LES COULIES ET LES CAFRES
domestiques, ordinairement à un terme fixé d’avance. Leur temps expiré, ils partent sans faute, et presque toujours sans raison, et rien ne les arrête. Si l’on n’a pas pu les engager pour un certain nombre d'années, ils restent rarement plus d'un mois. Le consul d'Autriche est depuis un an à son onzième domestique cafre, qu'il appelle Eleven, onze. Dans la colonie du Cap, les indigènes apprennent un peu l'anglais. Ici c’est aux ménagères de s'approprier les langues de leurs domestiques. Aussi savent-elles toutes plus ou moins l’hindou et le cafre. Les domestiques blanches à peine débarquées se sentent les égales de leurs maîtres, deviennent insolentes, ont honte de leur état, cherchent d’autres occupations et trouvent à se marier. En peu d’anrées elles sont arrivées au niveau de leurs anciens maitres et font chorus avec eux sur cette plaie de la vie coloniale.
Il y a deux clubs à Durban, tous deux parfaitement tenus. Le nombre des personnages officiels et autres que j'y ai rencontrés, et celui des poignées de main échangées, sont prodigieux. Tout le monde semblait sincèrement content de saluer un étranger, et tout le monde me disait, et
je voyais bien que ce n’était pas une vaine parole : « Puis-je vous être utile? » Et ils se sont rendus utiles. Je les questionnais et ils répondaient. C'était comme un livre ouvert dont les feuilles animées parlent au lecteur. Et chose singulière, comme partout dans les colonies, les « officials », les farmers, les marchands, tout ce qui est blanc cause presque toujours des affaires de la colonie, des noirs, des coulies, des prix des marchés, des autruches, de la canne à sucre, de la sécheresse, qui en ce moment fait d'horribles ravages parmi le bétail : rarement de leur pays natal, de la vieille Angleterre. Ils sont très loyaux, mais les voiles de la distance et de la séparation d’avec leurs amis et parents d’outremer dérobent la mère patrie à leurs regards.
Cetywayo prend dans leurs préoccupations et dans leurs causeries une plus grande place que la reine Victoria.
Ici aussi, comme en Cafrerie, les personnages officiels qui ont passé une partie de leur vie au sein des populations noires les jugent favorablement, tandis que la plupart des négociants et farmers les détestent. Aussi quelles histoires ils vous racontent! Je n’en citerai qu'une.
La femme d’un planteur établi près de Durban, au delà de la rivière d’'Umgeni, a l'habitude d'envoyer son domestique indigène une fois par
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