En dehors de VAuslralian weslyan methodist Society
à Sydney, il y a la Weslyan Mission Society à Londres pour le contineni européen, l'Inde et la Chine, et la Methodist episcopal Missionaries Society aux États-Unis, où les wesleyens, au point de vue du nomhre, occupent la première place parmi les différentes confessions chrétiennes.
2. Dans l'archipel des Fiji, les wesleyens ou méthodistes comptent 906 églises. 11 ministres européens ou australiens. 51 ministres indigènes, placés par groupes de 8 à 12 sous la direction d'un ministre hlanc, 63 catéchistes, 1080 instruc-
Aux Fiji, en dehors des catholiques, il n'y a que des missionnaires wesleyens. Il n'en est pas ainsi dans les autres archipels de l'Océanie, où l'apostolat est exercé par des missionnaires des différentes confessions protestantes, surtout par des congrégationalistes et des ministres presbytériens. A l'île de Norfolk l'évéque anglican dirige une oeuvre importante qui embrasse aussi certaines portions des îles mélanésiennes.
Dans mes pérégrinations en pays païens, j'ai souvent entendu émettre par des résidents protestants des doutes sur l'efficacité des efforts de leurs missionnaires. « Ont-ils réellement, demande-t-on, planté au sein de ces peuples, avec les germes d'une certaine civilisation, ceux de la
leurs [teachers), 2254 maîtres d'école. Les catéchistes, les lenrhers et les maîtres d'école sont tous des indigènes. De tous les wesleyens blancs, anglais et australiens, qui résident dans les îles Fiji. 29 seulement pratiquent. Le nombre des communions indigènes est de 26 000. Dans ce chiffre ne sont pas compris les catéchumènes, dont je ne trouve pas le chiffre noté, mais qui est très considérable, les missionnaires, protestants et catholiques, ne conférant le baptême qu'au bout d'un certain temps et après avoir acquis certaines garanties morales au sujet des dispositions du nouveau converti.
Aux Fiji le révérend Langham, de Mbao. non comme chef (il n'y en a pas . mais grâce à son autorité personnelle et à ses longs services, occupe la première place parmi les missionnaires. Le missionnaire méthodiste doit être marié et. s'il a perdu sa première épouse, se remarier à bref délai;
foi chrétienne? En feront-ils jamais de vrais chrétiens? » A ce sujet les avis se partagent. Mais hàtons-nous d'ajouter que les mêmes incertitudes planent sur l'œuvre des pères catholiques, qui, avec certaines réserves auxquelles je reviendrai, sont les premiers à en convenir.
Pour arriver au même but, les organes de l'Église catholique et les disciples de Wesley, comme en général les missionnaires protestants, suivent des routes diverses , je dirai même opposées.
Le missionnaire protestant enseigne au sauvage les dogmes et préceptes de la religion chrétienne, le place sous la surveillance d'un instructeur indigène, lui fait apprendre un métier qui lui fournira les moyens de satisfaire aux besoins, nouveaux pour lui, du monde civilisé et chrétien dont il fera désormais partie.
