LES MONTAGNES BLEUES
s'élève sur l'horizon. Mais devant, à côté, au-
dessus de nous, rien que la forèt, c’est-à-dire
l'éternel arbre
à gomme avec ses cour
bures, son
tronc toujours gris ou blanc surmonté d'un panache, son feuillage vert gris, nuancé, dans cette saison, de tons jaunes et rouges dont le prin-
temps celore les feuilles naissantes. Chez nous, ce sont les couleurs de l'automne de la feuille morte. Mais iei tout diffère de ce que l’on voit dans le reste du monde. Dans ces forèts le gibier
manque complètement, sauf de petits ours et
des kangurous. Ces derniers sont assommés à
coups de rotin. Dans certaines battues on en
tue de trois mille à cinq mille dans une seule
journée.
Une autre particularité de ces forêts que j'ai
déjà signalée, c'est l'absence d'ombre jointe à
l'absence d’eau. Quant à la configuration du
sol, c’est une suite de coteaux à crêtes horizon-
tales, qui s'avancent dans la plaine et s’y ter-
minent brusquement en forme de promontoires abrupts. Le chemin de fer traverse la chaîne
principale au moyen de deux zigzags consi-
dérés comme une des merveilles de la colonie
et par conséquent du monde, et en réalité ils font honneur à l'ingénieur assez téméraire pour avoir imaginé ce tracé et assez habile pour
l'avoir si bien
exécuté,
Katoomba est le nom d'une station près de laquelle, sur un point culminant, on vient d'établir un excellent hôtel. La vue est superbe, l'air élastique. Mais c’est surtout le coloris, parcourant toute la gamme du bleu de cobalt au bleu d'outremer, au bleu de saphir, au bleu d’opale, c’est cette variété de nuances d’une seule couleur qui donne à ce panorama un caractère unique de son genre.
Ce matin, excursion sur les bords du Hawkesbury. Nous étions fort nombreux et toujours hôtes de MM. Stuart et Darley. Un bateau nous transporte de l’autre côté du golfe. Pendant que nous voguions vers Manly-Bay, une vingtaine de grands bâtiments, toutes voiles dehors, et quelques paquebots sous vapeur dessinaient leurs contours noirs sur un ciel nacre de perles qui se confondait avec l'horizon du Pacifique.
Un terrain accidenté, moitié boisé, moitié couvert de fougères, sépare la baie de la mer. Pas de routes; mais de petits chevaux attelés à des chars à bancs nous traînent vigoureusement à travers le sable.
Un lion couché, à figure humaine, garde l'embouchure de la rivière que nous devons
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