ME EE
mes accueillis avec une hospitalité plus qu’écossaise. Nous y rencontrons M. Perrault, le consul de France, qui était venu nous faire une visite à bord pendant notre absence. Il se joint à M. L... et se met à notre disposition avec une bonne grâce et une amabilité dont nous ne saurions le remercier trop publiquement.
C'est lui qui s'offre pour nous accompagner à la Chine, dont nous avons entendu parler à Québec et où l'on nous a bien recommandé d'aller. À 5 heures, nous montons dans le train qui y conduit.
C'est un petit village, situé sur la rive gauche du Saint-Laurent, à quelques kilomètres de Montréal, et en face duquel se trouve un hameau, nommé Caughnauvaga, qui est habité par des Indiens. Il est de mode ici de se rendre à la Chine avant diner, pendant la belle saison, pour revenir en bateau à vapeur et franchir les rapides.
On n'y va pas pour autre chose que pour
cela. Aussi le chemin de fer s’arrète-t-il juste au bord de la rivière et, pour ainsi dire, au pied du bateau, dans lequel on n’a plus que la peine de monter.
Les rapides consistent en un banc de rochers à fleur d’eau, qui barrent le cours du Saint-Laurent et à travers lesquels le fleuve se précipite avec une impétuosité inquiétante. Le fait est que cette distraction est singulièrement émouvante. Le bateau pique droit sur un rocher bien en évidence... on croit qu'il va s'y briser... on se prépare à une commotion terrible... Pas du tout! Un irrésistible courant l’entraine et le rejette sur la droite, en plein tourbillon, avec des oscillations de tangage et de roulis, des mugissements et des bouillonnements qui impressionnent beaucoup surtout Mme M..., qui seule, ce jour-là, avait pu nous accompagner et qui, malgré ou plutôt à cause de son extrême nervosité, est très friande de
toutes les émotions.
ête-t-1l
ir ainsi
on n’a
anc de Cours uels le sité inraction bateau ence..….
épare à ut! Un rejette
A TRAVERS L’ATLANTIQUE 1i5
Les accidents sont assez rares, parait-il, dans ce jeu de casse-cou. Cependant un bateau échoué sur notre gauche, trois jours ayant, nous prouve que ce dangereux trajet ne s’accomplit pas toujours impunément.
Nous rentrons à bord pour diner à la hâte, car nous avons lu dans la journée l'affiche d’un festival, dans lequel doit chanter Christine Nilson et pour lequel nous avons fait retenir des places. Malheureusement, M.
Perrault ne peut pas nous accompagner.
Sans doute il se plaint de sa « grandeur qui l’attache au rivage, » mais il est obligé d’assister à un grand banquet politique et patriotique, où de très importants discours doivent être prononcés.
Nous le plaignons sincèrement, mais, ne pouvant pas le retenir, nous nous précipitons en voiture en sortant de table et nous arrivons devant la porte d'entrée — un peu tard, malgré la hâte que nous avons mise à
nous y rendre. Trois dollars par personne,
ce n’est pas cher en Amérique, lorsqu'il s’agit d'entendre Nilson, que nous n’avons pas applaudie en France depuis longues années.
Nous pénétrons dans un immense hangar, aux poutres à peine équarries, peinturlurées de couleurs baroques et le long desquelles pendent les drapeaux de toutes les nations.
On nous installe sur des chaises en bois blanc, qu'on nous laisse le soin de capitonner nous-mêmes, et nous prêtons une oreille attentive. Un public recueilli, les hommes en habit noir, les femmes en robe blanche pour la plupart, écoute aussi dans le plus grand recueillement. Nous pataugeons en plein Wagner! En vain nous essayons de percevoir au milieu de ce bruit harmonieux, plaqué d'accords et de changements de ton bizarres, un motif, une mélodie quelconque... nous ne distinguons absolument rien que des intentions avortées, des lambeaux de phrases mal cousues ensemble, in-
orsqu’il n’avons longues
hangar, rlurées squelles nations.
en bois apitonoreille 10ommes blanche le plus
de ton
terrompues par des éclats de tonnerre ou des doice qui ne laissent plus rien entendre.
Nous prenons patience. La Nilson va venir sans doute... Une heure se passe, elle ne parait pas! Nous nous informons et nous apprenons qu'avant notre arrivée on a prévenu le public que Nilson était dans l’impossibilité de chanter ce soir. Volés! Nous sommes volés ! car il paraît que Nilson n’était même pas à Montréal; mais l’impresario avait fait sa recctte, le tour était joué. C’est ainsi que cela se passe en Amérique. Aiïnsi nous nous étions cloitrés pendant une heure et demie dans cet atelier de charpente, et nous avions payé quinze francs pour entendre jouer du Wagner par un orchestre insuffisant ! C'était dur. Mais, autour de nous, ce même bon public, dont nous avions admiré déjà la veille la patiente longanimité, ne sourcillait et ne bronchait pas. Il applaudissait même à tout rompre. Excellent public,
" te
va! Comme il en faudrait un semblable à Paris, le soir de certaines premières!
