DUNEDIN
veulent bien nous recevoir à la gare et nous installer au Fernhill Club.
18 octobre, Dunedin. — Le grand coche dans lequel le maire nous promène à travers la ville pour nous en montrer les curiosités, a été construit ici et a obtenu le premier prix à l’exposition de Sydney. Dunedin en est fier et avec raison. Cette jeune communauté, à peine née pour ainsi dire, et devenue déjà le centre le plus important du mouvement commercial de l’île du sud, progresse à vue d'œil, se livre à toute sorte d'entreprises etsurmonte toute sorte de difficultés. Ces jeunes communautés sont de petits Hercules qui, au berceau déjà, étouffent des serpents.
La ville se répand sur des collines, descend dans de petites vallées, se perd à la fin dans le feuillage de jardins, de bosquets, d'arbres importés : le chène d'Angleterre, l’eucalyptus d'Australie, les pins de Californie et de l’île de Norfolk. La physionomie des rues, larges, longues, droites, flanquées de maisons en bois couvertes de fer ondulé, rappelle l'Australie et l'Amérique plus que l'Angleterre. Mais les êtres humains que nous y rencontrons sont bien certainement des fils du vieux pays, et si mon impression est juste,
192 L'iiE DU SUD.
l'élément écossais prédomine. On y voit aussi bon nombre d’Allemands. Ceux-ci se louent beaucoup de leurs relations avec les Anglo- Saxons.
* Plusieurs belles églises, une grande cathédrale catholique en construction que l’évèque, MF Moran, veut bien nous montrer, un couvent et une très jolie chapelle des sœurs, l'hôtel de ville, un musée, des écoles et tant d’autres édifices témoignent de la richesse naissante, du crédit et des aspirations hardies de cette jeune ville qui sera peut-être un jour la capitale commerciale de la Nouvelle-Zélande.
Les environs, un mélange de coteaux verdoyants et de falaises, avec de peties baies et avec l'horizon de la mer au fond, forment un cadre charmant.
19-23 octobre, Christchurch. — Départ à huit heures en chemin de fer. Nous passons près du port de Dunedin, port Chalmers: quelques trois-mâts se balancent sur l’eau, de petits vapeurs
sur mer.
La voie côtoie l'Océan, en suivant les sinuosités des falaises le long de précipices qui ont
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une profondeur de cinquante à soixante pieds. Cet endroit mal famé inspire une peur bleue aux Dunédiens. De là le nom de blue skins, peaux bleues, qu’on lui a donné. Les gens prudents se rendent en voiture à une des stations suivantes, où le tracé cesse d’inspirer la terreur. Notre train continue de suivre les bords de la mer, passe pardessus des coteaux, traverse des pàturages verts sillonnés de rubans jaunes (les haies d’ajoncs), met en fuite d'innombrables moutons, dépose et charge aux stations, toujours remplies de monde, quantité de passagers, hommes et femmes, bien nourris, bien propres, bien mis et ayant tous un air prospère et respectable,
Plus loin la ligne traverse, près de son embouchure, la rivière de Waitaki, laquelle sépare l'ancienne province d'Otago de ceiie de Canterbury. Nous nous sommes rapprochés des hautes montagnes de la côte de l'Ouest, entièrement couvertes de neige‘. A huit heures du soir on entre dans la gare de Christchurch, où nous sommes reçus par deux Allemands, l’un maire.
de la ville, l’autre professeur de Haals. Ces messieurs nous introduisent dans le club qui porte le nom de la ville, un des plus renommés de la Nouvelle-Zélande.
1. Mount Cook, la plus haute de la chaîne, s’élève à 12350’ au-dessus de la mer.
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Rien de pratique et de confortable comme les clubs des colonies anglaises. En vous y prenant d'avance vos amis vous inscrivent et arrêtent pour vous une petite chambre à coucher garnie d’un bon lit et de tout ce qui est nécessaire pour la toilette. La cuisine est toujours bonne, sinon exquise ; dans la salle de lecture on trouve, en dehors des feuilles locales peu intéressantes pour un étranger, les journaux les plus considérables de l’Angleterre. Les télégrammes sont affichés au fur et à mesure qu'ils arrivent. La société se compose des notables de la ville et de leurs amis qui habitent la campagne et se trouvent ici de passage‘. On dit moins de bien des hôtels. Je ne puis en juger, car grâce aux clubs et à l’hospitalité dont j'ai joui dans des maisons officielles ou particulières, je ne suis jamais descendu dans une auberge.
