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faire. Sa principale force réside dans le véto qu'il peut opposer à des votes jugés par lui préjudiciables aux intérêts de l'empire. Lui-même est placé sous la direction du ministre des colonies, qui de son côté subit les fluctuations de la politique intérieure de l'Angleterre.
En outre, sauf de rares exceptions, c'est le gouverneur du Cap qui exerce les fonctions importantes de haut commissaire pour les territoires de l’Afrique australe placés, à titres divers, sous l'influence de la couronne d'Angleterre, mais ne faisant pas partie de la colonie du Cap.
Je n'essayerai pas, et il n’entrerait pas dans le cadre de ce journal, de retracer ici l’historique de cette partie du continent africain depuis la conquête du Cap par les Anglais. Je ne compte pas énumérer les annexions, les désannexions,
les réannexions, les guerres périodiques avec
les Cafres, les guerres avec les Zoulous, les guerres avec les Boers du Transvaal, les expéditions militaires en pays indépendants motivées par des nécessités impérieuses, les transactions avec les deux républiques hollandaises, une paix signée après des défaites, le parcellement du Zoulouland suivi de la restauration d’un roi sauvage à peine fait prisonnier à la suite d’une campagne sanglante, les conventions conclues, modifiées, défaites, refaites, selon le besoin du
moment ou selon les vues changeantes des cabinets et des partis qui, en Angleterre, se sont succédé au pouvoir. Tous ces faits se sont accomplis sous nos yeux. Je les dois donc supposer connus du moins de ceux qui s'intéressent aux choses sud-africaines. .
Tout le monde est d'accord sur un point: on convient que la situation de l'Afrique australe est peu satisfaisante. On pourrait lui appliquer un mot célèbre prononcé dans le temps à propos de la Turquie : C'est un homme malade.
Or examinons cette maladie. J’écarte, dès l’abord, toute question personnelle. Il serait présomptueux de la part d’un étranger qui a séjourné si peu dans le pays, de s’ériger en juge des hommes publics qui ont le plus marqué dans le maniement des affaires de cette partie du monde. De plus, ce serait inutile. Le mal, évidemment, ne réside pas dans les hommes, mais dans les choses, c'est-à-dire dans la configuration du pays, dans la différence des races qui composent la population, enfin dans l’organisation du gou-
vernement. La preuve, c'est qu'aucun des gouverneurs qui se sont succédé au Cap, et il y avait parmi eux quelques hommes hors ligne et plu-
sieurs autres d’une grande valeur, n’a complètement réussi, ou n'a réussi que fort temporairement à maintenir l’ordre matériel, et encore
moins à fonder un état de choses stable et réellement satisfaisant. Le mal est donc, je le répète, dans les choses et non dans les hommes.
J'ai déjà parlé de la situation géographique des deux colonies, de leurs frontières ouvertes du côté de régions immenses, presque inconnues, habitées par des hordes sauvages qui, par suite de révolutions ou de guerres intestines, ou, comme cela est arrivé au Natal, pour fuir les cruautés d’un roi tyrannique, peuvent à chaque instant inonder le territoire colonial. J'ai aussi exposé les traits caractéristiques des populations. Reste à examiner la constitution.
La constitution de la colonie du Cap est fondée sur les deux principes de l’autonomie absolue en matières d’affaires coloniales et de l'égalité politique des races.
L'Anglo-Saxon est né autonome. Quiconque l’a vu à l’œuvre sur les divers points du globe comprendra que l'autonomie doit former le fondement de la constitution d’une colonie habitée, exclusivement ou en grande majorité, par des Anglo-Saxons. A leur manière les Boers hollandais abhorrent autant et plus que les Anglais l'intervention d'un pouvoir quelconque dans leurs affaires. À ce point de vue, ici comme dans Îles colonies australiennes, la tâche du gouverneur
se réduit à empêcher des empiétements sur le
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terrain des intérêts impériaux. Sous ce rapport, faisant ici abstraction des populations de couleur, il y a entre le Cap et l’Australasie égalité parfaite, avec cette nuance, fort importante cependant, que, dans les colonies australiennes, les Anglais et leurs descendants forment l'immense majorité, tandis qu'au Cap deux tiers de la population blanche sont des Hollandais, et que, Si le réveil récent de l'esprit national de ces derniers détermine une plus grande participation des Boers à la vie politique et parlementaire, le pouvoir passera à des majorités hollandaises. Cette éventualité préoccupe à un haut degré les résidents anglais en Afrique.
