‹ A travers l'Australie [microforme]Chapitre 14 sur 33 · DEN, À, DIE · texte numérisé non relu

DEN, À, DIE

Poursuivi à outrance par nos intrépides toutous qui lui soufflaient au poil, le kanguroo déboucha dans la clairière, fatigué outre mesure, les oreilles pendantes, la langue violacée, le poil gluant, signes indiquant infailliblement à un veneur qu’il était sur ‘“ ses fins ”.

Il se précipita dans l’eau et essaya vainement de s’y rafraîchir ; les chiens s’y jetèrent à leur tour et commencèrent à lui mordre les jarrets. Il prit pied sur l’autre rive. Nous lui entonnâmes le bat-l'eau, bientôt suivi de l’hallali par terre, car, n’en pouvant plus, il s'arrêta, pour se défendre, contre un arbre gigantesque, à l'écorce rugueuse, disposée comme des pierres de taille et pouvant recéler un homme dans ses anfractuosités.

Notre animal possédant toute sa force dans ses pieds de derrière s’appuya sur ceux de devant, et au lieu de faire tête, comme le cerf et le sanglier, il fit... ce qui n’a pas de nom en vénerie et lança des ruades terribles à nos braves vendéens.

Déjà le jeune Rouflot avait payé d'une mâchoire cassée son ardente témérité ; un autre gisait les côtes broyées par une ruade. Nous ne pouvions servir la bête en lui

coupant les jarrets d’un coup de revers.

Nous étions fort perplexes, car l’animal était dangereux. Heureusement que Mirador sauva la situation. Il profita d'un faux mouvement &e la bête affolée et l'étrangla net. Nous entonnâmes la lugubre fanfare de la mort, et Cyrille fit la curée chaude. Il découpa méthodiquement ce singulier quadrupède qui semble composé de deux êtres bien distincts. On dirait que sur le train de derrière d’un poulain la nature a accolé les pieds de devant et la tête gracieuse d’une jolie gazelle.

Les morceaux les plus délicats furent mis à la broche et le reste avalé en uni clin d'œil par les chiens affamés.

Enfin, après un repas frugal, arrosé de l’eau de la fontaine, nous pensâmes à retrouver la caravane, que nous atteignîimes bientôt sans incident.

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