‹ À travers l'Apulie et la Lucanie; (volume 4)Chapitre 10 sur 17 · La Grande-Grî^ce, t. I, chap. ir · texte numérisé non relu

La Grande-Grî^ce, t. I, chap. ir

Les Achéens, qui s'établirent à Métaponte au milieu du vu* siècle avant notre ère, sous les auspices de Sybaris, fondée alors depuis soixantequinze ans, et sous la conduite de Leucippos, ne furent pas les premiers occupants de son territoire. Avant eux, comme les traditions fabuleuses de répoque héroïque en conservent un certain souvenir, et comme Findique Tancienne forme pélasgique de son nom, Métabos, hellénisée ensuite en Méêapontion, Métaponton, il existait un certain centre de population entre les embouchures du Bradanus et du Casuentus. Les fouilles ont rendu à la lumière assez d'objets de l'âge préhistorique de la pierre polie pour montrer que dès lors il y avait en ces lijeux une station humaine. Pour le stage suivant.de la civilisation, celui du début de Tusage des métaux, il est également représenté par des instruments de bronze et de nombreux fragments de poterie noirâtre façonnée à la main, puis d'autre ^bticchero de même nature, travaillé, non sur le tour à potier proprement dit, mais sur la toumette à main. Cette dernière poterie correspond à Tétat où était parvenue la céramique des indigènes Œnotriens à Tépoqtie de l'arrivée des Grecs.

Je me bornerai à rappeler brièvement les principaux faits .qui constituent comme le canevas des annales de la Métaponte hellénique, et d'abord les luttes des premiers colons contre les Tarentins, dont la jalousie prétendait empêcher leur établissement, luttes terminées par un traité qui faisait du Bradanos la frontière entre l'Italie proprement dite, au sens qu'on donnait alors à ce mot, oh les Achéens pouvaient s'étendre librement, et la lapygie, champ réservé à l'activité conquérante des Doriens venus de Sparte à Tarente. Nous voyons ensuite les gens de Métaponte, entre 570 et 565, s'associer avec les Sybarites pour la destruction de la Siris ionienne, à laquelle on substitua une nouvelle ville achéenne. A la fin du vi* siècle, leur cité devint l'asile de Pythagore, exilé de Crotone, ot se laissa quelque temps guider par l'influence du philosophe, que la réaction démocratique poursuivit ensuite jusque dans ce refuge. C'est du milieu du VI* siècle aux dernières années du v* que Métaponte, sagement gouvernée, moins déchirée par les discordes civiles que les autres villes helléniques de la région, enrichie d'ailleurs par l'agriculture, atteignit le plus haut degré de sa postérité. C'est alors qu'elle dédia, dans le sanctuaire

de Delphes la fameuse gerbe d'or dont parlent les écrivains antiques, et érigea à Olympie une statue de Zeus, due au sculpteur Arîstonoos d'Égine. C*est également alors que les Métapontins eurent à Olympie un trésor particulier, situé entre celui des Sélinontins et des Mégariens, et dont le principal ornement était une statue en or et en ivoire d'Ëûdymion endormi.

La décadence commença pour cette cité à partir du désastre de l'expédition des Athéniens en Sicile, à laquelle elle s*était associée en fournissant un petit contingent de trois cents archers et de deux trirèmes. Elle restait encore riche, mais avec Tappui d'Athènes, désormais abattue en Italie, elle perdit toute indépendance politique et tomba dans un vasselage de fait à Tégard de Tarente. Bientôt la poussée des Lucaniens contre les villes grecques commença à devenir formidable. Avec Thurîoi, c'était Métaponte à qui sa position géographique en faisait recevoir le premier choc. Presque tous les ans son territoire subissait, de la part des barbares de la montagne, des incursions qu'elle n'avait plus l'énergie de repousser et dont les Tarentins ne savaient pas la protéger. Elle salua de ses acclamations la venue d'Alexandre