Le maire me consacre sa matinée, et nous Visitons la ville. Natif de la Hesse électorale, il est arrivé ici comme garçon boulanger, s'est fait fermier, puis meunier, et jouit maintenant, avec sa famille, du produit de ses labeurs. Malgré son origine étrangère, il a éu l'honneur d'être élu chef d’une municipalité entièrement composée
1. Les prix sont extrêmement modiques : dix ou douze shillings, logement et nourriture;
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d’Anglais. Ce fait me semble significatif au point de vue des relations entre les colons de différentes nationalités.
Situé au milieu d'une grande plaine, séparé au sud-est par des coteaux de son port de mer Littleton, Christchurch, quoique bâti dans le style colonial rectangulaire, a une physionomie décidément anglaise. La cathédrale anglicane, construction gothique inachevée, en occupe le centre. Les maisons sont presque toutes de bois et les parois couvertes à l’intérieur d’une couche de plâtre. On les dit fort agréables à habiter. Peu, seulement, possèdent deux étages supérieurs ; la plupart sont des rez-de-chaussée, entourés, précédés, flanqués d’un petit jardin ou du moins de quelques beaux arbres. L'université est un édifice monumental dont le hall rappelle ceux de Cambridge et d'Oxford. En général, ce sont ces deux sièges de la science qui ont imprimé leur caractère à cette ville dont les habitants sont justement renommés pour le raffinement des mœurs et la culture de l'esprit. Il y a plusieurs églises et écoles et d'autres constructions d'une belle architecture.
Le mouvement se concentre dans les environs de la cathédrale. Mais, à une petite distance, les rues se transforment en longues avenues bordées d'arbres ou de haies vives, Ce luxe de feuillage
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fait un des charmes d’une ville où, il y a trente ans, on ne voyait pas un arbre. Plus on avance, plus les maisons s’enveloppent de végétation. La ville se fait jardin. Encore quelques pas et elle est devenue campagne. Sans les 7% qu'on aperçoit encore çà et là, mais déjà en fort petit nombre, on se dirait en Angleterre. Ici toute animation a cessé. On ne rencontre que des bonnes avec des enfants. Les hommes sont dans leurs magasins ou à leurs écoles, les femmes vaquent aux affaires du ménage. Les enfants seuls jouissent de leur liberté qui semble illimitée. Ils vous regardent d’un air calme, un peu goguenard, un peu précoce. On voit qu'ils ne s'étonnent de rien. C’est un des traits des sociétés démocratiques et coloniales : Vil admirart.
C'est un dimanche. Je trouve la cathédrale catholique remplie de fidèles, presque tous Irlandais. Après la messe, le curé me dit qu'il y a dix-huit ans, sa paroisse consistait en seize individus. Aujourd'hui elle en compte cinq mille. Cet accroissement n’est pas dû à des conversions, mais à l'immigration irlandaise. Si l’on appelle missionnaire celui qui répand la religion chré-
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tienne, l'Irlandais et sa femme sont pour la propagation de la religion catholique les premiers missionnaires de la chrétienté.
Mais Christchurch a le caractère de l’Église d'Angleterre, surtout cet après-midi, «a quiet sunday afternoon. Dans la matinée, les cloches appellent les fidèles ; vers le soir, solitude profonde. Sauf les personnes, hommes et femmes endimanchés, qui vont au service du soir, pas une àme qui se promène sous l'ombre de ces beaux arbres. Je flâne tout seul dans Worcester- Street et je me crois dans les faubourgs d’une ville-cathédrale de la vieille Angleterre.
Cette illusion se produit à l'infini. A chaque instant je me demande si ce sont vraiment les antipodes où je me trouve, ou si, par quelque procédé magique, je suis soudainement revenu en Europe. Jusqu'ici je n'ai pas aperçu un seul indigène. J’en verrai, me dit-on, dans l’île du Nord; mais le fait est qu'ils disparaissent.
Pourquoi ces pauvres Maoris s’en vont-ils ?
D'abord, m'a-t-on répondu, par suite de l’adoption du costume européen. Personne ne les y a contraints, mais, comme les Japonais, ils aiment à nous singer. Autrefois ils n'avaient pour toilette que leurs couvertures. Rentrés chez eux, ils les déposaient et se groupaient tout nus autour du feu. En sortant ils les reprenaient. Aujour-
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d'hui, depuis qu'ils s’habillent à l’européenne, ils ne quittent jamais leurs vêtements, pas même pendant la nuit, ce qui fait qu’en sortant le matin, ils prennent froid et meurent pulmoniques. Aux environs des mines hantées par des Européens, les femmes contractent des maladies inconnues avant l’arrivée des blancs. Elles ne savent pas les traiter, et beaucoup d’entre elles meurent misérablement. Les enfants naissent avec le germe du mal. Enfin il faut signaler les ravages produits par les boissons alcooliques.
