‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 97 · CULTURE DE LA CANNE A SUCRE · texte numérisé non relu

CULTURE DE LA CANNE A SUCRE

rement la mort dans l’espace d’un quart d'heure. M. Dumas, directeur des moulins à sucre d'Edgecomb, à une vingtaine de milles de Durban, m'a raconté qu’un de ses coulies avait été mordu par un serpent à la jambe. A force de soins, on a pu prolonger sa vie, au milieu d’horribles souffrances, pendant trois jours. L’autopsie a constaté la pourriture complète de ses chairs autour de la partie mordue. Ces animaux pénètrent dans l’intérieur des maisons. M. Dumas s’est éveillé un matin à côté d’un serpent qui avait passé la nuit sur son oreiller. Ce qui a lieu d’étonner, c’est la rareté des cas de morsures, presque toujours mortelles, comme je viens de le dire, si l’on considère la quantité de ces reptiles et l’incurie des indigènes qui, plus ou moins nus, travaillent dans les champs et dans les broussailles. Heureusement le serpent ne mord que lorsqu'on le touche, et, règle générale, il fuit l’homme. II y en a cependant qui, dormant dans les sentiers, ne se dérangent guère à l'approche de pas humains. Ce sont les espèces les plus à craindre.

Ce moulin à sucre appartient à une compagnie française et, dirigé par un Français, est encore à l'état d'expérience. Le courant du Mozumbique

amène, il est vrai, la température chaude voulue, mais il n’amène pas la quantité de pluie dont la canne a besoin et qui ne lui fait jamais défaut sous les tropiques. Dans les dernières années exceptionnellement , les pluies ont été abondantes, mais il y a aussi des années de sécheresse absolue. La canne y résistera-t-elle? Toute la question est là. À quelques pas de la fabrique se trouve la case du directeur. Mme Dumas, très lady-like au milieu des cannes, des ouvriers hindous et des serpents, qui la font trembler pour ses enfants, nous fait le meilleur accueil. Ce qui la tourmente plus même que les serpents, ce sont les domestiques. Partout dans les colonies, j'entends proférer cette plainte. Je dine rarement à côté de la maîtresse de la maison sans qu'elle me parle de ce ver rongeur qui, plus que l'exil, plus que les privations et les dangers inhérents à l'existence des planteurs, empoisonne ses jours. « Depuis une semaine, me disait Mme Dumas, je suis sans domestiques. Ils m'ont quittée tous à la fois, et me voilà obligée de faire moi-même toutes les besognes de ménage. » Les coulies et les Kaffres, les seuls hommes à la vérité en état de labourer la terre sous un ciel qui exclut le travail manuel des blancs, savent très bien que l’Européen ne peut se passer d'eux. On les engage aussi comme

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