‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 89 sur 145 · LE CANNIBALISME · texte numérisé non relu

LE CANNIBALISME

sionnaire se rendait 'avec ses élèves, des indigènes, à bord d'un bâtiment de guerre. Pendant le court trajet, les enfants aperçoivent un gros poisson qui en avale un autre plus petit. Et l'un des élèves de dire : « Si les poissons mangent des poissons, et les insectes des insectes, pourquoi serait-il défendu à l'homme de manger son semblable? »

On sait combien, par suite du manque de cartes et d'éclairage, la navigation est périlleuse dans cette partie du Pacifique, toute sillonnée de récifs et de bancs de corail. De là les nombreux naufrages, les privations, les misères, les scènes terribles dont les récits atroces nous affligent de temps à autre. Les circonstances où les survivants ont sauvé leur vie en dévorant la chair de leurs compagnons d'infortune se reproduisent plus souvent qu'on ne pense1. Plus d'un, parmi les écumeurs de mer qui flânent sur la plage ou remplissent les guinguettes et tripots de Suva, d<^ Levuka, d'Apia, atâtédecette nourriture. Et l'on m'assure que ces hommes éprouvent de temps à autre, quelques-uns périodiquement, un vif désir de revenir à la charge. Si l'homme, m'a dit

1. Tout le monde connaît les horreurs de l'expédition polaire du capitaine Greely et du voyage de la Mignonnette. Les deux faits appartiennent à la présente année.

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quelqu'un, est l'animal le plus parfait de la création, sa chair doit être la plus savoureuse.

Cet après-midi , en nous rendant à terre , nous entendîmes un bruit singulier tout près de notre embarcation. C'était un requin long d'environ six pieds, qui s'était lancé en l'air verticalement. De la pointe de sa queue à la surface de l'eau il y avait une distance égale à sa longueur. Un petit poisson, l'ennemi intime du requin, se détachait de ses flancs. C'est évidemment pour s'en défaire que le squale, dans un accès de rage, a accompli ce saut extraordinaire. Mon capitaine, qui depuis son enfance navigue sur toutes les mers du globe, n'a jamais rien vu de semblable. « Gardons-nous, dis-je, d'en souffler mot à nos amis d'Europe. Ils diraient : A beau mentir qui vient de loin. »

M. Thurston est venu déjeuner à bord. Dans sa sphère c'est un homme hors ligne. Il connaît la Polynésie comme personne. Cela s'explique, il y passe sa vie. Mais, par la lecture, il connaît et juge l'Europe comme s'il ne l'avait jamais

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