Cook n’a trouvé ici que des oiseaux, pas un quadrupède. Pendant son séjour quelques rats et quelques cochons s’échappèrent de ses bâtiments. Depuis lors on a importé des abeilles, qui disputent la nourriture aux oiseaux qui disparaissent. Dans le musée, dont le docteur von Haals est le fondateur et le directeur, on voit des oiseaux d’une espèce très commune encore il y a dix ans et aujourd'hui devenue extrèmement rare. D’autres, comme les moa, ont complètement disparu. Il n’y a que le kea, un perroquet vert; qui résiste. C’est le fléau et l'épouvantail des pauvres moutons. Il se cramponne sur leur dos et leur dévore les reins. Sur les bords du lac Wakatipou et en d’autres endroits, il en tue jusqu’à dix'pour cent.
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La flore aussi, comme la nature animée, périt au contact des blancs. Le bétail et les moutons, importés d’abord d'Angleterre et élevés maintcnant dans des proportions toujours croissantes, broutent les plantes avant qu'elles aient eu le temps de répandre leur semence. Ils détruisent aussi les broussailles qui protégeaient les racines des grands arbres. Le vent pénètre aujourd’hui dans les forêts et sèche le terrain. Les arbres cet autres végétaux, privés de l'humidité du sol qu'il leur faut, se meurent.
Les Maoris savent le sort qui les attend.
L'herbe indigène jaune, le tussock, dépérit quand on a semé sur le même terrain l'herbe verte anglaise. C’est ce qui leur fait dire: Green grassy English, tussock Maori. Hommes, animaux, plantes du pays disparaissent pour être remplacés par des hommes, des animaux, des plantes importés d'Europe. C’est à vue d'œil que se fait cette métamorphose, que se forme une nouvelle Angleterre, tandis que le Maori, le Moa, le Ti, deviennent insensiblement mais rapidement une chose du passé, une fable dont des générations futures de sang anglo-saxon discuteront peut-être la réalité. Un célèbre savant allemand s’est évertué à prouver que les rois de Rome sont un mythe. Pourquoi, dans des siècles à venir, quelque professeur de Christchurch ne
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déclarerait-il pas le Maori un ètre fabuleux des temps préhistoriques ?
Cet après-midi, il y a procession de canots sur l’Avon, un petit cours d’eau qui rampe paisiblement entre des saules pleureurs, des jardins et des maisons de campagne. Des dames, jeunes et vieilles, simplement mises, remplissent les fenêtres et les balcons, les hommes les bords de la rivière. C'est un spectacle bucolique qui vous transporte par la pensée dans la vénérable «/ma mater de la vieille contrée. |
Islum, propriété de M. Harper, fils de l’archevèque de Christchurch, est un petit bijou. Maison et jardin, ruisseau, fleurs, arbres et gazon, y compris les aimables propriétaires, forment un ensemble tout à fait anglais.
Mon jeune Oxonien et moi, nous avons fait ici de fort agréables connaissances. Le juge Johnston, M. Tancred, un des derniers honorables vétérans anglais de l’armée autrichienne, les ladies de ces messieurs, M. Wyan Williams, habitent l’île du Sud depuis de longues années et ont conservé les idées et les dehors d’une société qui s’en va comme les Maoris et les Moas. Le docteur de Haals a été pour moi une
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grande ressource. C’est le digne successeur d’un savant autrichien, le professeur Hochstetter, dont les travaux scientifiques ont beaucoup contribué à faire connaître les ressources de la Nouvelle- Zélande, où il a laissé de bons et durables souvenirs.
De grand matin, en route pour Waitavi, le terminus de la ligne qui reliera Christchurch avec Nelson.
Nous approchons de la double chaîne des hautes montagnes qui forment l’épine dorsale de l’île du Sud. La matinée est belle et l’air frais. Le soleil dore les crêtes blanchies par une neige fraichement tombée et répand des teintes roses sur les pieds de ces colosses. Autour de nous, une plaine sillonnée de haies d’ajonces jaune orange, du tussock jaune gris, de l'herbe anglaise verte et des moutons qui s’enfuient.
Le propriétaire du run dont nous serons les hôtes nous attend à la gare. C’est un homme d’une cinquantaine d'années, le type du gentleman de la vieille roche. Il a servi dans l’armée de la Compagnie des Indes. Sa femme est Anglaise; les enfants sont Maoris, comme on dit ici en riant, c’est-à-dire nés dans l’île. Il possède
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soixante-dix mille moutons, et par conséquent il est ce qu'on appelle un grand squatter. Il a acheté et tient en /reehold le terrain qu'il exploite.
