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Du 17 au 29 novembre 1883, du 6 au 20 mai 1884.
Notices historiques. — Physionomie de Sydney. — Botany-Bay. — L'Université. — Excursions aux montagnes Bleues et sur la rivière Hawkesbury. — Les désœuvrés.
C'est à un explorateur portugais, Manuel Godenho, qui en 1601 aborda sur la côte nordouest de l'Australie, qu’appartient l’honneur d’avoir découvert ce continent. Puis vinrent les navigateurs hollandais, dont le plus célèbre, Tasman, a donné le nom de son supérieur Van Diémen, alors gouverneur des Indes néerlandaises, à l’île qui, grâce aux Anglais, porte aujourd'hui le sien. La grande terre, la Vouvelle- Hollande, devint l’Æustralie, la terre du Sud. Dans ces pays lointains, les Français aussi, sans y jamais prendre pied, ont leur part dans les découvertes. Mais le grand explorateur était le capitaine Cook. C’est en 1770 que, venant de la
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Nouvelle-Zélande, il aborda à Botany-Bay, visita une partie du pays adjacent et en prit possession au nom du roi d'Angleterre. Le premier gouverneur, commodore Phillip, arriva en 1787. Sa mission était d'y former un établissement pénitentiaire. On sait que les dépôts de convicts ont été supprimés. Mais le système de déportation, quoique abandonné depuis plus de trente ans, a laissé ici des traces que ni le temps ni l’affluence des immigrants n’ont pu jusqu'ici complètement effacer. « C'est une plaie qui n’est pas encore fermée, m'a dit une dame née dans la colonie. Gardez-vous bien d’y toucher, ne prononcez jamais le mot convict. » Cette tache, à demi effacée par le temps, invisible à l’œil inexpérimenté de l'étranger, afflige encore la colonie. On connaît ceux qui ont du sang de déporté dans les veines, et l’on fait éxpier aux fils les fautes des pères.
Notons deux traits caractéristiques de la Nouvelle-Galles. La première colonisation de l’Amérique du Nord est due à l'initiative de particuliers. La grande colonie australienne est l’œuvre, non d'individus allant chercher fortune aux antipodes, mais du gouvernement anglais. Son origine comme son développement, jusqu'à la création d’un gouvernement responsable en 1856, avait un caractère exclusivement officiel.
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Une autre particularité, c’est que la Nouvelle-
Zélande, Van-Diemen’sland, aujourd’hui Tasma-
nia, Victoria et Queen’sland, formaient dans leurs
commencements des dépendances de la Nouvelle- Galles. :
Sydney, du 17 au 29 novembre 1883. — La baie de Sydney, au dire des Sydneyens et aussi des visiteurs non prévenus, est d’une. beauté incomparable. Cela me parait vrai en ce sens qu'elle ne ressemble en rien aux sites réputés les plus pittoresques du monde. J'irai plus loin, je dirai qu’elle est plus belle que pittoresque. Je la comparerai à la physionomie d’une femme dont les traits vous laisseraient froid sans le charme indescriptible qu'y répand le reflet des douces émotions de son âme.
Analysons. Ce que vous voyez est une grande superficie d’eau, s’ouvrant à l'est, près des Heads, sur l'Océan, se prolongeant dans l’intérieur des terres avec des embranchements et des sinuosités qui paraissent innombrables. Au fond de la baie, le Paramata y verse ses eaux bleuvert comme les arbres qui le bordent. Sur la rive méridionale, brisée, dentelée, reculant ei se projetant en guise de petits promontoires, s'élèvent
les différents quartiers de la ville. En face, sur la côte du Nord, North shore, on voit les maisons et les jardins d’une sorte de faubourg qui porte le nom de la côte. Les rivages sont une suite de coteaux bas qui s’abaissent, qui s'élèvent, qui se succèdent à l'infini. Car, de quelque côté que vous vous tourniez, votre regard est arrêté par des détails qui vous dérobent, tout en les laissant deviner, d’autres objets semblables à ceux que vous apercevez. C’est un tableau dont certaines parties se perdent dans la pénombre. Vous en attribuez la cause à votre horizon visuel qui est limité. Le tableau ne l’est pas. C’est la première impression que vous fait Sydney et elle se reproduit sans cesse : celle de l'infini. C’est le charme de l'Océan et du firmament. Ils nous représentent ce que nous pouvons définir, mais non comprendre. Pour donner une idée des dimensions de cette baie on vous dit qu'un batelier, parti de l'entrée des Heads avec l'intention de suivre toutes les petites sinuosités, aurait, avant de revenir à son point de départ, parcouru au delà de quatre cents milles!
