‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · ET EE — ’ EE EE · texte numérisé non relu

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ments. Ce sont les Noirs, les Hollandais, les Anglais, et encore et par-dessus tout les Noirs. Oui, c'est le sombre continent. Numériquement, les hommes de couleur dépassent les blancs dans d'énormes proportions. Et, notons-le bien, leur nombre s'accroît, tandis que celui des blancs reste stationnaire : ce qui veut dire que, relativement, ils décroissent. Dans l'Amérique du Nord et dans toutes les autres colonies anglaises, l’homme de couleur, par le contact du blanc, s'efface et disparaît : ici c’est le contraire qui a lieu.

Voilà donc un des éléments de la question.

Ajoutons que les familles anglaises comptent de cinq à six enfants, les familles hollandaises de dix à douze. Les Anglais partent après un certain temps. Les Hollandais restent. L'immigration des uns et des autres, comparée à l'immigration vers l’Amérique, est minime, et elle reste bien au-dessous de celle qui prend le chemin de l’Australie. Il y a donc dans l'Afrique du Sud l’élément noir qui augmente, l'élément hollandais qui reste, l'élément anglais qui passe.

Au point de vue exclusif des nombres, on trouve que l'avenir appartient aux noirs et, en ce qui concerne les deux races blanches, que les

chances des Hollandais sont plus favorables que

celles des Anglais. Mais l’infériorité du nombre

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des blancs, Anglais et Hollandais, est compensée jusqu’à une certaine limite, que personne il est vrai ne saurait encore définir, par la supériorité que donne la civilisation et, ce qui à mes yeux est incontestable, aussi par la supériorité de la race.

Je n’essayerai pas, ce serait inutile, de donner iei une description des différentes peuplades noires de cette partie du continent africain. Jusqu’à présent les indigènes ne comptent que comme force brute. Mais, convenons-en, cette force est formidable.

Examinons plutôt les deux races blanches ; d'abord, dans l’ordre historique, les premiers venus, les Hollandais. J’inscrirai dans ces feuilles ce que j'ai pu puiser aux sources les plus variées et les plus autorisées. Sur cette matière pas une pensée, pas une déduction, pas une supposition

de ce qu’on va lire ne m'appartient. Je me borne

à relater, je fais comme le juge d'instruction qui résume les dépositions des témoins, et je risquerai seulement quelques observations à la fin de cet exposé.

Les Bocrs. — C'est le synonyme, pas grams maticalement, mais selon un usage généralement adopté, de descendants des anciens colons vents de Hollande depuis 1652. Au Cap, dans le monde

anglais, oh ne prononce pas le mot de Boer sans 1—9

faire vibrer une corde pénible. C’est qu’on touche à la question délicate : Quelles sont les dispositions actuelles des anciens maîtres à l'égard des nouveaux ? Le médecin qui sonde une plaie est mal reçu du malade; je n'ai pas la prétention de guérir la plaie, j’agis en simple curieux, mais en curieux bienveillant.

Le trait de caractère le plus en évidence du Boer est la soif de l'indépendance. Il y sacrifie tout, excepté sa religion, sa famille, ses bœufs et ses wagons. Il a cultivé un terrain. Il est dans un état assez prospère, heureux et gai à sa manière. On a fait au Cap des lois qui le gènent; dans son voisinage se sont établis d’autres cultivateurs'qui le gènent aussi. Il devient sombre, inquiet, malheureux. Il quitte ses jardins, ses potagers, ses champs, ses orangers, ses autruches. Il part, il éreft, il va chercher l'inconnu où il espère retrouver l'indépendance et la solitude. Ce serait une grande erreur de penser que c'est seulement sous le régime anglais qu'il a pris ces goûts et ces habitudes. Il a été le même sous le gouvernement hollandais, du temps de la Chambre des Dix-Sept à Amsterdam et des commandants du Cap envoyés par les États Géné-

.raux. Mais ces froissements ont pris de plus

grandes proportions et ont entraîné des conséquentes bien autrement graves depuis que lu

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colonie du Cap a passé à la couronne d’Angleterre, c’est-à-dire depuis le commencement de ce siècle. Quelles sont les relations entre Anglais et Hollandais? Laissons parler un des hommes qui connaissent le mieux ce pays et dont j'admire la parfaite liberté d'esprit ; jy joindrai les affirmations de quelques autres personnes également dignes de foi.