d'Épiro, dans lequel elle crut trouver un libérateur qui Tarrachcrait à la fois aux ravages des Lucanions et à la pesante suprématie de Tarente. Mais la n^ort de ce prince vint bientôt montrer Tinanilé de telles espérances. Un quart de siècle plus tard« le prince Spartiate Cléonyme, appelé par les Tarentins pour commander leurs mercenaires^ se rendit par trahison maître de Métaponte, devant laquelle il s'était présenté comme venant la défendre contre les Lucaniens. Cléonyme la déclara ville conquise, et non content de lui enlever sa liberté, lui imposa, pour se racheter de la destniction, un tribut do six cents talents d'argent et de deux cents jeunes filles, dont il garda les plus belles pour se faire un harem et donna les autres en jouet à ses ribauds. La mollesse dont nls firent preuve alors, en se montrant incapables de secouer ce joug honteux, rendit les Métapontins un objet de mépris pour les autres Grecs. Âpres avoir suivi, mais sans trouver moyen de s'y distinguer, la bannière de Pyrrhos, ils passèrent sans résistance de la protection tyrannique des rois sous la domination romaine, jusqu^à la seconde Guerre Punique. A ce moment, ils suivirent IVxemple de leur voisine Tarente, et immédiatement après elle, ouvrirent leurs portes à Hannibal .

Les gens de Métaponie se compromirent de telle façon pour le grand capitaine carthaginois, qui avait fixé chez eux son quartier général après la reprise de Tarente par Fabius Maximus, que lorsque Hannibal se retira définitivement dans le Bruttium, où il continua encore quelque temps la guerre, la plu* part d'entre eux le suivirent dans cette retraite. A dater de cet événement, la ville demeura presque dépeuplée et ne fit plus que végéter misérablement jusqu'au jour où, dans la Guerre Servile, les hordes de bandits et d^esclaves révoltés auxquelles commandait Spartacus, se jetèrent sur elle, la mirent à sac et Tincendièrent. Ce fut la fin de Métaponte, et après ce dernier désastre, on n'essaya même pas de la rebâtir.

Ces circonstance de Tagonie et de la ruine de la ville, telles qu'elles sont racontées par les écrivains, sont complètement confirmées par les constations faites dans les fouilles. On en lit tous les détails écrits en traits incontestables dans les décombres môme de Métaponte. La décadence profonde où elle était tombée au dernier siècle de son existence se peint dans ces maisons pauvres et mal construites, superposées aux décombres d'habitations plus luxueuses et d'un meilleur travail.

La catastrophe finale est attestée par les traces partout visibles d'un violent incendie qui a dévoré la ville entière et après lequel elle n'a pas été relevée. Dans les ruines de ses monuments et de ses maisons on ne rencontre aucun objet dont la date dépasse le commencement du i" siècle avant l'ère chrétienne; tout y est exclusivement grec. Au temps de Pausanias, c'est-à-dire dans le plus beau moment de l'empire des Antonins, il n'en restait plus, comme aujourd'hui, que des décombres, visités dès lors seulement par ceux qu'intéressaient les souvenirs du passé; les remparts et le théâtre demeuraient seuls debout. Le Liber coloniarum ne connaît plus de ville de Métapontc, mais seulement un affer Metapontimis. Sur l'ancien emplacement de la cité il n'y avait plus, en effet, alors que deux ou trois villas isolées et fort modestes, comme celle dont on a retrouvé les débris à côté de la voie du chemin de fer, au nord-est de la Masseria di Sansone, qui occupe environ le centre de la Métaponte hellénique.

L'œuvre la plus considérable des fouilles de M. La Gava a été le déblaiement du temple hellénique situé à peu de distance au sud-ouest de la même ferme, vers l'emplacement que devait occu-

MÉTAPOiNTE 349

pei* l'Agora de la ville. Une inscription grecque en caractères archcuques, découverte au cours des travaux, a révélé que ce temple était celui d'Apollon Lyceios. En 1828 le duc de Luynes, avec . M. Debacq, avait fait exécuter déjà sur ce point quelques tranchées, qu'il n'avait pas pu conduire bien loin. Les résultats obtenus ont été publiés dans leiu* splendide ouvrage sur Métaponte, C'est de là qu'était provenu ce merveilleux morceau de cimaise en terre-cuite peinte, garnie de palmettes et de muffles de lion, que l'on admire dans la salle de la collection de Luynes au Cabinet des médailles de notre Bibliothèque Nationale. Les excavations nouvelles ont mis au jour le plan de Tédiiice, avec son pavement oii sont marquées les places des colonnes et les arasements des murs de la cella. Un certain nombre de tambours et de chapiteaux des colonnes, d'ordre dorique, gisent dans la fouille avec des fragments des diverses parties de l'entablement. D'autres, en plus grand nombre, ont été employés comme matériaux dans la construction de la masserta voisine. Tout cela, suivant rhabitude des Grecs, est fait avec la pierre du pays, calcaire grossier et plein de trous, dont les défauts étaient dissimulés sous un revêtement de stuc fin.