Quant à nous, nous revenons à bord, très vexés, excessivement fatigués, et nous nous endormons à une heure du matin d’un sommeil de plomb.
able à
d, très s nous | soM—
Vendredi, 27 juin.
Lematin je reçois une lettre ainsi conçue :
« Monsieur H. Beaugrand, président du Comité de réception de la Presse, prie M.
Paul Saunière de vouloir bien lui faire l’honneur de sa présence à une conversation, chez lui,vendredi, 27 juin courant, de 8 à 11 heures du soir. »
Que cela ne vous étonne pas trop, cher lecteur. La plus grande partie des journaux
Canadiens se publiant en français, ce sont
les romanciers français qui font les frais du feuilleton. À ce titre, et comme j'ai pas mal de volumes sur la conscience, j'ai l’honneur d’être connu au Canada bien plus que je
ne le croyais moi-même. Malheureusement pour nous, pauvres gens de lettres, ainsi que cela arrive du reste dans une foule d’autres pays, nous sommes pillés impunément sans profit, sinon sans gloire; ces reproductions ne nous sont pas payées. Et, comme je reprochais à l’un des rédacteurs de journaux de Québec cette infraction à la loi de la propriété littéraire :
— Au contraire, me répondit-il, la France et la Société des gens de lettres devraient nous remercier. C’est grâce à nos journaux, et à vos feuilletons surtout, que nous entretenons au Canada le goût de la langue française et que nous lui conservons son indépendance.
C'est bête comme tout, mais je n’ai rien trouvé à répondre. Il n’y a pourtant aucune illusion à se faire sur le Canada. Alors même qu'il se débarrasserait du protectorat purement platonique de l'Angleterre, il ne voudrait pas retourner à la France, malgré les sympa-
mnt
1sement insi que d’autres nt sans luctions e reproaux de ropriété
France
vraient IrNAUX, ntrete- » franidépen-
ai rien aucune même , pureoudrait ympa-
nn
thies qu’il a pour elle. Il aimerait mieux garder son indépendance. Il ne se gène pas pour le direet ce n’est pas moi qui l'en blàmeral.
En recevant la lettre de M. Beaugrand, qui est en outre directeur de la Patrie, le plus important des journaux de Montréal, je me promettais bien de me rendre à son invitation. La curiosité m’y poussait plus que toute autre chose, car j'étais très fatigué et nous devions partir le lendemain pour le Niagara.
Je n’étais pas le seul d’ailleurs à aspirer au repos. Personne à bord ne voulutsortir avant déjeuner. Nous attendions M. Perrault et M. L..., qui arrivèrent à midi avec uneexactitude toute militaire. Après avoir causé de tout, du Canada, de la France, de Paris surtout, nous buvons à la santé des deux pays.
Nous nous disposions à monter en voiture lorsque, devançant l'invitation qu’ilnous avait adressée, M. Beaugrand arrive.
Encore unhomme charmant, instruit, dis-
tingué, et tout prêt à nous être agréable.
Avant que nous ayons ouvert la bouche, il nous offreses services, en attendant l'heure à laquelle M. Perrault nous a ménagé une réception c&. l'Hôtel de ville — et quand je dis réception vous verrez tout à l’heure que je n’ai rien exagéré.
De son côté, M. Beaugrand nous propose d’assistér à la manœuvre d’une pompe à incendie. Nous avions si souvent entendu parler de la manière dont ce service est organisé, que nous acceptons par acclamations. Nous sautons en landau et nous partons.
Je sais bien qu’un vieux cliché, trop souvent rabâché par les vieilies perruques, veut que notre pays « marche à la tête de la civilisation et du progrès ». C’est peut-être vrai en art et dans certaines branches de l’industrie, mais c’est un contre-sens et un barbarisme dans presque tous les autrescas. J’engage donc le Conseil municipal de Paris et le
rréable.
Jouche, l'heure gé une dje dis que je
ropose mpe à ntendu ce est lama
nous
| colonel des pompiers à faire un voyageen
FA
| Amérique, pour méditer sur ce que je vais raconter et s'assurer que je n’ai pas menti
d’un iota. Ils conviendront alors avec moi qu’en fait de service d’incendie, Paris est un enfant à côté de Montréal et de New-York.
