, comme je l'ai déjà dit, a loujours été et est encore une ville exclusivement démocratique, elle Ta prouvé aux dernières élections en donnant une immense majorité à M. Seymour, le rival du républicain Grant.
Le World cependant est le seul organe démocratique de la ville.
La Tribune représente le parti radical ou juste railieu, parti généralement fort injuste dans tous les pays.
Le Herald, dirigé par un homme éminemment intelligent, qui possède une adresse merveilleuse et une gninde finesse d'intuition, fait un genre de politique qu'on peut nommer une politique de diagnostic...
M, Gordon James Bennett excelle dans l'art de pressentir les idées et les positions nouvelles, comme aussi les changements, et il arrive toujours si bien à
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temps pour devancer l'opinion, que l'on peut .s'imaginer qu'il l'a dirigée !
Il 'est un mot vulgaire, mais qui rend biçn toute ma pensée... M. Gordon Bennelt a le flair.
Il estd'orii^ine écossaise, il est arrivé fort jeune à New-York. Ne possédant pour toute fortune que son adresse et son intelligence, il a su si bien tirer parti de l'une et de l'autre, qu'aujourd'hui il possède une fortune colossale, qui se chiffre par une vingtaine de millions de dollars.
M. James Gordon Bennett est un superbe vieillard de soixante-dix ans, ayant le grand air et la parfaite courtoisie du seigneur écossais.
Madame Benett est une excellente femme, d'une Irès-grande bonté, elle est fort avenante à tous, et surtout aux artistes, qu'elle se plaît à protéger ; elle a le salon le plus agréable de New-York, et elle en fait les honneurs avec la meilleure grâce du monde. L'immense position de son mari lui fait bien quelques envieuses, et plus d'une femme dévorée d'un jaloux dépit la déchire à belles dents.
Le Sun, journal républicain, d'une nuance j)ourtant moins prononcée (juc la Tribune, est dirigé par
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M. Charles Dana, ex-secrélaire général au ministère de la guerre sous la présidence de Lincoln.
Né dans l'Etat de Massachusetts, M. Dana est un vrai Yankee, il aime son pays avec une fervente adoration, et il le sert avec zèle; c'est un homme d'un profond savoir, d'une grande érudition. Il parle l'allemand, le français et l'italien fort purement, et toutes les littératures de ces contrées lui sont familières.
Autant en politique que dans sa vie privée, ce qui dislingue M. Charles Dana, c'est un caractère d'une parfaite honnêteté ; aussi jouit-il de l'estime de tous ; même ses ennemis politiques rendent hommage à son honorabilité et à son intégrité!
Ces qualités sont si rares en Amérique, qu'il est de toute justice de les signaler lorsqu'on les rencontre.
On croit généralement, en Europe, que la presse américaine est dirigée, par des étrangers, des Anglais, des Hollandais ou des Allemands. C'est une erreur.
Tous les grands journaux do New-York, sauf, bien entendu, les deux journaux français le Messager franco-américain ci le Couirier des Élals-Ums, ainsi
que les feuilles écrites en allemand, sont rédigés par des Yankees.
M. James Gordon Ccnnelt est Ecossais, il est vrai, mais il habite les Etats-Unis depuis cinquante ans.
Le docteur Pulnam, le principal collaborateur du Herald f n'est pas né en .Amérique, mais il y est venu dès sa plus tendre enfance.
M. Hudson, qui longtemps a contribué au succès de ce journal et y a collaboré pendant trente ans, est aussi arrivé fort jeune aux Etals-Unis.
La Tribune est dirigée exclusivement parM. Horace Greeley et par M. Young.
M. Greeley est né dans l'Etat de Vermont; il est pur Yankee par conséquent.
Cet écrivain est une des personnalités les plus remarquables du Nouveau-Monde, il a un type, un, caractère fortement accentué.
Il tient de M. doGirardin et de M. Yeuillot tout à| la fois.
De M. de Girardin il possède l'esprit juste et pratique, il sait prévoir les résultats, indiquer les points! défectueux de toute chose avec une rare perspicacité. Il a une grande spontanéité ot une grande justesse de
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vue, et il aimé entourer ses idées dans des phrases excentriques, incisives et ronflantes; il aime les titres à grands effets; son influence politique est presque égale en Amérique à celle qu'exerce M. de Girardin en France ou plutôt en Europe.
Il tient de M. Louis A^euillot, non certes par les idées bigotes, mais par l'àpreté violente de sa polémique.
M. Horace Greeley est petit de taille, il est chauve, sa figure est fortement colorée, il ne porte aucune barbe, ses yeux sont petits et pétillants de malice ; il a la riposte vive et la saillie spirituelle.
