CHAPITRE V
LA VRAIE PATRIE DE L'HOMME EST CELLE OÙ IL TROUVE LA LIBERTÉ ET LE BONHEUR
Il m'est impossible de ne pas voir dans la découverte de l'Amérique un fait tout providentiel»
Je me plais à croire que Dieu lui-même a inspiré Christophe Colomb, qu'il l'a poussé vers ce nouveau continent, car il désirait offrir aux parias, aux déshérités de la fortune de toutes les autres parties du globe, un patrie meilleure.
Le divin Créateur aura, je crois, pris en pitié cette organisation sociale, adoptée par les peuples, organisation si mauvaise, qu'alors que lui, le Maître suprême, avait offert la terre à tous les hommes, il s'est
trouvé après des siècles qu'un certain nombre d'entre eux avaient accaparé les biens offerts par lui à tous et que la majorité s'était vue dépouillée par la minorité. Alors il a pris-en pitié tous ces êtres humains que des lois sociales tenaient plongés dans l'ignorance, dans la misère. Son cœur, rempli d'une ineftable bonté, a été ému en voyant que, dans tous les pays, il y avait une quantité d'hommes mourant de faim, malgré leur bonne volonté au travail.
En faisant découvrir l'Amérique, où bientôt après les droits de l'homme, l'égalité de tous devant tout, ont été proclamés, je suis fermement convaincue que Dieu a voulu donner une vraie patrie à tous ceux qui n'avaient trouvé qu'une marâtre dans la leur. Il leur a dit clairement par cette découverte : « Voilà une terre nouvelle, voilà un continent qui est à lui seul aussi grand que tous les autres, il contient des richesses inépuisables. Allez travailler, votre travail n'y sera pas stérile; allez, et là il sera possible à ceux que les lois ont laissé au bas de l'échelle sociale de monter sur les premiers échelons. Allez, et proclamez sur cette terre vierge, qu'il a été dans ma pensée de donner des droits inaliéna-
bles à tous les êtres humains : la vie, la liberté et la recherche du bonheur.
Les malheureux, les affamés de tous les pays, les victimes du despotisme des tyrans modernes ont compris cet appel divin; ils sont allés peupler l'Amérique; ils ont proclamé le peuple souverain; ils ont proclamé la grande, la sainte liberté.
Peut-on sans frémir d'effroi et aussi sans rendre grâce aux décrets divins de celui qui crée et modère tout ici-bas, peut-on songer à l'état social dans lequel se trouverait aujourd'hui l'Europe, si l'Amérique n'avait pas été découverte et n'était pas devenue le grand déversoir du trop plein de la population du vieux monde ?
Sans l'Amérique, qu'on y réfléchisse, il y aurait trente-huit millions d'hommes de plus en Europe !
Trente-huit millions de parias sans fortune, sans ressources !
Que de guerres civiles, que de bouleversements sociaux ils auraient amenés I
La question irlandaise ne laisse pas que de donner beaucoup d'embarras à l'Angleterre; mais
qu'on songe à ce qu'il serait déjà arrivé dans ce pays, si cinq ou six millions de ses habitants, les plus affamés, n'avaient pas été chercher et trouver la fortune dans le sol hospitalier du Nouveau-Monde !
Grâce à l'Amérique, la fière Albion a pu échapper à son 95.
Cette échéance fatale du long arriéré de la misère, de la honte, de l'injustice subie par les uns, imposée par les autres a été retardée; n'arrivera-t-elle pas un jour?
Je n'en sais rien ; mais en tout cas cette revanche du malheur contre le bonheur, cette révolte du -pauvre contre le riche a été singulièrement reculée par le fait de cette émigration, emportant vers le Nouveau- Monde les moins soumis jet les plus déshérités, et elle rendra le mouvement social, s'il arrive, moins violent et moins terrible.
L'Allemagne est calme; les questions sociales n'y agitent point fiévreusement les esprits ; mais croit-on qu'il en serait de même si huit ou dix millions des plus pauvres, des plus mal partagés par la fortune n'avaient pu aller prendre leur revanche en Amérique et devenir, eux aussi, riches et considérés ?
L'Allemagne aurait eu aussi une secousse sociale, sans ce dérivatif du Nouveau-Monde, car le pays n'est pas très-riche. L'Allemand se multiplie dans des proportions très-grandes ; à l'heure qu'il est, lepaysan a juste assez de terre pour pouvoir nourrir tous ses enfants; l'ouvrage est juste suffisantpour pouvoir faire vivre les hommes qui sont restés dans la mère patrie. Mais si ces huit ou dix millions d'émigrants étaient restés chez eux, alors la terre manquait pour tous; le pain devenait insuffisant; l'ouvrage était, lui aussi, insuffisant pour tous les hommes n'ayant d'autres ressources quêteurs deux bras et leur bonne volonté pour gagner leur vie. Nécessairement, ceux qui possèdent auraient trouvé juste de conserver, mais ceux qui se mouraient de faim auraient trouvé la chose injuste; les faiseurs de théories auraient inventé toutes sortes de systèmes stériles en bons résultats, communistes ou autres, pour remédier à ce triste état de choses : une guerre, un égorgement, une peste, un fléau destructeur seuls auraient pu mettre d'accord ces gens-là.
Il en est de même pour la Suède, la Norvège, la Hollande et la Suisse. Dans tous ces pays, ceux qui
ne trouvent pas à vivre chez eux, bravement s'expatrient au lieu de songer à déchirer la mère patrie par des luttes sociales aussi stériles en résultats que dangereuses.
