‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 69 sur 145 · I. En · texte numérisé non relu

I. En

résiste aux conquêtes pacifiques de la civilisation européenne.

Visite chez le maharaja de Bénarès. Isri Pershad Naraïm Sing Bahador ne compte pas parmi les princes feudataires, mais, comme chef de son illustre famille et grand propriétaire foncier, il passe pour le plus gros personnage de ces contrées. Il ajoute à ses nom et titre les lettres G. G. E. I., c'est-à-dire grand compagnon de l'Étoile de l'Inde. C'est un bel homme encore, malgré ses soixante-six ans, et il paraît ce qu'il est, un grand seigneur.

Son palais rempli de domestiques, d'employés, de courtisans, est meublé en style européen. Des gravures et des photographies suspendues aux murs. Au milieu de la salle de réception, un peu obscurcie parce que le prince vient de se faire opérer de la cataracte, une table ronde entourée de fauteuils. Mais, cela se voit bien, on ne s'assoit pas beaucoup sur ces chaises. L'atmosphère qui règne dans cet appartement est bien celle de l'Inde. Au reste pas de cérémonies. Toujours flanqué de mes deux aimables compagnons, M. Lumsden et mon raja, je pénétrai chez le maharaja, qui me fit le meilleur accueil. Le

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lendemain il m'envoya son fils aîné, qui sera son successeur. C'est un joli garçon, auquel son riche et élégant costume de raja sied à merveille. Il m'apporta le portrait de son père et des vues de Bénarès prises par le photographe attaché au service du vieux prince.

Il faut voir les ghats de grand matin, quand les fidèles descendent pour se baigner. Le maharaja a gracieusement mis son embarcation à notre disposition, et, jouissant encore de la fraîcheur de la première heure qui suit le lever du soleil, nous voguons doucement le long de la falaise. L'aspect qu'elle présente est des plus fantastiques. Sauf le palais du prince de Népal, qui est de style chinois-siamois, sauf l'imposante mosquée de l'empereur Aurangzeb, ce persécuteur de la secte brahmanique, le style hindou règne ici en maître absolu. Quoique ces édifices couvrent le haut de la berge, ils ne forment pas une rangée continue de constructions, mais des groupes irréguliers qui, selon les plis du terrain, reculent ou avancent, et, vus d'une barque en mouvement, présentent alternativement leurs façades et leurs flancs. Les ghats, escaliers irréguliers très larges, en partie taillés dans le roc, avec des marches

très hautes, serpentent entre les corps de bâtiments, s'engagent dans les crevasses du rivage, aboutissent enfin au bord du fleuve. A l'heure qu'il est, les ghats et la plage grouillent d'êtres humains : hommes, femmes, enfants. Les baigneurs se plongent dans le Gange. Vêtues de blanc et de rose, le front ceint d'un voile dont les bouts flottent dans l'air, des femmes et des jeunes filles au teint basané descendent les gradins pour puiser de l'eau. La provision faite, d'un mouvement gracieux elles posent sur leur tête le vase qui contient le précieux liquide, un vase aux formes classiques, luisant au soleil ; puis, fièrement dressées sur leurs hanches, ces canéphores remontent d'un pas léger les raides escaliers, gagnent les hauteurs, s'effacent comme des ombres dans le clair-obscur des rues.

Cependant les baigneurs se lavent le corps avec leurs mains, plongent plusieurs fois et laissent sécher leurs vêtements au soleil. Aucun d'eux ne s'en dépouille complètement, et tout se passe avec la plus grande décence. Ici toutes les castes se rencontrent. Sortis du fleuve, les hommes des classes élevées s'assoient à des places réservées sous d'immenses parasols qui forment un des nombreux éléments caractéristiques de cette scène si essentiellement hindoue. Sur un des ghats, au bord de l'eau, à côté même

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dos baigneurs, on brûle des cadavres. Nous en avons vu un presque réduit en cendres. Un autre semblait encore intact après que les langes qui lavaient enveloppé étaient déjà devenus la proie des flammes. Des coulies, descendant l'escalier au pas gymnastique, en apportèrent un troisième, enveloppé d'un drap blanc, fortement ficelé et attaché à la bière. La mort et la vie se coudoient et se confondent à ce ghat dit des combustions. De nombreuses plaques de pierre posées le long de l'escalier rappellent les veuves qui, avant l'abolition de cette coutume trop pieuse, ont accompli ici le sati.

M. Lumsden appelle mon attention sur un point noir qui approche. C'est un énorme vautour posé sur un corps flottant. D'autres oiseaux de son espèce lui disputent sa proie. Mais il les chasse avec ses ailes, donne plusieurs coups de bec au cadavre, renverse sa tête en arrière et a évidemment grand'peine à engloutir les gros morceaux. C'est avec méthode qu'il dévore les restes enflés du pauvre Hindou. Ce groupe hideux passe tout près de notre bateau.

Mais le soleil commence à se faire sentir. Les baigneurs sont rentrés chez eux, les canéphores ont disparu, les bûchers se sont éteints, le silence et la solitude régnent sur les ghats.

bu 21 au 28 mars.

Les chemins de fer. — De Calcutta à Darjeeling. — Sikkiui. — Népal. — Boutan. — Physionomie de Darjeeling. — Excursion à Ranjit-bazar. — Gsoma de Kôros.

De Bênares a Calcutta. — Dans l'Inde britannique, les chemins de fer et les wagons laissent peu à désirer. Ce serait la perfection si l'on pouvait remplacer par des Européens le personnel, composé en grande partie d'eurasiens. Je ne veux pas dire de mal de ces métis ; au contraire, je reconnais leur mérite. Mais on m'assure qu'abandonnés à eux seuls ils perdent facilement la tête. Tout va à merveille aussi longtemps qu'il n'y a pas d'accident. Mais le moin-^ dre obstacle peut entraîner des conséquences graves. En Voici un exemple. A peine parti de la gare de Bénarès dans la direction de Calcutta, on s'arrêta brusquement entre deux stations. Le train qui nous devançait avait chaviré.

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