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faiteur un attachement de caniche. Il allait être, nonobstant sa maigreur, rôti et mangé avec une garniture d’un légume quijaurait peut-être quelque succès chez Potel et Chabot. Il tient le milieu entre la tomate et l’aubergine et répond au nom bien explicite de Solanum antropophagorum. Le major tomba comme un dieu sauveur au moment où le couvert était dressé, mit les convives en fuite à coups de cravache et de revolver, et tira le pauvre vieux de la lèchefrite où il commençait à rissoler. Sa connaissance du ‘“ buisson ” et son aptitude merveilleuse à la chasse nous le rendaient doublement précieux. Il fut à l'unanimité élevé aux fonctions de maître d'équipage.
Après un voyage charmant, sans autre inconvénient qu'une chaleur infernale qui nous faisait bouillir la cervelle dans le crâne et transpirer comme des alcarazas, nous atteignimes la station.
Deux mots sur ce que l’on appelle une station.
Le gouvernement anglais fait dans le buisson, the bush, d'immenses concessions de terrains à de riches squatters, qui y établissent des fermes ou plutôt de véritables forteresses, capables de résister aux incursions des naturels. Ces squatters sont alors soumis, sous peine d'amendes considérables, à l'obligation de tenir un magasin contenant des provisions de toute sorte : vivres, armes, munitions, habits, outils de mineurs, qu'ils doivent vendre au prix courant de Melbourne. Ils sont tenus en outre d’héberger trois jours au moins tout voyageur demandant l'hospitalité.
La station des Trois-Fontaines, tel était le nom de l’habitation de sir Reed, était pleine d'animation et de bruit. Dans une cour, on voyait six énormes chariots symétriquement rangés. C’étaient de ces immenses drays longs de six mètres, montés sur quatre roues, à un seul timon, couverts d’une toile et auxquels on attelle jusqu’à dix chevaux de trait Ces voitures, semblables à celies des Boërs, du Cap, renferment tout un monde : armes, pro-
visions, outils, tonnes d’eau, effets de campement, etc., bref, tout ce qui peut, comme à bord d’un navire, suffire aux besoins d’une traversée dont la durée doit être longue. L’explorateur australien ne doit jamais oublier le omniæ mecum porto du philosophe, sans compter sur ce qu'il pourra trouver en route.
Des serviteurs achevaient d’assujettir les courroies des bâches aux anneaux des drays. D'autres graissaient les essieux ; d’autres enfin inspectaient minutieusement les ferrures garnissant les roues et les jointures de ces lourds attelages.
Notre arrivée avait été signalée. Le maître s’avançait pour nous recevoir. C’était un superbe vieillard de soixante ans environ, aux cheveux de neige, à l’œil bleu à la physionomie douce et triste. Il avait près de six pieds ; droit et robuste comme un chêne, sa taille défait la fatigue et les années.
Près de lui sétenaient deux beaux jeunes gens dont l'aîné pouvait avoir vingt-cinq ans et le plus jeune quelques années de moins. Tous deux étaient vêtus à la dernière mode d'Europe, mais coiffés du casque en liége blanc, orné d’un voile vert, si cher aux voyageurs anglais et américains.
À la vue du major Harwey, son ami d'enfance, toute la raideur britannique de sir Reed se fondit dans un sourire ! Il ouvrit les bras, et les deux hommes se donnèrent une de ces chaleureuses accolades bannies bien à tort du cérémonial anglais.
— Henry !.. — Tom !. Quel bonheur, ami !
Ce légitime tribut payé à l'amitié, le major redevint l’homme formaliste et nous présenta au squatter, qui accueillit les deux officiers MacCrowly et Robärts en compatriotes.
Quant a votre serviteur, le digne gentleman lui fit une réception telle que sa modestie bien connue l’empêche d'en dire un seul mot, .
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Il parait que ma réputation de voyageur avait traversé les mers avec quelques volumes échappés à ma plume de narrateur fidèle, sinon habile, et sir Reed ne tarissait pas en éloges.
Les deux jeunes gens étaient les neveux de notre hôte, L’ainé, officier de la marine royale, s'appelait Edward, et le cadet, Richard, était cornette aux Lorse-quards.
Les présentations achevées, nous étions chez nous. Cette hospitalité australienne si plantureuse, qui possède tous les raffinements de la civilisation, noûs transportait comme dans un rêve.
.. Nous fûmes conduits à des appartements somptueux, meublés avec un goût exquis, et à chacun desquels était attenante une UE de bain.
Après une heure passée en ablutions et en soins donnés à notre toilette, nous descendimes sous une vérandah pour faire honneur à une exquise collation qui devait nous permettre d'attendre le diner.
Lemajor vint nous rejoindre peu après, le front soucieux, l'air visiblement préoccupé.
— Major, lui dis-je, qu'avez-vous ? Vous semblez triste… Allons-nous faire buisson creux ? Est-ce que les kanguroos ont émigré vers le nord ? Pardieu ! j'ai mis dans ma tête d'en forcer un, et je le ferai, dussè-je le poursuivre jusqu’au golfe de Carpentaria !
— Vous pourriez bien dire vrai.
— Pas possible ! Mais alors vous me voyez radieux. J'étais tout triste à la pe:sée de retourner à Melbourne dans quelques jours, comme un boulevardier qui rentre à Paris après être allé faire 1 nn en Beauce.
— Bravo ! mon cher voyageur ! j'avais bien auguré de vous. Nous chasserons le kanguroo, mais plus loin. Je me suis engagé pour Robarts qui est mon parent et pour Crowly qui est le fiancé de ma fille. Quant à vous, je n'avais pas le droit d’aliéner votre liberté. Nous partons demain. Je comptais sur un voyage de quelques jours,