L'Amérique a donc sauvé la tranquillité de toutes ces nations et, lorsqu'on parcourt ce vaste continent, lorsqu'on voit ces villes splendides, luxueuses, peuplées de gens millionnaires et heureux, quand on parcourt la campagne, que l'on aperçoit ces fermes ressemblant à des châteaux, ces villages où Ton sent le bien-être, lorsqu'enfm on voit les merveilles comme art pratique, industriel et mécanique accomplies par ces hommes, tous émigrants, fils ou arrière-petils-filsd'émigrants, arrivés sur ce continent sans un louis en poche, on comprend leur révolte chez eux, car ils sentaient qu'ils étaient capables de grandes choses, tandis que le sort les condamnait à l'incapacité compagne de la misère.
On est heureux de ce résultat ; on rend grâce à la Providence, qui a enfin donné une vraie patrie à ces hommes.
11 y a trente ans à peine que l'émigration s'est portée dans l'Ouest de ! Amérique, et déjà des villes su-
perbes se sont élevées; un commerce immense s'y est créé; l'industrie la plus colossale qu'on puisse imaginer s'y est développée.
Il y a trente ans, cette partie du continent américain n'était parcourue que par les buffles, l'antilope et le cerf et par quelques tribus d'Indiens nomades et barbares. Les trois millions d'hommes qui y sont aujourd'hui végétaient dans leur patrie, se débattaient contre la gêne, le besoin... Ils ont eu le courage de franchir l'Océan. Maintenant ils sont là, fiers et heureux de ce qu'ils ont fait : les uns sont devenus de grands négociants, de riches banquiers; les autres ont des fermes si grandes qu'il faut plus d'un jour pour en faire le tour. Le bien-être, la richesse se montrent partout. Les derniers chez eux, ils sont les premiers dans leur seconde patrie.
N'ont-ils pas raison d'être fiers et orgueilleux, ces hommes méprisés chez eux? ces hommes qui, faute d'argent, ne pouvaient arriver à rien et qu'on croyait incapables par la seule raison qu'ils ne pouvaient prouver leur intelligence, préoccupés qu'ils étaient sans cesse de gagner le pain de chaque jour?
Aujourd'hui, ils montrent à l'Europe la ville de
Chicago qu'ils ont créée, les huit chemins de fer qui rayonnent autour d'elle, les vastes édifices qu'elle contient, les usines qu'elle possède, son commerce qui est immense et ils disent : « Vous voyez que nous étions capables de quelque chose ! »
Chicago compte quatre cent mille âmes et, comme importance commerciale, Marseille même ne saurait lui être comparée.
Dans tout cet Ouest, les villes surgissent du sol avec une rapidité incroyable, elles sont fondées avec un grand esprit pratique ; une ville qui n'a pas deux années d'existence est déjà pourvue de tout ce qu'on peut trouver dans la ville d'Europe la plus civilisée.
Toutes les industries s'y trouvent réunies, tous les commerces y sont exploités et la population y vit dans le bien-être. Ces hommes oublient leurs malheurs passés; leur ancienne patrie n'est plus rien pour eux; ils adoptent la nouvelle et s'y attachent de tout cœur par la reconnaissance.
L'émigration a donc sauvé de la guerre civile surtout TAngleterre et l'Allemagne; elle les a aussi sauvées des bouleversements sociaux.
Le siècle produit des hommes nouveaux, des hom-
mes qui ont des aspirations de changement, qui veulent la liberté grande et entière, qui en politique comme en religion ne veulent plus subir d'entraves. Mais un travail régénérateur ne s'opère que lentement. Ces hommes-là forment la minorité; la majorité est encore guidée par la routine, elle ne peut se détacher du passé ; il lui faut une transition lente, sans quoi elle prend peur de cet avenir inconnu et elle se cramponne au passé et surtout au présent. Delà, lutte violente entre les hommes nouveaux et les hommes anciens. Eh bien, l'Amérique est encore venue sauver l'Europe. Elle a offert à ces hommes fanatiques de système nouveau, de politique simplifiée, de religions nouvelles, son vaste continent.
Là toute idée, toute réforme radicale est possible, car le passé ne gêne pas le présent, la vieille tradition n'arrête pas le progrès.
Il n'était possible d'établir une liberté complète, de bâtir à nouveau l'édifice social que dans un pays neuf qui n'a pas de passé.
Si l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, la Suède, la Norvège, la Hollande et le Danemark, ont déversé dans le Nouveau-Monde le trop plein de leur popula-
NORTII AMERICA. '299
lion, s'ils y ont envoyé ceux qui veulent un progrès radical et non pas un progrès lent et progressif, ce qui a assuré la sécurité de la fortune de ceux qui restaient et aussi la paix publique; seule la France n'a pas déversé dans l'Amérique, seule elle n'a pas été demander sa part de richesse au Nouveau-Monde. . .
Aussi dans quel état social sommes-nous? Dans une complète ébullition. Un danger permanent menace la propriété et la paix du pays. Un bouleversement social est inévitable. Les douze cent mille chassepots n'y feront rien, car le soldat comprend la misère du peuple ; cette misère a été son lot et le sera encore. Compter trop sur lui pour empêcher une révolution sociale est illogique autant qu'imprudent... Mais à quoi cela servira-t-il?
