‹ A travers l'Australie [microforme]Chapitre 10 sur 33 · PEAU, Ÿ, RS · texte numérisé non relu

PEAU, Ÿ, RS

nous allons faire une campagne de plusieurs mois. Béni soit le hasard qui nous a fait arriver aujourd’hui ! L'accomplissement d’un devoir sacré nous appelle bien loin. des fatigues et des dangers terribles nous attendent... Qu'importe, si nous réussissons !

— Et vous avez pu supposer, major, que moi, votre ami à tous trois, je vous laisserais partir sans moi, surtout quand il s’agit de vous aider, de participer à vos dangers ! Oh ! sir Harwey, c’est mal ! Je n’ai pas besoin de connaitre le motif qui vous fait agir. Ilest sacré pourmoi Je pars, puisque le hasard bienheureux qui nous à conduit ici en décide autrement.

— J'ai toute faculté pour vous en faire part. Le temps est précieux, tous les préparatifs sont achevés, l'itinéraire tracé, sauf rectification. Vingt hommes, soixante chevaux et les dix voitures que vous voyez nous accompagnent, Nous avons à traverser deux mille kilomètres de continent australien.

— À Ja bonne heure ! Voilà qui est parler.

— Quant aux motifs de ce voyage que bien peu d’'Européens ont tenté jusqu’à présent, le contenu de cette lettre que je suis autorisé à vous lire vous les exposera mieux que de longues phrases. Elle est allée d'Australie en Angleterre, d'où l'ont rapportée il y à huit jours les deux neveux de sir Reed, qui sont venus ici avec leur soeur, pour se mettre à la recherche de leur père disparu depuis vingt ans.

“ La voici :

“ Mes chers enfants,

“ Depuis de longues années, séparé de tout ce que j'aimais par une cause mystérieuse et terrible, je vais mourir. Par pitié pour ma mémoire, au nom de l’amour de elle qui fut votre mère et qui depuis longtemps a paronné, ne cherchez pas à pénétrer ce que l'avenir vous évèlera.

“ Sachez seulement, mes enfants bien-aimés, que, depuis vingt longues années, c’est pour vous seuls que j'ai supporté le fardeau d’une existence trop lourde,

“ Ni je n'ai pas eu le bonheur de vous voir grandir près de moi, au moins ai-je pu de loin en loin, par l’intermédiaire d’un ami discret, subvenir à vos plus pressants besoins et faciliter à votre noble mère les moyens de vous élever et de vous instruire.

“ C’est tout ce que je pouvais matériellement faire,

“ Vous étiez pauvres hier. Aujourd'hui vous êtes riches, Puisse cette fortune honnêtement acquise par mon labeur incessant vous être profitable et vous procurer la faculté de faire le bien !

“ Edward, Richard, Mary, réhabilitez le nom de votre père, le vôtre, souillé par une erreur judiciaire. Les millions que je vous laisse vous y aideront puissamment,

Avant de connaître ma vie tout entière, sachez que, si j'ai été coupable aux yeux de la loi, je n'ai été qu’un justicier devant ma conscience et devant l'honneur.

“ Des ennemis puissants auxquels j'ai pardonné avaient i-*£ ma perte ! Deux fois je leur échappai par miracle. Ent a, rlessé grièvement et dépouillé de l'or que j’entas- «° « avidement pour vous sur le sol australien où je meurs en ce moment. je dus mon salut à une horde de sauvages qui fuyaient, eux aussi, les terribles hommes blancs. Ils m'accueillirent fraternellement…

“ Je n'ai plus quitté ces pauvres et excellentes créatures, auxquelles on refuse presque le titre d'hommes, et qui ne deviennent féroces que traquées et décimées par l'implacable système de colonisation anglaise.

“ Ils devinrent mes amis.

“ Ne pouvant comprendre les exigences de notre vie civilisée, mon amour pour l'or leur parut tout d’abord une extravagance. Quand j'eus pu leur faire comprendre que ces cailloux jaunes, sans valeur pour eux, devaient procurer à mes enfants tous les honneurs de la vie, ils devinrent pour moi de zélés collaborateurs.

