‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 109 sur 145 · HUBNER-BAÏ · texte numérisé non relu

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plus facile pour les bâtiments de haut bord que ne le sont généralement les côtes de ces îles, est destinée à devenir le point central des futures communications par les paquebots à vapeur, de Sydney et de San-Francisco avec Apia, Fiji et différents autres groupes du Pacifique occidental. Le petit village, visible sur la plage, appelé par les indigènes Poloa, ne contient, à côté d'une église desservie par un instructeur indigène, qu'un petit nombre de huttes, sales et pauvres. Les indigènes qui sont venus hier, dans leurs canots, offrir des fruits et quelques gourdins grossièrement sculptés, nous ont paru d'un aspect particulièrement sauvage. Ils n'ont pas paru aujourd'hui, le repos dominical étant très strictement observé dans les communautés wesleyennes ou congrégationalistes.

Pendant que le lieutenant Ommaney et d'autres officiers, sous la direction du capitaine, se livrent à leurs travaux de sondage, je profite de ces deux jours de repos, probablement les derniers qui me restent à passer à bord de Y Espiègle, pour jeter un regard rétrospectif sur les six semaines employées à croiser parmi les archipels, et pour résumer les informations que j'ai pu puiser à de

bonnes sources, sur l'ensemble de la situation de cette partie si peu connue du globe1.

Le terme de Pacifique occidental, constamment employé dans les correspondances officielles anglaises, n'a jamais été défini d'une manière précise et authentique, mais il est entendu que l'on comprend sous ce nom tous les groupes de l'Océanie situés entre les deux tropiques et entre le 140e méridien est et le 170e méridien ouest de Greenwich. Trois races diverses se partagent cette vaste région : la papouenne, la mélanésienne et la polynésienne.

Au point de vue de la civilisation, on y distingue, en dehors des Fiji, devenues colonie anglaise, trois catégories différentes : les Nouvelles-Hébrides, Santa-Cruz, les îles Salomon, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Irlande, etc., dont les habitants appartiennent à la race mélanésienne. Ce sont des sauvages, pour la plupart païens et anthropophages.

1. Mes sources sont d'abord les informations prises par moi pendant mon voyage, ensuite des correspondances officielles anglaises et allemandes communique'es au Parlement anglais et au Reichstag allemand. La pièce la plus importante est le Report of a commission appointed to inquire into the ivorking of Ihe Western Pacific orclers in council, daté de Londres, 16 octobre 1883, signé Arthur Gordon, A. -H. Hoskins et J-.G. Wilson, et communiqué au Parlement en

Dans d'autres groupes, principalement dans ceux de Tonga et de Samoa, les populations sont chrétiennes de nom et à demi civilisées. Aux Tonga il y a un roi nominalement constitutionnel, le pouvoir suprême et absolu étant exercé par un missionnaire wesleyen. Les îles Wallis sont habitées, comme celle de Futuna, par une population exclusivement catholique, et gouvernées par une reine qui considère un bref de Pie IX comme le plus précieux joyau de sa couronne. Des missionnaires catholiques sont les directeurs de sa conscience et de ses États. Aux Samoa un roi impuissant se trouve en présence (rime communauté européenne, et indirectement sous rinfluence imparfaite et limitée des consuls anglais, allemand et américain.

Enfin, il y a une troisième classe d'iles, dont les populations ont fait quelques pas dans la voie de la civilisation, respectent l'autorité de leurs chefs et restent attachées à leurs us et coutumes, mais ne possèdent aucun gouvernement organisé.

La Nouvelle-Guinée est une terre encore presque inconnue. On sait cependant que les habitants, quoique divisés en plusieurs peuplades d'apparence et de mœurs différentes, forment des communautés agricoles, vivent dans de grands villages bien construits, cultivent leurs

terres et sont très jaloux de leurs droits de propriétaires fonciers*.

Depuis la fin du siècle dernier, après que les capitaines Cook et Bligh eurent ouvert ces mers aux navigateurs, des aventuriers affluèrent en grand nombre, et bientôt le gouvernement britannique se vit obligé d'intervenir pour empêcher et réprimer, autant que possible, les délits et crimes commis par ses sujets. Plusieurs actes (le premier de George IV, 1824) furent publiés à cet effet. Le plus récent, aujourd'hui en vigueur, est le Pacific Islanders Amcndment Act (1875), qui investit un haut commissaire de la juridiction sur tous les sujets britanniques qui naviguent, trafiquent ou résident dans les parages et îles du Pacifique occidental. Il est établi que tout Anglais qui enlève des insulaires par la force ou par la ruse sera traduit devant la cour du haut commissaire. \1 ordre en conseil, conforme à cet acte, publié en 1877, est donc en vigueur depuis sept ans2.

1. D'après le rapport de M. Ghester, magistrat résidant du gouvernement du Queensland à Thursday-Island, du 30 août 1878, cité dans le Report of the Western Pacific royal commission, et d'après les informations verbales que ce magistrat m'a données lors de mon passage à Thursday- Island.

2. La région à laquelle s'applique cette législation est définie vaguement. Lîordre en conseil nomme, il est vrai, les

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On s'est demandé quels étaient les résultats obtenus grâce à cette nouvelle organisation. Hélas! les espérances qu'elle avait fait concevoir ne se sont pas réalisées complètement. La raison du fait saute aux yeux. Le haut commissaire et sa cour ne sont compétents qu'à connaître des délits et crimes commis par des Anglais entre eux ou au détriment des indigènes. Leur juridiction ne s'étend pas aux actes coupables de ceux, indigènes et blancs, qui ne sont pas sujets britanniques. A toutes les réclamations du haut commissaire le gouvernement impérial, se faisant fort de l'avis des avocats de la couronne, répondit et dut répondre par une fin de non-recevoir.