Nous pénétrons dans le poste, qui est 1 grand vestibule couvert et dallé. Au milieu, juste en face de la porte de sortie, est placée la pompe. On nous avertit qu’on va donner le signal et on nous prie de faire attention. Un homme est là, le long du mur de gauche, devant une petite batterie électrique imperceptible. Il appuie sur un bouton qui met en mouvement la sonnette d’alarme.
Aussitôt deux magnifiques chevaux noirs, sortis des écuries que nous apercevons, viennent au grand trot se ranger d’euxmêmes à gauche et à droite du timon. En même temps, deux hommes arrivent, et leur passent le mors dans la bouche.
L’homme qui est devant la batterie pousse
un autre bouton, qui déclanche les ressorts auxquels les harnais sont suspendus immédiatement au-dessus des chevaux ; le har- M nais tombe, les chevaux sont attelés instantanément, la porte d’entrée s’ouvre pour k les laisser passer et la pompe sort. 1
Devant ce spectacle magique nous res- À tions stupéfaits. La chose avait été faite avec L une telle rapidité, qu’à peine pouvions-nous | nous en rendre compte. Je demandai qu’on voulûüt bien renouveler l'expérience — ce à # quoi le chef du poste se prêta le plus complaisamment du monde — et l’on reconduisit les chevaux à l'écurie, après avoir remis les harnais en place.
Cette fois j'avais tiré ma montre. Je ?
donnai le signal. En nuir skoonpes c'était | fini !!!
Je vous le disais bien, messieurs les membres du Conseil municipal: au lieu de vous chamailler et de politiquer sans cesse, installez donc à Paris un service semblable :
ere ra,
res $ ‘ :4 El et tout le monde applaudira, car vous aurez Fi
us immé- ce Ue PE réalisé un progrès qui semble positivement
M le h: 1 . Q , Q
: A M appartenir au domaine de la féerie. Et ce
s instantan n'est pas tout, vous allez le voir, si vous
ivre da PE Lan or #} avez la patience de me suivre à l'Iôtel de
; 1 ville. { fl
AN: Tes | de | il
| Nous y allons, en effet, très impressionnés | 1]
faite avec 1]
| de ce que nous avions vu. M. Perrault nous |
ons-nous L (|
accompagne. Sur le perron, comme s’il il.
al qu'on RTS en | |
s'agissait de recevoir une ambassade, nous | 1!
e St ce 4 . e , . , tf
attendait M. Jacques Grenier, échevin, pré- |
us com- M a |
4 sident de la Commission des finances de ||
recondui- À : RE | 1
Lu À Montréal. Avec une grâce parfaite, il com- [M
oir remis ‘“# Rt 1 (il
S À mence par s’excuser d’être obligé de rem- | 1
M placer le maire absent, qui se serait fait u: | |
itre. Je ! nl , , . W plaisir de nous faire les honneurs de sa mai-
ES c'était à | son.
Je ne sais pas ce qu'aurait fait le maire,
eurs les Vis ul Lieu d mais il faut que je rende un légitime homu lieu de ST mage à l’urbanité, à l’empressement et sur- 1S cesse on È tout à la patience de M. Grenier. Malgré ses 2mblable
cheveux blancs, ilest vif, alerte comme un
jeune homme, et galant comme ur grand seigneur.
Nous pénétrons d'abord dans un hall immense, au pied duquel se trouve un large escalier de bois et autour duquel règne une galerie circulaire. M. Grenier nous fait parcourir alors successivement tous les services et tous les bureaux. Partout il nous présente à ses chefs de service et partout nous recevons l'accueil Le plus flatteur.
Quand nous entrons dans la salle des séances du Conseil, il fait asseoir sur le trône Mme M... qu'il a accaparée et à qui il fournit les explications les plus détaillées. Il nous conduit enfin dans la section de la police et nous présente au chef de la sûreté. Bureaux, corps de garde des policemen, cachots, nous visitons tout. Nous trouvons dans une des cellules une jeune femme, qui dormait à poings fermés sur le lit de camp. Elle avait été arrêtée pour cause d'ivresse,
r. grand
un hall un large l règne ous fait les seril nous partout ur.
Ile des sur le rée et >s plus lans la résente rps de S visine des rmait à e avait
re
— Oh! pauvre femme! s'écria Mme M...
% Est-ce qu'on ne pourrait pas lui rendre la A liberté ?
ss: LI dermandiez,
madame, répond gracieusement M. Gre-
sufit que vous le
À nier, pour que votre désir soit accompli.
Aussitôt, il ordonne qu'on ouvre la grille, qui sert de porte à la prison.
— C'est à madame que vous devez la Liberté, dit-il à la prisonnière éhahie.
