‹ À travers l'Apulie et la Lucanie;Chapitre 6 sur 8 · Tome II, p · texte numérisé non relu

Tome II, p

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vaillée constamment parles actions plutonicnncs, qui s'étend du Vésuve à Santoria, on passant par TEtna, et oùJÉlie de Beaumont plaçait précisément une des fissures de son réseau penlagonal.

Après avoir parcouru remplacement de l'acropole, nous descendons, sous la conduite de M. Ferolla et de M. Passaro, inspecteur des antiquités de Farrondissement du Vallo, visiter les ruines de la ville. Nous cheminons le long- des pentes, au travers des plantations, observant les débris antiques qui se rencontrent à chaque pas et particulièrement les restes des remparts, jusqu'à une belle ferme appartenant à M. L. de Lisa, qui s'y trouve pour surveiller ses récoltes et nous fait un excellent accueil. Les bâtiments sont entièrement construite d'anciens matériaux. Nous y remarquons deux inscriptions grecques inédites, dont celle d'un petit autel à Hestia, une margelle de puits de travail grec, des fragments de l'architecture de temples. Dans l'enclos se trouvent les ruines bien caractérisées de thermes romains avec leur hypocauste, et sous des oliviers un pavement de mosaïque mis a découvert il y a quelques années par les travaux de la culture. Il oiïre des figures de Tritons en noir sur un fond blanc. Mais aucune

mesure n'a été prise pour préserver cette mosaïque ; les intempéries Ja dégradent rapidement; elle s'en va cube à cube, et d'ici à peu il n'en restera plus rien. Nous poussons encore à un demi-kilomètre plus loin, et nous gagnons la ferme de M. Battagliesi, tout auprès de la rivière de Santa-Barbara. Le point oii elle se trouve était l'extrémité nord-est de la ville ; c'est là que de ce côté Commençaient les tombeaux, au delà des remparts. Deux stèles funéraires à'înscriptions grecques se trouvent dans la ferme. L'une d'elles, en pierre calcaire, haute de 2 m. 42, se termine au sommet par une palmette du plus élégant dessin.

A l'aller et au retour je suis frappé de la quantité des ruines encore visibles aii milieu des vignes et des oliviers, sur l'étendue entière de l'espace qu'occupait la ville. Partout les maçonneries romaines ou helléniques, et de ces dernières plus que des autres, affleurent le sol ou en font pointer au dehors quelques assises. A chaque instant, grâce à ces vestiges on peut suivre le tracé de maisons, d'édifices de diverses natures, de rues et de places. Il est des endroits où l'on chon^ine encore pendant quelques moments entre deux champs sur le pavé d'une rue grecque, resté à découvert et bordé

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(l'arasemonls do mur. Los ravins que les pluies crinvor creusent dans le terrain en pente mettent à nu des fondations de murailles, des pavements de piiîrre, de briques, de mosaïque rustique et surtout d un beau béton d'un rouge corallîn, mélangé de lerre-cuile pilonnée, dont la texture est très fine et la dureté (»xtrèmo, des seuils de portes^ des intérieurs de ebambres avec des restes d'enduit peint au bas des murs. Presque nulle part le sol anticpie ne se trouve aune plus grande' profondeur qu'un ou deux mètres. Et, je le répète, la grande majorité des constructions dont on discerne ainsi les vestiges appartiennent à Tépoque hellénique. Je ne connais pas de ville antique où des fouilles seraient plus faciles et moins coûteuses qu'à Velia. Et les résultats no pourraient manquer d'y être d'un véritable intérêt. C'est l'endroit par excellence pour étudier les dispositions, encore si peu connues, dos maisons grecques, pour établir une comparaison scientifique sérieuse entre elles et les maisons de Pompéï. J'aimerais, pour ma part, à voir notre jeune Ecole de Rome choisir Velia pour lo théâtre d'excavations régulières et suivies, d'autant plus que je n'ai pas de doutes sur le succès qui l'y attendnnt. L'entente à ce sujet serait assez

facile avec le gouvernement italien, dont il n'est que justice de reconnaître les bonnes dispositions pour les intérêts de la science.

