‹ A travers l'Atlantique [microforme]Chapitre 12 sur 30 · ALT · texte numérisé non relu

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Alors le tournoi commence. Des chevaliers, habillés comme les figurants italiens de Rigoletto ou du Trovatore, sur les plus misérables scènes, commencent au pas et au trotuninterminabledéfilé,exécuté sans aucun ordre et sans aucune science de l'équitation.

Pourtant, le public charmé avait applaudi déjà à plusieurs reprises, lorsque, subitement, la lumière électrique s'éteint. Un bon quart d'heure se passe au milieu de l’obseurité la plus complète. Chez nous, ce léger accroc aurait certainement été salue par des trépignements, des cris d'animaux, des sif-

flets ou des applaudissements ironiques. Ici :

personne ne dit mot.

Au bout d’un quart d'heure cependant, saint Louis, très intrigué sans doute, quitte son trône avec toute son escorte, pour aller probablement visiter sa machine ou ses piles électriques et donner à son ingénieur un galop d'importance. On le suit des yeux avec une impatience, mêlée du respect que l’on doit à sa

s chevaitaliens les plus as et au ns aucun uitation.

applaudi subite- Un bon l’obscuce léger par des des sif-

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sainte majesté. On le voit bientôt revenir

avec sa suite, mais, hélas ! sans chandelle.

Enfin, une demi-heure après, et toujours

au sein du silence le plus absolu, la lumière

reparait et le défilé recommence. Au pas.

au trot. Ah! non, par exemple ! nous en avons assez. Mieux vaut encore l'Hippodrome. Et nous partons, pénétrés d’une admiration sincère pour ce public sage et patient, qui continue à s’extasier et applaudit à outrance cette cavalcade enfantine, dont notre feu Bœuf gras n’aurait pas voulu.

Au moment où nous quittons l’enceinte,

«du côté opposé à celui que nous occupions, un monsieur se lève et pousse en nous aper-

cevant un cri retentissant de « vive la France » ! Nous saluons et nous disparaissons modestement dans la foule, très touchés néanmoins des sympathies que notre pays excite encore à 600 lieues de distance. Le fait est trop rare pour ne pas mériter d’être signalé.

Jeudi, 26 juin.

Dès le matin nous avons pavoisé nos vergues de misaine et de grand mât, ainsi que notre mât d’artimon, et nous pouvons nous vanter que pas un bateau n’approche du nôtre, comme disposition ni comme profusion

de pavillons. gx

Ainsi que je l’ai dit hier, c’est le jour de la procession des bateaux à vapeur. On espérait que nous y prendrions part, mais nos matelots et nos chauffeurs n’ont pris aucun repos depuis notre départ du Havre, nous aimons mieux les laisser respirer — avec d'autant plus de raison qu’ils vont se remettre en route pour New-York demain ow après,

acc

juin.

OS ver— insi que 1$ nous

tandis que nous gagnerons par la voie de terre la capitale des États-Unis.

La fète est annoncée pour 10 heures; nous montons sur la dunette pour y assister.

La Nubienne, qu'on à fini par rendre pré-

sentable, fait v':iment bonne figure malgré

sa longue traversée. Dès le matin, elle est entourée par une foule de curieux. Deux constables sont sur le quai, pour empêcher qu'on n’envahisse notre pont par la coupée ou les haubans

À 9h. 1/2, nous recevons la visite d’un ami, qui a appris notre arrivée. C’est un

“compatriote, un vrai Parisien, un boule-

vardier, M. L..., qui a introduit à Montréal l'industrie du sucre de betteraves et qui l'habite depuis quatre ans. Pour lui, tout autant que pour nous au moins, c'est une véritable joie de rencontrer d'anciennes con-

nassances. Il se met à notre disposition,

s'offre à nous servir de cicerone, ce que nous acceptons avec grand plaisir.

Une heure plus tard, commence la procession ou plutôt le défilé des bateaux. Ils sont littéralement bondés de monde. Presque tous nous saluent et nous acclament. Les cris de « vive la France! » se mèlent aux chapeaux qui s’agitent, aux mouchoirs qui flottent au vent. Cela réveille en nous le sentiment de la patrie absente ; nous sommes profondément émus de cette réception enthousiaste et de ces bruyantes démonstrations.

Il fait un temps magnifique, la chaleur est

grande. Néanmoins, dès que nous avons:

déjeuné, nous montons dans les voitures que M. L... a commandées pour nous; nous traversons la ville et nous allons faire la promenade de la Montagne. C’est le ‘bois de Boulogne de Montréal. Nous y croisons beaucoup de voitures et de promeneurs; mais notre surprise est extrême de nous trouver tout à coup au milieu d’un cimetière protestant et d'apprendre que cet endroit est la

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tures que nous tra e la pros de Bouns beaurs; mais s trouver e protesbit est la

promenade favorite des habitants de Montréal !

Il est vrai que ces cimetières — nous avons pu le constater dix fois depuis, même à New-York — ne ressemblent en rien aux nôtres. Ce sont de véritables parcs, ornés de pelouses verdoyantes et bien tondues, semés de corbeilles de fleurs à Montréal, plantés d'arbres et d’arbustes de toute essence, desquels émergent, comme au hasard, sans ali-

“gnement ni symétrie, les tombes de ceux qui

reposent du sommeil éternel. Nulle clôture, nulle élévation de terrain mème, ne les protègent contre les indiscrétions sacrilèges et, nulle part pourtant, ils ne sont plus respectés. Te

Il faut bien l'avouer, cette manière de trai-ter la mort, au lieu d’avoir l’aspect terrorisant que nous lui donnons en france, modifie sensiblement l’impression que l’on éprouve à la contempler. Ce n’est plus le seniiment de l'inconnu ou du néant qui vous pénètre, c’est

ne

celui du repos, du recueillement, du calme de l'éternité.

En continuant notre promenade à travers bois, nous arrivons au point de vue. C’est une espèce de cap, juché sur le haut de la montagne et d’où la vue estréellement admirable. On découvre la ville tout entière, propre et merveilleusement percée de rues et d’avenues perpendiculaires les unes aux autres; on aperçoit le Saint-Laurent, dont la largeur majestueuse absorberait vingt fois la Seine; enfin, au delà du fleuve, on distingue une étendue de pays considérable, verdoyant au soleil ruisselant qui l’inonde, semé de maisons et de maisonnettes, au-dessus desquels flamboient toujours, comme à Québec, les clochers et clochetons des églisès aux toits d'or su d'argent.

En revenant à Montréal, nous nous arrètons au Saint-James Club, où M. L... nous présente, dont nous sommes proclamés

membres à l’instant même et où nous som-—

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