LA COUR
<>/' nobles se compose du Premier, en même temps ministre des affaires étrangères, des ministres dé l'intérieur, des finances et de la justice. Sur cette liste se trouve un seul Canaque. Tous les autres membres du Cabinet sont des Américains, dont l'un semble d'origine tchèque. Le roi possède aussi un conseil d'État, ou privy council^qm compte trente-quatre membres, dont six ou sept indigènes. Le chief justice, ses aides et les juges de circuit sont tous des Américains. On ne trouve des indigènes que parmi les juges de district.
M. JohnOwen Dominicis, marié à la princesse héritière présomptive, est gouverneur des deux îles principales. Les gouverneurs des deux autres iles sont des Canaques.
Il y a une armée hawaïenne.
Le corps diplomatique est fort nombreux, sans compter les soixante consuls honoraires éparpillés sur toutes les parties du globe. Une ambassade extraordinaire représentait Kalakaua Ier au couronnement de l'empereur de Russie.
En dehors des quatre ministères, il y a le département de santé, les commissaires pour les routes et chaussées, le département de l'instruction publique, et d'autres ministères dont je supprime l'énumération, une chambre de commerce et une douzaine de loges maçonniques. Sauf les
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places de juge de district dans l'intérieur des îles, presque tous les j>ostes rétribués se trouvent entre les mains des blancs, c'est-à-dire d'Américains. Les missionnaires des diverses confessions sont fort nombreux et exerçaient autrefois une influence considérable. Les congrégationalistes, l'église épiscopale et d'autres communautés religieuses possèdent des temples, parmi lesquels il y a deux églises catholiques, dont l'une chinoise, et deux églises (congrégationalistes?) canaques.
Onze journaux, dont trois en langue hawaïenne, paraissent à Honoloulou.
0 heureux, ô triplement heureux Canaques ! Heureux d'avoir été dotés par les Américains de tous les trésors de la civilisation la plus avancée, ils ont pu sauter à pieds joints dans ce monde nouveau pour eux. Il y a cent ans, ils ont mangé les navigateurs qui abordaient leurs îles. Il y a soixante ans, ils s'entre-mangeaient encore, et aujourd'hui ils possèdent un roi avec une liste civile, un roi qui règne mais qui ne gouverne pas, qui s'entoure de chambellans vêtus d'habits brodés, qui a des soldats habillés d'uniformes européens et qui lui-même porte le casque prussien; qui a été couronné l'an dernier d'après un programme calqué sur celui du couronnement de Moscou, qui a des ministres
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responsables, qui réunit autour de lui les grands dignitaires de ses États, qui prononce un discours du trône à l'ouverture du parlement. Heureux Canaques! que pouviez-vous désirer de plus? Et cependant vous n'étiez pas satisfaits. Vous jouissiez de toutes les libertés possibles, sauf une seule : il ne vous était pas permis de vous enivrer avec de l'eau-de-vie. Le roi, mal inspiré par les missionnaires, avait défendu de vendre aux indigènes des boissons alcooliques. L'amour de la liberté inné chez le Canaque le révoltait contre cette violation des droits de l'homme. Il réclama avec l'énergie qui le distingue, et, l'année dernière, la législation abrogea cette loi inique. Mais, je le crains fort, ce succès parlementaire ne fera que hâter l'accomplissement de ses destinées.
On le voit, la machine gouvernementale est parfaitement, organisée. Ce que ces îles produisent et consomment d'hommes d'État est fabuleux. Les revirements ministériels se succèdent sans interruption. Toutes les capacités, par une noble émulation, se disputent les portefeuilles, se les arrachent, les gardent autant qu'elles peuvent,' mais jamais longtemps. L'étoffe dont on fait les ministres, importation des États-Unis, est inépuisable. En est-il de même des gouvernés? Hélas non. Sur l'horizon si brillant du Canaque
parait un point noir. C'est que la matière gouvernable s'évapore. La constitution débile des indigènes avec d'autres causes expliquent le triste l'ait que les naissances en regard des décès accusent un déficit qui va en croissant1. Déjà on peut constater les effets désastreux de l'abolition des règlements sur la vente des liqueurs alcooliques. La débauche, le vice, les crimes augmentent aussi. Les fièvres et la lèpre, les plaies de Hawaï, continuent à faire des victimes.
Les planteurs, presque tous Américains, ayant besoin de bras, on a taché de s'en procurer dans les îles du Sud-Pacifique. Ces tentatives n'ont donné aucun résultat, et en ce moment une Compagnie anglaise s'occupe, avec succès, de l'importation de Portugais des iles Açores et de Madère2. Ces immigrants de race lusitanienne sont de bons cultivateurs, mais de médiocres