Le missionnaire catholique commence par agir sur les cœurs et, s'il le peut, par retourner les volontés. Il tâche de faire entrer d'abord le païen dans le giron de l'Église, et ensuite dans le giron de la civilisation. A cet effet, si les circonstances le permettent, il isole ses ouailles. Il considère le contact avec les païens et avec les blancs comme un danger auquel il ne compte exposer son converti qu'après l'avoir muni des armes de défense nécessaires 4 Or ces armes sont
la loi entrée dans ses convictions et la pratique de la religion chrétienne entrée dans ses habitudes. C'est là, si je ne nie trompe, la différence fondamentale entre les deux méthodes. Les missionnaires catholiques ne pensent pas que le raffinement graduel des mœurs, la culture progressive de l'esprit, le travail et les jouissances légitimes qui peuvent en résulter, que le commerce continu avec l'homme policé doivent nécessairement amener le néophyte à la foi chrétienne, et ils sont convaincus que, pour arracher le sauvage à la barbarie, il faut d'abord remplacer ses superstitions par des croyances positives, fortement enracinées dans son âme. Pour y arriver, ils croient ne pouvoir mieux faire que de former des communautés chrétiennes, des chrétientés, comme on les appelle en Chine; des reducciones , d'après l'ancienne expression espagnole, et de faire entrer les élèves dans une de ces chrétientés au fur et à mesure qu'ils quittent l'école de la mission. Il est indispensable que ces communautés soient fermées à tout intrus blanc ou homme de couleur. Les millions d'Indiens chrétiens des deux Amériques, les centaines de milliers de l'Inde méridionale, qui, tout en restant Indiens, sont devenus et restés, à travers trois siècles, de vrais chrétiens et, au point de vue moral, de vrais civilisés, sont rede-
vables de ce bienfait à ce système. « Pour que la morale chrétienne pénètre dans le sang, disent les pères, il faut des générations. Le grain qui commence à germer, les jeunes plantes, doivent être protégés contre l'ivraie et les intempéries des saisons. »
Dans les grands instituts protestants, comme celui de Lovedale dans la colonie du Cap et l'excellent établissement dirigé par l'évêque anglican de l'île Norfolk, les élèves sont soigneusement préservés de tout contact avec le dehors. Mais, l'éducation achevée, ils rentrent dans leur pays et dans leurs familles ; il en résulte de nombreuses défaillances qui affligent les missionnaires. Il n'est pas rare de voir retomber dans la barbarie des jeunes gens qui, à l'école, avaient donné les meilleures espérances, et l'on a remarqué que les récidivistes descendent ordinairement au-dessous du niveau où ils se trouvaient à l'état de sauvages. Je pourrais citer à l'appui de ce que je viens de dire des faits nombreux d'une autorité incontestable. Je me bornerai, comme exemple, à laisser parler le capitaine Moor de la marine royale britannique1 : « Quelques-uns des jeunes gens élevés à
1. Rapport au commodore Erskine, daté de Sydney, 7 novembre 1883, Blue Books. ,
la mission mélanésienne de l'île Norfolk où on leur donne une excellente éducation, revenus dans leurs îles, ont commis des actes d'une affreuse atrocité. Par exemple, le fils du chef qui vit sur la côte orientale de San-Cristoval, pendant dix ans élève à l'île Norfolk, où il avait appris à lire et à écrire, à faire de l'aquarelle et à toucher un peu de piano, commença par quitter ses vêtements. Considéré dans le pays comme une « vieille femme », parce qu'il n'avait encore tué personne, il chercha une occasion de faire preuve de courage. Voici comment elle se présenta. Lanière ou grand'mère d'un ami, Bo,le chef de Hiara, venait de mourir. Il fallait une compensation. Par conséquent, le village de Kahua fut attaqué et beaucoup de ses habitants furent tués. Une femme chercha à se sauver avec son enfant. Cela faisait l'affaire du jeune Rahanomai : « Ne la tue pas! lui cria son père, elle travaillera dans nos champs de yam. » Mais le jeune homme l'abattit et lui brisa le crâne avec une pierre. Il tua l'enfant de la même manière. L'année suivante, heureusement, il fut dévoré par un requin, et son père est maintenant à la recherche d'une compensation. »
Les missionnaires catholiques sont exposés aux mêmes mécomptes, quand il leur est impossible de former des communautés compo-
sées exclusivement de familles converties. Un prêtre mariste m'a dit : « Je ne puis isoler mes indigènes, je n'arrive qu'à des résultats imparfaits ». L'exemple le plus frappant des avantages du système des chrétientés est offert par l'état, à tout point florissant, des AYallis, perdues au milieu de l'Océan, à quelques centaines de milles des Fiji et des Samoa, et de la petite île de Futuna, dont les habitants sont tous catholiques. Ici c'est la nature qui a créé l'isolement. Ce sont aussi les deux seuls points de l'Océanie où la population augmente. La communauté deMsrLamaze, près d'Apia, quoique moins complètement fermée aux influences du dehors, donne, parce qu'elle se trouve sous la surveillance directe et constante de l'évêque et des pères, les résultats les plus satisfaisants.
L'apostolat catholique embrasse . les Fiji, YOcéanie centrale (les îles Tonga, Wallis et Rotuma) et le Vicariat apostolique des Sa-
moa 1
1. Aux Fiji il y a 11 prêtres maristes et 5 sœurs du tiersordre, les uns et les autres Français. Le nombre des catholiques indigènes haptise's et catéchumènes est de 9000.
