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leur rôle avec des retentissements effrayants. Cela fait d’ailleurs le plus grand bien à la Nubienne, encore tout imprégnée du sel que les paquets de mer ont accumulé sur les vernis pendant la traversée.
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Mercredi, 25 juin.
Depuis hier soir, le pilote qui doit nous
conduire à Montréal est à bord. À 5 h. 1/2
il monte sur la passerelle et prend le com-mandement du navire, sous la surveillance du capitaine, qui n’a, dans les piotes,
qu’une foi très chancelante — et qui a bien :;
raison, ainsi qu’on le verra plus tard.
Nous avons appris par lesjournalistes etpar M. Duchastel, consul de France à Québec, qui a été pour nous très aimable, très Complaisant, et auquel j'adresse tous nos remerciements, que nous sommes annoncés et très impatiemment attendus à Montréal, où nous arriverons au milieu des réjouissances de la Saint-
juin.
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Jean-Baptiste. Quelques journaux ont même prétendu que nous venions tout exprès de France pour assister à cette solennité. La vérité est que nous ne nous doutions pas qu'il y eût une si grande fète au Canada, mais à quoi bon démentir ce bruit qui ne fait de tort à personne ? Au contraire, maintenant que nous savons à quoi nous en tenir, nous ne serions pas fâchés d'assister à ces manifestations, auxquelles prend part le Canada tout entier. Aussi avons-nous télégraphié de Québec à Montréal, afin d'obtenir
à quai une place que l’on nous a promise.
Le fleuve se rétrécit et n’a plus guère que
deux kilomètres de large — ce qui est
encore bien:gentil. À midi, nous entrons dans le lac SaittPiétre pour en sortir vers deux heures. Sur“tôut le parcours, le chenal est balisé de poteaux rouges et noirs; la navigation devient de plus en plus difficile. À tout instant, surgissent des bancs de sable, des iles ou des ilots verdoyants, dont la présence est
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signalée la nuit par des bateaux-bouées et des phares. Leurs rives sont belles, verdoyantes, très ombrageés, très peuplées et bordées par des prairies, au milieu desquelles paissent de nombreux troupeaux.
I] se fait certainement un grand commerce de bois dans le pays, car nous rencontrons à chaque instant des sloops ou des goëlettes quien sont chargés, et de larges bateaux plats dont le gréement primitif appelle parfois le sourire sur nos lèvres.
À Th. 15 minutes, nous rangeons, sur le quai de Montréal, la place qui nous à été conservée. Nous n’avons donc pas mis tout à fait. quinze heures pour faire les 140 milles qui séparent Québec de Montréal, en remontant le courant du fleuve.
Dans le port, la plupart des bateaux sont pavoisés.
Nous avons préparé nos pavillons enroute, afin de nous pavoiser aussi, mais il est trop tard pour les hisser maintenant; ce sera prêt
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pour demain, qui est le jour de la procession des bateaux à vapeur.
Cette féte de la Saint-Jean-Baptiste, qui est cornimencée depuis trois jours et qui doit durer cinq jours encore, est la fète principale du pays et se célèbre tous les ans en grande pompe. Elle est organisée, ou plutôt dirigée par le clergé. C’est une sorte de ligue catholique, destinée à conserver au Canada ses vieilles traditions et à lutter contre le protestantisme et l’anglicanisme, qui s'efforcent en vain depuis un siècle d’envahir et de dominer l'élément français. A ce titre, elle est un bienfait pour notre ancienne colonie, en ce sens qu’elle lui conserve son autonomie et son indépendance.
De toutes les provinces voisines, le peuple accourt, obéissant au mot d'ordre qu’il reçoit. Le prêtre est, en effet, absolument tout-puissant au Canada. Non seulement il peut impunément tout se permettre, mais encore il perçoit la dime, comme au bon vieux temps.
- sn CS ARRET
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= PRATET
Rien ne se fonde, ne prospère, si le prètre n’y donne pas son concours et n’en facilite le développement. Sur les affaires, sur les établissements industriels, son indispensable intervention lui permet de prélever une ample moisson, en même temps qu'elle confirme son autorité et accroît sa puissance.
Nous trouvons, en débarquant, les rues encombrées de monde, décorées d’arcs de triomphe et d’emblèmes dans lesquels les drapeaux français flottent à profusion, côte à côte avec le pavillon canadien, tandis que les mâts se dressent, gigantesques mirli-
tons, également ornés de nos trois couleurs :"
nationales.
Infiniment plus jolie et plus grande que Québec, qui est l'ancienne capitale du Canada et la capitale actuelle du Bas-Canada, Montréal a pris une grande importance, si ben qu'elle a fini, vers 1843, pour décapitaliser sa rivale à son profit.
La raison en est toute simple. Beättoup
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plus avancée dans les terres que Québec, elle est en relations bien plus directes avec les États-Unis.
L'aspect de la ville se ressent, du reste, énormément de ce voisinage ; ilest beaucoup plus anglais et américain qu'à Québec. Les enseignes, les noms des marchands, sont presque tous écrits en anglais, quoique la langue française continue à y être l’idiome le plus usité.
Il est facile de se convaincre en outre que Montréal est plus jeune ct que son accroissement est beaucoup plus récent. Un n’y
‘trouve que fort peu de monuments, parmi
le: quels les églises occupent naturellement la plus largé place. J’en ai compté quatre sur le même carrefour.
Les congrégations n’y sont ni moins favorisées, ni moins riches, ni moins puissantes. La succursale du Séminaire de Saint- Sulpice, à Montréal, possède environ pour vingt millions de biens, et l'établissement des
Sœurs-Grises n’est guère moins bien partagé.
Parmi les autres monuments, il faut placer l'Hôtel de ville, la Bourse, la Poste et les établissements de banque. Ce sont de magnifiques agglomérations de pierre grise, qui n'appartiennent malheureusement à aucun ordre déterminé d'architecture, et dans lesquels les styles gothique, roman, ionien, co rinthien, etc., se trouvent accouplés le plus bizarrement du monde.
L'hôtel Windsor mérite également d’être cité. C’est le plus bel hôtel que j'aie vu pen-
dant mon voyage, sous le rapport de ses. Ki:
dimensions, de son aménagement intérieur *
et de son confort.
Notre excursion à travers la ville n’étai que le prélude du plaisir que nous nous étions promis d'assister le soir à un grand tournoi, dont les affiches à gravures coloriées représentaient les épisodes les plus alléchants.
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Nous nous dirigeons vers les terrains de l'Exposition, magnifiquement éclairée à la lumière électrique et entièrement construite en bois. Nous payons pour y aller, nous payons pour entrer dans l’enceinte, nous payons pour nous asseoir sur de vulgaires bancs de sapin, dont aucune draperie ne recouvre la nudité, et nous nous trouvons au milieu d’un vaste emplacement carré, à ciel ouvert, assez pauvrement éclairé, cette fois, par cinq ou six lampes électriques, juchées sur un formidable poteau, au beau milieu de l'arène. Bientôt ie roi saint Louis, qui préÿsidait le tournoi, vient se placer sous un
aie magnifique, escorté de ses écuyers, de
son grand justicier, armé d’un glaive énorme en bois doré, et suivi de ses gentilshommes et domestiques, vêtus de costumes Louis XV d’une fidélité déplorable. Personne ne semble s’apercevoir de cette étrange anomalie. Au contraire, le murmure le plus flatteur accueille cet anachronisme sanglant,
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