‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 97 · LE PRINCE IMPÉRIAL CHEZ SIR H. BULWER · texte numérisé non relu

LE PRINCE IMPÉRIAL CHEZ SIR H. BULWER

inquiet, désireux de se distinguer et persuadé que les faits d'armes qu'il espérait accomplir dans cette campagne détermineraient son avènement au trône impérial. Chose étrange, tous les jeunes officiers anglais qui l’accompagnaient dans ses excursions aux environs de Maritzburg avaient comme un pressentiment qu'il lui arriverait malheur. Excellent cavalier, il attendait toujours que tous ses compagnons fussent en selle avant de se lancer sur son cheval, ce qu'il faisait avec une grâce toute particulière et avec la légèreté d'une plume. On pense que cette habitude lui a probablement coûté la vie. Lorsque, dans le bush où il fut tué, le signal de monter eut été donné, ou plutôt lorsque chacun se précipita sur son cheval, le jeune prince, selon sa coutume, peut-être aussi pour faire preuve de sang-froid, tarda à se mettre en selle. Ce fut à ce moment que deux coups de feu partirent des broussailles. Le cheval du prince s’effraya, se cabra, l'empècha de monter. Il se mit alors à courir dans la direction des cavaliers, dirigés par un triste officier, fut abattu par deux flèches et achevé avec une petite zagaie.

J'ai demeuré au Government-house dans l’appartement occupé par le prince lorsqu'il se rendit sur le théâtre de la guerre, et l’année suivante par l'impératrice Eugénie, lors de son

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pieux pèlerinage. Couché dans le lit sur lequel avaient reposé ces illustres personnages, l’un avant d'aller au-devant d'une mort prématurée et tragique, l’autre en se rendant sur les lieux de la catastrophe, des souvenirs à demi effacés, transformés soudainement en visions lumineuses, vinrent troubler mon sommeil, hanter mes rèves : la naissance d'un héritier; quinze jours après, la paix; les plénipotentiaires qui l'ont signée descendant les degrés de l'hôtel du ministère, aux acclamations de la foule qui encombre les quais; le canon des Invalides annonÇant à la ville de Paris l'événement si ardemment désiré. Partout dans les rues des gens, hommes et femmes, qui pleurent de joie. Il n’y a plus lieu de trembler pour les époux, les fils, les frères en Crimée! Puis le Ze Deum et les cloches de Notre-Dame, et les cérémonies du baptême, le banquet offert à l’empereur à l'Hôtel de ville, et toutes sortes de réjouissances publiques, cette fois-ci le témoignage d’une allégresse sincère sinon générale. Le second Empire porté à l’apogée de sa puissance, Dans le pays, un retour de confiance dans la stabilité du nouvel ordre de choses. En Europe, l'espérance renaissante d’un avenir de paix. Et après? — Ce que nous avons vu. — Et à la fin? — Au fond de l'Afrique, une embuscade de sauvages ; un jeune

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homme étendu mort sur la fougère; une mère découronnée arrosant de ses larmes le sol qui a bu le sang de son enfant. L'histoire de l’antiquité, si riche en péripéties surprenantes qui nous semblaient fabuleuses, offre peu d’analogies, Quelle matière à méditation sur le néant des grandeurs humaines".

À bord du John Elder, 16 septembre. — Me voilà en route pour l'Australie. Aux labeurs du voyage sur le continent africain, aux agitations de la vie mondaine que j'ai menée au Cap succède le calme, le recueillement, la douce monotonie d’une longue traversée. C'est le moment de jeter un regard en arrière, de résumer les impressions de mes deux mois d'Afrique australe.

A première vue, la chose publique est une énigme, un chaos complexe, obscur, mystérieux, un livre écrit avec des caractères indéchiffrables. Mais en y regardant de près, avec un peu de patience et de persévérance, on parvient à débrouiller Îes fils.

Nous nous trouvons en présence de trois élé-

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