Aujourd'hui gouverneur de Geylan
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grave ses verdicts sur l'airain et sur le marbré. Le problème à résoudre était, je le répète,
unique dans son genre. Il s'agissait de diriger dans une certaine mesure, de protéger contre les indigènes et contre eux-mêmes les membres européens de la colonie naissante, composée, alors encore, des éléments qu'on sait; et, de l'autre coté, de sauvegarder les intérêts des aborigènes, de mettre fin aux actes de violence commis par des blancs, et aussi aux guerres perpétuelles entre tribus sauvages, à peine arrachées à la barbarie ; car, n'en déplaise à leurs amis enthousiastes, des anthropophages de la veille, sinon du jour, sont des barbares. La paix établie, il fallait la consolider. Il fallait dompter la bête fauve, et, comme les moyens mis à la disposition du gouverneur par la métropole, qui n'est plus une bonne mère nourricière, mais la gardienne jalouse des deniers publics, — comme ces moyens étaient fort limités, il fallut se décharger sur ces catéchumènes de la civilisation d'une partie de l'administration; et l'on ne pouvait y parvenir qu'en conservant autant que possible, au lieu de faire table rase, l'ancienne* constitution, c'est-à-dire les us et coutumes, les notions et les traditions indigènes. Sir Arthur n'avait sous la main ni bureaucratie anglaise, ni gros bataillons, ni grosses pièces. Il fallait gou-
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verner avec des éléments indigènes, auxquels furent adjoints quelques magistrats anglais. Ces éléments indigènes ne pouvaient être que les chefs, dont chacun était le maître dans sa tribu. Il fallait gagner les chefs, et le moyen de les gagner c'était non pas de réduire, comme le demandait l'opinion publique de la nouvelle colonie, mais de consolider leur autorité. Et, en gagnant les chefs, on gagnait le peuple au nouvel ordre de choses, puisque précisément les chefs disposaient des tribus. Dans cette voie, qu'il avait découverte à lui tout seul, Sir Arthur Gordon entra hardiment, résolument, énergiquement. Sir William des Voeux, le gouverneur actuel, suit les mêmes errements. Si les résultats du système imaginé, inauguré, mis en pratique par le premier gouverneur, répondent à son attente ; si, par les moyens qu'il a employés, on parvient à recueillir ces insulaires, sans les faire disparaître chemin faisant, dans le sein de la civilisation chrétienne, alors, certes,* Sir Arthur Gordon marquera dans l'histoire de l'Océanie comme le bienfaiteur des Fijiens.
Je me résume.
Après de longues hésitations et une série de transactions, le gouvernement anglais se décida à accepter des mains du roi Takumbau les deux cents îles (dont cent habitées) qui constituaient
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nominalement son royaume. Les deux parties contractantes agissaient sous l'empire d'une nécessité impérieuse. Takumbau , d'ailleurs criblé de dettes contractées aux États-Unis, avait à choisir entre l'abdication et la ruine complète, peut-être la mort pour lui et l'extermination de sa famille et de sa tribu. De son côté, le gouvernement anglais pouvait-il demeurer plus longtemps témoin passif des crimes que commettaient dans ces parages, le plus souvent avec impunité, des sujets britanniques, sous les yeux de ses agents, de ses consuls, des commandants de ses croisières? Pouvait-il laisser rétablir dans le Pacifique la traite qu'il avait si longuement, si énergiquement et, à la fin, victorieusement combattue dans les eaux de l'Afrique et du Brésil? Pouvait-il, dans ces circonstances, résister plus longtemps à la pression de l'opinion surexcitée de l'Australie, à la pression non moins passionnée des philanthropes de l'Angleterre? A ces motifs humanitaires venaient se joindre des considérations d'un ordre purement temporel. On représentait les Fiji comme un paradis terrestre destiné à fournir aux fabriques de Manchester d'innombrables balles de coton; c'étaient, de plus, plusieurs il es de Malte, qui, en temps de guerre, assureraient à l'Angleterre la domination du Pacifique occidental; c'était
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un centre maritime inexpugnable pour ses forces navales et pour sa marine commerçante. Certes ces espérances ne se sont pas réalisées et ne se réaliseront jamais. Tout cet archipel, fût-il couvert exclusivement de plantations de coton, n'en produirait jamais assez pour émanciper l'industrie cotonnière anglaise des producteurs de l'Amérique, et la configuration des îles, toutes d'un accès difficile, rendra toujours la navigation extrêmement dangereuse pour des bâtiments de haut bord. Mais, dans des proportions plus modestes, la possession de ces îles offre indirectement des avantages réels et considérables, ne fût-ce que parce que les marchés de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande lui sont assurés. Ces colonies, jusqu'à présent obligées d'envoyer chercher à Java et à l'île Maurice le thé, le café, le sucre, enfin tous les produits coloniaux dont elles ont besoin, s'habitueront à s'en pourvoir ici à mesure que, la culture s'étendant, les îles Fiji, bien plus rapprochées que l'Inde hollandaise et Maurice, seront à même de répondre à leurs demandes.
Les Fiji offrent en ce moment un spectacle curieux, et, ce semble, satisfaisant. Dans le inonde indigène, la paix partout. Les chefs des grandes tribus, transformés en pairs et en préfets, vaquant à leurs affaires administratives et par-
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lementaires, ne s'aimant pas plus que par le passé, mais ne troublant en aucune façon l'ordre public. En général , pas ou peu d'actes de violence. Le peuple, gai, inoffensif, peu industrieux, mais content de son sort. Jusqu'à présent l'autonomie octroyée aux indigènes, dans certaines limites, n'a produit que de bons résultats.
Dans la population européenne, qui s'accroît rapidement, une transformation presque complète s'est opérée au cours des dix dernières années. Le spadassin légendaire d'autrefois a cédé le terrain à des gens honnêtes et laborieux, dont le travail est fécondé par des capitaux provenant principalement de Sydney. Sous plus d'un rapport, la jeune colonie s'assimile de plus en plus à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande. La culture du sol fait des progrès sinon rapides, du moins continus, et le commerce a pris dans ces dernières années un élan inattendu. En 1883 on a constaté dans les caisses de l'État un excédent de revenu comparativement considérable4.
J'ai reproduit dans ces notes, consciencieusement et fidèlement, les informations que j'ai puisées aux sources les plus diverses et les plus autorisées. J'ai aussi placé côte à côte les jugements si contraires que j'ai entendu .énoncer