ALBANY
depuis Colombo : trois mille sept cent quatrevingt-quinze milles. Rien de moins riant : à l’entrée, des rochers bas tachetés de sable; puis le sund encadré de coteaux rocailleux nus ou couverts de fougères. Pas un arbre, pas trace de culture. Mais une flotte ou plusieurs flottes pourraient y jeter l'ancre et se trouver fort à l'aise, Rien de plus facile que de fortifier l'entrée. Et c'est ce que l’on compte faire.
Le paquebot a jeté l'ancre devant la ville naissante d’Albany. Vue de loin, elle nous rappelle les petits ports de mer du Cornwallis ou de l'Irlande. De près, elle paraît se qu’elle est, une ville australienne à l’état d'embryon. Des maisons blanches, à toiture grise, des rues tracées au cordeau et d’une largeur excessive, attendant encore les édifices qui doivent les border. Il y a une belle église anglicane et une très jolie chapelle catholique desservie par un prètre espagnol. La distance d'ici à Perth, la capitale de l'Australie de l'Ouest, est de deux cent trente milles. Bientôt un chemin de fer reliera les deux villes. Albany deviendra alors l’entrepôt des vins, des blés et autres produits du pays de Perth, où des colons allemands jouent un rôle important. Le climat est doux, même en hiver, jamais très chaud, toujours humide. On se dirait en Irlande. Pendant toute l’année, des vents
alizés soufflent alternativement de l’ouest et de l’est.
M. Loftie, agent du gouvernement (colonial), qu'on appelle aussi résident, et sa femme, très confortablement casés dans un cottage que, par miracle, les ouragans n’ont pas encore emporté, ont l’amabilité de me faire les honneurs de leur ville. Comme ils l’aiment, comme ils la trouvent charmante et surtout pleine d'avenir! Ces longues routes bordées de haïes vives, ils les voient déjà, à travers le prisme de leur imagination coloniale, transformées en routes remplies de piétons et de cavaliers, d'omnibus à la vapeur, de brillants équipages; ils s'extasient d'avance sur la beauté des édifices qui surgiront un jour des deux côtés. C’est cette foi si caractéristique des colons, cette foi robuste et naïve dans l'avenir, qui les pousse en avant et qui, sans défaillance, malgré tous ses mécomptes, les mène au succès : tant il est vrai qu’on n'accomplit de grandes œuvres qu’en ayant le courage de tenter l'impossible. Ils me font donc admirer le club, petite bicoque où un rayon chargé de quelques livres représente la future bibliothèque publique; l’église anglicane, quelques maisons de bonne apparence près du port, des embryons de jardins dont les futures plantations auront à subir les rudes attaques des vents alizés, enfin la
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