‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 97 · RE AN PE RP PE PO NT LPO EP PRE AE TEST · texte numérisé non relu

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pays, et qui, en augmentant le nombre des bras, menacent de faire baisser les gages ou augmenter le nombre des heures de travail, I] est donc ennemi de l'immigration.

Il y a, de plus, la classe, très peu nombreuse, des propriétaires de grands terrains principalement consacrés à l'élevage de moutons et de bétail. Ceci m'amène à la grosse question du jour, la question de la propriété foncière. Pour la comprendre, il sera utile de jeter un regard en arrière‘, On sait que c’est Cook qui, au nom de George LIL, a pris possession de la Nouvelle- Zélande. En 1814, l'office colonial annexa nominalement ces îles à l'empire Britannique. Dès lors des aventuriers commencèrent à visiter ces régions encore mystérieuses. Cependant, en dehors de l’action, ou plutôt en opposition avec les intentions du ministère des colonies, une compagnie s'était formée à Londres sous les auspices de Lord Durham, dans l'intention avouée d'acheter des terrains aux chefs indigènes. Elle partait de ce principe, que les indigènes sont les propriétaires du sol et peuvent par conséquent disposer de leurs terres. Cette compagnie, qui

1. J'emprunte les données suivantes, dont l'exactitude m’a été confirmée par de vieux résidents, au récit historique de Trollope : Australia and New Zealand.

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dés subit plusieurs transformations, expédia en dé 1839, malgré l'opposition formelle du gouverne- I ment anglais, un premier bâtiment vers la Nouvelle-Zélande et y acheta des terrains, faisant

je. semblant d'ignorer le fait que ces îles avaient été de déclarées colonie anglaise et que, par consédé quent, les chefs des tribus se trouvaient sous la du dépendance de la couronne. Avant la fin de l’année, ses agents avaient acquis des terres ard d’une étendue égale à celle de l'Irlande. On les es paya avec des fusils, de la poudre, des bonnets sllb de nuit, des mouchoirs, etc. Bientôt le gouverrai nement apprit que, dans bien des cas, les in- Dès digènes qui vendaient les terres n’en étaient Le pas même les maîtres, et que ces transactions dés n'avaient pas été autorisées par les véritables sn tos propriétaires. Le ministère des colonies déclara ati alors que la Nouvelle-Zélande ferait désormais pe partie de la Nouvelle-Galles. En même temps il envoya sur les lieux un agent chargé d’exer- Elle cer les fonctions de gouverneur. Il débarqua t les dans l’extrémité septentrionale de l’île du Nord, ist fonda, un peu plus au sud, la ville d’Auckland, qui et signa avec quarante-six chefs une conven-

tion, connue sous le nom de traité de Waitangi, qui est encore aujourd'hui en vigueur et forme la base sur laquelle la Grande-Bretagne fonde ses

titres à la possession de la Nouvelle-Zélande. 1— 17

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Par cet acte il fut stipulé que les tribus unies de la Nouvelle-Zélande reconnaîtraient la souveraineté de la Reine d'Angleterre. Sa Majesté, de son côté, reconnut que le sol de ces îles, en tant qu'il s'agissait du droit de propriété particulière, appartenait aux tribus indigènes. Enfin elle leur promit sa protection.

Le principe établi par ce traité se trouve en opposition avec les us et coutumes qu'on avait pratiqués jusqu'alors, fondés par l’axiome que le sauvage ne possède pas et que les puissances civilisées deviennent, par le fait de la prise de possession du territoire, propriétaires du sol ; en d’autres termes, que le sol du pays appartient à la couronne. C’est ce principe qui théoriquement a force de loi dans les colonies australiennes. Ici les tribus avaient été reconnues propriétaires et, par une déduction logique, les acquisitions faites par la compagnie de Lord Durham et consorts furent soumises à un examen rigoureux. On trouva alors que les terrains, achetés par des Européens au prix de quelques cargaisons de marchandises et articles divers, dépassaient le chiffre de quarante-cinq millions d'acres! Le gouvernement exigea que les titres de l’acquéreur fussent transformés en ce qu'on appelle crown-grants, concessions de la couronne, et que ces concessions ne pussent ètre

de accordées qu’à deux conditions : Il fallait con- [VE- stater que les tribus étaient autorisées à vendre, , de et que des prix équitables avaient été payés par ant l'acquéreur. La conséquence naturelle fut l’anre, nulation de la plus grande partie de ces ventes eur et le retour des terrains aux anciens proprié- | taires indigènes. Ceux des acquéreurs de cette 4 en première époque qui ne furent pas expropriés, L vait forment, eux ou ceux à qui ils ont cédé leurs | | que titres, la classe devenue peu nombreuse des | nces grands propriétaires fonciers, et ce sont eux | » de que visent aujourd'hui l’animadversion et les || : en attaques du parti populaire. l tient Malgré la générosité exceptionnelle, taxée de | que- faiblesse, qui caractérise les procédés du gou- L stra- vernement envers les Maoris, ceux-ci s’en monpro- trèrent peu reconnaissants. En 1853 ils formèrent les une ligue contre les Anglais. Le centre de ce Lord mouvement, et plus tard le principal théâtre de exXa- la guerre qui s’ensuivit, fut le pays Taranaki, ains, situé sur la côte. occidentale de l’île du Nord. ques C'est à cette époque que, pour la première ers, fois, un certain nombre de chefs de tribus lions élurent un chef commun, un roi, qui en réalité itres n'est qu'un fantôme. Toutefois, jusqu’en 1883 u'on le Xingsland restait hermétiquement fermé, cou- et c’est seulement en ce moment-ci, comme

ètre on l’a vu, que le gouvernement local entre-

prend d'y pénétrer et de l'ouvrir à la colonisation.

