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A TRAVERS L'ATLANTIQUE 77 rant, laissant à tribord le phare de Monti, par le travers duquel nous passons, ainsi que les cinq ou six bicoques qui l'entourent.
Pius nous avançons, plus l’aspect du pays change et s’embellit. Non seulement il pleut des navires maintenant, mais la rive droite du fleuve est couverte de villages et de clochers. La neige a complètement disparu, on commence à apercevoir, au-dessous des interminables forêts de sapins qui couvrent la crête des montagnes, quelques traces de culture et des champs verdoyants. Autour de nous, les baleines ont disparu, mais voici les marsouins qui caracolent le long du bord.
Tant mieux, morbleu! Cela grouille, cela vit. Vrai, nous avions besoin de cela.
Nous marchons toujours, découvrant des ports microscopiques et des naviresauw mouillage. Nous avons planté à l’arrière le pavillon de la France. Tous les phares mous saluent au passage; les habitants, groupés
sur la rive, agitent leurs mouchoirs ou leurs
chapeaux. Jamais, dans aucun pays, nous n’avons été accueillis de la sorte. Nous nous v
en demandons la cause, sans y trouver une
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explication plausible. à Pendant cette journée, les différences de .
compas ont été plus scandaleuses que jamais; | A
elles ont varié de 10 à 28 degrés (!) suivant les caps sur lesquels on gouvernait. Certainement cette terre doit renfermer des mines d’une richesse incaleulable. Mais allez donc +
vous risquer par un temps de brume en pré- Pi sence d’écarts semblables! On irait droit à la
côte le plus régulièrement du monde.
Ü À 7 heures, nous passons devant l'ile 4 in Bicquette, ou Bic. C’est là que se tiennent P ordinairement les pilotes. Nous hissons un pavillon pour en demander un, il n’en vient f pas. Persuadé qu'ilfinirait par en rencontrer, le capitaine continue la m: ‘he en avant, ?] mais, à 10 h. 1/2, ne voyant rien venir que ! la brume, nous en sommes réduits à mouil- je re
ler en plein fleuve.
Lundi, 23 juin.
I fait grand jour, il est 5 h. 1/2 et toujours pas de pilote! Le capitaine prend le parti de retourner en arrière, contourne l'ile Bicquette, siffle à toute vapeur et finit par trouver dans la petite passe une goëletie au mouillage. Un homme se montre d’abord, puis disparait. Le capitaine se décidait à accoster le navire pour en obtenir au moins quelques renseignements, lorsqu'un autre homme monte sur le pont, saute dans un canot et se dirige vers la Nubienne.
C'était bien un bateau-pilote que cette goëlette; sa voile portait même le n° 5, mais ceux qui la montaient s'étaient tranquille
ment endormis et ne nous avaient pas vus passer la veille.
L'homme qui prend son poste sur la passerelle, çt que nous allons tous examiner curieusement, a cinquante-deux ou trois ans; il grisonne, il est court, replet, et s'exprime couramment en français avec un accent normand très prononcé. Il est vêtu en monsieur, mais ses habits sont d’une coupe impossible.
Son pantalon surtout est remarquable : le fond et la braguette lui tombent sur les genoux et les jarrets, de sorte qu’il a l’air de n'avoir pas de jambes et ressemble à une toupie colossale. Il a apporté une valise énorme et, quand il a appris qu'il y avait des dames à bord de la Mubienne, il a demandé la permission d'aller se raser — permission que le capitaine lui a généreusement octroyée.
Le pilotage est de 18 shillings par pied, de la quille à la flottaison, pour aller à Québec, et de 15 shillings pour en revenir.
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Sur l’une et l’autre rive du fleuve, aussi loin que la vue peut s'étendre, s'élèvent toujours d’interminables forêts de sapins, au bas desquelles sont groupés les hameaux et les villages. Pour conquérir un peu de terre sur ces gigantesques forêts, les habitants ont recours à un procédé aussi simple que radical et que notre pilote nous indique le plus froidement du monde : ils mettent tout bonnement le feu à la forêt et l'incendie s’arrète… quand il peut.
Cela nous explique les nombreux nuages de fumée que nous avons aperçus en route.
Et ces incendies atteignent parfois de telles proportions et dégagent, paraît-il, une fumée si intense, qu'ils en arrivent à obscurcir le lit du fleuve et à gêner le pilotage. Le gouvernement du Canada s’est ému, du reste, de ce mode barbare de défrichement et vient de prendre les mesures nécessaires pour l'empêcher.
Depuis que nous avons franchi l’île Bic-
eo
Je
quette,nousrencontrons des quantités de troismâts et de bateaux à vapeur, à roues et à pompe, fort vilains de forme, mais très pittoresques d’aspect.Onlesappelle icides toucurs.
On sent que l’on n’est pas loin d’une ville, où doit régner une certaine animation. En eflet, Le pilote nous a annoncé le matin que nous serions à Québec entre 7 et 8 heures du soir. Nous allons donc pouvoir débarquer, marcher, circuler, fouler l’humble plancher des vaches! Aussi, dans la journée nous avons quitté nos costumes de bord et nous nous sommes mis sous les armes.