On a trouvé encore quelques débris des métopes, exécutées dans la même pierre et présentant des sculptures d'un caractère archaïque. Même dans leur état de mutilation (le plus considérable de ces fragments montre les jambes d'un homme nu, dans un mouvement de marche rapide) 'ils sont d'un grand intérêt pour Thistoire de Fart, car ils sont jusqu'à présent seuls, avec les monnaies incuses de Caulonia, à nous faire connaître quels étaient le style propre et le système d'interprétation de la nature dans les écoles achéennes de Tancienne manière. Le temple appartient, eh effet, aux dernières années du vi* siècle ou aux premières du v'', alors que l'architecture avait atteint déjà le plus haut degré de perfection, mais que la sculpture était encore en retard, n'avait pas su se dégager de la raideur et de la sécheresse des primitifs. Ce qui a été recueilli suilout en abondance dans les fouilles du temple d'Apollon Lyceios à Métaponte, ce sont les morceaux de la décoration en terre-cuite polychrome des parties supérieures de l'édifice. Pièces plus ou moins intactes de la même cimaise que le morceau de la collection de Luynes, antéfixes, tuiles de la couverture, et autres restes analogues se comptent par centaines dans le petit musée que

AIKTAPONTK ool

M. La Gava a formé dans une salle des bàliinenls de la station du chemin de fer avec les antiquités découvertes dans ses travaux. On a maintenant ainsi les éléments suffisants pour une restitution complète et définitive du temple. Il y a là de quoi tenter un des pensionnaires architectes de notre Académie de France à Rome. C'est une véritable aubaine pour un de ces jeunes artistes que de trouver l'occasion de prendre pour sujet de son envoi de quatrième année un temple grec d'une magnifique époque, qui n'a encore été relevé ni étudié par personne depuis que cette étude peut être sans lacunes, et pour la reconstitution duquel ne manque rien d'essentiel. Si les pensionnaires n'en ont pas ridée par eux-mêmes, il serait à désirer que TAcadémie des Beaux-Arts appelât leur attention sur l'intérél que présenterait un semblable travail. Tout auprès du temple d*Apollon Lyceios, et aussi dans les alentours de ce qui devait être l'Agora, l'emplacement du théâtre a été déterminé d'une manière certaine. Les buttes de décombres en dessinent la forme semi-circulaire avec assez de netteté. Les fouilles vont attaquer cet emplacement dans la prochaine campagne, et l'on est en droit d'espérer qu'elles seront fructueuses* Quant aux

remparts, que Pausanias vit bien conservés comme le théâtre, ils ont depuis longtemps disparu, exploités comme carrières ; les b&timents du château et de la ferme de Torremare sont presque entièrement construits avec de grands blocs de taille hellénique qui manifestement y ont été an*achés, et Fou en retrouverait aussi un grand nombre en cherchant un peu dans les maisons modernes de Bernalda.

En même temps qu'on exécutait les fouilles, régulières du temple d'Apollon Lyceios, des sondages ont été poussés sur beaucoup de points du site de la ville, un peu au hasard, sans beaucoup d'ordre et pas toujours avec assez de soin. En plusieurs endroits on a rencontré des rues, ayant encore conservé leur pavé de Tépoque grecque, que Ton pourrait suivre dans toute leur étendue. Nulle part il n'y aurait à creuser bien profondément pour retrouver le plan complet de la cité ; partout la couche de débris et de terre végétale n'a qu'une mince épaisseur au-dessus du sol antique. C'est à tel point qu'à l'époque oii les moissons commencent à mûrir on peut suivre le tracé complet d'édifices dont les murs arasés affleurent presque la surface du sol actuel, aux lignes qui se dessinent dans les

champs par des épis plus maigres ci jaunissant avant les autres.

