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La plus haute s'élève à 2500 pieds au-dessus de la mer

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feuille de taro pliéë et nouée en forme de casque antique. Les voilà transformés en dieux de l'Olympe. Les femmes s'enveloppent le haut du corps d'une seule feuille colossale. Rien de plus étrange. C'est de la mythologie pure. Ajoutons que ces insulaires sont peu colorés, tout au plus un peu olivâtres. Si les dieux de l'Olympe étaiem Grecs, comme c'est à présumer, il n'est guère probable qu'ils aient eu le teint plus clair.

Mais d'où vient tout ce monde? Ce sont des gens du village de Pango-Pango, situé à un peu plus d'un mille à l'est. C'est à peine si l'on entrevoit à travers le feuillage quelques pauvres huttes. Soudain tous ces visiteurs, comme saisis de frayeur, les uns en bateau, d'autres à la nage, s'enfuient dans la direction de leur village. En même temps des canots chargés d'hommes et de femmes se dégagent d'un groupe de cabanes situées sur la plage, au nord, à égale distance de Pango-Pango et de notre mouillage. C'est le village de Fango-Tongo. Cette fois-ci, les hommes sont admis à bord. Ils nous offrent des massues en bois sculpté, des tissus de fil d'écorce et d'autres curiosités en criant : S/iot, shot, c'est-à-dire shirt. Ils veulent échanger leurs marchandises contre des chemises ; les chemises sont évidemment fort rares, puisque je n'ai pas vu un seul homme porter du linge. Quant à l'argent

qu'on leur offrait, ils le refusèrent avec dédain. En novembre dernier, les habitants de Pango- Pango et de Fango-Tongo étaient en guerre. Le grand chef de Pango-Pango, nommé Maunga, étant mort, deux candidats, l'un Maunga- Mauuma, du parti du chef défunt, l'autre Maunga- Lei, de l'opposition, prétendaient au titre de Maunga tout court et au pouvoir suprême dans la tribu de Pango-Pango. Quant à la question de droit, je ferai comme l'officier anglais qui, envoyé pour mettre fin aux troubles, déclara dans son rapport qu'il lui semblait difficile de se former une opinion sur la validité des titres de chacun des candidats. Les événements, plus simples que la question de droit, donnent une idée de l'origine de ces guerres et de la manière dont elles sont conduites. Maunga-Mauuma attaqua et brûla une partie de Pango-Pango, tua quelques guerriers et coupa un certain nombre de cocotiers, après quoi Maunga-Lei se rendit avec les siens au village de Fango-Tongo, où il fit absolument la même chose. Une douzaine de guerriers restèrent sur le carreau. Un trader norvégien et sa femme, une indigène, qui y habitent, n'échappèrent à la mort qu'en se sauvant à la nage. Ils trouvèrent asile auprès d'un trader anglais, marié à une Taïtienne et occupant une hutte au bout d'une petite langue de terre. A

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l'exception d'un missionnaire catholique, qui réside à Leone, sur la côte méridionale, ces deux hommes sont probablement les seuls blancs établis dans l'île. Ils trafiquent tous deux pour la compagnie hambourgeoise.

Dans l'archipel des Samoa, l'épidémie la plus contagieuse est la guerre. Le roi Melietoa, dont nous avons fait la connaissance dans sa résidence près d'Apia, prit peur et, sur sa demande, et, je pense, sur la demande de trois consuls, le capitaine Auckland, du bâtiment de guerre britannique Mira rida, se rendit ici, embarqua, pour les remettre au roi, qui les retient encore prisonniers, les deux chefs ennemis et rétablit ainsi une paix « boiteuse et mal assise » .

Tout ceci me paraît peu émouvant. Je ne forme de vœux pour aucun des deux rivaux, et leur captivité me laisse froid. Je n'ai pas même une larme à donner aux dix ou douze braves tombés sur le champ d'honneur. Ce qui m'intéresse, c'est l'origine de la querelle et l'appel fait à l'intervention étrangère.

