‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 67 sur 145 · Bâti en · texte numérisé non relu

Bâti en

d'avancements, de mutations ou de mises à la retraite. Ici nous parlons Inde.

Quelqu'un dit : « Les jeunes gens hindous de familles aisées qui ont été élevés dans nos collèges quittent souvent leur costume et endossent des vêtements européens. Les babous mahométans en font autant. Seulement ils gardent le fez, car ils ont toujours un œil au moins fixé sur Constantinople. Mais les uns et les autres, en changeant d'habits, désirent être admis dans la société anglaise. Malheureusement nous sommes exclusifs de notre nature et nous ne les admettons pas. Comme conséquence, ils passent dans les rangs des mécontents. »

Pauvres jeunes gens! Leur transformation n'a guère pu plaire dans leur monde et ne les a pas fort avancés dans celui des maîtres. Ils se trouvent donc par terre entre deux chaises. Je les plains, mais il m'est impossible de jeter la pierre ni à ceux qui ne veulent plus d'eux ni à ceux qui n'en veulent pas encore . La vérité est que l'habit noir et la cravate blanche ne suffisent pas pour combler l'abîme qui sépare les deux races.

La plupart des Anglo-Indiens sont de cet avis, mais tout le monde n'en est pas. Sir Alfred pense qu'on devrait tacher d'habituer les notables indigènes aux formes et habitudes de la vie sociale anglaise. Ce serait un moyen de préparer un rap-

DES NOTABILITES INDIGENES. 179

prochement des esprits et une transformation des mœurs. C'est dans cet ordre d'idées qu'il a adressé des invitations à dîner à plusieurs personnages considérables de ses provinces, réunis en ce moment à Allahabad. Trois de ces messieurs ont accepté. Ce sont deux mahométans et un riche raja hindou. Seulement, cet Hindou s'est fait protestant pour pouvoir épouser une femme de sa race qui s'était convertie au christianisme. Les quatre autres notables Hindous, restés Hindous, se sont excusés pour le dîner. S'asseoir à la même table que des chrétiens! Pour qui nous prenezvous? Impossible. Cependant ils ont promis de venir après le repas.

Le dîner s'est passé fort bien, sauf une concession faite à la couleur locale, que j'ai regrettée : les dames de la maison n'y ont pas paru. Dans mon for intérieur j'en ai voulu aux deux mahométans et à l'ex-Hindou. Ce dernier, homme charmant, conteur spirituel, rieur, manie fort bien la langue anglaise. Les deux convives mahométans gardaient un maintien plein de dignité mêlée d'un peu d'embarras. Après le dîner parurent les quatre Hindous, pour quelques instants seulement. Leurs beaux et riches costumes tranchaient agréablement sur le blanc et le noir des gentlemen. Mais, quoique les deux races se coudoient depuis plus de cent ans sur les chemin?

de la vie, du champ de bataille au dourbar et du dourbar au champ de bataille, Anglais et Indiens semblaient embarrassés de se rencontrer dans un salon.

Mes causeries avec Sir Alfred Lyall pendant mon court séjour à Allahabad, malgré la diversité de nos points de départ en certaines matières, me laisseront des souvenirs ineffaçables, et c'est avec grand regret que je me sépare du gouverneur des provinces du nord-ouest.

Bcnures. — Quatre heures après avoir quitté Allahabad, le train s'arrête sur la rive droite du ( lange, en face de la ville la plus sainte du monde, en ce sens que sa sainteté remonte à la nuit des temps. Pendant huit cents ans Bénarès a été le centre du bouddhisme. Ce fut au cinquième siècle de notre ère qu'elle retourna à l'ancienne foi des Hindous.

La voiture et des domestiques du commissaire m'attendent à la gare. Nous traversons un mesquin pont flottant tout encombré de chars attelés de bœufs, qui se bousculent entre des garde-fous

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