Sur tout le terrain que nous avons parcouru, il n'y a littéralement qu'à se baisser pour ramasser des fragments de briques empreintes d'estampilles grecques, comme celles que nous avons vues entières au château, des tessons de toute espèce de céramiques antiques, parmi lesquels ceux de vases peints et de vases dits étrusco-campaniens sont des plus abondants, des terres-cuites brisées, de menus objets de natures très variées, de petites monnaies plus ou moins oxydées. En plantant des arbres et en cultivant la terre, les paysans rencontrent souvent des tuyaux de conduites d'eaux, les uns en poterie, qu'ils brisent, les autres en plomb, qu'ils arrachent et vont vendre au Vallo pour le poids du métal. Les trouvailles de médailles sont aussi très fréquentes ; et quand cellesci sont d'argent ou d'or les paysans, qui rejettent avec dédain les autres fragments amenés au jour par leur houe, les portent également au Vallo, oii les orfèvres les achètent pour les expédier ensuite à Naples. Les ruines de Velia sont de cette manière une des sources principales qui approvi-

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sionncnt de monnaies antiques le marché napolitain. Naturellement ce qu elles fournissent le plus abondamment, ce sont les belles espèces d'argent frappées par les Hyélêtes au v® et au iv® siècle avant J.-C. Pendant notre promenade, les paysans que nous avons rencontrés dans les champs nous en ont présentées plusieurs, qu'ils venaient de découvrir.

Il n'est pas rare non plus d'y exhumer de petites pièces d'argent d'un travail archaïque, offrant sur une de leurs faces la partie antérieure d'un lion qui dévore une proie et sur l'autre un carré creux divisé en quatre parties au fond taillé en biseau, ce qui produit une disposition en ailes de moulin. C'est le carré creux caractéristique de monnayage primitif des villes de l'Asie Mineure occidentale. Comme toutes celles de ces pièces que Ton rencontre dans le commerce de Naples parviennent de Velia, Millingen et les numismatistes napolitains les ont données à cette ville. C'est même une attribution généralement admise dans la science. Pourtant je crois qu'il faut la réviser et qu'elle ne doit pas être maintenue.

Ce n'est pas à Velia seulement que se trouvent les monnaies dont je parle. On les découvre aussi fréquemment à Marseille ou dans les environs, et

en Toscane autour de Pise et de Piombino, c'està-dire sur les territoires de la colonie phocéenne de Massalie et des comptoirs phocéens de Pisa et de Populonia. Dans les grands dépôts monétaires d'Auriol (Bouches-du-Rhône) et de Vollerra (Toscane), elles étaient associées à d'autres monnaies d'argent de même poids, de même module et de même travail, avec des types très variés et le même carré creux, produits du monnayage des diverses cités de ITonie dans la première moitié du VI® siècle avant notre ère, et à quelques pièces contemporaines d'Agrigente de Sicile, les seules dans ces dépôts qui fussent d'une autre contrée que FAsie Mineure. L'époque que toutes les circonstances réunies permettent d'assigner aux enfouissements d'Auriol et de Yolterra, avant 540, est bien aussi la date que le style d'art indique comme ayant été celle des monnaies à la protome de lion. Il ne serait pas possible de les faire descendre jusqu'au dernier quart du siècle. Comment donc les attribuer à Velia, puisqu'elles sont dans la réalité antérieures à la fondation de cette ville en S36?Pour ma part, m'appuyant en outre sur ce fait que j'en ai vu venir quelques rares exemplaires d'Asie Mineure par les voies du commerce d'Athènes et

de Sniyrne, aussi bien qu'il envient des différents points do l'Occident énumérés tout à l'heure, je ne puis k's envisager autrement que comme ayant été frappées en lonie et ayant constitué une des formes du numéraire d'argent de Phocée même. C'est seulement ainsi que peut s'expliquer le fait de la circulation dé ces pièces à la fois dans la péninsule asiatique et dans les établissements phocéens de la (laule méridionale et de l'Etrurie. Quant à leur présence assez habituelle dans les ruines de Hyélè- Velia, elle s'accorde aussi fort bien avec l'attribution que je propose. Les émigrés de Phocée, à la prise de la ville par les Perses, emportèrent avec eux tout ce qu'ils purent de leurs richesses, c'està-dire nécessairement une quantité considérable du numéraire monnayé de leur cité. Et dans le nouvel établissement qu'ils se créèrent à Tembouchnre du fleuve llalês, ce numéraire amené d'Ionie dut former le premier fond de la circulation.