Les questions de succession entre chefs de tribu se reproduisent dans l'ordre naturel des choses. Aucun chef n'étant assez fort pour imposer aux deux parties contendantes une solution à l'amiable, ces querelles sont nécessairement vidées par les armes. Dans ces cas, les résidents

européens, s'il s'en trouve dans la localité, courent les plus grands risques. Y a-t-il dans le voisinage un bâtiment de guerre de n'importe quel pavillon, anglais ordinairement, quelquefois français ou allemand, très rarement américain, il est appelé ou il doit venir sur l'initiative de l'officier qui le commande et qui ne peut assister les bras croisés à des scènes de jjillage et de massacres. Il arrive donc, et rien de plus facile que de rétablir la paix pour le quart d'heure. La question de droit qui a produit ces troubles, l'officier n'en sait pas le premier mot. Supposons qu'il connaisse les us et coutumes de la peuplade (ce qui n'est pas), il n'aurait aucune mission, aucun pouvoir de juge entre indigènes indépendants. Un arrêt par lui rendu ne serait valable ni aux yeux des parties intéressées ni, faute de compétence, devant aucun tribunal européen. Il oblige donc les combattants à déposer les armes, et ils les déposent, sauf à les reprendre quand le navire sera parti. C'était, avant l'annexion, l'histoire des quatorze tribus des Fiji ; c'est ce qui se passe constamment aux Samoa et dans d'autres groupes, en exceptant toujours les Tonga, dont le vrai roi est un blanc, le révérend Baker.

Si la trêve continue, c'est qu'avant de recommencer les hostilités on veut attendre le retour

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dos deux chefs, encore prisonniers d'État du roi Melîetoa, qui, je suppose, dans cette affaire sert de prête-nom aux triumvirs d'Apia.

Nous flânons dans les rues de Pango-Pango ou, pour mieux dire, entre des cabanes disséminées sur le gazon et ombragées d'arbres de toute espèce. La chaleur est écrasante. Aussi les parois des huttes, c'est-à-dire les nattes, sont toutes relevées. Nous apercevons des femmes et des enfants étendus sur le sol. D'hommes, peu ou point. J'ignore ce qu'ils font, je sais seulement qu'ils ne travaillent pas. Pourquoi travailleraient-ils? N'ont-ils pas leurs noix de coco, leurs yams, leurs taros, leurs bananes? Cela suffit. Nous entrons dans la maison des réunions publiques, qui est vide, puis dans l'église méthodiste. Elle est vide aussi, sauf quelques enfants qui y jouent. Un matelot photographe, que ie capitaine a amené, prend des vues. Nous groupons les femmes, cela les amuse. Mais les jeunes filles s'enfuient, je ne sais trop pourquoi; ce ne peut être par timidité.

Aujourd'hui le capitaine a reçu une illustre visite. La sœur de Maunga-Lei, qui en son absence tient les rênes du gouvernement à Pango-Pango, est venue à bord. C'est une femme entre deux âges, excessivement corpulente, traits grossiers, yeux luisants et expressifs, maintien d'une personne qui a conscience de sa haute position. A bord on l'appelle la duchesse de Gerolstein. Ses trois dames d'honneur, toutes filles de chefs, nous frappaient moins par leur beauté que par la grâce de leurs mouvements et par la familiarité respectueuse de leurs manières envers leur maîtresse. Les hommes de sa suite restèrent sur le pont, et la noble visiteuse et ses compagnes furent admises au salon. Elles s'assirent d'abord à l'européenne, mais, sur l'invitation du capitaine, s'empressèrent d'échanger cette pose incommode contre l'attitude habituelle dans ces îles. Le grand style est d'être assis sur les deux jambes en donnant à l'une d'elles un mouvement de vibration. On leur servit des rafraîchissements, qu'elles semblèrent apprécier. La duchesse, qui sait deux ou trois mots d'anglais, était fort en train; les rires et les chuchotements se succédaient sans interruption, lorsque, soudain, des exclamations, des cris confus mêlés au bruit du tam-tam, parvinrent à nos oreilles. C'étaient les gens de Fango-

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Tongo, les amis de Maunga-Mauuma et les chefs secondaires de sa tribu qui arrivaient. Eux aussi venaient rendre visite à Y Espiègle. La duchesse et ses dames pâlirent, mais c'était la pâleur de la colère plutôt que celle de la peur. Il était trop tard pour empêcher les visiteurs importuns de venir à bord, et voilà les deux factions hostiles en présence. Un des nouveaux arrivants, un jeune homme d'une vilaine physionomie, profita de la confusion pour soustraire la massue d'un guerrier de Pango-Pango. Pour la cacher, il s'assit sur l'objet volé. Mais la duchesse, de son regard d'aigle, s'en aperçut et dénonça le coupable au capitaine, qui lui fit évacuer le navire avec une promptitude merveilleuse. Un coup de pied appliqué au fuyard par un matelot le fit disparaître comme par une trappe.

