‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 97 · Elles l’ont été en effet · texte numérisé non relu

Elles l’ont été en effet

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« Lord Carnarvon, au moment de son passage au ministère des colonies, favorisait la réalisation d’un projet caressé en Angleterre par un grand nombre d'hommes politiques : c'était la formation d'une confédération sud-africaine.

C'est une conception saine et qui a de l'avenir. Seulement la confédération ne pourra s’organiser que lentement, c’est-à-dire après que nos populations blanches en auront compris l’utilité. Ce jour-là elle se trouvera être une nécessité et se fera d'elle-même. Impatient d'accomplir cette œuvre, le ministre nous envoya l'historien

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Froude. Ce célèbre homme de science, qui d’ailleurs n'était revêtu d’aucun caractère officiel, parcourut toutes les provinces et États de l’Afrique du Sud, organisa partout des réunions, exposa dans de longues harangues les avantages que trouverait dans la confédération l'élément hollandais, « le plus nombreux, le plus fort, le mieux ancré dans le pays ». Avec la convention de Majuba-Hill, cette mission a été pour beaucoup dans le réveil si incommode, pour ne pas dire si dangereux, de l'esprit hollandais. Mais en somme M. Froude échoua. Lord Carnarvon nomma ensuite Sir Bartle Frere gouverneur de la colonie du Cap et haut commissaire dans l'Afrique australe. Cet homme supérieur, charmant, généralement respecté et aimé dans le pays comme pas un de ses prédécesseurs, apporta dans l’accomplissement de sa mission l’ardeur de ses convictions, l'élévation d'une àme fortement trempée, une rare expérience des affaires, acquise aux Indes et dans l'Afrique orientale. Le désastre d’Isandula prépara l’avènement du ministère Gladstone, qui détermina sa retraite. Mais quand même ces deux événements n'auraient pas eu lieu, la confédération ne se serait pas faite, par la raison que l’état

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opposent encore des obstacles insurmontables. »

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Après les personnages anglais, écoutons les

confidences d'un vieux Boer qui, en présence d’un

étranger non britannique, a bien voulu sortir de la réserve habituelle de sa race.

« Je suis loyal. Mon père l'a été. Il nous disait : « Mes enfants, Dieu commande qu'on res- « pecte l'autorité. Donc, respectons le gouver- « nement anglais. » C'est ce que je fais. Mais les Anglais nous ont ruinés (en supprimant le travail forcé des noirs). Sous l’ancien régime nous étions heureux. Les noirs avaient le sentiment de leur infériorité. Il n’est pas vrai que les Dutch les aient maltraités. C'est le contraire qui est la vérité. Les Anglais ont promulgué la fausse et dangereuse théorie de l'égalité des races. Les noirs ne travaillent plus, ou ils travaillent fort peu. Ils ne sont pas plus heureux pour cela. Mais les Boers ont perdu les moyens de cultiver leurs terres. Ils commencent à s’appauvrir. Ils étaient riches à leur manière. On est riche quand on a ce qu'il faut pour vivre dans l’abondance. Leurs besoins étaient limités, et ils avaient largement de quoi les satisfaire. Aujourd'hui ils sont tous plus ou moins endettés. Les revenus de l’État (de la colonie) augmentent, grâce aux impôts qui augmentent aussi, mais la population hollandaise est en décadence. Avec cela, les finances de la colonie sont obérées.

Mais les Anglais ont fait plus que cela : ils ont armé les noirs. Sous le régime hollandais, il était sévèrement interdit aux gens de couleur de posséder des armes. Nos magistrats exerçaient à ce sujet la plus stricte surveillance. Mais qu'ont fait les Anglais? Lorsqu'on entreprit dans le port de Cape-Town la construction de la digue, en vue d'attirer les travailleurs on offrit aux noirs des gages très élevés, en leur disant qu'ils pourraient avec leurs économies acheter des fusils. Je vois encore d'ici mon père disant : « Mes « enfants, vous voyez mes cheveux blancs. Je « ne serai pas témoin de ce que les Anglais nous «préparent, mais vous le verrez. C’est le com- « mencement de la fin. Quand les noirs seront « armés, ils tueront les blancs. » Aujourd'hui, un très grand nombre d’indigènes possèdent des fusils, car ils sont libres d’en acheter, et les fabriques anglaises ont soin de leur en fournir. »

On voit l’abime qui sépare les appréciations de ces deux races blanches, du Boer du dix-septième siècle, et de l'Anglais des temps où nous vivons.

En résumé, les Boers se mettent en possession des choses animées et inanimées. Ils occupent et cultivent le sol, ils chassent ou apprivoisent les bètes féroces, ils soumettent les indigènes et en fort leurs esclaves, en ce sens qu'ils les

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obligent à travailler pour eux, mais en les traitant comme membres de la famille. Ils sont venus en Afrique en 1652, avec l'intention d'y rester, et ils y restent. L'avenir et l'Afrique leur appartiennent, à moins qu'ils ne soient expulsés par de plus forts qu'eux : les noirs ou les Anglais. Ils acceptent la lutte avec les noirs et ils fuient le contact des Anglais. Ils trek. Ils n'ont conservé aucun lien, ni moral ni politique, avec la mère patrie, la Hollande, qu’ils ont presque oubliée. Les Æollanders, les immigrants actuels de Hollande, qui se font négociants, politiciens, mais rarement cultivateurs, leur inspirent peu de sympathie. Les idées modernes : constitution parlementaire, égalité, démocratie, socialisme, n'existent pas pour eux. Ils ne connaissent que la famille, ne se réunissent que pour sauvegarder des intérêts communs, ou pour se préserver de dangers communs. Ils sont républicains, mais républicains à la façon des patriarches des pâturages bibliques. Ils continuent à trek, à fuir devant l’homme moderne, l’Anglais et l'Allemand. Dans ces pérégrinations, aueun péril ne les effraye, aucun obstacle ne les arrête. Îls sèment de leurs cadavres et des carcasses de leurs bœufs tués par la tsetsé les solitudes dé Namaqualand, de Damara, des contrées encoré mystérieuses du nord et de l’ouest de

l'Afrique australe. On vante la pureté de leurs mœurs. Religieusement ils ont gardé la foi, les préjugés, les aversions de leurs ancêtres. A tous les points de vue ils en sont encore au dix-septième siècle.

On trouve à Cape-Town et aussi dans d’autres villes des Africanders hollandais qui, par la culture de l'esprit et le raffinement des mœurs, seraient dans les hautes sphères de nos capitales d'Europe les égaux de tout le monde. Mais au fond du cœur ils tiennent du Boer. Et comme ils

aiment l'Afrique !

Au physique, les Boers représentent le typedes Teniers, des Breughels, enfin de la vieille Hollande, qui se perpétue sur le continent noir,

comme la France de Louis XIV a survécu aux changements politiques du Canada.

Les Hollandais ont fondé deux États indépendants. L'Orange Free State, habité par des farmers, est le modèle d’une communauté bien ordonnée, tranquille, prospère. Le Transvaal, l’autre république hollandaise, devenue le rendez-vous d’aventuriers blancs et de couleur, et constamment menacée par ses voisins sauvages, offre au contraire le spectacle de troubles et de guerres continuels.

Orange Free State‘ est divisé en fermes (syno-

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