LA RIVIÈRE HAWKESBURY
remonter. Ce lion est un rocher, et ce rocher est un ilot. Rien de plus fantastique.
Un joli bateau, coquettement arrangé, et un petit remorqueur nous y attendent. Les deux rives se présentent comme un dédale de coteaux boisés. La forêt descend jusqu’à l’eau, qui reflète des troncs blanchätres, lisses et élancés comme des colonnes de marbre, d’autres convulsivement tordus, squelettes de géants encore debout quoique la mort les ait frappés depuis longtemps. Le feuillage est maigre et le soleil le pénètre. Donc peu d'ombre et toujours la même monotonie australienne, mais rompue ici par les perspectives qui se renouvellent à chaque tournant de la rivière, par les miroitements de l’eau, par la dégradation de la lumière, qui change avec les distances. Sur les bords, pas trace d'habitations. Nous avons quitté la ville la plus populeuse du continent ce matin au lever du soleil, et à cette heure, midi, nous voilà en pleine solitude.
Plus haut, les rivages s'abaissent et s’animent. D'abord quelques huttes de pêcheurs et de bücherons ; ensuite, en nombre qui va croissant
à mesure que l’on remonte, des enclos et des maisons de fermiers. L'eucalyptus ne règne plus en maitre souverain. (à et là on a défriché la forêt. Près des maisons et sur les bords de
la rivière, on a planté des saules pleureurs que l'on prétend avoir ombragé le tombeau de Napoléon'. Le Hawkesbury serpente languissamment entre cette double haie de touffes arrondies qui font contraste avec la végétation indigène. Leurs branches pendantes se baignent, en s’y reflétant, dans les eaux dormantes de la rivière. A cette heure, le soleil couchant entre des nuages qui lancent des éclairs, inonde leur feuillage de lumières magiques. Encore quelques instants et le crépuscule répand ses voiles transparents. Dans l'air, sur l’eau, dans les bosquets, silence profond. Nous passons tout près d’un camp d’aborigènes groupés autour de feux qu'ils ont allumés devant leurs tentes. À cette soirée élégiaque succèdent soudainement des éclairs, des foudres, le tonnerre, une tempète d’une rare violence. Puis la nuit chaude, calme, sereine. A minuit nous sommes de retour à Sydney. Distance parcourue dans cette excursion : cent quarante-sept milles.
1. Il y eut un temps où le nom de Napoléon était très populaire dans les colonies, C'est de cette époque que date l'introduction des saules pleureurs qu’on voit dans la Nouvelle-Galles, Ils furent importés à bord des bâtiments qui, venant d'Europe, touchaient toujours à Sainte-Hélène,
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