Highly unsatisfactory
2. Le nombre des travailleurs occupés en Queensland est de 6000, aux Fiji de 400. Rapport de M. d'Ortzen, secrétaire du consulat allemand à Apia, février 1883.
peuvent employer que des hommes de couleur. On va donc aux îles pour y recruter ces travailleurs. Aux termes de la loi, le libre assentiment de l'individu qui s'engage est de rigueur, mais en réalité, à l'exception de quelques tribus dans certaines îles, le travailleur est simplement acheté pour une durée de trois ou cinq ans. L'acquéreur s'engage à le rapatrier au terme de son engagement, mais il ne remplit pas toujours cette obligation. C'est sous des déguisements divers que la vente se fait. On offre des cadeaux aux chefs, aux parents, aux amis des jeunes gens qu'on veut enrôler. Il est entendu que ceux qui reçoivent ces présents obligeront, persuaderont, enfin amèneront la recrue de gré ou de force. Un autre moyen, très souvent employé, consiste à faire des promesses fallacieuses que celui qui les fait n'a ni l'intention ni les moyens de remplir. Il arrive ainsi que des jeunes gens, attirés par des offres brillantes, quittent leur domicile en dépit de la défense du chef de leur tribu, ou de leur commune, ou de leur famille. Or, comme en Océanie l'individu, pour ainsi dire, n'existe pas, mais qu'il se confond avec la communauté à laquelle il appartient, un acte d'insubordination semblable constitue un des crimes les plus odieux qu'un homme puisse commettre. On sait (car on ne peut l'igno-
rer) que le recruteur est le vrai coupable. De là des actes de vengeance accomplis, non sur la personne du coupable, qui s'est soustrait aux représailles en partant précipitamment avec ses recrues, mais sur celle du premier blanc venu. A leur point de vue, la conduite des insulaires est logique, précisément parce que l'individu n'est rien à leurs yeux et qu'ils ne reconnaissent que des communautés. Ils s'en prennent donc à la communauté des blancs, c'est-à-dire à ceux qui ont en commun le teint blanc de leur peau. Mais les recruteurs, en enlevant des jeunes gens malgré l'opposition du chef de tribu ou de la communauté, ne commettent aucune infraction aux actes de 1872 et 187o; car ces actes ne demandent que le consentement individuel de l'indigène, his own consentaient. Ils sont donc restés dans les limites de la loi anglaise, mais ils ont violé une des lois ou, si l'on veut, une des coutumes les plus sacrées des insulaires, et ont donné lieu le plus souvent, à titre de représailles, au meurtre d'un ou de plusieurs blancs.
Ce qui précède est officiellement constaté par le rapport de la commission d'enquête, plusieurs fois cité. Je dois ajouter que tous les blancs que j'ai rencontrés dans mon voyage ont confirmé, les uns (fort peu à la vérité) avec indignation, d'autres en riant, le fait que la plupart
des travailleurs sont livrés aux recruteurs par les chefs, moyennant un prix convenu d'avance. Dans les îles Salomon on a lieu de croire que les chefs, en reconnaissance d'un beau cadeau, envoient leurs esclaves ou les membres de leur tribu à la plage, où le recruteur s'en empare pour les transporter à bord.
Il a été dit que ceux qui se procurent des travailleurs sont tenus par la loi de rapatrier ces hommes à la fin de leur engagement. Or il arrive constamment que l'on met une coupable négligence à remplir cet engagement. Si on les débarque dans une localité qui n'est pas la leur, ils sont souvent, et même habituellement, mis à mort par les sauvages ; c'est le rapport de Sir Arthur Gordon et consorts qui le dit.
En Australie on a l'habitude de passer légèrement sur toutes ces irrégularités. On aimerait encore mieux ne pas s'en apercevoir. Il n'en est pas moins certain que pendant la « saison de travail », qui va de mai à septembre, où les recruteurs arrivent pour faire leurs opérations, ces îles sont fréquemment le théâtre d'actes de violence, que l'on dérobe autant que possible à la connaissance du public. En Queensland le besoin de travailleurs est si impérieux que les autorités semblent obligées, et dans tous les cas sont accusées, peut-être à tort, de fermer les
yeux sur les infractions à la loi commises parles capitaines recruteurs et sur les complaisances des agents du gouvernement chargés de la surveillance du patron. De leur côté, les indigènes de la Mélanésie s'embusquent, attaquent et tuent, toutes les fois qu'ils le peuvent, les équipages des bateaux que le patron envoie à terre.