« Les Hollandais, m'’a-t-il dit, ne nous aiment pas, mais c'est par manque de sympathie plutôt que par hostilité. Ils ont trop de bon sens pour ne pas comprendre que ce serait folie de songer seulement à reprendre par la force possession de ce pays. Ils ne font done, je parle ici de la population de Cape-Town et des autres villes, qu'une opposition légale. Ils ne boudent pas, ils ne frondent pas; mais ils s'amusent, au Parlement et partout où ils peuvent, à se rendre désagréables.

« Ce sont des gens à part, ces vieux Hollandais. La colonie ne fait pas de progrès. Nous sommes matériellement les maîtres du Cap, mais les Hollandais le possèdent moralement. Or les Hollandais sont des gens contents (?). Ils ne demandent qu'à rester ce qu'ils sont. Comme blancs, ils se savent les égaux de tout le monde ; comme descendants des anciens colons, en vrais aristocrates qu'ils sont, ils se croient un peu supé-

rieurs à tout le monde. Ils se contentent donc d'être ce qu'ils sont. Ils sont également contents de ce qu'ils possèdent, car ils possèdent le nécessaire, et ils dédaignent le superflu. Ce sont des satisfaits, c'est-à-dire des gens qui ont horreur de tout ce qui est nouveau, et par conséquent du progrès.

« Paarl et Stollenbosh sont, après Cape-Town, les plus anciens centres hollandais et les plus considérables. Tout le monde y est parent de tout le monde, et l’on a des frères, des cousins, des neveux à Natal, à Orange Free State, au Transvaal, dans les veldts et au bush, partout où une vingtaine de bœufs traînent un wagon habité par une famille hollandaise.

« En examinant les Boers dans les différentes parties du continent, on les trouve partout les mêmes : indifférents à l’endroit des Anglais, se souciant fort peu de politique, rarement hostiles de fait, mais supportant avec une obéissance passive le gouvernement impérial, c’est-à-dire la souveraineté britannique ; ils ne forment aucun projet de rébellion, mais ils examinent avec complaisance les éventualités qui pourraient mettre un terme à la domination anglaise, Prin- . cipalement à cause de leurs relations de famille, ils se considèrent comme solidaires les unis des autres, De là la nécessité pour les autorités de la

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. Reine de mettre souvent des gants de velours. C'a été la cause de la grande popularité de Sir George Grey parmi eux. Il avait la main délicate. Les Boers ne sont certainement pas nos ennemis par principe. Il y a toujours eu des hauts et des bas dans nos relations. Le refroidissement très caractérisé d'aujourd'hui a pour cause l'annexion, pas complètement légale, des champs de diamants à la colonie du Cap, au détriment de l'Orange Free State, et la dernière guerre avec le Transvaal. Les Boers, il est vrai, ont attaqué et vaincu les troupes anglaises, Mais, en nous mettant à leur point de vue, nous devons avouer que c’est nous qui les avons contraints à prendre les armes. La mort de chacun des hommes tués par des balles anglaises dans les trois actions de Lange-Neck, d’'Ingogo et de Majuba-Hill a jeté le deuil dans un grand nombre de familles disséminées sur toute la surface de l'Afrique australe. »

Cette guerre avec le Transvaal et la manière dont elle s’est terminée constituent, sans doute, l'événement le plus important depuis que l’Angleterre a pris pied dans cette partie du monde. Je me permets de résumer ici le récit que m'en a fait un homme qui a le droit de dire : Quorum pars fui.