Les deux vicariats de l'Océanie centrale iTongai et des Samoa se trouvent sous la direction de l'évêque d'Olympie, M«r Lamaze, qui est assisté de 32 prêtres et de 6 sœurs dites de l'Océanie du tiers-ordre, tous Français. Le nombre des catholiques et catéchumènes est, dans les îles Tonga, de
Les missions catholiques datent de 1837. Elles sont très pauvres et ne jouissent d'autres subventions que celles fournies par la Propaganda fuie de Rome et par la Propagation de la foi de Lyon. Aucune contribution n'est imposée aux convertis.
Les missionnaires catholiques ne comptent, comme il a été dit, sur des résultats tout à fait satisfaisants que lorsqu'ils peuvent isoler leurs ouailles, et ils pensent que les deux œuvres protestante et catholique souffrent également quand elles se trouvent en présence l'une de l'autre. Ils entretiennent les meilleurs rapports personnels avec les missionnaires wesleyens et autres, mais ils se plaignent des instructeurs indigènes, souvent disposés à user de force pour soumettre à leur autorité les membres de la communauté catholique. Ils se louent de l'impartialité des autorités anglaises là où il y en a, mais ils regrettent que la nationalité française de la plupart des pères donne parfois lieu à des suppositions erronées : « Nous sommes, disent-
2000, aux Wallis de 4000,àFutuna de 1600, aux Samoa de
La population de l'île Rotuma se compose de catholiques et de protestants. Des hostilités entre eux, pour des causes qui ne touchaient pas à la religion, ont déterminé Sir Arthur Gordon à annexer cette île à la colonie des Fiji.
ils, tout en restant bons Français, les serviteurs de l'Église et non les agents de telle ou telle nation. » J'ai entendu énoncer les mêmes doléances en Chine et ailleurs.
Aux Fiji les missionnaires vesleyens, grâce à la position dominante qu'ils y ont occupée du temps du dernier roi, et à l'influence, un peu réduite mais toujours considérable, que l'annexion leur a laissée, sont des hommes publics, des public characters, fort en évidence. Quoique généralement respectés, on conçoit qu'ils ne manquent pas de détracteurs. On les accuse de faire le commerce, d'être des trafiquants, des traders. On m'assure que cette assertion est mal fondée. Ils augmentent, il est vrai, leur revenu au moyen d'une taxe que les indigènes acquittent en produits naturels et qui sont vendus publiquement; mais, les sommes ainsi réalisées, ils les emploient, en très grande partie, au bénéfice de leurs convertis.
On leur reproche aussi de trop étendre leur œuvre, de s'en décharger trop sur des instructeurs indigènes, souvent peu dignes de leur confiance, de visiter rarement les différentes communautés et de donner trop peu de temps à ces visites.
En résumé, les missionnaires des deux confessions visent le même but, mais leurs points de
départ sont différents comme le sont aussi les voies qu'ils suivent. Le missionnaire protestant, lorsqu'il pénètre en pays sauvage, amène sa famille, dans une certaine mesure les conforts de la vie et une portion de l'air natal qu'il a respiré dans sa jeunesse. Le plus souvent il quitte un modeste milieu qu'il échange d'emblée contre une existence plus ou moins en évidence, contre une place marquante parmi les résidents européens, s'il y en a dans l'endroit où il exerce son ministère, et ce sont ceux-là qu'il choisit de préférence. En fort peu de temps il devient un personnage important, avec lequel doivent compter les représentants de la couronne. C'est une belle carrière humanitaire et civilisatrice.
Le prêtre catholique qui se dévoue à l'apostolat suit une vocation. En quittant l'Europe, il sait que probablement il ne la reverra plus. Il se sépare à jamais de sa famille et de ses amis. Il réunit dans son âme deux éléments. C'est un ascète qui répudie les jouissances de ce monde, et c'est un explorateur qui a soif des vastes horizons de l'inconnu. Il arrive seul et pauvre. Il cherche les âmes qu'il espère gagner à la foi dans l'intérieur du pays qui lui est assigné comme sphère d'activité. Il s'adapte aux idées, autant que possible aux usages, à la nourriture des indigènes, s'habille quelquefois (en Chine) à la