« Tuer un blanc, dit le capitaine Moor1, est un haut fait aux Nouvelles-Hébrides et aux îles Salomon. Après le crime, ceux qui l'ont commis se rendent à leur village en battant du tam-tam, et annoncent qu'ils ont tué un homme blanc. La nouvelle est aussitôt répandue dans le pays. »
Tous les capitaines de bâtiments recruteurs et tous les agents du gouvernement (du Queensland ) sont munis d'une lettre imprimée qui définit leurs droits et leurs obligations. « Ces instructions, continue le capitaine Moor, restent évidemment à l'état de lettre morte. Quand l'officier d'une croisière en exige la production, les capitaines sourient de cette demande comme d'une plaisanterie de bureaucrate, ou bien ils montrent un exemplaire usé, dont ils ont eu soin d'effacer les clauses principales, à savoir : 1° que le travailleur s'engagera de sa propre
1. Rapport du capitaine Moor, du Dart de S. M. Britannique, au commodore Erskine Sydney. 7 novembre 1883, Blue Books.
volonté ; 2° qu'aucun cadeau, trade, ne sera fait à ceux qui fournissent les recrues. Quand on leur demande des explications, ils répondent : « Si « je me conformais à cet ordre, je rentrerais avec « mon bâtiment vide ». Et c'est la vérité, continue le capitaine Moor, mais j'ose soutenir que si les travailleurs ne peuvent être engagés d'une manière conforme à la loi, le recrutement se fait dans des conditions incompatibles avec l'honneur du pavillon anglais. »
La situation des agents du gouvernement, si ce sont d'honnêtes gens, est des plus pénibles. D'une part, l'agent est lié par des ordres du ministère de Brisbane, qu'il lui est impossible d'exécuter ; il est vrai que le gouvernement n'examine pas sa conduite très rigoureusement, pourvu que les travailleurs arrivent en proportion du besoin. D'autre part, l'agent est à la merci du capitaine du bâtiment auquel il est attaché. « Ce n'est pas lui, dit le capitaine Moor, c'est le patron du bâtiment qui choisit le théâtre de ses opérations. L'agent sait peut-être que la localité est dangereuse, qu'on sera obligé d'y faire le coup de feu. Cependant, comme ses instructions lui prescrivent de favoriser les opérations du capitaine, il se borne à empêcher des irrégularités. S'il y a des incidents fâcheux, on tâche de les passer sous silence, la prétention des capitaines
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étant d'avoir retire «le la plage leurs embarcations gaillardement, et d'avoir accompli une lâche difficile. Mais peu d'entre eux peuvent nier qu'ils ne se trouvent au moins deux fois par voyage dans le cas d'inscrire sur leur journal : « Indigènes derrière arbres, tiré sur em- « barcation. Répondu feu. Résultat de notre feu « inconnu. Joe ou Jim, ou quelque autre indigène « de l'équipage tué. Enterré en eau profonde. • Je me contente de citer quelques cas où l'on a l'ail le coup de feu. J'en connais beaucoup d'autres. Les indigènes tirent sur tout bateau envoyé à terre, principalement pour s'emparer des fusils et autres articles destinés au payement des recrues. »
Le fusil joue un grand rôle dans ces transactions. Il commence à changer la face des choses dans l'Ouest Pacifique. Le capitaine Bridge rapporte1 que dans les Nouvelles-Hébrides les habitants sont en possession d'armes à feu de toute espèce, et que les armes ont été importées par «les bâtiments de la traite. Le cadeau usuel « offert » aux « amis » d'une recrue se compose ordinairement de fusils. Les travailleurs rapatriés du Oueensland rapportent presque tou-