Ce run s'étend sur une plaine encadrée de coteaux et sillonnée par deux rivières. Du haut d’un mamelon isolé on jouit de la vue imposante des montagnes les plus élevées de l’île. Ce matin, lorsque nous quittèmes Christchurch, elles nous paraissaient des nuages rampant sur l'horizon ; maintenant nous croyons pouvoir les toucher de la main. C’est un beau paysage, mais qui nous donne le sentiment de la solitude. Un homme qui vit ici doit avoir une bien haute opinion de ses propres forces, car il ne peut pas compter sur d’autres ressources.
La maison, située au pied du mamelon et entourée d’une plantation de pins, de chènes et de peupliers, est petite mais bien meublée et très proprement tenue.
La fille de la maison et une amie, l’une et l’autre jeunes personnes dont les manières ne laissaient rien à désirer, servirent le diner qu’elles avaient préparé sous la direction de la maîtresse de maison. Ici tout le monde travaille de ses mains. La difficulté, souvent l'impossibilité de se procurer des domestiques suffirait pour expliquer ce fait. Mais il y a des causes plus pro-
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fondes, Dans des communautés créées en grande partie par des gentlemen, évincés depuis du pouvoir par des gens du peuple, il est évident que ce sont ces derniers qui donnent leur empreinte à la physionomie de cette nouvelle société. Ils ne tarderont pas, selon toute apparence, à s'approprier, avec la richesse, les goûts des classes supérisures. On les appellera alors de nouveaux riches, mais peu à peu ils apprécieront les loisirs de la richesse, et la société zélandaise du prochain siècle ressemblera peut-être, à certains égards, à celle de notre vieille Europe. Mais en attendant on voit ici partout des gens qui travaillent de leurs mains. Ceux d’entre eux qui sont sortis des rangs de l'aristocratie ou de la gentry conservent, plus ou moins, la tournure d'esprit, les traditions et les manières de leur classe. Le travail manuel ne dégrade jamais.
Tous les ans, un certain jour, l’empereur de Chine dirige lui-même une charrue. L'empereur du Brésil, en présence de sa suite et des badauds de Rio-de-Janeiro, quand il s’embarque dans son yacht ou quand il monte en wagon, aime à porter lui-même son sac et son plaid. C'est une leçon qu'il entend donner à ses sujets blancs, aux yeux desquels le travail manuel est l'affaire des noirs et déshonore les blancs. Don Pedro II veut réhabiliter le travail tombé naturellement en dé-
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Mn | bI considération dans un pays à esclaves. Iei des D gentlemen qui labourent la terre ou gardent des é e troupeaux ne craignent pas de déroger. Ils s’imaol ginent peut-être ennoblir le travail par leur con- Vones RE? ril descendance, mais, en vérité, l'honneur est réci- L L C l proque. On porte bien sur ses mains calleuses , . . ( e les traces qu'y laisse le maniement de la bèche, et sur son front le hâle du soleil quand on passe AE AT NEA * co sa journée à défricher le jungle, ou à conduire L . € des bestiaux; cela ne vous empèche pas, en renne trant des champs ou des étables, de vous laver, de LE me de faire votre toilette et d'être admis à la table de des gens les plus haut placés de la colonie.
dd : da « Regardez, m'a dit mon amphitryon lors d’une L nié d' promenade dans sa propriété, regardez ces deux on messieurs, de vrais gentlemen, ce que vous s a | on reconnaîtrez à leur maintien plus qu'à leur AL à n'a toilette. Ce sont des croppers. Voici ce qu'on appelle cropping : le propriétaire d’une station | | Al M 4 es loue à un prix très bas et pour deux ans un terne : : + mc rain inculte à un homme qui s'engage à le défrià 8 né.