Le pont était alors rempli d'hommes presque nus, fleurs et plumes dans les cheveux, massues et gourdins à la main, du reste parfaitement tranquilles. Les matelots firent la haie, et la sœur du grand chef Maunga-Lei, suivie de ses dames et de ses adhérents, put se retirer avec tous les honneurs dus à sa position sociale ; pendant ce temps-là les hommes des deux factions échangeaient des regards courroucés et des paroles qui évidemment n'étaient pas des compliments. Quelques moments après, ceux de

Fango-Tongo se retirèrent également. C'était un beau spectacle que ces deux grands canots d'État, chacun suivi d'une nuée de petites nacelles et se dirigeant lentement vers son village. La duchesse, entourée de ses dames, se tenait debout sur une sorte de dunette. Un grand nombre de guerriers, dont les corps fortement huilés luisaient au soleil, remplissaient le bateau de la poupe à la proue. Sur le devant, un homme armé d'une immense massue occupait une estrade élevée. Il poussait des hurlements et exécutait des pas grotesques, semblant à chaque instant près de tomber à l'eau. Tous chantaient en chœur, avec des voix mâles et presque harmonieuses, une mélodie grave et mélancolique.

Les hommes de la faction adverse avaient aussi leur loustic sur le devant du grand canot d'honneur. Mais ils ne chantaient pas. L'incident qui s'était passé à bord, non pas le vol, mais la découverte du vol et le prompt châtiment d'un des leurs, semblait avoir troublé leur égalité d'humeur.

Dans l'après-midi nous nous rendîmes à Fango- Tongo. Nous trouvâmes les notables réunis dans l'édifice public, où deux jeunes filles préparaient le kava à grand renfort de mâchoires. Nous ne fûmes pas invités à prendre part au festin. J'aperçus dans cette noble compagnie le voleur

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de ce matin. Il tenait une courte pipe entre ses dents et nous lança des regards insolents. Mais les choses en restèrent là.

Ni ici ni à Pango-Pango il n'y a de missionnaires à poste fixe, weslqyens ou autres. Des instructeurs indigènes sont chargés de la cure des âmes. Celui du village, un homme d'à peine cinquante ans, mais qui avait déjà l'air d'un vieillard, nous mena dans sa maisonnette. C'était une hutte comme toutes les autres. Une fenêtre à carreaux et quelques livres d'hymnes rappelaient cependant l'Europe. Sur la natte étaient étendues deux jeunes filles. On nous servit du lait de coco ; ce breuvage fut fort apprécié par les deux blancs, exténués de fatigue et de chaleur.

En continuant notre promenade, nous aperçûmes, assis sous la porte de sa cabane, un Européen qui nous fit signe d'entrer. C'était le Norvégien, ancien matelot et maintenant trader, le même dont j'ai parlé plus haut. Il nous raconta les péripéties de la dernière guerre, et nous avoua que les deux factions lui avaient fait de fortes commandes de fusils- à aiguille, preuve certaine que la guerre recommencerait dès le retour des chefs ennemis. Les ruines de huttes incendiées, de cocotiers coupés et les troncs d'arbres calcinés qui entouraient son habitation fournissaient un triste commentaire à son récit.

La population mâle, réunie sur une place ouverte près de la mer, se livrait aux plaisirs du lawn-tennis ! C'est leur manière de se civiliser. Tout chemin mène à Rome.

28 juin. — L'heure du départ a sonné. Hier matin YEspieglc, entouré d'un grand nombre de canots, tous remplis de tritons et de naïades, leva l'ancre. Au dernier moment, la duchesse vint à bord. Elle était très simplement mise et semblait triste et préoccupée. Comme le capitaine l'exhortait à conserver la paix, elle répondit en secouant la tête : « Impossible, mauvaises gens, pas bons, mauvais sentiments, bad feelings. »

Notre navire glissa doucement entre les coulisses des rochers cachés sous le feuillage qui forment les différents petits promontoires du fj ord , et, après avoir gagné la haute mer, mouilla l'après-midi dans une baie de la côte occidentale de Tutuila, tout près d'une falaise constamment balayée par des vagues gigantesques. On appelle ce point West-Cape et l'on a bien voulu donner mon nom à la baie examinée, sondée, dessinée hier et aujourd'hui, pour la première fois, par les officiers de Y Espiègle. Cette baie, d'un accès

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