Et nous partons.
Mais je n'en ai pas fini avec l'Hôtel de ville et j'ai gardé pourla bonne bouche la descriphon de la salle et de la batterie élec-
. trique, destinées à signaler les incendies.
Cette batterie, aux ramifications innombrables, correspond avec l'église Notre- Dame ct met en mouvement un tocsin qui avertit la ville entière, en même temps qu’un
registre de signaux, tour à tour indépen-
dants ou simultanés, selon les besoins, désigne à chacun des postes de la ville le
Herr, Tu cd
ntm a ————— —————————— ——————
quartier dans lequel le feu a éclaté. En
vingt minutes — jamais plus, dit M. Grenier, eninsistant sur ces deux mots — les pompes sont arrivées, ont fonctionné et l’incendie est éteint.
Deux hommes suffisent, l’un à manier,
, « . : Le 4 l'autre à > tenir ce merveilleux appareil. M
Les piles électriques qui le font mouvoir M ;
sont dans une salle voisine, située sous les toits, et y occupent, il est vrai, un empla-
cement considérable ; mais jamais grenier li
a-t-il été mieux utilisé ?
Le digne échevin aurait voulu nous
donner la représentation générale de Ja manœuvre des pompes de la ville entière et les faire venir sous nos yeux sur la place
de l’'Hôtel-de-Ville ; mais un grandincendie
avait en lieu la veille, les pompiers étaient $ restés sur pied toute la nuit, ils étaient | fatigués et ils avaient le lendemain une &
grande revue à passer. Il s'est fort excusé
de ne pouvoir pas nous donner.ce spectacle.
claté. En ; À côté des plus belles et des plus grandes M. Me | | choses, ily a les peütes, qu'il ne faut pas ots — les IN négliger, car elles présentent le pays né et lin- À Ÿ sous son véritable aspect. C’est ainsi que
k dans ce magnifique palais nous avons lu \ manier, | À . l'avis suivant: « Parties are requested “ot to appareil. K
… sail the floors of this building with lobacco mouvoir À juice | ! » Ce qui signifie en bon français:
e sous les | « Le public est prié de ne pas salir les n empla- parquets de cette maison avec le jus de
s grenier D tabac. »
1 Il faut bien en conclure qu’on chique beauulu nous 4 coup au Canada et qu'on ne s’y gène guère le de Ia % pour cracher. C'est, du reste, bien pis encore e entière M aux États-Unis.
r la place 4 En sortant de l'Hôtel de ville, nous allons dincendie | visiter le Hunting-Club de Montréal. C’est le s étaient Ÿ rendez-vous de chasse de tous les sportsmen s étaient l du pays, et c'est M. Beaugrand qui nous y nain une M présente. Dans l'écurie, on nous fait voir un
rt excusé M objet assez original : c’est une étrille mécaspectacle. S nique pour panser les chevaux ! Le chenil est
Miriit= sms premeientermr pipe ont ce afp roi
ET à mn ne rs
Re BR en ee PRES Le 22 nn Ne UT JE CRT = ST PRES . “ k + SR PR 5 APE
bien tenu, la meute est assez belle, mais pour quiconque à vu une installation française ou anglaise, celle-ci n'offre pas grand intérêt. Ce qui est vraiment curieux, c’est la salle de bal. En y pénétrant, il m'avait semblé que le plancher cédait sous notre poids.
— Mis cela remue ! m’écriai-je en m’ar- |
rêtant.
— Vous ne vous trompez pas, me répon-
dit M. Beaugrand, le parquet de cette salle k est posé, ou plutôt suspendu, sur cinq cents À
ressorts de voiture...
— De cette façon, ajouta-t-il en souriant,
ceux qui ne peuvent pas danser en mesure |
sont forcés de la suivre malgré eux.
Quel dommage pour le coup d’œil qu’on n'en puisse pas faire autant à Paris !
Nous sortons en riant du Hunting-Club et nous acceptons sans façons le five o’elock que nous offre M. Beaugrand, en attendant
l'heure du diner. Il nous introduit dans
un “} 2con lu
“ba Wrer
elle, mais ÿ tion fran- !
us notre
ne réponcette salle
:inq cents
souriant,
1 mesure à
e1l qu’on
hng-Club !
e o’clock ttendant uit dans
pas grand M x, c’est la l m'avait à
en m’ar- M
un intérieur charmant, très artistique, en- EE ubré des photographies que toutes les dllustrations de passage à Montréal lui ont laissées. Nous lunchons au champagne, nous “bavardons, si bien que l'heure de se sépabrer arrive, Sans que nous nous en soyons “apercus.