Admettez que ceux qui n'ont rien prennent à ceux qui ont... Eh bien, les rôles seront changés, voilà tout, mais après comme avant il y aura toujours des gens mourant de faim... Chacun fait une théorie en France, chacun invente un nouveau système politique en affirmant que s'il était appHque, il n'y aurait plus de pauvreté... Rêve creux que tout cela.
La misère, la pauvreté, peuvent être imputées en partie à un mauvais système politique et social ; mais la cause réelle est le trop plein de population qu'il y a en France. Il y a dix concurrents pour une seule place, dix ouvriers pour un métier qui peut en nourrir un seul ; forcément neuf sur dix sont sans ouvrage. Si le gouvernement, pour calmer les ouvriers sans travail et par conséquent sans pain, jette à bas la moitié de Paris, détruit pour reconstruire, les maçons sont contents; mais les contribuables qui ont cotes additionnelles sur cotes additionnelles à payer, sont par contre très-mécontents. On répète sans cesse : « Ce surplus d'ouvriers tient à ce que le paysan abandonne le sol... » Je proteste contre cela, car j'ai parcouru la France en tous sens. Je n'ai vu nulle part des terres incultes.
Voici un calcul assez instructif:
La superficie delà France est de 52,768,618 hectares ; un peu moins de la moitié de cette superficie est seule transformée en terrain de produit ; l'autre moitié est occupée par les villes, cimetières, places publiques, routes, canaux, rivières, etc. Si donc on partageait par parts égales les 26 millions d'hectares
NORTII AWERICA. 301
labourables, chaque Français aurait un peu plus d'un demi-hectare !
Il ne saurait vivre bien confortablement avec le produit de ce terrain.
D'un autre côté, voyons le résultat que produirait le partage de la totalité de l'argent qui se trouve en France. J'emprunte à M. Wolowski, membre de l'Institut, les calculs suivants contenus dans sa brochure : la Liquidation sociale.
« La Banque de France, dit M. "Wolowski, contient par exemple un milliard deux cents millions de francs en espèces d'or et d'argent: c'est un beau denier, mais si l'on s'en emparait pour le répartir entre les quarante millions de Français, chacun obtiendrait trente francs... de quoi couvrir à peine pendant quelques semaines les besoins de la plus chétive existence. »
Maintenant M. Wolowski estimant le produit du sol français à six milliards quatre cents milhons, calcule que cet argent réparti par tête donnerait à chaque Français cent soixante francs de rente... quarante cinq centimes par jour... impossible de faire des folies avec ces quarante cinq centimes!
>02 A TRAVERS L^VMÉRIQUE.
On le voit, même avec les théories des imrtageux^ il serait impossible aux Français de vivre de leurs rentes.
Pourtant l'ouvrier se plaint, le fabricant est mécontent, le paysan est loin d'être satisfait ; une mauvaise récolte suffit pour le plonger dans la détresse. Le commerçant ne fait pas de brillantes affaires ; le commis trouve qu'il ne gagne pas assez et qu'il travaille trop, les grèves, la question du salaire, celle de l'impôt, celle du capital s'agitent; chacun propose la solution qu'il croit la meilleure. Qu'on me permette de le dire, il y en a une seule bonne, une seule efficace, c'est l'émigration ; c'est le seul remède possible à l'état social actuel.
Comme le trop plein est la seule cause réelle à cet état de malaise général.
On me dira : « Le Français n'cmigre pas. »
Il n'a pas émigré, c'est vrai, mais par la seule raison que si l'Allemand sait ce que c'est que l'Amérique, le peuple français l'ignore complètement. Hélas! le contingent militaire prouve qu'il y a vingt cinq hommes sur cent ne sachant pas lire en France!
KORTII AMERICA. ^0^
Comment veut-on que ces hommes-là connaissent les richesses et l'hospitalité que l'Amérique offre à tous les hommes indistinctement ?
Mais le Français, même lorsqu'il est ignorant, est intelligent; il comprend vite ce qu'on lui dit. Au heu de leurrer par des phrases, par des théories tous ceux qui végètent en France, au lieu de leur donner le fol espoir d'un avenir meilleur; phrases, espérances, théories, qui n'ont d'autres résultats que de faire assommer ces malheureux par les gourdins des sergents de ville, de les faire pourrir sur la paille humide des cachots ou de les envoyer, comme s'ils étaient des malfaiteurs, à Cayenne ou à Lambessa ; que les hommes vraiment patriotes, que ceux qui aiment le peuple, mais qui l'aiment non pas pour s'en faire un piédestal, mais pour lui-même, pour ses vertus, pour son courage, et qui sont désireux de mettre fin à son sort, que ceux-là lui disent franchement et sans détours la vérité, qu'ils lui apprennent ce que c'est que l'Amérique; qu'ils leur disent bien que làbas ils pourront fonder une jeune France, donner un libre cours à leurs aspirations libérales, qu'ils pourront affermir par la pratique l'excellence de
leurs principes, qu'ils trouveront dans ce continent une terre vierge qui demande des bras pour la cultiver et qui enrichira celui qui l'ensemensera ; qu'ils trouveront un commerce à créer, des usines à établir; que là-bas le bon ouvrier est payé jusqu'à quinze et vingt francs par jour; qu'enfin le sol renferme du charbon, de la houille, du pétrole, du fer, de l'or, de l'argent; que tout cela appartient à celui qui le retire des entrailles de la terre ; que cette terre fertile se donne dans beaucoup d'endroits et que, lorsqu'on la vend, c'est à un prix plus que modique.
Qu'on leur parle enfin de ces trois millions d'émigrants qui, en l'espace de trente ans seulement, ont fondé des villes superbes dans l'Ouest et ont fait des fortunes colossales.
