‹ A travers l'Australie [microforme]Chapitre 6 sur 33 · RE · texte numérisé non relu

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vre ses visiteurs, je commençais à me morfondre et à soupirer après l’inexprimable “ quelque chose ”.

Le hasard, cette étoile polaire du désœuvré, me servit à souhait. J'eus l’inappréciable bonheur de rencontrer trois gentlemen que j'avais jadis connus à Madras, et dont la présence me promettait de nouveaux agréments

Sportsmen enragés, le major Kearns, l'enseigne Mac- Crowly et le lieutenant Robarts ne demandaient qu'à enfourcher leur pur-sang pour vagabonder follement sur la route de la fantaisie, manger à la table du hasard et coucher à l'hôtellerie de la belle étoile.

Une nuit que nous soupions dans je ne sais plus quel casino, l’entretien tomba sur la chasse. La matière était intéressante, le sujet inépuisable. Le major nous raconta les terribles chasses de l'Inde, où l'on attaque, à dos d'éléphant, le tigre rabattu par des traqueurs vert-degrisés comme les deux marins du parc de Versailles.

Le lieutenant Harwey nous fit assister à ses courses à travers les-forêts du Cap, sombres repaires des lions et des hippopotames, champs de bataille séculaires des monstres du continent africain.

Nous eûmes un soupir de regret pour les chasses d'Europe, et je ne pus rappeler sans un indéfinissable frisson les battues au loup et les hallalis de dix-cors courus dans la forêt d'Orléans. |

Ces souvenirs menaçaient de nous attendrir outre mesure, et nous nous empressômes de remonter, à l’aide de quelques flacons de cliquot bien authentique, au diapason de notre gaieté première, qui dégénéra bientôt en folie. Nous ne parlâmes de rien moins que d'aller chasser à courre le kanguroo géant !…

I fallait en effet un grain de folie véritable pour concevoir l’idée biscornue de courir ce fantastique produit de la nature australienne, qui se plaît à jeter au nez des savants ahuris les énigmes scientifiques les plus invraisemblables, et aux amateurs d'esthétique les formes les plus apocalyptiques,

L'expédition résolue, nous accélérâmes nos préparatifs ui furent rapidement terminés, car en vrais voyageurs nous haïssions l'encombrement, et notre départ fut fixé au lendemain 22 janvier.

J’allai prendre congé du docteur Stephenson, ce vieil ami de deux mois, mais de deux mois passés à bord dans la plus cordiale et la plus étroite intimité. C’est dire que es semaines passées en compagnie de l'excellent homme valaient des années.

— Docteur, lui dis-je sans préambule, je viens vous dire adieu,

— Déjà ? répondit-il étonné.

— Oui, j'étouffe ici. Votre civilisation australienne ’exaspère. Je préfère à son luxe exotique les déserts, a vie libre, le grand air.

— Et où comptez-vous aller ?

— Vers le Nord. Je veux voir des contrées où ne glaissent pas les locomotives, contempler d’autres arbres que vos eucalyptus de fer-blanc, noircis par la fumée des 1sines, comme le palmier des bains de la Samaritaine. Assez de faux-cols, d’habits noirs et de dîners officiels! ai dit ; je pars!

— Ah! Parisien affamé d'ombrage et de villégiature, rous faites 25,000 kilomètres pour aller à la campagne, et rous regrettez déjà l’espace compris entre la rue Drouot t Tortoni.

— Voyez-vous, docteur, il y a là le T'out-Paris qui se -ompose pour moi de cent êtres supérieurs, faute desquels je préfère le désert, la nature ou la mer.

— Je vous contredis pour la forme, cher ami. Ah ! si j'avais vingt-cinq ans de moins, je ne vous quitterais pas ! — Eh ! docteur, il me semble que vous avez toujours bon pied, bon œil. Tenez, pas de phrases entre nous. Te pars demain au lever du soleil, avec trois compagnons harmants, mes chiens, chacun un cheval. Nous allons

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