É Avant de rentrer, nous prenons d’assaut peur magasin, dans lequel nous nous appro- Mivisionnons de canoës, de raquettes, de Amocassins, enfin d'une foule d’autres objets n/ . . , j “spéciaux, exclusivement fabriqués au Canada L let qu'il est impossible de se procurer “ailleurs.
À Nous ouions à bord pour y prendre .. notre dernier repas. Ce soir nous quittons la pur qui part demain pour New-York, où nous devons la retrouver. Quant à nous, ) 4 nous prenon: place à 11 heures dans un wagon 4 Pulmann, en destination de Toronto.
Ici encore nous devons un large tribut de
remerciements à M. Perrault et à M. L...
Toutes les places de sleeping étant retenues ‘
d'avance, nous aurions été forcés de passer la 8 ' nuit dans un wagon ordinaire, où l’on est} fort mal quand il s’agit d’un long trajet. Ces 1 messieurs nous ont épargné cette douleur.
Grâce à leur personnalité et à leur insistance, | on a fait venir pour nous un wagon de Rich-| mond.
Adieu, Montréal! Et merci à vous tous quifi nous avez accueillis avec tant de franchise et de générosité. Puissent ces lignes obscures , vous tomber un jour sous les yeux, pour vous£ prouver combien est sincère notre reconnaissance et chaleureux les souvenirs que nous À emportons ! ;
nt retenues ‘ !
reconnais- | Mdans le sleeping-car. D'après les descrips que nous Mtions que j'en avais lues et ce qu’on m'avait Hraconté, je me figurais une installation de
de passer la À | où l’on est | trajet. Cesh | te douleur, 4 Samedi, 28 juin, | | r insistance, À ir on de Rich-} !
|] us tous quil Journée de route — peu intéressante par | | franchise etMconséquent. Cependant, puisque je dois par- | | | es obscures ler de tout ce que j'ai vu, je dois dire que il , pour vous j'ai été grandement déçu, en prenant place |
À peur plus confortable que celle dont nous jouissons en France. C’est une monstrueuse erreur. | |
Le wagon-Pulmann n’est pas autre chose | qu’un long dortoir, composé de deux rangées
\ superposées de neuf lits sur chaque côté —
bn tout trente-six lits, séparés par un couloir | 8
x CA -
très étroit. Dans ces lits, qui sentent la sucubé
à plein nez et sont mal cachés par des ri-4 deaux sous lesquels on étouffe, hommes ch femmes, pèle-mèle, s'entassent, se déshabi | lent et dorment comme ils peuvent jusqu’at lendemain matin. Alors, dans des tenues 4 parfois très excentriques, chaque voyageum se rend dans un cabinet de toilette fort exigus à la porte duquel il faut faire queue pour pros céder aux ablutions indispensables. L
Rien de tout cela n’effraie néanmoins 14 :
miss américaine. Il y en avait deux ou tri dans notre dortoir, qui ne faisaient pas plu attention à ce qui se passait autour d'elle quo si elles avaient été dans leur room. Il es vrai qu’elles sont à peu près sûres qu’on nf s’occupera pas d'elles, car on sait ce qu'il 1} coûte en Amérique pour leur manquer di respect | :
À l'extrémité de ces wagons il existe cel pendant une chambre à deux lits, dans la L quelle on est tout à fait chez soi. On l’appelldé,.
Le A TRAVERS L’ATLANTIQUE 135 ent la suce; « la chambre nuptiale » — je ne crois pas +
par des ri voir besoin de dire pourquoi. Blanc s’en est hommes ci mparé, quoiqu'elle coûte plus cher que les Se déshabils its ordinaires. J'avoue que nous voudrions nt j usqu’a lien ètre à sa place.
des tenues, | Le matin, le nègre qui fait le service, rele voyageuiMlie les rideaux, les matelas, les oreillers,
e fort exiguMans le compartiment supérieur, et chacun ue pour proMfles voyageurs s'assied sur une banquette,
es. “barnic de velours — ce qui est la plus détes-
éanmoins lMable étoffe qu’on puisse employer en pareil eux ou troid as — et très mal garnie par-dessus le ent pas plu marché.
ur d'elle quo Malgré tout, nous avons passé une assez room. Il cs mauvaise nuit. Vers midi nous descendons à res qu'on n°4 oronto par une chaleur abominable. Nous it ce qu'il EMéjeunonshorriblementet, pendant uneheure, ol manquer dus parcourons la ville, qui n’est pas belle. Aous entrons de plus en plus en Amérique, il existe co, disons-le une fois pour tou’:s afin de its, dans lavoir plus à y revenir, toutes les villes se
On l'appel ssemblent et ont été taillées sur le même
patron. Toujours de grandes maisons en|
pierre grise, ou en briques, ou en bois peint, M
toujours la même architecture hétéroclite.