Qu'on fasse bien comprendre aux Français que le chauvinisme a fait son temps; que la vapeur, supprimant les distances, a donné à l'homme le monde pour patrie et non un coin du monde.
Le chauvinisme n'est plus de notre siècle; le cosmopolitisme doit le remplacer.
Que les vrais patriotes, que les philanthropes, que ceux qui désirent le bonheur des classes pauvres se
cotisent et fassent une caisse destinée à soutenir les premières émigrations; que quelques hommes courageux et dévoués se mettent à leur tête.
On dit : «Le Français n'émigre pas ; il ne se trouve bien que chez lui. » C'est que, jusqu'à présent, il ne connaît que son chez lui ; je vous affirme, moi, que si on conduisait quinze cents familles dans le Far- West, si on donnait à chacune d'elles autant de terre qu'elle en voudrait, si on leur apprenait comment une ville se crée et se fonde, ces quinze cents familles, voyant la fortune et le succès au bout de deux ou trois années de labeur, se mettraient gaiement au travail. L'amour de la propriété naîtrait en elles. Cette terre qui leur appartiendrait leur deviendrait chère et, lorsqu'elles verraient leur ville s'agrandir, s'embellir; qu'elles verraient la fortune arriver rapidement, elles se montreraient colons tout aussi intelligents et actifs que les Hollandais, les Allemands et les Irlan^ dais.
Ces quinze cents familles en attireraient bien vite deux ou trois mille autres, et dans vingt ans d'ici Chicago aurait une rivale. Nous aurions là-bas un petit Paris contenant quatre cent mille Français qui,
arrivés sans le sou dans le Nouveau-Monde, y auraient trouvé l'aisance, la fortune, la liberté.
Le même homme que la misère ici aigrit et rend mauvais, serait là-bas heureux et bon, par conséquent ; l'ouvrier qui végète deviendrait là-bas un riche industriel.
Le même homme qui, ici, est poussé par cette mauvaise conseillère, la faim, à commettre des vols et des escroqueries, serait honnête dès qu'il pourrait gagner largement sa vie
Tous ceux qui ne trouvent pas de place en France pour se faire une position^ iraient là-bas.
La France aurait enfin son déversoir ; le trop plein ne serait plus une cause de troubles; la misère diminuant, les parias d'aujourd'hui auraient l'espoir d'arriver à tout : position sociale et fortune. Ils obtiendraient ce but sans rien enlever aux autres. Ceux qui partiraient seraient heureux et ceux qui resteraient auraient plus de place, plus de chance pour trouver l'aisance.
Je vous le dis, en vérité, la seule solution est là ; ^
tout homme sensé et qui n'est pas aveuglé par les ,
passions d'un parti, mais qui aime réellement le peu-
NORTII AMERICA. 307
pie et désire soulager sa misère, doit prêcher, aider et faciliter l'émigration ; sans quoi il y aura des révolutionSj puis encore des révolutions, et comme aucun système politique ne pourra agrandir la France et l'enrichir, il y aura toujours un grand nombre de gens mourant de faim.
Oh ! si j'avais de l'argent, si je pouvais être un Rothschild, je saurais bien décider deux ou trois mille Français à me suivre dans ce pays que je viens d'étudier et de parcourir.
On verrait si, dans cette terre libre, hospitalière et riche, ils ne seraient pas très-vite habitués, s'ils ne deviendraient pas de fort bons colons ; si ces hommes appelés perturbateurs ou paresseux en France ne deviendraient pas, en fort peu de temps, des riches banquiers, des grands fermiers et de riches industriels et si, ce premier pas fait, beaucoup d'autres Français ne se décideraient pas à abandonner la patrie marâtre et à adopter cette grande et belle Amérique pour vraie patrie.
Malheureusement je ne suis pas Rothschild; je ne puis qu'espérer que mon vœu se réalisera et mettre au service de ceux qui souffrent trop en France les
détails, les notes, les renseignements que j'ai recueillis en Amérique, et leur apprendre ce qu'ils pourraient trouver et faire dans les divers États qui doiment des terres aux émigrants.
Voici le nombre des émigrants et le mouvement d'émigration en 1869.
Pendant Tannée 1868, le nombre des émigrants arrivés à New- York a été de 212,650.
Pendant l'année 1869, il a été de 255,005, il y a eu donc une augmentation de 43,000.
Parmi ces émigrants, il y avait 96,841 Allemands, 68,632 Irlandais, 51,488 Anglais ou Écossais, 29,210 Suédois ou Norvégiens, 3,155 Suisses, 1024 Français, 1542 Hollandais, 2675 Danois, 1540 Italiens.
On le voit, la France est la nation qui fournit le moins à l'émigration ; de plus, les quelques Français qui arrivent en Amérique vont dans la Louisiane, pays ruiné et sans avenir, ou bien restent à New-York. Us vivent entre eux, affectent de ne pas se mêler avec les Yankees; ils restent dix ans dans le^Nouveau-Monde sans se décider à apprendre la langue du pays.
Aucun d'eux n'est réellement décidé à s'établir en
Amérique; ils ne songent qu'à bien vite y gagner quelque argent et, cela fait, à la quitter en toute hâte pour retourner dans leur chère France. Pas un seul ne songe à aller dans les Élats nouveaux et à devenir propriétaire.
Aussi le Français végète ou meurt de faim en Amérique, à quelques rares exceptions près.