Le second principe est celui de l'égalité politique entre blancs et noirs.
Certes, au point de vue du chrétien qui dit:
Notre Sauveur a versé son sang pour tous ; au sens du philosophe qui soutient que chacun est appelé à avoir sa part égale aux jouissances de ce monde, blancs et noirs, nous sommes tous égaux. Mais personne, excepté les idéologues, dont, hélas! l'influence est considérable et dont le nombre s'appelle légion, n'affirmera sérieusement que les Cafres, les Namaqua, les races abâtardies du sang hottentot soient, comme nous, capables de voter, d'être élus, de siéger dans les chambres et dans les comités, enfin de
sauvegarder leurs intérêts en suivant les voies parlementaires des sociétés civilisées. C'est cependant ce que veut la loi. Seulement, grâce à la force des choses, plus puissante que les utopies des hommes, elle reste — encore — à l’état de lettre morte, ce qui est fort heureux, car, le jour où la constitution deviendrait une vérité, la majorité noire débuterait probablement par voter l'expulsion des blancs. On demandera: Si les noirs sont nos égaux, ainsi que le prouve la loi fondamentale, comment se fait-il qu'eux qui, dans la colonie, forment le quadruple de la population blanche, ne se trouvent pas en possession de la majorité? — Par la raison fort simple qu'ils ne songent pas à se prévaloir de leurs droits constitutionnels. Il n’y a donc pas de danger pour le quart d'heure. Les noirs ne votent pas. Mais ils sont gouvernés par une majorité parlementaire blanche, composée en grande partie d'hommes qui ont besoin de bras noirs et qui par conséquent ne sont pas des législateurs et des maitres désintéressés. Cette loi, on le voit, inspirée par un sentiment philanthropique, aboutit à des effets contraires aux intentions du législateur. On a voulu faire du noir l’égal du blane ; or il ne l’est pas encore et ne le sera probablement jamais. Mais en lui accordant des droits pol tiques dont il ne sait faire aucun usage, on l'a
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privé de la protection exceptionnelle, paternelle et efficace que, dans les colonies de la couronne, l'indigène trouve près du représentant de la Reine.
L'expérience a démontré qu'il est impossible de gouverner à la longue de: colonies de populations mixtes, les noirs formant la grande majorité, sous le régime d’un gouvernement responsable, ou parlementaire. Aussi la Jamaïque, de sa propre initiative, a-t-elle demandé de redevenir colonie de la couronne. Natal, sur les représentations de Sir G. (Lord) Wolseley, en a fait autant. La colonie du Cap, m'ont dit à l'oreille des hommes politiques de Cape-Town, sera tôt ou tard obligée de suivre ces exemples.
L'admission du principe de l'égalité des races dans la constitution de cette colonie est, à mon sens, la première cause du mal que j'essaye d'analyser.
Le gouverneur, comme il a été dit, est ordinairement, par surcroît, haut-commissaire pour l'Afrique australe. En cette double qualité il agit, en partie comme plénipotentiaire du gouvernement impérial, et en partie comme représentant des intérêts de la colonie qui englobe des
rritoires habités presque exclusivement par des sauvages, et son autorité s'étend aussi indirectement, partiellement et à titres divers, aux Cafres, aux Basoutos, aux Bechuanas, au Stel-
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laland, ete. La colonie partage ainsi avec la métropole certains devoirs et certaines charges, el, comme conséquence logique, possède la faculté de discuter et d'arrêter, de concert avec le haut commissaire, la politique à suivre dans les cas donnés.
Voilà donc deux pouvoirs partant de points de vue et embrassant des horizons différents, — et personne ne contestera que celui des hommes d'État qui gouvernent l'empire britannique est le plus étendu des deux; — voilà ces deux pouvoirs appelés à agir de concert dans la poursuite d'intérêts rarement identiques, souvent divers, parfois opposés; et à agir sur un terrain où l'inconnu et l'impromptu jouent le grand rôle. Ajoutons que chacun des deux cherche à se décharger sur l’autre des frais, soit permanents, soit transitoires, des entreprises communes. Il est inutile de déduire les conséquences fâcheuses de ce système. Elles sautent aux yeux, car elles constituent l'histoire de la domination anglaise dans l'Afrique du Sud. Certes, les com-
motions périodiques, nées souvent à l’improviste
au sein des populations noires qui vivent en dehors des confins de la colonie, compromettent
la paix publique de cette dernière, menacent ses
relations commerciales avec l'intérieur du continent, deviennent enfin une cause de dangers
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et de troubles pour son propre territoire. Théoriquement, c'est done à elle, puisqu'elle jouit d'une parfaite autonomie, à pourvoir aux moyens de défense ou de répression. Mais l'expérience prouve qu'à elle seule elle est politiquement, financièrement, militairement incapable de remplir cette tâche; qu'il lui faut le concours de l'empire, et que la coopération de ces deux ppuvoirs mène à des complications inextricables, à des conflits qui paralysent toute action, parfois, dans des moments où il y a péril en la demeure,
Je pense donc que l'annexion à la colonie du Cap de territoires noirs et son intervention dans les affaires des pays sauvages adjacents, e'est-àùdire situés en dehors de ses frontières, constituent une autre cause de la maladie.