Il nffecte une toilette des plus négligées. Des pantalons trop courts laissent voir des souliers lacés et une chaussette qui retombe sur eux; les manches de ses paletots rappellent celles de ces collégiens qui ont grandi : elles remontent aux coudes.
On le rencontre souvent dans les rues, sans chapeau, sans cravate, gesticulant et tenant tout haut un petit discours ; les gamins se mettent à le suivre, leurs éclats de rire rappellent l'écrivain à sa position réelle, et alors il s'aperçoit de son désordre de mise, il affecte d'en être confus.
Est-il original de nature, ou pose-t-il pour l'originalité? Tliatis the question.
M. Greeley professe une antipathie très-grande contre la France et contre tout ce qui est français. Lorsqu'on parle de Paris devant lui, ses yeux brillent d'un feu sombro, on y aperçoit des éclairs haineux. Pourquoi déte^te-t-il tant la France ?.. .
Je pourrais bien le dire, et l'on verrait que souvent une chose futile produit un résultat sérieux, mais je ne le dirai pas.
On ne connaîtra pas la j)etite mésaventure arrivée dans Paris à ce bon M. Greeley; mésaventure qui a fait naître en son âme celte haine profonde pour la France.
M. Young lui aussi est Yankee ; il est né dans la Pennsylvanie.
Le World est dirige par M. Marble, de New-York, et par M. Henry Hurlbert, de New-York aussi.
Ce dernier est un des plus brillants journalistes des États-Unis. On peut dire de lui qu'il ne met pas de l'anglais en anglais, mais bien plutôt du français en anglais.
La langue anglaise est très-riche, très-belle,
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mais elle manque un peu de souplesse et encore plus de finesse ; c'est la langue business par excellence. Elle est pratique, va droit au but ; elle est brève, concise. Avoir de l'intelligence, du savoir, en anglais c'est facile, mais avoir de l'esprit, franchement c'est impossible. Aucune langue au monde ne prête moins aux jeux de l'esprit, aux détours ingénieux, aux métaphores poétiques que l'anglais... Cette langue a nécessairement eu une grande influence sur le caractère des peuples qui la parlent. Aussi rien n'est plus commun que de trouver un Anglais intelligent, mais, ce qui est tout à fait rare, c'est de rencontrer un Anglais spirituel. Eh bien ! M. Hurlbert est intelligent et spirituel tout à la fois, il a môme l'esprit parisien ; il parle le français comme un bou- Icvardier et il a le don de rendre l'anglais moins lourd, moins brutal. Je le répète, il met en anglais un français spirituel. Aussi ses articles y sont-ils très-appréciés ; c'est généralement lui quel'on envoie en Europe pour les correspondances. Celles qu'il a envoyées, il y a quelques années, de Paris, étaient tout à fait humoristiques, et ce genre si nouveau en Amérique y obtint un grand succès.
L'originalité est encore une des choses inconnues dans le Nouveau-Monde ; les prétendues excentricités américaines racontées à Paris sont aussi véridiques que les duels à l'américaine. 11 n'y a pas de peuple au monde délestant plus le duel et en usant aussi peu que le peuple yankee.
M. Henry Hurlbert est le seul original peut-être de toute l'Amérique. Oh ! mais, par exemple, il est original à l'impossible.
Il professe une sympathie fort grande pour Napoléon III. Il écrit fréquemment de longs articles dans \eWorld pour démontrer comme quoi la France elles Français sont fort heureux de posséder l'empire troisième. H a même essayé de ilémontrer les bons résultais du coup d'Ktat... et parfois, avec une apparence de sérieux parfait, il s'écrie : « Oh! si l'Amérique avait un Napoléon III, comme nous serions heureux ! ! »
Je vous l'ai dit, cet écrivain yankee est on ne peut plus fantaisiste !
Il possède une érudition incroyable. Il pdrle et | écrit sept langues et^ chose bien rare dans son pays.
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même parmi les écrivains, il connaît à fond les classiques grecs et latins.
Je ne puis résister au désir de raconter une petite mésaventure qui lui est arrivée il y a deux ans et qui a eu un succès fou. M. Hurlbert est un homme d'esprit ; donc, il me pardonnera cette petite indiscrétion. Un jour il est invité à un grand et joyeux dîner. Le Champagne y est servi à profusion ; tous nos grands crus sont sur la table et ruissellent dans le cristal des verres. M. Hurlbert est sobre ; mais plus on est sobre plus on court risque d'être un peu ému par le mélange des vins. A minuit, on était encore à table. « Oh! s'écrie tout à couple journaliste, et moi qui allais oublier le World! ^ai un article à donner à une heure (les journaux se font de huit du soir à deux heures du matin et paraissent à six). » 11 se fait apporter des plumes et de l'encre et en toute hâte et sur la table même, au milieu des conversations les plus drôles et les plus animées, il se met à écrire son article. Son directeur lui avait demandé de traiter la question romaine. A côté de lui on parlait delà question franco-prussienne.