L'Allemand, au contraire, se rend en Amérique avec la ferme intention de s'y établir.
Le paysan qui a un petit coin de terre insuffisant' pour fournir aux besoins de sa famille le vend; puis, son argent en poche, il arrive dans l'Ouest du continent avec les trois ou quatre mille francs, produit de la vente de sa propriété, il achète un immense terrain ; il achète des bestiaux et il se met à cultiver. 11 s'adonne à l'élevage des bestiaux, ce qui est trèsproductif. En peu d'années, il est dans une grande aisance.
L'ouvrier allemand se prépare à l'émigration quelquefois pendant de longues années. Il économise, il se fait un petit pécule et il est ainsi dans d'excellentes conditions pour vite arrivera la fortune dans sa nouvelle patrie.
En Hollande, les gens déterminés à émigrer se constituent en société au capital de... ; ils nomment un président, un conseil ; ils partent avec ordre, réflexion ; en arrivant ils s'installent sur le même point, fondent une ville; l'argent emporté sert à la première mise de fonds pour la banque générale. Le boulanger chauffe ses fours, le cordonnier ouvre boutique sur sa charrette; les corps d'état fonctionnent, les cultivateurs défrichent; l'ordre le plus parfait règne, l'entente la plus cordiale existe. Aussi tous les étabHssements hollandais se transforment bien vite en villes florissantes.
Je ne saurais trop recommander leur système aux Français qui pourraient enfin avoir la bonne pensée d'aller tenter fortune dans le Nouveau-Monde.
Le nombre des émigrants partis par le port du Havre a été de trente-six mille pendant l'année 1868. Ce chiffre est minime en songeant au demi-million d'émigrants qui vont chaque année, soit dans les ports de l'Amérique du Sud, soit dans ceux de l'Amérique du Nord.
Si le mouvement n'est pas aussi fort qu'il devrait
l'être dans le port du Havre, cela tient aux tarifs exorbitants des chemins de fer français.
Tandis que les administrations des chemins de fer de toutes les autres nations font de grands sacrifices en faveur de l'émigration, nos compagnies, qui jouissent cependant de privilèges et de concessions, continuent à tenir leurs tarifs très-élevés, et les émigrants, au lieu de partir par le Havre, s'embarquent à Brème et à Hambourg.
Cependant, à en juger par le mouvement de fonds causé par le départ de ces trente-six mille émigrants, on peut voir que le gouvernement français a tort de ne pas forcer enfin ses administrations privilégiées et subventionnées à réduire leurs prix.
Le transport a été effectué par trois cent trois navires représentant cent huit mille sept cent soixantecinq tonneaux métriques.
Chaque émigrant a payé trois cents francs, ce qui a fait un mouvement de fonds de dix millions huit cent cinquante mille francs.
Voici le nombre des départs par mois des navires faisant le transport des émigrants :
La compagnie anglaise dite des Quatre mâts a deux
départs par mois et tous ses navires touchent au Havre.
La compagnie Hambourgeoise a six départs par mois.
La compagnie Brémoise en a deux.
Enfin la nouvelle ligne du Brésil a un départ par semaine. Gela fait quatorze départs par mois pour les émigrants.
Il y a des compagnies qui les prennent à raison de trois cents francs par tête. La compagnie Hambourgeoise les prend à cent quarante-cinq francs, nourriture non comprise. Les émigrants emportent des provisions, et moyennant une modique somme achètent un plat de soupe et du café tous les matins.
DÉTAILS SUR LES DIFFÉRENTS ÉTATS, LEUR CLIMAT, LES AVANTAGES Qu'ON Y TROUVE, COLONIES DÉJÀ ÉTABLIES.
Ceux qui désirent faire du commerce doivent se rendre dans la ville de Chicago. L'avenir commercial de cette ville, qui a moins de trente années d'existence, est immense. C'est déjà le plus fort marché de grains de toute l'Amérique et le centre le plus actif d'affaires colossales.
Les bons ouvriers de tous les états trouveront de l'ouvrage à Chicago et ils pourront gagner jusqu'à vingt francs par jour.
Je signale deux industries qui sont appelées à rendre beaucoup à leurs exploiteurs : la boulangerie et la pâtisserie.
Dans toute l'Amérique on ne trouve qu'un pain massif indigeste. Je crois que l'excellent pain français y serait fort bien accueilli.
Le Yankee adore la pâtisserie ; les femmes mangent des bonbons, des gâteaux toute la journée. La pâtisserie américaine est affreuse ; si de bons confiseurs et de bons pâtissiers s'établissaient à Chicago, ils seraient sûrs de faire une fortune rapide.
Le bon, l'excellent marron glacé y est chose inconnue. Les Français établis à New-York, qui en reçoivent parfois en cadeau de Paris et qui en font goûter aux Yankees, ont pu s'apercevoir combien ce mets déhcat était apprécié par eux, et pourtant nul d'entre eux n'a eu la pensée de faire venir des chargements de gros marrons et de les glacera New-York. Celui qui se livrerait à ce commerce facile, car le marron se transporte aisément et ne demande pas de
grands frais de préparation, ferait une grande fortune.