De là une grande irritation parmi les trafiquants et planteurs anglais et australiens établis dans ces îles. Ils avaient de la peine à comprendre une juridiction à laquelle ils étaient soumis, mais qui assurait l'impunité à leurs confrères, amis et

îles Friendly, Navigator, Union, Phœnix, Ellis, Gilbert, Marshall, Garolines, Salomon, Santa-Gruz, Rotumah, la Nouvelle-Guinée à l'est du 143e méridien est, la Nouvelle- Bretagne et la Nouvelle-Irlande, enfin les Louisiades, en tout une région de trois mille cinq cents milles de l'est à l'ouest, et de deux mille cinq cents milles du nord au sud. Mais il ajoute aussi toutes les autres îles de l'Ouest Pacifique qui ne se trouvent pas comprises dans les colonies des Fiji, du Queensland et de la Nouvelle-Galles.

rivaux, allemands, américains, Scandinaves. En Australie il y eut des conférences internationales et des réunions publiques pour condamner la politique nouvelle de la mère patrie.

Avant la création des fonctions et de la cour du haut commissaire, la tâche de faire la police dans ces parages, d'y maintenir un peu d'ordre, de contenir les sujets anglais et les indigènes, et redresser à l'occasion les torts des uns et des autres, était confiée aux commandants des croisières anglaises, qui, au dire de tout le monde, s'en acquittaient ordinairement avec tact et circonspection. Pour infliger une punition aux gens de couleur, il leur fallait des cas de guerre, acts qfwar, mais, en donnant à ce terme élastique plus ou moins d'étendue, ils parvenaient à faire du bien et à empêcher du mal. L'apparition d'un navire de guerre ne manquait jamais d'imposer aussi bien aux résidents blancs qu'aux indigènes de la localité. Quand un sujet anglais blanc avait commis quelque crime ou acquis la triste réputation d'un perturbateur habituel de l'ordre public, l'officier commandant la croisière le transportait en Australie pour y être jugé, ou dans une autre île éloignée du théâtre de ses méfaits. Ces procédés étaient un peu sommaires et, quoique autorisés par les règlements, un peu arbitraires, mais du moins efficaces dans une

certaine mesure, d'autant plus que les traders n'y faisaient guère de résistance. Il est vrai que des sujets britanniques inculpés échappaient souvent à l'action du commandant de la croisière en affirmant qu'ils étaient citoyens américains.

L'installation du haut commissaire, muni de pouvoirs législatifs et exécutifs et assisté d'une cour, mettait virtuellement fin à l'intervention judiciaire des officiers de marine, ou, pour mieux dire, rendait cette intervention, encore que l'on continuât à la trouver nécessaire, épineuse, délicate et compromettante au point de vue des relations personnelles et officielles entre le Commodore de la station navale d'Australie et le haut commissaire. Ce grand fonctionnaire est d'ailleurs plus puissant en apparence qu'en réalité. Ses règlements et ordonnances ont, il est vrai, force de loi, mais le maximum des peines qu'il lui soit permis d'infliger aux contrevenants n'est que de dix livres sterling ou de trois mois de prison ! Depuis la création des fonctions de haut commissaire aucun sujet britannique, quelque crime qu'il ait commis et si urgent qu'il soit de le punir dans l'intérêt du maintien ou du rétablissement de l'ordre public dans la localité, ne peut être atteint sans avoir passé par les formes d'un procès régulier. Vu les distances, la rareté et la difficulté des communications, cette procé-

dure rend souvent illusoires les poursuites dirigées contre lui. En somme, en ce qui concerne les sujets anglais, les pouvoirs du haut commissaire, faute de moyens exécutifs, restent partout, et surtout dans les archipels peu visités, plus ou moins à l'état de lettre morte; et, d'un autre côté, à la suite de l'installation de ce haut fonctionnaire, l'intervention judiciaire de la marine a été, comme je l'ai dit, dans une certaine mesure, annihilée.

En ce qui concerne les indigènes non sujets britanniques, la cour du haut commissaire n'a pas le droit de s'occuper d'eux, mais elle peut empêcher les officiers de la marine royale, comme sujets britanniques, d'agir en dehors de leurs pouvoirs strictement légaux. Par conséquent, les commandants des bâtiments de la Reine ne peuvent agir qu'en cas de guerre. En d'autres termes, le haut commissaire, impuissant luimême à intervenir efficacement, paralyse le concours de la flotte au double point de vue des blancs et des indigènes \

La commission d'enquête nommée par le gouvernement, et dont Sir Arthur Gordon était le principal membre, en arrive à cette conclusion :

1 . J'ai cité ici presque textuellement le rapport de la commission concernant les ordres en conseil.

les dispositions actuellement en vigueur à l'effet de contrôler les sujets anglais, d'exercer la justice à leur égard dans les îles du Pacifique occidental, et d'empêcher les indigènes de commettre des violences, sont tout ce qu'il y a de moins satisfaisant1. Elle propose ensuite plusieurs modifications, dont tout le monde admettra la valeur pratique, mais dont il sera permis de révoquer en doute la parfaite efficacité. Ce qui me frappe dans son rapport, .c'est que cette pièce ne touche que légèrement et avec une répugnance évidente au côté international de la question. Je reviendrai à ce point, selon moi capital.

J'ai déjà parlé du trafic des travailleurs, du labour-tradc , et l'on sait qu'abord de tout bâtiment qui se livre au recrutement des travailleurs doit se trouver un agent du gouvernement du Queensland ou du haut commissaire, chargé de veiller à la stricte observation des règlements en vigueur. Quensland2, ce territoire immense à peine entamé par les pionniers de la culture, et Fiji, dans des proportions moindres, ont besoin de bras et, pour des raisons de climat, ils ne

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