Bien qu'assise entre deux fleuves, Métaponte ne s'y abreuvait pas, évidemment en vertu d'un motif hygiénique. La ville était entièrement alimentée- d'eau par des puits, dont M. La Cava a retrouvé et curé plusieurs. Ils donnent actuellement une eau excellente, et en la rendant les fouilles, entreprises uniquement en vue de Tarchéologie, ont eu pour résultat d'améliorer de la façon la plus heureuse les conditions de salubrité qui permettront de ramener des habitants sur ce sol et de développer la nouvelle Métaponte, laquelle n'existe encore que dans Y Itinéraire des chemins de fer. Sur toute la superficie qu'occupait la cité antique, entre ses deux fleuves, on rencontre près* qu'à fleur de sol une nappe d'infiltration d'une eau saumâtre, qui donne infailliblpment la fièvre dans certaines saisons à ceux qui en boivent; c'est la seule eau qu'on eût jusqu'à ce jour dans les rares fermes de la plaine et dans les maisons des cantonniers de la voie ferrée. Les choses étaient les mêmes dans l'antiquité; mais en creusant leurs puits, les Âchéens de Métaponte surent traverser, sans permettre qu'il s'en introduisit une goutte, la

uappB supérieure d'eau malsaine, au moyeu de larges tubes de terre-cuite, du diamètre du forage. Encombrés de débris et d'bumus, ces tubes ont résisté jusqu'à nos jours, et grâce à eux les puits s'ouvrent dans une nappe plus profonde, d'une eau parfaitement saine et limpide, que les ingénieurs hellènes avaient été chercher. Un de ces puits dont les cultivateurs et les pâtres ont recom* mencé à se servir quotidiennement, garde sa margelle antique de pierre, finement moulurée, autour de laquelle on distingue les vestiges très corrodés d'une inscription grecque en vieilles lettres achéennes.

Sur la berge du Bradano, à l'extrémité nord de la ville, était un second temple, dont on a retrouvé le soubassement, en partie emporté par la rivière. Les fouilles en cet endroit ont fourni deux fragments d'inscriptions grecques dédicatoires du iv"* siècle av. J.-C. Mais par une mauvaise chance le nom de la divinité du temple a disparu de l'un et de l'autre.

Celui qu'on désigne populairement sous le nom de Tavola dei Paladini, la ruine la plus importante de Métappnte, se trouvait à près de deux kilomètres en dehors de la ville, sur un petit plateau rocheux

qu enveloppe de deux côtés un coude du Bradano. Le panorama qu'on a de cet endroit oiFre toute la grandeur désolée, toute l'imposante majesté de la campagne de Rome. On domine le cours tortueux du Bradano et Tensemble de la plaine, vide d'habitants. Par delà Bernalda, le regard plonge jusque dans le fond des gorges sauvages des montagnes lucaniennes. Et quand on se retourne du côté opposé à celui du cirque gigantesque que dessinent ces montagnes, la vue se repose à loisir sur Télendue de la mer. Nul site ne pouvait être mieux choisi pour y élever un de ces édifices aux lignes d'une pureté idéale dont les Grecs avaient le secret.

J'ai déjà protesté ailleurs contre la façon dont on a, dans Tintention de la préserver — une de ces bonnes intentions dont l'enfer est, dit-on, pavé — déshonoré l'aspect de cette belle ruine en l'entourant d'un horrible mur. Quinze colonnes y restent debout, dix du côté nord du péristyle et cinq du côté sud, portant encore la première assise de l'architrave. Le temple était hexastyle, à douze ou treize colonnes sur ses faces latérales. On ne retrouve aucun reste de la frise, de la corniche, ni des frontons ; les murs de la cella ont entièrement

disparu ; on ne voit même plus de traces de leurs fondations, qui ont été arrachées comme les pierres des marches ou socles dans les entre-colonnements. Le sol actuel est plus bas que Tancien pavé du temple, qui a, lui aussi, été complètement détruit. La conservation d'une partie des colonnes n'a été due qu'au peu de facilité qu'offrait l'emploi de leurs matériaux pour des maçons modernes.

L'ordre extérieur de ce temple, le seul qu'on en connaisse, est un peu plus petit que celui du périptère hexastyle de Paestum, vulgairement et improprement désigné sous le nom de Temple de Cérès. L'analogie est, du reste, très grande entre les deux édifices, qui ont en commun la particularité singulière de l'architrave faite de deux assises, et Ton peut attribuer à la première moitié du v® siècle avant l'ère chrétienne le temple voisin de Métaponle comme celui de Paestum. Les colonnes de la Tavola dei Paladini, d'un galbe sensiblement conique, ont cinq diamètres de hauteur; l'entre-colonnement est très large ; aussi, pour soulager la portée des architraves, a-t-on donné au coussinet des chapiteaux plus de développement et plus de saillie qu'il n'était d'habitude à l'époque où l'édifice fut construit. Malgré ce détail, qui garde une sa-

MÉTAPONTR " 357

yeur d'archaïsme, les colonnes ont de la sveltesse et Fensemble donne une impression de légèreté combinée avec une inébranlable solidité.