M. Hurlbert écrit des lignes éblouissantes de verve
et d'humour, mais, la ftimée des vins aidant, il embrouille Bismark et Antonelli, fait du Prussien le camérier du pape et d'Autonelli le ministre du roi Guillaume... Il place le Rhin en Italie, lePô entre. la Prusse et la Russie. Près de lui un Yankee parlait de Paris et deMabile. M. Ilurlbert fait entrer le pape à Mabilc ; enfin il l'ait un imbroglio du pape, du roi Guillaume, de Napoléon III, des actions mexicaines, des gaz, delà Gloseriedes lilas, oîi il fait danser les plus hauts personnages, des Tuileries, où il fait entn r toutes sortes de gens et, tout heureux d'avoir terminé sa tâche, il l'envoie à l'imprimerie. Ces épreuves lui arrivent, il trouve le tout parfait. Le lendemain les lecteurs du Tror/(/ sont stupéfaits; ils lisent, relisent, se demandent s'ils sont devenus idiots ou si Ilurlbert est devenu fou.
M. Raymond, propriétaire du Times, est aussi de New-York. Ce journaliste est habile, c'est un speaker éloquent, mais ce qui le rend surtout célèbre ce sont ses fréquents changements d'opinion. Aujourd'hui républicain, demain démocrate, après-demain radical, suivant les circonstances. Lorsque ses lecteurs, lorsque le public parait par trop étonné de ses brus-
ques revirements, M. Raymond va dans une convention.
« Gentlemen, mydear gentlemen, s'écrie-t-il, oui, j'en conviens, Tan passé je vous disais : Le parti républicain seul peut faire le bonheur de notre pays. Aujourd'hui je vous dis : Jetez-vous dans les bras des démocrates, eux seuls peuvent sauver notre patrie. Oui, j'ai changé d'opinion, mais devez-vous m'en faire un reproche ? Varier pour passer de l'ombre à la lumière est-ce un crime ? »
Les auditeurs rient, quelques-uns le sifflent. Lui, calme, souriant, en acteur consommé, étudie sa pose, cherche un mot à effet et la situation est sauvée ; son revirement est accepté.
Je l'ai entendu à une convention tenue avant l'élection présidentielle. Il expliquait naturellement pourquoi il avait changé de drapeau. Son discours a duré deux heures et demie, malgré les interruptions, les cris : « Assez ! assez! le second orateur! » Il laissait passer l'orage, puis toujours souriant, il reprenait son discours. Comme le tapage augmentait, il a élevé la voix, et a dit : « My dear gentlemen, je me suis juré de vous parler pendant deux heures et
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demie, j'ai encore une heure. Il est inutile que vous criiez : Assez! car je ne m'arrêterai pas...» Comprenant admirablement cet argument de persuasion, l'auditoire a montré dès lors une patience parfaite.
A cette même réunion, les orateurs démocrates et les orateurs républicains combattaient le candidat rival par ces mots-ci :
— Sej mour ! 1 1 comment ! vous voulez nommer Seymour? s'écriaient les républicains; mais fous, insensés que vous êtes, ne voyez-vous pas que Seymour a en lui l'étoffe d'un Napoléon 111! Mais nous retrouvons en lui toutes les aspirations du César moderne!
— Allons donc ! ripostaient les démocrates, ce que que vous dites là n'a pas le sens commun, ou plutôt vous cherchez, pour masquer vos batteries, à doter notre candidat des aspirations du vôtre. Car l'homme capable d'un coup d'État, n'est-ce pas Grant!... Grant! voilà celui qui sera le Napoléon III de noire infortuné pays ! »
Et pendant deux heures les orateurs ont essayé de 1 prouver, les uns la ressemblance de Grant avec Na-
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poléon et les autres celle de Seymour avec ce souverain.
Des orateurs humoristiques cherchaient même à démontrer la ressemblance physique.
C'était on ne peut plus divertissant à entendre.
Le of Commerce est aussi fuit par deux purs Yankees, M. Prime, de New-York et M. Stone, &u Massachusetts.
Dans les journaux du soir, non-seulement l'élément étranger ne domine pas, mais il n'y existe même pas. VEvening Post a pour principal directeur le doyen des poètes et des journalistes des Etats- Unis, M. Bryant, né dans le Massachusetts.