Mais l'origine principale de tous les maux il faut la chercher, il me semble, dans le manque de stabilité de la direction suprême des affaires d'Afrique.
Le gouverneur haut-commissaire est nommé pour cinq ans. Il lui en faut un ou deux, plus probablement deux, pour se mettre au courant des hommes et des choses et, ce qui est tout aussi important, pour se faire connaitre de la colonie, Son activité réelle ne commence guère qu'avec sa troisième année, et elle se termine à la fin de la quatrième, la cinquième ressemblant
toujours plus ou moins aux derniers jours d’un mourant occupé à faire son testament tout en sachant bien que ses volontés ne seront pas respectées par son successeur. Car si le successeur est l'héritier de sa place, il ne l’est pas des idées que lui, le fonctionnaire partant a tâché de réaliser pendant son court passage à la colonie. Ces réflexions, qui ne sont pas une critique — il ne m'appartient pas d'en faire — s'appliquent également à l'Inde et à toutes les colonies anglaises. La courte durée des fonctions de chaque gouverneur, motive peut-être sur des considérations étrangères aux intérêts coloniaux, est, certes, une des causes, mais non la principale, du manque de stabilité dans la direction politique des affaires sud-africaines.
D'un autre côté, les gouverneurs, comme les fonctionnaires appartenant au service diplomatique, ne sont pas changés, ce qui me semble fort sage, quand un revirement politique s'est accompli en Angleterre, Ils se trouvent placés
en dehors du jeu des partis. Il n’en est pas
moins vrai que l'autorité et le prestige d'un représentant de la couronne, envoyé par un ministère conservateur, se trouvent singulièrement amoindris dans la colonie même à la suite de l'avènement d'un cabinet libéral et vice versa, Non seulement le gouverneur cesse d’être la
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personne de confiance par excellence du ministre des colonies, mais le plus souvent il se trouve pris dans ce dilemme: Ou il se met en opposition avec le nouveau chef du département, et alors il sera brisé, ou bien il doit, en conformité avec ses nouvelles instructions, probablement
très différentes sinon l'opposé de celles qui
l'ont guidé jusque-là, revenir sur ses pas et défaire ce qu'il à fait, moyen sûr de se déconsidérer aux yeux de la colonie.
Mais, somme toute, les gouverneurs ne sont que des organes suprèmes du gouvernement impérial ; ils doivent se conformer aux ordres du ministre des colonies, La source du mal se trouve done au centre, et c'est là qu'il faudra appliquer le remède, Il s'agit, il me semble, de trouver une pensée dominante et directrice, placée audessus et en dehors des oscillations de la politique intérieure du jour et des idées individuelles des ministres qui se succèdent au pouvoir. Ce sera aux hommes d'État dirigeants à concevoir celle pensée, au parlement à se prononcer, au gouvernement britannique, avec l'aide des gouverneurs et, S'il y a lieu, des gouvernements locaux, à la mettre en pratique et à l'adapter aux exigences des temps et des lieux. Si elle est juste, l'adhésion de l'instinet national ne lui fera pus défaut.
Rien ne m'a frappé comme le découragement que j'ai rencontré dans les deux colonies sudafricaines. Ce qui effraye et paralyse les fonctionnaires, ce ne sont pas les embarras de toute nature, les difficultés, les dangers évidents sinon imminents accumulés sur le sol d'Afrique, ce sont les incertitudes qui planent sur la direction suprème, suite naturelle de l'absence d’une pensée dominante et pour ainsi dire immuable.