Au sud-ouest de ce temple, des ondulations de terrain, prolongées sur une grande étendue perpendiculairement au cours du Bradano et à la route qui conduit à Bernalda et à Matera, marquent l'emplacement de lignes de tombeaux. Les Métapontins et en général tous les Achéens de la Grande-Grèce, conformément à Thabitude la plus universellement répandue chez les Hellènes, enterraient leurs morts en dehors de la ville. Leurs voisins de Tarente, au contraire, par une coutume particulière apportée de Spai'te, plaçaient les tombeaux à rintérieur de l'énorme enceinte de leur cité. Et à leur exemple cette coutume exceptionnelle fut adoptée par la population des villes de la lapygie soumises à leur influence et à leur domination. C'est ce que Ton constate en visitant, dans la Terre d'Otrante, les ruines de Gnathia, de Manduria et de la ville au nom jusqu'à présent inconnu dont l'emplacement touche au bourg de Muro Leccese. Les sépultures de la nécropole de Métaponte, comme celles de Bernalda et de tous les autres petits cimetières épars dans la campagne, consis-

tent, à la mode grecque, en sarcophages grossièrement creusés dans un bloc du tuf de la localité, ou en fosses rectangulaires revêtues de dalles de pierre ou bien de largos tuiles. Les fouilles n'ont pas jusqu'ici porté d'une manière sérieuse sur celte nécropole. Cependant on y a ouvert quelques tombeaux, où Ton a trouvé des vases peints du style dit apulien, nouvelle preuve de ce que les vases ainsi désignés sont bien de fabrication des villes grecques. Car il serait vraiment absurde de supposer que ces villes empruntaient leur céramique de luxe à.des voisins plus qu'à demi barbares^ tandis qu'il est tout naturel que ceux-ci tirassent de chez les Hellènes la belle poterie dont ils aimaient à orner leurs habitations et leurs sépultures.

Métaponte était située à quelques stades de la mer. Ce qu'on appelle Lagone di Santa-Pelagina était le bassin artificiel, de forme circulaire et entièrement creusé de main d'homme, qui servait à abriter les quelques trières composant la marine militaire de la cité. Ce petit port, distinct de la ville, était dans les temps anciens entouré de cales couvertes, où l'on gardait les galères à sec, ne les mettant à flot que lorsqu'on voulait s'en servir, et de magasins d'arsenal, le tout protégé par des for-

tifications. C'est actuellement un lac presque entièrement envasé et environné de grands roseaux, qui communique avec la mer par une entrée que les sables obstruent. J'ai visité attentivement le canal qui, par une disposition sans autre exemple dans ce qu'on connaît de villes grecques, partait du bassin pour rejoindre les remparts de la ville. Les terres l'ont, avec le temps, absolument comblé; mais on suit parfaitement la direction de ses quais, construits en grandes pierres de taille, dont la crête seule apparaît, afQeurant la surface du sol, et on distingue aussi de chaque côté les arasements des Longs murs qui protégeaient le canal, assurant en cas de siège la communication entre la ville et le port. M. La Gava, qui connaît si bien le terrain par une étude de plusieurs années, et M. le capitaine Marmier, de Tarme du génie de notre armée, que j'ai eu la bonne fortune d'avoir pour compagnon dans ma nouvelle visite à Metaponte et qui m'éclairait ici de son expérience technique, sont tous les deux d'avis que ce canal devait recevoir une dérivation du Bradanus, conduite par les fossés de la ville, et qu'il devait être disposé de manière à procurer une chasse qui empêchât l'ensablement de l'entrée du port.