M. Bigelau, qui a été longtemps son associé, est né à New -York.
En Amérique, les journalistes peuvent prétendre aux postes les plus éminents, surtout à ceux de la diplomatie. Ainsi M. Bigelau a quitté VEven'uKj Post pour venir représenter à Paris son pays comme ministre.
M. Webb, dont le journal le Courrier and Enquiner s'est fondu avec le World, a occupé pendant plusieurs années le poste de ministre d'Amérique au
Brésil. M. Jiilluau, journaliste démocrate, a été ministre en Chine; M. Pike, journaliste républicain, a été ministre à la Haye; M. Jay, de la Tribune., a rempli pendant longtemps ces mêmes fonctions en Italie.
Enfin, M. James Gordon Bennelt a été nommé par Lincoln ministre à Paris, mais il a refusé ce poste.
M. Brook, de VExpress, et plusieurs autres journalistes sont membres du Congrès.
Pour être journaliste en Amérique, il faut avoir fait des études sérieuses, connaître à fond la politique comme aussi l'histoire moderne de toutes les contrées de l'Europe; tous sont forcés de savoir le français et l'allemand, beaucoup parlent l'espagnolj et l'italien. MM. Charles Dana, Raymond, Hurlbertet Horace Greeley sortent des Universités excellentes d( Cambridge ou de celle de Rochesler ; presque loua ont visité l'Europe et en ont étudié les lois et Isa usages.
En Amérique, on ne comprend que l'article d< fond, apprenant (juclque chose aux lecteurs qui lea intéresse.
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Le Yankee est pratique. Time is money. Il ne consent à lire que si cette lecture peut lui être utile. Dans ce Nouveau-Monde, le métier de racontars n'aurait aucun succès.
La polémique entre journalistes est parfois d'une violence extrême. Le public la tolère à condition qu'elle soit courte, mais si elle se prolonge, il dit : Je ne veux pas perdre mon temps à lire les injures qui se disent, cela ne me rapporterait pas un cents. Et il achète un autre journal.
Les politiciens, les candidats aux places de président ou de gouverneur, tous ceux enfin qui postulent ou occupent une position politique, sont souvent maltraités par les journaux, qui ont cependant soin de ne pas toucher à leur vie privée, à moins qu'il n'y ait scandale public.
Ainsi un haut fonctionnaire, un magistrat, commet-il un acte immoral, mèue-t-il une vie légère, se lance-t-il dans la débauche, tous les journaux ! mettent sa conduite au grand jour et lui lancent les épithètes les plus blessantes. Le public applaudit, car il sait que le fonctionnaire ne pourra pas braver ce
déchaînement de l'opinion et qu'il sera forcé de donner sa démission...
Celui qui est au sommet de l'échelle sociale, celui qui vit de l'argent du budget, celui qui occupe une position qu'il tient de la confiance du peuple ou de celle du gouvernement, tous les hommes dans cette position doivent donner l'exemple de la probité comme aussi des vertus domestiques !
Lorsqu'un juge, un policeman, un employé commet une injustice, un abus de pouvoir, un acte déshonnùtc, la presse entière se soulève et lance contre cet homme les injures les plus cruelles et les moins délicates.
Ah ! que ces hommes-là doivent à de certains moments regretter cette irresponsabilité, cette inviolabilité dont jouissent en France tous ceux qui vivent du budget I
Les sentiments religieux sont fortement développés dans cette grande république ; l'esprit de tolérance est très-grand, jamais aucun journal n'insultera la religion qui n'est pas la sienne ; mais si un |)rélrc même de sa religion se conduit mal, au nom et dans l'inlérêt même de son église, il le
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flétrit. Il faut, dit-il, faire chasser de l'Église la brebis galeuse dans l'intérêt des autres !
Mais tout homme qui ne vit pas de politique, entend et prétend que les journaux ne s'occupent pas de lui ; si un écrivain s'avise de publier quelque chose de désagréable sur lui, ce gentleman attaqué se garde bien d'envoyer ses témoins à l'écrivain. Si l'injure est grave, il l'attend au coin d'une rue, et il lui tire un coup de revolver à bout portant; cela fait, il va se présenter devant le juge, lui explique ses griefs contre sa victime, et donne caution.
Lorsqu'il se présente pour être jugé, il raconle encore les motifs qu'il a eus pour tuer cet homme... Et comme tous les magistrats se font le raisonnement suivant : « Demain c'est peut-être moi qui serais insulté; et dans ce cas j'agirais de la même façon, » le coupable est acquittée l'unanimité.
Si l'injure est moins grave, la victime s'arme d'un bâton et va rouer de coups de canne l'écrivain agressif.
Un certain journaliste avait tenté jadis d'introduire en Amérique le genre de là petite presse à scandale touchant à tout, mais surtout à la vie privée,' cô-