Le peu d’élévation des côtes fait valoir l’étendue du bassin. L'harmonie merveilleuse des proportions de la terre et de l’eau forme, à mon avis, le grand charme du dessin. Je parlerai tantôt du coloris. Si l'artiste y avait ajouté de
hautes montagnes aux formes fantastiques, elles fixeraient le regard du spectateur, aplatiraient l'encadrement des coteaux déjà si bas, et réduiraient, par le contraste avec elles-mêmes, les dimensions de la nappe d’eau qui, avec le ciel, forme le principal élément de ce chef-d'œuvre de la nature.
Les côtes, là où les constructions de la grande ville ne les teignent pas en gris et en rosätre, se couvrent de feuillage ou, pour le dire en un mot, d’eucalyptus, eucalyptus bleu tirant sur le noir, eucalyptus noir tirant sur le vert. Dans les jardins on voit bien quelques pins de l’île de Norfolk, quelques saules pleureurs de l’île de Sainte- Hélène. qui varient un peu ces tons sombres et uniformes, mais le vert noir prédomine, et l’impression de cette verdure est triste, monotone, par un ciel gris, lugubre. L’horizon, très limité par les 2eads de la haute mer n'étant visible que des points culminants de la ville, la baie paraît un lac, et vous êtes tout étonné d’y voir à l’ancre des vaisseaux de guerre, de grands paquebots et autres bâtiments de haut bord.
En résumé ce paysage ne présente à l'œil qu'un bassin d'eau renfermé dans un cadre sculpté, et cependant tel est l'effet qu’il produit qu'on le place à côté de Rio-de-Janeiro, de Naples, de Constantinople. J’admets une faible
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analogie avec les bords accidentés, bas et boisés aussi, du Bosphore; je répudie toutes ;es autres comparaisons. Je les cite seulement comme preuve de l’effet merveilleux produit avec des moyens si simples. C’est le ciel avec les dégradations de la lumière qui opère ce miracle. Ici ma plume s'arrête, Il ne faut pas tenter l'impossible, J'ai vu la baie ressembler à une aquarelle à peine esquissée. Eau et ciel se confondent. Gris sur gris, noir sur noir. Un graffitto à l’état d’ébauche. Puis, par moments, quelques rayons d'un soleil pâle qui noircissent soudainement les ombres des nuages. Alors, selon la disposition de l'atmosphère, les fonds des petites baies et des anses se rapprochent ou s’enfuient, avec la mobilité des traits d'un homme qui, tour à tour, rit, pleure, se fàche, s’apaise. D’autres fois, par un temps idéal, rare en cette saison d'automne, n'étaient les ombres noires, vous vous croiriez transporté sur les bords de la Méditerranée, dont le bleu d’outremer inonde le ciel et la mer. Je me promène le long de la baïe, dans un sentier délicieux au pied du coteau occupé par le jardin botanique. À ma gauche, le palais du gouverneur se présente comme une silhouette d'un noir foncé mais transparent; au delà une autre langue de terre d'un noir pèle; vis-à-vis de moi les contours de Northshore, également
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noirs, mais d’un noir opaque. Entre ces coteaux et la place que j'occupe, les rayons du soleil qui tombent d'aplomb sans les pouvoir pénétrer sur les nuages de vapeur vomis par les steamers petits et grands, produisent des effets fantastiques. Mais tout le reste est or et lapis-lazuli.
Sydney porte sur le front l'empreinte de ce qu'elle est : une fille de la vieille Angleterre et la métropole de l'Australie. Les rues, qui ne sont ni démesurément larges ni tirées au cordeau, s’accommodent à la configuration du terrain.
On voit que son origine date d'une époque où l'Amérique, encore une colonie anglaise, ne donnait pas le ton aux antipodes. Elle n'a rien d'américain et se distingue par là de Melbourne, de Brisbane, des villes de la Nouvelle-Zélande.
Le palais du gouverneur, planté au milieu d'un parc superbe, avec vue sur la baie, a été bâti, je crois, il y a une trentaine d'années. C’est un chef-d'œuvre de style élisabéthéen. Les hôtels des ministères, de nombreuses églises, une magnifique cathédrale catholique en voie de construction au centre de la haute ville, près de beaux jardins publics; à l'extrémité occidentale de la ville, l’Université, qui, placée sur une