LES ILES SANDWICH
bien entendu à la façon hawaïenne. Autant que je sache, c'est le seul exemple de la colonisation d'un territoire habité par des sauvages due à des citoyens des États-Unis.
En chiffres ronds, la population des îles se décompose, d'après le recensement de 1879, en quarante-quatre mille Hawaïens, douze ou quinze cents Américains, trois mille quatre cents demisang. Le petit nombre de ces derniers s'explique par le fait curieux, qui s'observe aussi au Japon, que les unions entre blancs et indigènes sont souvent stériles. On y compte près de six mille Chinois et un peu plus de deux mille Européens, Anglais, Irlandais, Portugais, Allemands et quelques Français.
Notons que le nombre de tous les étrangers non chinois reste au-dessous de la moitié de celui des fils du Milieu.
Avant l'introduction du christianisme, la famille était inconnue parmi les indigènes. De là ce fait si singulier et si significatif en même temps : la langue hawaïenne manque de termes pour désigner père, mère, fils, fille, frère, sœur. L'amour libre semble avoir été la loi fondamentale de cette société. Il y avait des chefs, des proceres, mais il n'y avait pas de tribus. On comprend qu'un état de choses pareil puisse se rencontrer chez des peuplades complètement
sauvages. Mais la famille existe même parmi les aborigènes d'Australie, que l'on considère comme la race la plus abrutie du genre humain. Lorsque les îles Sandwich furent découvertes, on v trouva cependant les traces d'une certaine civilisation. Du moins les habitants n'étaient pas descendus au dernier échelon de la dégradation humaine. Les faits horribles qu'on rapporte au sujet des mœurs des Canaques de cette époque, et que je passe sous silence, n'en sont que plus extraordinaires. Les missionnaires affirment en gémissant que soixante ans d'instruction religieuse et d'éducation chrétienne n'ont pas suffi pour opérer une transformation radicale des insulaires.
Il parait que, plus ou moins, ils sont restés les mêmes. Moralement, oui. Mais, politiquement, ils ont fait des progrès gigantesques. C'est à des Américains qu'ils doivent leurs institutions et l'organisation de leur gouvernement. Ces citoyens, Avenus ici pour acheter des terrains et s'y établir, ont, quoique républicains, doté le pays d'une constitution calquée sur celle de la France de 1830 ou sur quelque autre de ce genre.
L'almanach de la cour nous apprend que Sa Majesté le roi Kalakaua gouverne ses États de concert avec un parlement, la chambre des nobles et la chambre des communes. La /tousc