bateau à vapeur, — un peu plus grand déjà $
que ceux de Montréal. Il se nomme Chi- É
cora et fait le service du lac Ontario. Nous M embarquons, la machine se met en mouve- à ment et nous pouvons admirer à l'aise les” bords verdoyants du lac, les maisonnettes, à 8h demi cachées dans un nid de verdure, et les nombreux sloops, clippers et goëlettes de plaisance dont le moindre village est abon- * damment pourvu. L Ilest5 heures quand nous arrivons au vieux Niagara. En attendant l’heure du départ, nous lunchons avec un appétit féroce. A Gheures enfin, nous prenons le train qui doit ll nos conduire aux chutes du Niagara. Quel-k ques instants après nous descendons à
deux pas de l’hôtel Clifton, que M. Perrault#
nous avait recommandé, et qui est situé sur
hisons en ois peint, M oclite.
Pungrand ‘ rand déjà ame Chirio. Nous à n mouve- M l'aise les” nnettes, à
ure, et les élettes de est abonns au vieux à lu départ, Ü féroce. AÏ in qui doit M ara. Quel-# ‘endons à! . Perrault!
t situé sur
la rive canadienne, en face mème des chutes que nous allons visiter.
Noschambres mème ont vue sur cette merveille du monde, de sorte que nous pouvons la contempler à l’œil, tout en procédant à une toilette radicale, dont le besoin se faisait vivement sentir.
Nous descendons pour diner, ou plutôt oour nous mettre à table. Aïe! aïe! Quelle cuisine ! Quels plats étranges ! Quel service! Il n'y à pas encore deux jours que nous avons quitté la Nubienne et déjà nous regrettons le cuisinier du bord. Mais nous ne sommes pas au bout, ainsi qu’on le verra plus tard. La bonne philosophie consiste à en prendre son parti. C’est ce que nous faisons, mais bien à contre-cœur, il faut en convenir. Aussi quand nous avons chipoté pendant une demi-heure les mets bizarres qu’on nous a servis, nous quittons la salle à manger pour
| aller respirer l’air au dehors.
O merveille ! Et comme nous voilà ample-
« dei 7 ME
un. 7
ment dédommagés de notre détestable festin !
Les chutes du Niagara, et l'immense crevasse | dans laquelle elles se précipitent, sont éclai- M rées à la lumière électrique !
Toutes les couleurs imaginables se reflè- |
tent dans cette nappe d’or, d'azur, de neige | et d'argent, et jusque dans l’impalpable famée à qui s’en dégage. Splendeur d’Excelsior, des Pilules &u diable et autres fécries ou ballets, vous n'êtes que du carton et de la ripopée à ; côté de cette sublimité de la nature. Nous ï restons là, bouche béante, sans mot dire, À n'ayant assez ni de nos yeux ni de nos oreilles 1 pour l’entendre rugir et l’admirer...
Onze heures! IT faut se coucher... Déjà!
ble festin !
Le Crevasse
sont éclai-
ure. Nous !
mot dire,
108 oreilles
… Déjà!
s se reflè- 4 Dimarche, 29 juin.
, de neige #
ou ballets, # | ripopée à ll
EAP TR
able fumée
celsior, des }
Avant tout, je dois donner un bon conseil ceux de mes compairiotes, qui seraient dtentés, comme moi, de faire le voyage du Niagara. Nous autres français, vaniteux et superbes, nous quittons notre pays, persuadés 1 que nous, notre argent, nos billets de banque, serons acceptés partout comme or en barre.
C'est encore une erreur, que je m'accase Murmblement d’avoir partagée et sur laquelle il faut revenir, car elle coûte cher, je vous den préviens. À Clifton-house, par exemple, Von m'a pris 32 fr. 00 pour le change d’un Millet de cinq cents francs contre d’infâmes
Moques américaines, ignobles et graisseuses,
st!
2 6 tm 2
dont le dernier des charcutiers ne voudrai PRE. e to 1 à 11 même pas pour faire son fromage d'Italie!
Encore l’aubergiste ne s’en souciait-il pass
et n'a-t-il accédé & ma demar :; qu'avec unch,, grimace significative, peu flatteuse our lal Banque de france.