Dans riUinois il ne reste plus beaucoup de terres incultes, car les émigrants se sont portés en masse sur ce point à cause de la proximité de ce grand centre, Chicago. Toutes ces plaines sont ensemencés d'orge, de blé, de maïs. Il y a beaucoup de prairies superbes. Dès cet État commencent ces immenses prairies vierges, mais l'Etat de lowa, qui touche rillinois et qui est plus grand comme superficie que la France, compte à peine trois cent mille habitants. La terre y est d'une grande fertilité; on peut en obtenir de déjà préparée pour huit ou dix dollars l'acre et on peut prendre tout ce que l'on désire de celle qui est encore inculte. Pour devenir propriétaire, il suffit d'entourer le terrain d'une barrière, d'y construire une masure dans laquelle on passe une nuit. Ces trois formalités vous donnent droit de propriétaire, Le gouvernement de l'État vous délivre un acte provisoire et, trois ans après, il vous donne un titre de propriété définitif.
Le lowa est parsemé de petits villages qui ne demandent qu'à voir leur nombre de population augmenter;
L'émigrant n'est pas reçu en rival, mais en frère venant apporter son contingent de civilisation et de travail dans ce désert. Les anciens aident les nouveaux arrivants, qui trouvent à Chicago des banques qui leur prêtent de l'argent pour acheter les instruments de culture qui leur sont nécessaires ; ils trouvent dans cette même ville des maisons en bois fort bien faites, on les leur envoie sur le terrain qu'ils indiquent; on les leur installe; ces maisons coûtent depuis 1,000 francs jusqu'à 20,000 francs. Beaucoup d'Allemands se contentent d'acheter un immense chariot, recouvert en toile et traîné par des bœufs ou des chevaux. Ils installent leur famille, leur mobilier, dans cette maison ambulante, qu'ils conduisent au milieu du terrain qu'ils ont choisi ; ils vivent pendant plusieurs mois dans cette charrette, et attendent d'avoir commencé leur fortune pour se payer une maison. D'autres émigrants abattent des arbres et se construisent de grandes cabanes dans lesquelles ils attendent la fortune.
Rien n'est intéressant à voir comme ces premières installations. On devine, d'après leur plus ou moins
de commodité, de luxe même, et d'après le plus ou moins d'esprit pratique qui a présidé à leur arrangement, la chance future de succès des hommes qui les ont faites.
Dans le lowa, il faut, ou se rapprocher d'un centre et exercer un état, ou bien s'adonner à l'agriculture et à l'élevage des bestiaux. Cet État est traversé dans toute sa longueur par le chemin de fer du Pacifique, qui va de New-York à San-Francisco. Le Nébraska offre aussi l'avantage de cette grande voie ferrée.
Le Colorado est inépuisable en mines d'or, d'argent, et de houille. Cet État, très-grand, ne possède encore que cent vingt mille habitants. Un million d'hommes trouveront encore de la place dans le Colorado, et ils trouveront dans les mines une grande source de fortune rapide.
Le lowa possède à peu près le climat de la Bretagne; le Nébraska, le Kansas et le Colorado ont un climat qui rappelle celui de notre belle Provence.
La ville de Denver, la cité principale du Colorado, est reliée au grand chemin du Pacifique par une voie ferrée intermédiaire. Je ne saurais trop conseiller aux Français de choisir cet État de préférence, d'abord
à cause du climat modéré et ensuite à cause de se!^ richesses minéral ogiques.
En franchissant la chaîne des Rocheuses, on se trouve dans l'Utah, État colonisé par les adeptes de BrighamYoung. Les Français sont, malheureusement pour les Françaises, assez partisans de la polygamie; pourtant à ceux d'entre eux qui seraient tentés d'aller s'établir dans le domaine des Saints des derniers jours, pour jouir des bénéfices de cette institution, je donnerai charitablement un petit avis :
A Salt-Lake-City, l'homme doit nourrir toutes les femmes qu'il épouse; elles ont le droit d'invoquer le divorce contre lui, mais le mari n'a pas cette ressource ; de plus il est forcé de donner son nom et du pain à tous ses enfants : il n'y a pas d'hospices dans lesquels il puisse envoyer ces pauvres petites créatures. Il a donc les charges en même temps que les bénéfices de la polygamie.
Les Français sont si bien habitués à en prendre les plaisirs sans les inconvénients, ^que ceux qui iraient dans l'Etat mormon regretteraient à coup sûr le code Napoléon, qui accorde aux hommes
518 A TRAYERS L'AMÉRIQUE.
l'impunité complète pour toutes leurs mauvaises passions.
Il y a une jeune colonie qui est déjà assez florissante, c'est celle de Santa-Anna-River. Les premiers colons ont. été des Allemands ; ils se sont réunis en société et ont acheté 1,20 acres de terre à raison de 2 dollars (10 francs) l'acre ; ils ont divisé ce terrain en cinquante lots rectangulaires de vingt acres, séparés chacun par des rues; ensuite ils ont subdivisé le reste en soixante lots à bâtir , un pour chaque actionnaire, et dix réservés pour cause d'utilité publique.
Ces lots ont été entourés par eux de saules et de peupliers formant clôture ; ils ont planté chacun à peu près dix acres de leur lot en vigne. Aujourd'hui cette petite colonie, dont le village a été nommé Anaheim, possède plus d'un million de ceps produisant annuellement environ 10,000 gallons de vin. Chaque colon a une habitation confortable;^ il vit dans l'aisance, et son lot de terrain vaut à présent
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plus de 10,000 dollars. Ce village compte 400 habitants ; on y voit une fort belle école, une église, plusieurs magasins bien approvisionnés ; il y a sept ans ces gens-là mouraient de faim chez eux !
Anaheim est situé dans le territoire de la Californie.
La Floride offre aussi de grandes ressources aux colons.