Le petit musée dont j'ai déjà dit un niot, et que M. La Cava a eu rhoureuse idée d'organiser provisoirement dans une salle mise à sa disposition par la compagnie des Chemins de fer méridionaux, appelait naturellement de ma part une longue séance d'éludé. Naturellement je ne saurais avoir la prétention d'en entreprendre ici une sorte de catalogue, une notice même sommaire, ni d'indiquer tout ce que j'y ai vu d'intéressant. Mais je recommanderai aux voyageurs qui s'arrêteront à Métaponte — et on peut maintenant très facilement le faire entre deux trains, sans être obligé d'affronter les légions de puces des chambres sordides annexées au buffet du chemin de fer — je recommanderai à ces voyageurs de ne pas manquer de demander le gardien de ce petit musée et de se le faire ouvrir. Même, comme il est dans les bâtiments de la gare, on a parfaitement le temps d'y jeter un coup d'oeil rapide pendant la demi-heure que l'on passe à attendre les correspondances de certains trains, entre les deux lignes qui ont leur jonction sur ce point. Ce sera toujours quelque chose pour le touriste qui ne pourra pas disposer du nombre d'heures que réclame la visite des ruines ellesmêmes. La collection renferme les magnifiques

fragments de la décoration de terre cuite peinte du temple d'Apollon Lyceios et ce qui reste des sculptures de ses métopes, puis une très abondante série de petits objets de toute nature, terres cuites, bronzes, poteries, etc., dont certains ont un vrai mérite d'art et d'autres une non moindre valeur pour larcbéologie érudite. On y remarque, entre autres, toute une collection de terres cuites votives exactement pareilles à celles que Ton. trouve par milliers à Tarente dans un dépôt avoisinant le Mare Piccolo (1). Elles offrent le même sujet, sortant des mêmes moules et des mêmes fours, et ont évidemment été fabriquées à Tarente, qui fournissait habituellement Métaponte, non seulement de ce genre de pièces destinées à être dédiées en exvolo dans certains temples, mais aussi de belles antéiixes décorées de têtes de face du plus grand style. J'ai pu placer au Cabinet des médailles, à côté d'une antéiixe de ce genre découverte par le duc de Luynes à Métaponte, un second exemplaire, incontestablement tiré du même moule, qui avait

1. J'ai longuement parlé, dans la Gazette des'Beauœ-Arts de mars 1882, de ces terres cuites dont j*ai eu la bonne fortune de pouvoir faire entrer au Louvre une collection de près de 800 pièces.

été trouvé à Tarente. La fabrication de ces antéfixes de terre cuite, dont la manière est facilement reconnaissable, était une des industries tarentines, et Ton constate aujourd'hui que les produits s'en exportaient assez loin.

Tout ce qui a été trouvé depuis trois ans dans les fouilles est conservé dans le musée provisoire. De plus, en Tabsence d'un musée provincial à Potenza, M. La Gava a entreposé là un certain nombres d'antiquités recueillies par lui sur différents points de la Basilicate, jusqu'aux haches de silex de l'époque quaternaire découvertes à Venosa.

Prépace ^ V

Termoli.

La ville et sa situation. • 1

Aspect et saleté de ses rues 2

Vue qu*on a de là 4

La cathédrale Ihid.

Histoire de Termoli au moyen âge 5

Passage du Bifemo 6

Gampomarino. • Ihid.

Chieuti 7

Ruines de Glitemia Ibid,

Passage du Fortore 8

Ripalta. Ibid,

Site de Cività Ibid*

U baUiUe de Gvità en 1053 9

Le Pape Léon IX et les Normands 13

Teanum d'Apulie 14

Lésina et sa lagune 15

Entrée dans la plaine de la Capitanate 16

Le Tavoliere di Puglia et son aspect i7

Antiquité de la transhumance des troupeaux dans cette

région 18

Régime de Tadministraiion romaine 19

Régime du moyen âge. 20

Organisation du pâturage forcé par Alfonse d'Aragon . 22

Migrations des troupeaux 24

Développement de ce régime 25

Ses conséquences funestes. 26

Le gouvernement de Foccupation française et la Restauration 29

Affranchissement du territoire du Tavoliere en 1865 . 31

Foggia et Tantique Arpi 32

Époque de la fondation de Foggia et son histoire. . . 33

État actuel de la ville 35

Sa cathédrale Ibid.

Restes du palais de Frédéric II 37

Architecture personnelle de ce prince. ....... 39

Le château du Pantano 40

SlPONTO ET MaNFREDONIA.

Route de Foggia à Siponto . 41

Monastère de San-Leonardo des Teutoniques 42

Cathédrale de Siponto Ibid.

Histoire de la ville. . « . 46

Fouilles qui ont été récemment faites 47

Manfredonia Ibid,

Sa fondation et son histoire 48

État actuel 49

Le môle, le château et les remparts Ibid.

Mo.NTE Sant'Anoelo.