Et maintenant partons pour le Niagara
Je n’entends faire ni un dictionnaire nil, un guide — pas davantage un ouvrage d’éru-B4, dition ou de précision. Que ceux qui ne cher- b chent dans un livre de voyage que des détails, purement techniques, s’en aillent bien viicl r' consulter Bouillet ou Larousse. Quant à moi,b d je n'avais pas de mètre, je n’ai rien mesuré que de l'œil, je ne m'égarerai donc pasll i jusqu’à fournir les calculs exacts des dis-W q tances que j'ai parcourues, ni les dimen-M d sions précises des magnificences en face des-Â y quelles je me suis trouvé. li p
IL n'est pas un de ceux qui me liront quil d n’ait vu cent fois, en gravure ou en photo-| il graphie, les célèbres cataractes; il n'est per- d
ne voudrai sonne qui n’en ait lu pour le moins vingt des-
ge d’ Italie h Ucriptions. Donc que ceux-là se rassurent, je
uciait-il pan ’entreprendrai pas de décrire une fois de , ; me ARE : FRS
qu avec Un lns ce qui est littéralement indescriptible,
use our LS Pour ma part, je déclare qu'après avoir vu
Se =
. do lu d'avance, comme tant d’autres, ce que NT: ÿ le Niagara lies estampes et les livres m’avaient repré-
stionnaire ni senté, je ne me figurais rien qui approchàt 9. D : ; vrage d'éru-Mo la réalité. En présence de tableaux sem-
qui ne Cher-}ables, l’homme se sent si profondément di-
e des détaikninué dans son orgucil, qu’il ne peut que se
nt bien viterecueilir et regarder, sans se lasser jamais Quant à MOI, M de ce spectacle écrasant,
rien MESUTEN L'abondance inouie de la nappe d’eau, son | donc pas incroyable étendue, les sourdes détonations
cts des dis-M qui accompagnent sa chute, la fumée qui s’en les dimen- dégage en s'élevant vers le ciel et que le en face | vent chasse comme un nuage, l’immensité du
À panorama, le paysage admirable qui lui sert
e liront quil de cadre, sontautant de splendeursauxquelles u en photo-|
il me semble impossible de donner un nom . , il n'est per-M dans aucune langue.
Quant à l’excursion banale qui est le com- li plément ordinaire de la visite aux chutes du À
Niagara, je puis fournir quelques renseigne-
ments utiles.
Quoique ce soit aujourd’hui dimanche,
rien n’est fermé ainsi qu'on nous l'avait fait craindre.
I faut croire que lorsqu'il s’agit d'encaisser des dollars, il est avec la religion protes- ; tante, comme avec la nôtre, des accommode- F. ments, et que l'Américain ne ferme jamais boutique.
En effet, 1l n’est pas un coin de terre | d'alentour possédant un accès sur larive du | fleuve, qui n’ait son petit funiculaire pour y W descendre et en remonter, son petit pont, À son petit magasin de soi-disant curiosités, | sa petite photographie au besoin, comme il | n'est pas une planche de palissaue qui ne |!
serve de réclames à toutes les drogues spéciales imaginables, y compris celle qui doit guérir les cors aux pieds.
st le com- M
chutes du À
renseigne- LM
dimanche, À
l'avait fait s
l'encaisser M
commode- fi
me jamais À
| de terre | larive du M
etit pont, |
curiosités, !
comme il #
ue qui ne | paœues Spé- À
e qui doit
ire pour y
Or, partout où l’on va, il en coûte à peu près, pour l'aller et le retour, un demi-dollar par personne; mais afin de ne pas eflrayer le voyageur, ces honorables exploiteurs se
| sardent bien de lui rien demander quand
il entre. Ce n’est qu’au moment de sortir
qu'on lui met le pistolet sur la gorge, sous la forme d’un ticket, dont le coût est à peu
1 près invariable.
nn protes- #
Nous avons visité naturellement lesrapides
Leffrayants dans lesquels s’est noyé l’infortuné capitaine Webb. Ils sont à cinq cents mètres
eu aval des chutes et se brisent sur les rochers avec un fracas épouvantable. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi ce malheureux avait si inutilement exposé sa vie au
{milieu de ce gouffre et je ne me gènais pas
pour le dire. C’est que je ne savais pas encore que plus de 30.000 personnes étaient accou-
jrucs pour assister à cette folie, que tout ce
monde-là avait payé sa place et que la recette s'élevait à près de 100.000 francs! Le
‘ pittoresque ni moins saisissante, car, là aussi, Me
chiffre est tentant, il faut le reconnaître — 4, si tentant qu'après cet accident plusieurs #4, autres - individus se sont offerts à risquer}
leur vie pour gagner la même somme ; mais.
le gouvernement s’y est opposé, dit-on, etll l'expérience n’a pas été renouvelée. ;
C'est à ce même endroit, etnon pas au- d:
dessus des chutes, que le célèbre Blondin et#,, la signorina Spelterina ont traversé le Nia- pe gara sur la corde raide. |
Nous avons posé devant l'objectif du pho-ls, tographe de l’endroit, qui a fait de nous des Met portraits abominables. Cela nous importe ‘ de
peu : c’est à titre de souvenir que nous les,
gardons. M.