La Floride, presqu'île de l'Union, est située au nord du golfe du Mexique, à l'ouest de FAllanlique, au sud-est de l'Alabama et au sud de la Géorgie, par 24% 50° et 51" de latitude. Jadis divisée en deux parties, la Floride orientale et la Floride occidentale, découverte par Juan Poce de Léon en 1512, le dimanche des Rameaux, de là son nom Pâques fleuries, elle a à l'ouest le grand fleuve du Mississipi.
Jadis elle était habitée par six tribus indiennes qui formaient la famille des Mobiles : c'étaient les Natchez ou Floridiens, les Griks supérieurs, qui étaient dans l'Alabama, les Griks inférieurs, ou Se-
minoles, habitant les bords du Flint, les Chaktas ou Têtes-plates et les Yagous. Les Espagnols, maîtres de la Floride en 1570, la cédèrent à l'Angleterre en 1681, puis la reprirent en 1763. Les Etats-Unis l'achetèrent à l'Espagne en 1819 et elle s'est constituée en État en 1845.
Aujourd'hui la Floride se trouve dans une position prospère, par ses établissements vinicoles et horticoles. C'est encore un excellent point à choisir et que je recommande tout particulièrement aux émigrants français.
Les hommes qui s'établissent sur cette terre vierge rencontrent naturellement de grandes difficultés; durant la première année, le terrain défriché conserve une acidité qui fait que les plantes languissent et meurent.
Il faut combattre cette acidité en mêlant aux semences de la cendre de bois ou de la chaux hydratée. Le calcaire manque dans l'Etat de Floride, Fargile fait presque partout défaut, mais les colons y suppléent en broyant les coquillages qui abondent au bord du Saint-John et sur les côtes de l'Océan et du golfe du Mexique. Ce coquillage, outre son principe calcaire.
contient beaucoup de phosphate de chaux et ce dernier principe est excellent pour la fructification des céréales, et en particulier du maïs.
Les pêchers, les abricotiers viennent admirablement dans la Floride ; par contre, l'oranger, qui a besoin de l'élément calcaire, y reste rabougri.
La vigne y vient très-bien. Un Américain y a fait de grandes plantations viticoles qui ont bien réussi. On y remarque vingt-deux variétés de raisins ; au milieu de ces espèces différentes, on voit une espèce originaire du sud , nommée scuppernong, qui porte un gros fruit très-parfumé. Dans le jardin de Tévêque catholique de la ville de Saint-Augustin, on admire une treille portant des grappes qui pèsent jusqu'à dix kilos ; les grains sont gros comme des noix, dorés et succulents de saveur; ils rappellent ces fameux raisins de Chanaan dont parle la Bible.
Le colon, dès son installation, doit s'occuper de faire une petite culture de jardinage et de légumes, afin de se procurer des ressources. Sous certaines latitudes, le climat est si doux en hiver, qu'on peut obtenir plusieurs récoltes. Le colon trouvera aussi une source de gain dans l'élevage du bétail ; il y est
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très-abondant, la viande se paye de quinze à dix sous la livre: mais ce bétail, étant abandonné à luimême et nullement soigné, ne donne qu'une viande coriace. Le Français qui s'adonnerait à l'élevage, à l'engraissage du bétail, rendrait service à la population et gagnerait de l'argent ; il pourrait joindre à ce 4 travail l'élevage de la volaille, la préparation du beurre ; les volailles y sont si rares que les œufs se payent jusqu'à vingt-cinq sous la douzaine, et beurre et fromage y arrivent de New-York, et sont par conséquent vendus très-chers.
La formation d'une ferme modèle serait une excellente spéculation dans la Floride, qui jouit du climat de Nice et qui n'est fiévreuse que sous certaines latitudes. Dans les autres, le pays est très-sain; la canne à sucre, le coton, le tabac, le figuier, le bananier, la vigne y peuvent être cultivés avec succès. La colonie y est assez nombreuse pour que l'émigrant n'ait pas à redouter de se trouver dans un désert, et les colons sont assez clair-semés sur cet immense Etat pour être enchantés lorsqu'ils leur arrive des frères, car ils sont impuissants à faire produire à la terre toutes les richesses qu'elle renferme dans son sein.
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Il se forme dans l'Illinois une société ayant pour but d'aller établir une colonie dans le comté de Munroé. Le choix est malheureux, car ce comté est justement situé dans le coin le plus malsain de la Floride, car les terres dans cet endroit sont resserrées entre le golfe du Mexique à l'ouest et les grands marais des Everglades à l'est; la fièvre y règne presque constamment, et, de plus, ce comté n'est pas en communication directe avec les grands centres du Nord.
La meilleure partie de l'État, la plus saine, comme la mieux située au point de vue commercial, est celle qui se trouve sur l'Indian-River, vers le 28° de latitude; le climat y est modéré par la brise de mer. Les habitants se préservent des fièvres en buvant de la limonade fortement acidulée. L'Indian-River communique avec Jacksonville par le fleuve Saint-John et avec Savannah par la mer. Il y a des terres disponibles à deux dollars l'acre.
Bans la Caroline, État de l'Amérique septentrionale située entre la Virginie et la Géorgie, la population
est aussi insuffisante ; le sol, en certains endroits, est bas et marécageux, mais il y a des montagnes recouvertes de beaux pins, qui forment des vallées et des versants où l'on jouit d'un climat très-sain, et dont le terrain est excellent pour la culture du maïs, du riz, du coton, du tabac et de l'indigo.
Les villes principales sont Raleigli et Charleston.