AGh. 1/2 nous arrivons en vue de Québec. Notre pilote n’en est pas moins content que nous. Tout fier d’avoir monté ce qu'il appelle « une frégate française » et tout heureux d’avoir gagné en dix-sept heuresles 200 francs qu'il met ordinairement douze ou quinze jours à empocher avec les voiliers américains, 1l veut couronner sans doute cette
navigation par un coup d'éclat. Debout sur la
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passerelle, 11 commande la manœuvre pour le mouillage. Cela n’est pas très commode, il faut bien l'avouer, car il n’y a pas de port à Québec. C'est en pleine rivière Saint- Laurent, au milieu des navires qui l’encombrent, que nous sommes obligés de jeter l'ancre. Notre pilote donne donc à virer, mais 11 a mal calculé la force du jusant qui nous entraïne. Au lieu de passer à dix mètres d’un trois-mûts norwégien qui se trouve en plein chenal, nous sommes drossés par le courant, quinous jette sur son avant par tribord. Le capitaine s’en aperçoit et ordonne fort heureusement de renverser la vapeur, de sorte que notre abordage se réduit à fort peu de chose.
Nous en sommes quittes pour une fèlure à l'extrémité du beaupré et pour quelques cordages brisés, après avoir légèrement entamé les pavois du norwégien et endommagé deux ou trois manœuvres. C’est le premier
accident qui nous arrive.
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Orporation
— C’est bien la peine, s’écrie le capitaine furieux, d’avoir fait sans avarie une tr..versée semblable, pour tomber entre les mains d’un idiot pareil.
C’est du pilote qu’il parle, bien entendu.
Le pauvre diable est consterné et balbutie des excuses.
— Je ne l'ai pas fait exprès, murmure-t-il d’un air contrit.
Cette naïveté nous désarme et nous fait sourire.
Après avoir mouillé, sans encombre cette fois, on met une embarcation à l’eau pour se rendre à la Santé.
Pendant cette démarche indispensable, et sans laquelle nous ne pouvons pas mettre pied à terre, nousexaminons curieusement la ville.
Elle se divise en deux parties, élevées sur les collines qui dominent les deux rives du Saint-Laurent. Des ferry-boats, toujours en mouvement, mettent en communication permanente ces deux portions de la ville.
\ine En haut du vieux Québec, sur la rive 1 il er — gauche, immédiatement au-dessus de nous, l | ins nous apercevons une citadelle en assez mau- Fe i vais état, aux fortifications surannées et 1il- f |
du. lusoires, sur les murs de laquelle flotte le | k itie pavillon anglais, que nous avons salué dès l l’arrivée. Sur le rocher qui sert d’assise à la {l
t-il cité canadienne, se dressent des maisons et 1! des clochers, qui sont loin d’avoir rien de oil fait monumental, mais à l’escalade desquels il pi nous tarde de monter. ji | |
tte AT h. 1/2, le capitaine revient enfin et (1 se nous pouvons débarquer; mais cela n’a D ff pas été tout seul. En notre absence, le cho- Al
et léra a éclaté à Toulon; l'amirauté en a été ed informée par dépèche il y a deux jours. Si | | le. nous ne sommes pas mis en quarantaine, | ur c’est que nous arrivons de Paris et du Havre | | du ÿ, et que nous les avons quittés avant que le | | en fléau ne se soit déclaré. Nous l’échappons | r- belle! | \ |
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Bien qu'un peu émus de cette nouvelle,
nous montons à l'assaut de Québec avec une ardeur toute juvénile — ce qui est facile à comprendre, car voilà douze jours pleins que nous n'avons marché.
Il ne fait pas encore nuit, de sorte que nous pouvons atteindre le plateau sans la moindre difficulté ; mais, ce qui ne laisse pas que de nous surprendre un peu après les froids que nous avons essuyés, il fait une chaleur étouffante.
Quel contraste avec nos villes européennes!
Quelles drôles de constructions ! Tout y est en bois: les maisons, les trottoirs, les chemins. Les maisons en pierre, les murs eux mêmes, sont revêtus de bois pour les préserver sans doute de la neige et de la gelée. C’est que l'hiver doit ètre rude au Canada !
Nous en avons eu un échantillon par les fri-
mas et les neiges que nous y avons trouvés
en plein mois de juin.
La nuit tombe. La ville nous parait triste.
et sombre, quoique certaines rues et bon
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prévelée.
Lada !
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nombre de magasins soient éclairés à la Iumière électrique. Ce qui nous frappe le plus, c'est la quantité de jeunes filles et de fillettes qui courent toutes seules dans les rues tortueuses et escarpées; — il est vrai que c'est une singularité à laquelle il faut vite s'habituer en Amérique.
Elles reviennent de la promenade. Ainsi se nomme l'endroit spécial sur lequel les gommeux et les élégantes de Québec vont, le soir, respirer l'air frais de la rivière. C’est qu’en effet 1l est fort difficile de se promener dans la ville mème, où les rues montent et descendent par des pentes souvent très rapides.
En haut de la ville, aux pieds de la citadelle, une grande plate-forme a été ménagée, couverte de planches, longue de trois cents mètres environ, large de vingt ou vingt-cinq, et ornée de cinq: ou six kiosques en bois garnis de bancs. Cette plate-forme, qui domine le Saint-Laurent à une assez grande hauteur, est le rendez-vous de la ville en-
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