Légende de l'apparition de Saint-Michel sur le Gargano. 53

Histoire de l'église et de la ville de Monte Sant'Angelo. 54

Le pèlerinage dans l'état actuel. 57

Ascension du Gargano 58

Églises diverses de Monte- San t'Angelo 59

La basilique de TArchange Ibid,

L*oracIe antique de Calchas au mont Garganus. . . , 61

Portes de bronze de la basilique . . . • 62

Famille de leur donateur 65

L'art des portes de bronze dans l'Italie méridionale et

son dévoloppement 67

LUCEHA.

Route de Foggia à Lucera 60

Souvenir de la fuite de Manfred 70

Lucera dans Tantiquité. • . Ibid,

Lucera au premier moyen ftge 74

Frédéric II établit à Lucera les musulmans de Sicile. . 75

Histoire de la colonie sarrasine de Lucera 76

Sa soumission par Charles I*' d'Anjou 82

Son extermination par Charles II. 83

Château des Sarrasins de Lucera 85

Fabrication de poteries émaillées à la mode arabe en cet

endroit au xiii« siècle 88

Esplanade entre le château et la ville^ et débris antiques que Ton y recueille 92

Cathédrale de Lucera. '. 9i

Église San-Francesco 99

Antiquités conservées au Municipe 100

La ville de San-Severo 101

Sa prise par les Français en 1799 102

Eltore CaraiTa Ibid,

Ruines de Castel-Fiorenlino 103

Mort de Frédéric II 104

Troja .

Situation de la ville lOî)

L'antique Mcea 110

Fondation de Troja par Basilics BoyoaDnis. ... ; 111

Colonie de Normands qu'il y établit . 112

Siège de la ville par Tempereur Henri II 113

Histoire postérieure de Troja 115

Église San-Basilio 120

Cathédrale 121

Affinités de son architecture avec celle de Pise .... 128

Ses portes de bronze 131

La Vallée de l'Ofaxto.

Le cheminde fer de FoggiaàCandela. 135

Ordona, Tancienne Herdonea Ibid,

Ascoli, Tancien Ausculum« 137

Candela et sa station. 140

Route vers MelQ Ibid.

Trajet dans le lit de l'Ofanto 142

Le Ponte di Santa- Venere 143

Vue sur la plaine de la Capitanate. ......... 144

La vallée supérieure de TOfanto 145

LeVuIture '. 146

Arrivée à Melfi 147

Melfi .

Les premiers Normands en Italie 149

Les fils de Tancrède de Hauteville . . 150

Leur campagne au service de l'empereur byzantin. . 151

Leur rupture avec les Grecs , 152

Ils se rendent maîtres de Melfi 153

Premiers faits de la conquête de laPouille 155

Assemblée de Melfi, en 1043, pour le partage du pays. 156

Succession des premiers comtes normands 157

Hildebrand décide l'alliance de la Papauté avec les Normands 159

Le Concile de Melfi en 1059 160

Pages. *

Accords qui y furent conclus 161

Conséquences du Concile de Melfi 162

Robert Guiscard, sa politique et son œuvre 164

La capitale des normands transportée de Melfl à

Saleme \ ^ 15g

Melfl sous les rois normands et les Hohenstaufen. . . Ibid.

Les Constitutions augustales de Fvédénc U, ..... 169

Commerce de Melfi et sa juiverie 171

Tremblements de terre auxquels cette ville est sujette, 172

Le château 173

Cathédrale 174

Remparts Und.

Sarcophage antique au Municipe . 175

Pilier singulier dans la cour du même édifice 177

Origines probables de MelB 179

Poteries antiques qu'on y découvre. .' , 182

Population actuelle de la ville 183

Tableau pittoresque de la rentrée des cultivateurs le soir. 184

Rapolla.

Site du bourg de ce nom • . • . 187

La cathédrale 188

Catastrophes et décadence de Rapolla 190

Barile et ses habitants Albanais 191

Route de Rapolla à Venosa 193

Vknosa,

Première vue de la ville 195

Son château. 196

Histoire de la Venusia antique 197

Horace et ses souvenirs â Venosa 201

Vestiges antiques dans cette ville • 203

Venosa dans le premier moyen âge. .....•• . 204

Bataille entre les Normands et les Byzantins dans son

voisinage . Ibid,

Pages.

L'abbaye de la Trinità à Venosa 206

Sa grande église inachevée " 208

Église vieille 210

Les tombeaux des princes nofmands 212

Cippe funéraire romain 214

Catacombe juive - 215

Gisement quaternaire avec vestiges d'industrie humaine. 220

Banzi.