On fait un grand commerce de résine dans la Caroline; cet État fait appel aux travailleurs, les bras manquent pour l'exploitation du sol. Beaucoup d'Allemands vont s'engager à un prix très-avantageux dans les grandes plantations qui se trouvent
dans l'intérieur.
Généralement les colons allemands qui vont dans cet État se louent à la journée jusqu'au moment oii ils ont amassé un petit pécule, et alors ils s'établissent pour leur propre compte.
La Caroline, découverte par l'Espagnol Ponce de Léon en 1512, fut prise par le Français Tibault, à qui Charles IX confia le soin d'y fonder un grand établissement. Tibault lui donna le nom de Caroline en Thonneur du roi Charles, et elle l'a conservé au milieu de ses changements de maîtres. Les Français y furent
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massacrés par les Espagnols en 1545. Dominique de Gourgues alla venger nos compatriotes en massacrant à son tour les Espagnols. Mais, comprenant que les Français n'étaient pas précisément les meilleurs des colons, il s'en revint sans essayer d'y maintenir notre colonie.
Les Anglais s'emparèrent de cette province en 1663 et y restèrent jusqu'en 1774. Dès 1770, la Caroline possédait la constitution du fameux Locke, l'auteur de célèbres et curieux traités de philosophie empiristes, fatalistes et matérialistes, et aussi d'un traité sur V Éducation des enfants , daps lequel J.-J. Rousseau a puisé l'idée de son Emile,
Aujourd'hui il y a huit ou dix sectes religieuses dans cet État, mais tous les adeptes de ces différentes religions vivent, cela va sans dire, en fort bonne intelligence, et la Caroline est appelée à un grand avenir commercial.
La Géorgie appelle, elle aussi, les émigrants;une partie de ses fertiles terres restent incultes faute de
bras pour les défricher; dans cet État on peut obtenir des terres pour rien.
La Géorgie fait partie des États de l'Amérique du Nord ; elle est entre le 50% 20*^ et 55'^ de latitude, et entre le 85% 10'' et SS*" longitude; elle est bornée au nord par l'État deTennessee, très-florissant, au nordestpar la Caroline du Sud, dont elle n'est séparée que par la Savannah ; à l'est elle a l'Océan, et au sud la Floride; son chef-lieu est NuUedgeville. Son climat est très-sain; le pays est montagneux, et si les vallées sont un peu chaudes, les hauteurs et les versants des collines offrent un climat tempéré très-agréable; les habitants sont actifs et très-industrieux, aussi leur commerce est-il considérable.
Il y a dans la Géorgie plusieurs tribus indiennes qui vivent en bonne intelligence avec les Européens, car ces ïndiens-là sont assez civilisés ; ils ont renoncé à leur vie erranle ; ils se sont fixés, ont formé des villages , et ils s'adonnent à la culture ; ils appartiennent aux tribus des Creeks et des Cherokées.
Le continent américain est assez vaste] et assez riche pour loger et nourrir toute la population
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d'Europe ; il faut le parcourir d'un Océan à l'autre pour se faire une idée de son immensité, et il faut le visiter État par État pour comprendre exactement sa richesse.
Un détail donnera une idée de ses ressources houillères et minières : en Pennsylvanie, et surtout près de Pittsborg, toutes les collines qui entourent cette dernière ville renferment une couche de charbon de 40 à 12 pieds d'épaisseur ; cette couche se trouve environ à 500 pieds au-dessus du niveau du fleuve qui traverse la ville, et à 100 pieds au-dessus de la base de la colline ; cela forme une immense croûte bitumineuse uniforme et compacte. Les ingénieurs et les hommes de science ont calculé que cette région fournirait à elle seule de quoi approvisionner toutes les usines du monde; elle occupe une superficie de 81,500,000 acres. M. Wurston de Pittsborg a calculé que cette étendue ne renfermait pas moins de 54 millions de tonnes de houille utile.
Est-ce que les Français mécontents, avec raison du reste, de l'état politique et social du pays, ne feraient pas mieux d'aller demander leur part à cette
richesse du Nouveau-Monde, que de persister à se faire emprisonner?
Les hommes à la tête du parti démocratique n'agiraient-ils pas plus sagement en conseillant, en conduisant même dans ces pays tous les pauvres parias qui meurent de faim ?
Cela ne serait-il pas plus utile pour le bonheur des masses, que les belles phrases qu'ils font sur les systèmes sociaux et politiques ?
Pour mon compte, je dis oui.
Et il faut que l'on comprenne bien que la France pareille à un océan trop resserré dans ses limites, continuera à gronder et à s'agiter, tant qu'elle n'aura pas trouvé un dérivatif, un déversoir pour son trop plein.
Que les déshérités de la fortune aient le courage héroïque de traverser la mer ; qu'ils aillent fonder une nouvelle France ; qu'ils aillent affirmer la bonté de leurs principes par la pratique ; peut-être un jour la jeune France régénérera la mère-patrie, et l'émancipera des entraves du passé contre lesquelles elle se débat sans pouvoir les briser.
Que les malheureux comprennent bien que Dieu leur a donné, comme premier de tous les droits, la recherche du bonheur; mais il n'a pas entendu leur donner un seul coin du monde, mais bien la terre entière; s'ils ne le trouvent pas ici, qu'ils aillent le chercher ailleurs. La vraie patrie de l'homme est celle où jl trouve le bonheur, la fortune et l'assouvissement de ses aspirations nobles et élevées, et la réalisation de sa juste ambition.