La constitution de la Nouvelle-Zélande date d'un acte de Sir George Grey, émis en 1852.

Depuis cette époque elle a été modifiée, amendée et assimilée à celles qui régissent les autres colonies dites à gouvernement responsable. Les Maoris jouissent de droits politiques et envoient des députés de leur couleur à la chambre des représentants.

J'ai rencontré plusieurs grands propriétaires et je les ai trouvés tous ou exaspérés ou découragés, mais surtout irrités contre le gouvernement, qui, selon eux, serait à la remorque du parti extrême. De l’autre côté, on prétend que les ministres au pouvoir, afin de s’y maintenir, affectent des principes démocratiques qu'ils renient dans leur for intérieur et qu’ils tàchent de combattre en secret tout en les proclamant au parlement et dans leurs journaux. Sir George Grey s’est décidément placé à la tête du parti populaire, dont il sert la cause avec la verve d’un jeune tribun et l'expérience et l'autorité d’un homme d'État vieilli dans les affaires.

Cette question, relative à la propriété foncière, défraye toutes les conversations. Je l'ai entendu débattre par des hommes au pouvoir, par des hommes de l'opposition, par des notabilités du

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commerce, par des politiciens anglais, zélandais, allemands.

ji Dès la prise de possession, m'a-t-on dit, de Ja. l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, le gouverds nement anglais a commis une faute grave dont jé les conséquences pèsent encore sur nous. En % ne Australie, il a déclaré tout le sol propriété de na: l'État, dépouillant ainsi complètement les indides gènes. En: Nouvelle-Zélande, par des détours, à après des tàtonnements, et par des voies indisr rectes, il en a fait autant, avec cette différence, ki qu'il a réservé quelques districts où les indigènes SF sont restés propriétaires du sol. Tout le reste a

été mis à la disposition du gouvernement et du ue LI , e L q parlement de la colonie. Il en est résulté ceci,

ris. pour ne parler que de la Nouvelle-Zélande : At un nombre très restreint de personnes, environ ns mille à douze cents, ont acquis avec de l'argent emprunté en Angleterre, à des prix minimes, is onze millions d’acres, représentant un capital pros de d00 millions de livres sterling, dont 270 milps lions ne sont pas encore payés. Ces grands propriétaires sont les maîtres du gouvernement et

' disposent de la majorité au parlement. Le parva lement se compose de deux chambres : du conseil ss législatif et de la maison des représentants. Les see membres du conseil législatif ou de la chambre

haute sont nommés par le gouverneur, de con-

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cert avec les ministres. Mais comme les ministres favorisent autant qu'ils peuvent les grands propriétaires, les portes de cette assemblée ne s'ouvrent qu’à ces derniers ou à leurs amis. Dans la chambre des représentants, le mode d'élection leur assure au moins une grande influence. Cela explique la situation. Une immense portion du territoire se trouve entre les mains d’un petit nombre de richards dont plusieurs jouissent d’un revenu de 20000 à 30000 livres sterling, qui n'ont aucun intérêt à cultiver le sol puisqu'ils trouvent du profit à le laisser en pâturages, sheeprun. Ils ne visent qu’à empêcher les petites gens d'acquérir de petits lots, et, grâce à leur influence auprès des ministères qui se succèdent et au parlement, qui se compose en grande partie de leurs créatures, ils sont à même de perpétuer cet état de choses, au grand détriment des immigrants qui arrivent et du pays qui reste inculte.

Cette question se complique de celle des travaux publics, des routes et chaussées et des chemins de fer.

Sous la pression de l'opinion publique fortement irritée, au moment où l’on commença à construire les chemins de fer, une loi votée par les deux chambres déclara que, vu l’augmentation éventuelle de la valeur des terrains traversés

par les chemins de fer, les propriétaires de ces terrains contribueraient en proportion de leur étendue aux frais de construction de la nouvelle ligne. Cette loi a été abrogée, et des propriétaires dont les terrains ont décuplé de valeur depuis l'établissement du chemin de fer, n'ont contribué en rien aux frais de la construction. De là les colères des petits propriétaires et des immigrants. S'agit-il d'un tracé de chemin de fer à travers des terrains non vendus ou appartenant à des indigènes, toujours disposés à vendre, les indiscrétions des bureaux ministériels guident dans leurs achats les amis des puissants, et des lots acquis par eux à raison d’une livre en valent dix le lendemain. C’est sous la pression de l'indignation publique que le projet tendant à nationaliser le sol, land nationalisation, a été mis sur le tapis.

Inutile d'ajouter que je ne me porte pas garant de la vérité de ces assertions. Mais telles sont les accusations portées contre le gouvernement par une grande partie du public et par quelques hommes des plus haut placés dans la colonie.

Sir George Grey a formulé un projet de loi portant que tout le sol de la Nouvelle-Zélande est déclaré propriété nationale. On nommera une commission chargée d'évaluer les terrains des deux iles. Sir George pense que la moyenne se-

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