Il me reste à parler des nécropoles de la ville. Elles ont une étendue considérable et se rencontrent un peut partout sur son pourtour, en dehors de ses murs, principalement sur la crête qui continue celle de l'acropole, sur les deux versants de la colline et dans la petite plaine du sud, au voi-

sinage du torrent. Antonini parle d'une centaine de tombeaux qui avaient été ouverts à la fois, au lieu dit Le Pantanelle, quelques années avant qu'il ne publiât son livre. D'après les renseignements que j'ai pu recueillir, les sépultures, disposées suivant le mode grec habituel, ont en général la forme d'un sarcophage allongé, fait de dalles de tuf calcaire ou de grandes briques, avec pour couverture des dalles ou des briques pai'eilles disposées en toit à double pente. De nombreux objets y sont disposés autour des restes du mort. Jamais on n'a fouillé régulièrement les tombeaux de Velia ni observé d'un manière soigneuse et scientifique ce qu'ils renferment. Mais lés paysans qui cultivent les terrains où ils se rencontrent ont souvent l'occasion d'en mettre à découvert, soit par des trouvailles fortuites, soit en les recherchant pour les exploiter. M. Passaro et M. Ferolla m'affirment que ces paysans en tirent fréquemment des bijoux, des vases peints, dont quelques-uns de dimensions importantes et d'un fort beau travail, qu'ils connaissent la valeur de ces objets et qu'ils savent fort bien en tirer parti. C'est au chef-lieu de l'arrondissement, au Vallo, qu'ils les transportent, et ils les y vendent aux correspondants qu'y

enlretiennenlles grands marchands d'antiquités de Naples.

Il est vraiment très regrettable qu'aucun habitant du Vallo n'ait eu jusqu'ici l'idée de profiter des occasions que fournit cette habitude des .paysans du canton de Velia, pour former une collection d'antiquités. C'est seulement ainsi que l'on pourrait se faire une idée exacte et complète du caractère des objets qui se présentent dans les nécropoles de la brillante colonie de Phocée. Le marché d'antiquités de Naples est l'un des plus considérables du monde. Je le connais à fond avec tous ses trucs, pour l'avoir beaucoup pratiqué. C'est un gouffre d'où la bonne foi est depuis longtemps bannie. Nulle part on n'a moins de scrupule à vous présenter le faux pour du vrai, en le garantissant de certificats apocryphes, destinés à égarer la confiance naïve des étrangers crédules. Tout objel authentique qui arrive sur ce marché perd son état civil, et il est impossible de se fier à ce qu'on vous dit de son lieu d'origine et de trouvaille. Suivant que des découvertes, qui ont attiré l'attention et eu quelque retentissement, ont mis momentanément telle ou telle provenance à la mode, tout est donné comme en sortant, afin d'eu rehausser la

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valeur et de pouvoir en demander un meilleur prix. J'ai connu un temps où tout vase un peu fin était invariablement désigné comme découvert dans lés fouilles de Santa-Mariâ di Capua. Il y a deux ans, la provenance unique et favorite pour les objets de même nature était Vico Equense. Celle des terrés-cuites est aujourd'hui Tarente. Ajoutons que depuis quelques années, les objets donnés comme provenaifit de la Grèce propre faisant prime dans une très forte proportion par rapport à ceux de ritalie méridionale sur les marchés de Paris et de Londres, les négociants en antiquités d*Athènes ont pris Thabitude de s'arrêter à Naples dans leur route vers l'Occident et d'y compléter leur approvisionnement d'objets qu'ils Vendent ensuite comme trouvés à Athènes ou à Corinthe. Je connais l'histoire positive d'un certain nombre d'objets qui figurent avec cette dernière provenance dans les musées publics ou dans les collections de nos premiers amateurs, tandis qu'en fait ils ont été découvert dans la Grande-Grèce et acquis par tel ou tel Athénien, que je pourrais nommer, chez M. Barone ou chez M. Scognamiglio.

Au milieu de cette mascarade de provenances apocryphes, il en est d'autres, au contraire, que

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Ton ne songe jamais à articuler, mêaie quand elles sont réelles^ parce que la mode ne les a pas encore recherchées et qu'elles ne donneraient aucune valeur à un objet. Telle est celle de Velia-. Je sais positivement, par les témoignages les plus dignes de foi) que cette localité fournit à Napies chaque année un certain contingent d^objets antiques, et cependant jamais chez les marchands napolitains on ne m'en a montré un seul en me disant qu'il venait de Velia. C'est une provenance qui n'est de mise que pour les médailles, point pour les vases et les terres-cuites. Voilà pourquoi jusqu'ici, quelques recherches que j'aie faites à cet égard, je n'ai pu parvenir encore à connaître telle chose qu'un vase peint de la nécropole de Velia. Il y aurait pourtant un intérêt archéologique de premier ordre à savoir exactement ce que sont ceux qu'on y découvre, s'ils représentent une fabrication locale ou une importation de produits manufacturés en Grèce.