Quand je dis immuable, il ne faut pas prendre ce mot trop à la lettre. Rien n'est immuable en matière de politique, excepté les principes, aussi longtemps qu'il est vossible de ne pas s'en écarter, ce que d'ailleurs on ne fait guère impunément. Mais il faut savoir ce qu'on veut, et il faut
.Changer de volonté aussi peu que possible. Si
j'étais Anglais, c'est tout ce que je demanderais à ceux qui président aux destinées du pays. Il faut que tout le monde et que surtout l'Afrique sache que le programme adopté par la nation anglaise est placé autant que possible en dehors des revirements ministériels et des luttes de partis. C’est ce que j'appelle la pensée immuable, On aura à choisir entre trois partis à prendre: Conserver et consolider ce qu'on possède :
Étendre ses possessions à l'infini ou jusqu'à une limite imaginaire ou naturelle, en respectant seulement les colonies des autres nations
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européennes, et en faire une Inde africaine :
Enfin évacuer cette partie du continent, sauf le cap de Bonne-Espérance, ou tel autre point de la côte australe dont on ferait un port de refuge et une station à charbon.
Cette dernière solution répondrait aux vœux d'une petite école de politiciens qui tend à démembrer l'empire britannique, mais qui, autant que j'ai pu m'en convaincre, a, dans les derniers temps, perdu beaucoup de terrain en Angleterre aussi bien que dans les possessions d'outre-mer. Quiconque a visité le Cap et Natal ne conseillera jamais abandon de ces colonies. Les conséquences d'une pareille politique sont faciles à prévoir. Les Hollandais, qui forment la majorité blanche, chercheraient à fonder une troisième république hollandaise. Les résidents anglais s'y opposeraient. Il y aurait conflit. De part et d’aude on serait obligé à chercher des alliances noires, ce qui en bonne logique — les faits, il est vrai, s'émancipent quelquefois des règles de la logique — devrait nécessairement entrainer la ruine des blancs.
Relativement aux deux premières éventualités,
je me permettrai une observation générale.
Les Anglais en Afrique se trouvent dans une situation analogue à celle où se trouvaient leurs
compatriotes dans l'Inde en face des princes in- 1 — 11
dépendants, avant que toutes les parties du grand triangle situé entre la mer, l’Hindou-Kouch et l'Himalaya fussent directement ou indirectement soumises au sceptre de la Reine, et dans la situation où se trouvent encore les Russes dans l'Asie centrale. Vos voisins sont des barbares. Les déprédations, les violations des frontières, les incursions par des hordes ou par des bandes de flibustiers sont à l’ordre du jour. Pour y mettre fin, il faut que vos troupes dépassent les confins et infligent un châtiment aux perturbateurs de la paix. Rien de plus facile. Mais si, le coup frappé, vous retournez sur vos pas, tout sera à recommencer. Vous gardez donc une partie du territoire des voisins : en d’autres termes, vous l’annexez au vôtre, vous avancez vos frontières. Mais là les mêmes faits se reproduisent et entrainent les mêmes conséquences. C'est
l'histoire de l’Asie centrale, de l'Inde, de l’Afri-
que australe.
Il y a des nécessités impérieuses et irrésistibles, des événements placés en dehors de votre influence et de votre contrôle, qui vous obligent à avancer. Aimez-vous à avancer? N'aimez-vous pas à avancer ? Toute la question est là.
C'est sur cette question capitale qu'il me semble nécessaire d’en venir à une résolution ferme et inébranlable.
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Une des plaintes que j'ai entendu énoncer le plus souvent, c'est que lorsque des difficultés naissent sur tel ou tel point de cet immense territoire, on a l'habitude de les aplanir selon les besoins du moment et de la localité, au lieu de se placer au point de vue des intérêts permanents et généraux de la colonie et de l'empire. Mais cela supposerait un système, et c’est précisément ce système qui manque.
En résumé l'Afrique anglaise souffre d'un mal constitutionnel : le fait que sa population se compose de races diverses. Pour en atténuer les effets, on se verra obligé, en ce qui concerne les relations entre Hollandais et Anglais, à chercher un modus vivendi.
La question des travailleurs de couleur au service des Boers sera la plus difficile à résoudre. Quant aux indigènes, tant ceux qui habitent la colonie proprement dite que les populations noires des territoires adjacents, il sera, je suppose, reconnu indispensable de les placer sous le contrôle exclusif et absolu du gouvernement de l'empire.
A ce sujet je citerai le passage suivant d'un document officiel de date récente’, relatif aux