cher et à y semer du froment. Après les deux sue ce ans le propriétaire reprend le terrain, remplace vir le froment par l’herbe anglaise (verte) et le transis F ut me forme ainsi en pâturage. Si le cropper, qui doit TRE re posséder un cheval et les outils nécessaires, est : mc un homme sobre et actif, et ne joue pas de mal- dé à
heur en ce qui concerne le temps et le prix des
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blés, il fait ordinairement dans.ces deux ans un profit net de huit cents à mille livres sterling, et, en continuant dans cette voie, il peut en sept où huit ans amasser assez d'argent pour acquérir une petite station. Mais il est bien entendu qu'il doit travailler de ses mains. S'il fait emploi de travailleurs à gages, il échoue sans faute. »
Derrière une haie nous aperçümes couchés, et comme cachés dans l'herbe haute, deux hommes d'un extérieur peu avenant. Je me félicitais de ne pas les avoir rencontrés tout seul, Mon guide me dit : « Ce sont des sundowners qui attendent le coucher du soleil avant de se présenter dans une station (lhabitation d'un fermier ou d'un squatter) pour y demander gite et souper ; on accorde l’un et l’autre à la nuit close, mais on les refuse impitoyablement tant que le soleil n’a pas encore disparu sous l'horizon. »
A quelque distance de la maison se trouvent les étables et les endroits destinés à la tonte des moutons. C’est une époque importante de l’année, et qui s'ouvre avec les premières chaleurs : ce sera dans un mois. Notre hôte emploie cent vingt hommes à cette opération, qui dure six semaines. Les tondeurs, au nombre de trente-six, reçoivent une livre sterling par jour. Tout le monde est nourri à la station. Nous y trouvämes déjà le cuisinier, un Suisse italien, occupé à
préparer ses casseroles. Notons ce fait : dans la maison du maître, ce sont sa femme et ses filles qui font la cuisine. Les ouvriers aux étables sont servis par un cuisinier. C'est qu'ils sont là pour tondre les moutons et non pour les rôtir.
J'ai vu des bêtes magnifiques, toutes issues de mérinos achetés en Saxe. Les prix qu'on donne pour les béliers sont énormes.
Quelle vie solitaire que celle de ces squatters ! Les chemins de fer, en voie de construction, en réduiront, il est vrai, les inconvénients, les privations, les dangers. Cependant, quel courage il leur faut pour établir leurs pénates au fond de ces solitudes, éloignés de tout secours, privés de toutes les ressources de ce qu’on appelle la société! Cependant on se fait à ce genre de vie, on finit par aimer ces vastes horizons, ces luttes avec la nature sauvage, et l’on a de la peine, si jamais on la quitte, à rentrer dans le giron de la vie civilisée.
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Du 95 octobre au 12 novembre 1883,
Wellington. — Picton, — Nelson, — New-Plymouth. — Kawhia, Auckland, — Les lacs chauds. — Aperçu politique,
C'est à la nuit tombante, à bord d’un petit steamer, que nous quittèmes le port de Christchurch, appelé Littleton et situé à sept milles de la ville. Le lendemain le soleil levant nous trouve à l'entrée du détroit de Cook. Ce personnage légendaire m'est toujours présent depuis que je navigue dans ces parages. Je suis frappé du nombre des terres qu'il a vues le premier et fait connaître au monde, des mers fabuleuses et jusqu'alors ignorées qu'il a traversées, des difficultés qu'il a bravées, des dangers qu'il a courus. Dans l'imagination du Zélandais, ce héros de la mer occupe déjà sa place parmi les dieux. C'est un Olympien voilé, dérobé à la vue, mais survivant dans l'esprit du commun des mortels,
édiru dédie der dédiée 0 2
En face de nous se développent, comme suspendues en l'air, les hautes montagnes de Kaiïkoura'. A leur pied rampe un dédale de monticules aux crêtes tourmentées et, sauf un peu d'herbe jaune, complètement dépourvus de végétation. C'est une fata Morgana, un kaléidoscope : ies couleurs se marient, se confondent, se détachent, et si vous détournez les yeux du niveau de la mer inquiète, écumante, inhospitalière, pour les élever doucement sur les montagnes, vous passez du rose safrané au bleu foncé, au bleu d'azur, au bleu päle, et vous vous arrêtez comme fasciné devant les pics des glaciers qui, sous les premiers rayons du soleil, se découpent comme des diamants sur le nacre de perle du ciel. Dans la direction opposée on devine les côtes basses de l’île du Nord. Comme pittoresque, n’en déplaise aux fanatiques du lac Wakatipou, c'est ce que j'ai vu jusqu'à présent de plus frappant et de plus beau en Nouvelle-Zélande.
Wellington, où nous débarquons au milieu du jour, est situé dans l’intérieur d’un petit golfe. Par conséquent pas d'horizon de mer, mais l’illusion d’un lac encadré par des terres partie cultivées, partie forêt vierge. Il y a une grande rue,
1, Dans l’ile du Sud, à l’entrée méridionale du détroit de
Cook, le pic de Kaïkoura s'élève à 9700’ au-dessus de la mer, celui du Looker-on à 8300”,
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l'ilculrue,
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