LA DIPLOMATIE DU VICE-ROI
Je résume les informations que pendant ee voyage à travers l'Inde j'ai pu puiser aux sources les [•lus directes.
« Nous n'avons pas, m'a-t-on dit, d'instructions écrites. Notre tâche est de veiller à ce que les princes remplissent les engagements pris par eux envers le gouvernement de l'Inde, de contrôler, en nous en mêlant le moins possible, l'administration, d'empêcher de gros abus, le tout sous notre responsabilité. L'agent dépend de l'agent général et celui-ci du vice-roi, avec lequel il correspond par l'intermédiaire du secrétaire pour les affaires indiennes (étrangères). Ici l'agent général contrôle les actes dujdivan, qui est le trésorier du prince, et exerce la juridiction sur les Européens s'il en arrive, ce qui est excessivement rare. L'exécution d'un criminel condamné à mort par l'agent ne peut avoir lieu que du consentement du vice-roi. Le maharaja de Jodhpour exerce à l'égard de ses sujets la justice civile et criminelle par l'organe du juge Hardyal-Sing. Seulement, s'il s'agit de peine capitale et que l'agent ait lieu de douter de la parfaite régularité des procédures, il fait ajourner l'exécution, en réfère à Calcutta, et le maharaja se soumet de bonne grâce à la décision du vice-roi. La sphère de notre activité n'est limitée que par la voix du bon sens et de notre conscience et par le
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sentiment, toujours présent à notre esprit, de la grande responsabilité qui pèse sur nous.
« Nous n'acceptons jamais de cadeaux. Cette prescription date de l'administration du gouverneur général Lord Cornwallis. Tout candidat pour le service dans l'Inde doit prendre l'engagement, le covenant, de ne jamais accepter de dons de qui que ce soit. La moindre infraction entraînerait le renvoi immédiat du service.
« Le prestige dont nous jouissons est merveilleux. En voici un exemple qui date du mois de décembre dernier. Dans le petit État de Bikanir, les thakours refusèrent soudainement de payer les impôts. Le maharaja ayant insisté vainement pour qu'ils remplissent leurs obligations, on en vint à des actes d'hostilité. C'était la guerre civile dans un verre d'eau, mais dangereuse en ce sens que dans ces pays-ci les levées de boucliers se propagent comme des épidémies. Sur ces entrefaites, l'agent général se rendit tout seul sur les lieux, somma les thakours de mettre bas les armes et de comparaître par-devant lui. Tous, à l'exception d'un seul, se rendirent à son appel et acquittèrent leur dette envers l'État. Le récalcitrant se retira dans son château et, comme il continuait à défier l'autorité du maharaja et de l'agent, ce dernier n'hésita pas à faire venir un petit détachement de troupes. Elles avaient à tra-