WELLINGTON
mais qui, chose rare, n’est pas tirée au cordeau. Elle côtoie les collines sur lesquelles des maisons et des jardinets s'éparpillent. C’est une jolie petite ville, construite toute en bois à cause de la fréquence des tremblements de terre. Peut-être l'épithète petite blessera-t-elle la susceptibilité de ses habitants qui, avec raison, ont une haute idée de la capitale officielle de la colonie. Christchurch dans l’île du Sud et Auckland dans celle du Nord auraient plus de titres à cet honneur. C'est la situation centrale de Wellington‘ qui lui a fait donner la préférence. Ici vous pouvez admirer le palais du gouverneur, celui de la législature, plusieurs belles églises et surtout l'immense palais ou hôtel où se trouvent réunis, avec les archives de l’État, les bureaux de tous ces ministères. C'est la.plus vaste construction en bois qui existe au monde. Les Wellingtoniens en sont très fiers, et je n’en ai pas rencontré un seul qui n'ait appelé mon attention sur cette merveille. Partout on aime à posséder quelque objet qui soit unique en son genre, mais nulle part plus que dans les colonies. Ce palais est un dédale de pièces grandes et petites, toutes fort bien meublées, et je me demande seulement
1. En 1864. Avant cette époque le gouverneur et le gouvernement colonial résidaient à Auckland,
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par quels procédés on est parvenu à trouver assez d'employés pour peupler toutes ces chambres et à inventer assez de besogne pour les heureux mortels appelés à faire marcher la chose publique en Nouvelle-Zélande. Mais plus je vois de colonies, plus je pénètre dans ce nouveau monde de l'avenir, plus je me persuade d’une vérité, c'est que l’homme est un peu le même partout et que la manie des emplois s’acclimate facilement sous tous les cieux.
C’est dans ce grand phalanstère de la bureaucratie que, par l'intermédiaire du ministre Oliver, chef du département des postes et des télégraphes, j'ai l'avantage de faire la connaissance de plusieurs de ses collègues. Je les rencontre aussi au club où l’on m'a invité à descendre. Les causeries roulent sur les luttes entre la démocratie populaire et l'élément aristocratique; entre le mob, la populace, et les gentlemen, ou, comme d’autres disent, entre le peuple et les /andsharks, les requins de la terre. Qui sera le maître du sol ? Toute la question est là. Un négociant allemand, un des notables de la ville, me dit : « Jusqu’à présent nous défendons notre position. Nous sommes toujours les premiers, à la condition toutefois d'accepter parmi nous sur le pied d'égalité les
nouveaux riches, pourvu que ce soient des parvenus respectables, »
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