Route au sortir de Venosa 223

Lieu de la mortdu consulMarcellus 224

La fontaine de Bandusia 225

La forêt de Banzi • • Ibid.

Site de Ferentum. ... 227

La ville antique de Bantia et Fabbaye de Banzi au

moyen âge , 229

Le hameau actuel de Banzi 231

Emplacement de la ville antique 232

La Table de Bantia Ibid.

Oppido et son nouveau nom de Palmira 234

Genzano et ses souvenirs normands 235

Aspect général de la Basilicate 236

Le paysan de cette province et sa vie 238

Misère agricole 241

Jîécessité d'y porter remède 246

La traite des enfants dans la Basilicate et les mesures

prises pour l'entraver ^ 247

Vue du bassin d'Acerenza 250

Situation et aspect de la ville 252

Culture dVsprit de ses habitants des classes élevées. . 255

Le clergé dans le Napolitain Ibid.

Pacification religieuse 258

Les do//i de petite ville en Italie 261

Page*.

Utilité de leurs travaux 263

Collection de M. Vosa à Acerenza. . . » 2G4

Intérêt scientifique des collections locales d'archéologie. 265

Faits nouveaux observés chez M. Vosa 267

L*Acherontia antique et sa fondation par les Pélasges

OEnotriens 269

Le municîpe d'Acherontia sous l'Empire 271

Monuments en l'honneur de Julien l'Apostat Ibid,

La ville sous les Goths et Jes Longobards 274

Sous les Byzantins et les Normands 276

Les Sarrasins de Frédéric II à Acerenza 278

La cathédrale. . . • 279

Coup d'œil sur l'histoire de l'architecture dans le midi

de l'Italie au temps des Normands 283

FlETRAGALLA*

Le village \ 287

Les souvenirs du brigandage politique 289

Événements de 1861 290

José Borges • . . 293

Son débarquement et ses premiers échecs en Calabre. 294

Sa fuite dans la Sila 296

U se décide à une entreprise en Basilicate 297

Occupation de Trivigno 298

Prise et sac de Vaglio 299

Attaque et délivrance de Pietragalla. 300

Dispersion des bandes à Pescopagano 303

Borges et ses compagnons sont dépouillés par Donateilo

Crocco 304

Leur fuite pour regagner la frontière pontificale. .... 305

Leur arrestation et leur mort 306

Jugement sur l'exécution de Borges 307

POTEÎÎZA ,

La ville et son aspiçct. .' 309

Pages.

Une bonne auberge • 311

La cuÎBine dans la Basilicate l^id.

Le tremblement de terre de 1857 314

Autres tremblements de terre de Potenza 315

Églises de la ville 316

Monuments datant du moyen âge 1 • 317

La Potentia antique et son emplacement différent de

celui de la ville moderne - 318

Date du transfert de la ville 321

Le roi de France Louis VII à Potenza 323

Histoire postérieure de la ville 324

Ses seigneurs '. • 325

L'évêque Francesco Serrao et son meurtre en 1799, , Jbid.

Abominable vengeance d'un habitant delà ville. . . . 327

Potenza au xix« siècle 328

Collection épigraphique du Séminaire 329

Les dédicaces à la déesse Mephitis IMd.

Métapo^nte.

Route de Potenza à Métaponte 331

Le Basiento et sa vallée 332

La véritable Italia irredenta. 334

Tricarico 335

Pisticci 336

Paysage de la vallée inférieure du Basiento. ...... 337

Brindisi-la-Montûgna . 338

Vaglio 339

Castelmezzano Ibid,

Ferrandina ; 340

Bernalda 341

Métaponte et les fouilles de M. La Gava 342

Existence préhellénique de la ville 343

Résumé de l'histoire de la Métaponte grecque 344

Données fournies par les fouilles sur la ruine delà ville. 347

Pages.

Le temple d'Apollon Lyeeios 348

Le théâtre 351

Restes des maisons et des rues de la ville 352

Les puits grecs. 353

Le second temple 354

Temple extérieur dit Tavola dei Paladini Ibid,

Tombeaux ." 357

Port antique 358

Canal et Longs murs du port 359

Petit musée provisoire installé dans les bâtiments de lu

gare 360

AMOEtlS, IMP. BUROm ET Ô'^, RUB OABNIER, i.

NOTES DE VOYAGE

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