La promenade à travers les îles qui se M] trouvent en amont des chutes n’est pas moins Wet
il y a des rapides effrayants. Quand on les M 3 regarde couler à ses pieds, ils sont autrement @fr impressionnants que ceux de la Chine, que #;
nous avons franchis à Montréal. On pourra Bud
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s’en faire une idée quand on saura que dans certains endroits le courant atteint une vitesse
de huit milles à l’heure. Or, comme dans cette promenade, qui serpente à travers des
lilots délicieusement smbragés, on traverse “ces rapides sur des ponts suspendus dont la ténuité vous épouvante, on sent que l’on
courrait à une mort certaine, si ce pauvre petit pont venait à manquer.
A la fin de l’excursion, on arrive à Burningprings. C’est une source d’eau ferrugineuse et sulfureuse, qui dégage une telle quantité de gaz qu'une tige de fer creux, plantée ans un cylindre accumulateur, brûle perpé-
Muellement. On l’éteint et on la rallume à
olonté sans aucun danger. Puis on enlève ette tige et cet accumulateur pour mettre e feu à la source même, que l’on voit sourdre à 3 ou 4 mètres de profondeur. Enfin on vous )ffre un verre de cette eau, qui n’est ni plus
i moins désagréable qu’une eau sulfureuse Auelconque et, quand vous l’avez vidé, on ; 9
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met le feu au verre lui-même. Rien ne m'o-} tera de l’idée que cette source traverse un lits de pétrole avant d’arriver à destination et quel l’eau en est imprégnée.
Comme on le pense bien, les Américains n'ont pas négligé le côté pratique qu’une telle) masse d’eau mettait à leur disposition. L’in-h dustrie a donc profité de cette puissante force} motrice pour établir, au-dessous des chutes et sur la rive droite, des moulins à blé, des manufactures de papier, des établissements de toutes sortes et, comme ils rendent géné-| | reusement au Niagara l’eau qu'ils lui ont} empruntée, il en résulte une foule de petites
cascades particulières, qui ne laissent pas #
que d’avoir leur côté pittoresque. j
Cette promenade terminée, Blanc et Clerc F se sont risqués seuls à descendre sous les chutes. Quoiqu’on les eût fait déshabiller pour les affubler de caoutchoucs, ils son 1 revenus trempés, Si grandes que soient les émotions qu'ils ont éprouvées sous ces masses à
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d’eau que le soleil colorait de tous les tons de l’arc-en-ciel, ils m'ont avoué depuis qu’ils ne recommenceralent à aucun prix la périlleuse expédition que l’amour-propre leur avait fait entreprendre.
En France, une excursion semblable, dans | laquelle le moindre faux pas coûterait la vie, serait certainement interdite ; en Amérique, chacun défend sa peau comme il l’entend.
Chacun pour soi et Dieu pour tous.
Quant aux voitures dans lesquelles se fait la promenade du Niagara, elles abondent sur larive, du côté du Canada, mais il est prudent d'en débattre le prix. On nous avait demandé d'abord sept dollars d’une calèche que nous
j avons obtenue pour deux.
ne et Clerc
En finissant j'ajouterai que les chutes du Niagara sont pour moi une des merveilles du | monde et qu'à elies seules elles valent le
voyage d'Amérique.
Je signalerai aussi les deux ponts suspendus, l’un pour les voitures et les piétons,
l’autre pour le chemin de fer, qui traversent d’un bord à l’autre, et d’un seul jet, les rapides au milieu desquels Webb a trouvé la mort. En fait de ponts suspendus, les Américains sont du reste d’une audace inimagi-
nable. J'aurai l’occasion d’insister à cet égard, quand je parlerai du pont de 7 cum cklyn, à New-York.
Maintenant, si attrayants que soient ces parages, ils ne nous révéleraient rien de nouveau. Nous partons donc à 8 heures du soir pour Buffalo, où nous apercevons un adorable coin du lac Zrié; puis nous prenons place dans un sleeping-car, un peu plus confortable que ceux du Canada, mais exactement taillé sur le même modèle, lequel doit nous déposer à Albany (prononcez Olbenai). Nous avons franchi la frontière américaine, sans que la douane promène dans nos valises ses mains crochues. Nous sommes aux États-Unis. All right!
Ce qui nous frappe le plus en chemin, ce
raversent jet, les trouvé la s Amériinimagier à cet de Broo-
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