DURBAN
lous en masse. Quels beaux corps bronzés, luisant au soleil et quelles bonnes figures ! quels francs rieurs! et comme ils vous regardent entre deux yeux, toujours avec une expression de bonhomie ! On dirait qu'ils vous donnent la bienvenue. Les jeunes filles se distinguent par les contours classiques de la tête, de la nuque et du haut des épaules. Il y a encore d’autres sauvages ou demi-sauvages : les indigènes qu'on a importés comme domestiques ou laboureurs de l’'embouchure du Zambèze et du pays avoisinant, Delagoa- Bay. Mais dans cette foule si bariolée, ce sont surtout les Malais qui me frappent. Ces coulies appartiennent à une classe très basse, mais comme leur profil fin et régulier contraste avec les traits grossiers des Zoulous! La supériorité de la race saute aux yeux. Les femmes hindoues se drapent fort bien avec leurs vêtements et leurs chàles aux couleurs éclatantes. Elles aiment surtout le blanc et le cramoisi, et ces couleurs se marient fort bien avec l’olive mat de leur teint. Des anneaux d'argent ou de bronze aux pieds, de lourds bracelets, des bagues aux doigts et aux orteils, des boucles d'oreilles complètent le costume, dont l'effet général me paraît beau, harmonieux, et, sauf l'ornement appliqué au nez, presque classique.
Le terrain qu'occupe Durban était, il y à qua-
St PA A ENTER ,
rante ans, le promenoir des éléphants. Il n’y a pas plus de vingt ans que des lions venaient encore le visiter par occasion. Les progrès de la culture ont fait disparaître ce féroce gibier, qui cependant ne fait pas complètement défaut.
A l’ouest de la ville, une chaîne de collines toute boisée qui s'appelle Berea attire le regard. Ces petites maisons, ces cottages plantés entre des jardinets, sont l’habitation des hommes d’affaires de Durban. Quand le soleil baisse, la belle route qui y mène s’anime de cavaliers et de voitures. On a fermé le comptoir; on a hâte de retrouver le calme et les douceurs du foyer domestique. Mais cette belle route s’arrète tout court à la lisière de la forêt vierge, encore aujourd’hui le domaine des léopards, des antilopes, des babouins, sans parler des serpents qui forment, avec le spectre des Zoulous, le fléau de la colonie. Quel voisinage et quel contraste! N'estce pas une image frappante de l'existence de l’Africander qui, pionnier lui-même de la civilisation, naît, vit et meurt sur les confins du monde sauvage.
En ce qui concerne les serpents, n’en parlons pas! Ils sont l’épouvantail du colon qui arrive, mais il s’habitue promptement à ce danger permanent. Ces bètes appartiennent aux espèces les plus venimeuses. La morsure entraine ordinai-