« L'acte d’annexion (du Transvaal) accompli

de sa propre autorité par Sir Theophilus Shepstone n'était pas strictement légal, mais il a été légalisé, après coup par l'adhésion de la majorité des populations. Ceux des Boers qui y avaient fait opposition finirent par la subir en silence. Le fonctionnaire envoyé au Transvaal en qualité de commissaire déplut dès son début. Il avait amené des officiers et des employés anglais, 'eton le soupçonna, probablement à tort, de vouloir introduire la langue anglaise dans les transactions nfficielles et dans les écoles. Une députation de Boers. «'argée de faire connaître les doléances de la nouvelle province, fut envoyée à Londres. Elle so!l'citait le maintien des us, coutumes et lois du pays et du 0!andais comme langue officielle, ou bien l’annulation de l'acte d’annexion. La demande du respect des coutumes du pays impliquait tacitement l'esclavage domestique et les corvées. On conçoit que le cabinet anglais ait décliné l'acceptation pure et simple de ces propositions. Mais on aurait peut-être pu en arriver à une entente: Le gouvernement de la Reine répondit par un refus net. Lorsqu'on eut connaissance de ce fait au Transvaal, une réaction subite eut lieu. Les hommes du parti extrême, contenus jusque-là par les modérés, l'emportèrent. Les Boers s’armèrent et prirent une attitude menaçante. Le commissaire demanda du secours

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au Cap. Quelques troupes, envoyées à la hâte, furent, durant la marche, entourées par des Boers et sommées de se rendre. Sur ‘un refus, les Boers firent feu et en tuèrent la plus grande partie. C'est la première rencontre, dite de Lange- Neck.

« À cette nouvelle, le général Colley, commandant militaire au Natal, accourt avec cinq cents hommes, attaque plusieurs milliers de Boers retranchés dans une position très forte, et est repoussé avec de grandes pertes. C’est la seconde affaire, celle d’Ingogo.

« Cependant des renforts considérables, envoyés d'Angleterre sous le commandement du général Wood, débarquent à Durban (Natal), et le général Colley, impatient de rétablir sa réputation compromise, contrairement à l’ordre de son nouveau chef, qui lui enjoignait d’attendre l'arrivée de nouvelles troupes, occupe sur une hauteur une position jugée imprenable. Les Boers attaquent et, malgré une défense héroïque, détruisent sa faible troupe. Lui-mème est tué. C'est la troisième affaire, dite de Majuba-Hill.

« M: Gladstone, informé de ces désastres, télégraphia au gouverneur du Cap : Fe have wronged the Boers, make peace. « Nous avons fait tort aux Boers, faites la paix. » On comprend le désespoir du général, qui se trouvait à

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quelques marches du théâtre de la guerre et se sentait parfaitement en mesure de châtier les rebelles. On conçoit aussi la consternation et la colère des troupes et des résidents anglais, et l’on comprend l’affaiblissement du prestige britannique, suite naturelle d’une paix conclue après trois défaites. Cependant les ordres étaient péremptoires, et l’on signa une convention qui rétablissait la « république africaine » du Transvaal, sous certaines restrictions, qui seront d’ailleurs, à la suite d’une démarche du président, en cours d'exécution, probablement résiliées”.

« Ces événements, à notre point de vue (le point de vue anglo-africain), sont déplorables. Les Boers du Transvaal, du moins l’immense majorité, sont parfaitement indifférents au sujet de la constitution ou du pouvoir qui les régit. Ils n'avaient aucune aversion contre les Anglais. Ils voulaient et ils veulent seulement vivre à leur manière, et se servir de leur langue dans toutes les transactions de la vie. Enfin, ils veulent qu'on les laisse tranquilles. Sinon, ils se battent ou ils trek. Or, à la suite de cette triste campagne, sur toute l'étendue du territoire immense où l’on rencontre des Hollandais, un re-

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