ET

“ La fortune jusqu'alors si cruelle à mon égard, se montra bientôt plus clémente. La tribu des Nga-ko-Tko, par laquelle j'avais été recueilli, avait pour chef un ancien convict évadé. Il s'appelait Tta-Oiya, ce qui veut dire l'Opossum-Rouge. KRetenez bien ces noms, mes enfants : votre fortune en dépend. Ce surnom lui vient de sa longue barbe rouge, qui étonna beaucoup ses hôtes, I1s'appelait Joé Mac-Knight.…

— Du comté de Dumbarton en Ecosse ! m'écriai-je tout à coup en proie à une indicible émotion. Messieurs, voilà qui est merveilleux ! Le docteur Stéphenson avant de débarquer à Sandbrigge nous a raconté une aventure dont il fut l'un des héros et dont l'acteur principal fut le même homme, Joé Mac-Knight le convict, dit l'Upossum-Rouge. C'était, à quelques mois près, la même époque où le brave homme sauva le docteur et les siens d’une mort affreuse !.. Mais continuez, je vous en prie, major...

“ C'était un de ces Ecossais au tempérament de fer, nature inculte, brusque, brutale même, mais essentiellement bonne.

“ Une vive et inaltérable amitié s'établit bientôt entre nous. Il fut mon bienfaiteur et facilita mes premières relations avec ses compagnons.

“ Dans mes courses vagabondes avec les natifs, j'ai découvert des terrains aurifères d’une richesse inouie, J'ai pu avec l’aide de mes nouveaux amis, que leur affection transformait en chercheurs d’or, réunir une grande quantité de métal, dont j'évalue approximativement la valeur à la somme de dix millions.

“ Ce trésor est caché dans trois endroits connus exactement de Joé seul et de ses trois fils. Le brave fid-na ( ce qui veut dire téte, c’est l'étymologie du mot chef) a épousé une native qui lui a donné trois superbes garçons que j'ai élevés du mieux que j'ai pu, et dont la somme de connaissances est incroyable.

“ Retrouvez cet or qui vous appartient. Je suis à mon

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grand regret forcé de vous imposer de grandes fatigues avant que vous puissiez l'avoir en votre pouvoir, mais je manque de moyens de.transport, et mes pauvres amis ne pourraient pas faire 500 lieues sous des charges qui fatigueraient des chevaux. De plus, vous n’ignorez pas combien ils sont traqués. Leur vie s'écoule tranquille, à la condition de ne pas approcher les lieux civilisés.

“ Venez donc en Australie, mes chers fils. Intéressez à votre entreprise quelques amis sûrs et loyaux. Jemandez conseil à mon bon et excellent frère. Il vous aime, je le sais, il vous aidera. Cette entreprise, pour être difficile, n’est pas au-dessus des forces humaines, et vous rencontrerez dans mes bons noirs de puissants auxiliaires. |

“ Les Noa-ko-Tko ont rompu depuis longtemps avec leurs habitudes nomades. Où les trouve habituellement dans uw: vérimètre de cent à cent cinquante lieues dont jusqu'alors le cadastre anglais n’a pas pu resserrer les limites, et pour cause. Ce territoire s'étend entre le 185e et le 137e degré de longitude est, et du 19e au 21e de latitude sud.

“ Quand vous aurez atteint ces lieux, vous trouverez des forêts de gommiers. Il vous faudra dessiner sur l’écorce blanche de ces arbres la tête d'un serpent avec Ia pointe d’un couteau. Cette opération sera renouvelée le plus souvent possible.

‘“ Les indigènes, auxquels rien n'échappe, ne manqueront pas d’être avertis quelques jours à l'avance, par des signes connus d'eux seuls, que des étrangers foulent leur sol. Comme vous êtes attendus depuis le temps matériel qu'il faudra à cette lettre pour vous parvenir et à vous d'arriver ici, la tête de serpent indiquera votre présence.

“ Le serpent est le Jobbong, c’est-à-dire l'emblème des Nga-ko-Tko, comme tel ou tel animal sert de gri-gri à certains nègres ou de {otem aux tribus de Peaux-Rouges.

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