Pour les terres-cuites j'ai été plus heureux. J'ai pu me procurer sur place deux figurines d'assez fortes proportions, qui, avec les fragments que j'ai étudiés chez M. Ferolla, caractérisent une fabrique particulière et nettement déterminée, dont on pos-

sédait quelques aiitreë spécimens dans les musées, au Louvre par exemjJe, parmi les terres- cuites de la collection Campana, mais sans savoir sur leur origine autre chose que cette indication vague qu'elles provenaient du midi de Tltalie. La terre employée par les coroplastes grecs de Hyélê- Velia est facilement reconnaissable entre toutes les autres. Elle est moins fine, moins souple et Tnoms plastique que celle des figurines de Tanagra ou d'Atiitoes, <>t en général de la Grèce propre; «lie est aussi moins blanche. La texture en. est Tude, courte, assez rèche et grossière, se rapprochant de celle de la terre à briques, dont elle a la couleur rouge. N'ayant à leur disposition que cette matière imparfaite et peu docile, les modeleurs n'ont pas cherché à atteindre un certain degré de finesse dans Texécution. Cependant leurs œuvres n'ont pas Taspect mou et banal des terrescuites de TApulie, qui ne sont en général que de médiocres surmoulés de surmoulés des statuettes grecques. Les terres-cuites de Velia sont franchement helléniques d'accent, ont du caractère et de l'originalité. Ceux qui les ont faites avaient leur manière propre et n'étaient pas dénués d'invention. Quand on les connaîtra mieux, d'après

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(les exemplaires plus nombreux^ elles tiendront une place honorable dans la série des terres-cuites grecques, sans cependant pouvoir y prétendre à un rang comparable à celui des médailles de la même ville entre les monuments de l'art monétaire.

Les figurines que j'ai rapportées représentent deux catégories différentes, que Ton observe presque partout dans le monde grec parmi les terrescuites et dont Texécution est toujours sensiblement autre. L'une appartient à l'imagerie religieuse populaire; c'est une idole, dont la partie postérieure, où se trouve percé le trou d'évent, est plate, informe et sans travail. La face antérieure a été simplement poussée dans un moule, sans être retouchée. Elle représente une Aphrodite nue, debout, au corps d'un modelé gras et libre, et d'un beau caractère, qui s'appuie sur un Hermès de Priape. N'était la nature différente de la terre, on la prendrait facilement pour une des figurines de la même nature qui se trouvent dans la Locride Opontienne ou dans certaines des îles méridionales de l'Archipel. L'autre est, au contraire, une statuette de ronde bosse, achevée sous toutes ses faces et exécutée en partie à l'ébauchoir, après un premier

moulage. Le modelé en est large et sommaire, sans recherché de celte finesse merveilleuse à laquelle savaient atteindre les coroplastes d'Athènes, de Tanagra, de Cymê d'Éolie, de Myrina, de Cyrène. Mais ce qui y fait défaut sous ce rapport n'empêche paslatête d'être charmante et gracieuse, et surtout est racheté par la grande tournure, çt l'accent sculptural de l'ensemble. Je ne connais pas de statuette de terre-cuite, sauf deux ou trois de Myrinà, qui ait plus la physionomie d'une véritable statue que celte figure de femme, entièrement vêtue, sans atlributs, d'un caractère indécis, qui rentre dans celles où il serait difficile de chercher autre chose qu'un sujet puisé dans la vie quotidienne et familière; à moins, toutefois, qu'on ne veuille y voir une Muse. A ce point de vue du caractère sculptural elle a vivement frappé deux des maîtres les plus éminents de la sculpture contemporaine, mes amis et confrères d'Institut, MM. Guillaume et Chapu. Leur jugement la mettait bien plus haut que celui des collectionneurs, un peu déroutés de trouver dans celte lerre-cuite un sentiment qui s'éloigne de celui qu'on est habitué à rencontrer dans les statuettes qu'ils couvrent d'or.

VeKa a été le terme de mon excursion en Lu- ,canie. C'est donc avec elle que je terminerai ce volume. Dans mes projets primitifs, en partant de France, j'espérais pouvoir pousser plus loin et achever mon exploration archéologique par la côte, en poussant jusqu'à Policastro et Sapri, de manière à visiter les emplacements, presque absolument inconnus, des villes antiques de Molpa, Palinuros, Pyxus ou Buxentum et Scidros. J'ai dû renoncer à réaliser cette dernière partie du programme que je m'étais tracé. Mes compagnons étaient obligés de revenir. Malade et pouvant à peine me traîner, je n'étais plus en état de me lancer seul dans une expédition qui devait être plus rude encore que tout ce que nous avions traversé. Abandonnant donc pour cette fois tout autre projet, le soir même de notre visite aux ruines de Velia nous rentrions à Rotino pour y passer la nuit. Le lendemain, après avoir repris le chemin de fer à Eboli, j'étais à Naples avant la fin de la journée.

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