‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 97 · LES DÉSOEUVRÉS · texte numérisé non relu

LES DÉSOEUVRÉS

Sydney. Second séjour. Du 6 au 17 maiï1884.

— J'ai retrouvé ici le temps idéal que j'avais laissé à Melbourne. Seulement le soleil est plus ardent, l’air moins élastique. Aussi, pendant les fortes chaleurs, les habitants de Sydney, ceux qui peuvent s’en éloigner, vont-ils chercher un peu de fraîcheur à Melbourne, ou mieux encore en Tasmanie.

Pendant mon second séjour dans la capitale de la Nouvelle-Galles, j'ai logé au club australien. A l'heure du lunch, on y voit des notabilités du haut commerce, des fonctionnaires, des politiciens, enfin des hommes sérieux ou qui passent pour tels. La jeunesse dorée préfère le club de l’Union, mieux adapté aux exigences des temps modernes. Mais dans l’un comme dans l'autre, les arrangements et le matériel de la vie ne laissent rien à désirer. Dans la salle de lecture, on trouve toutes les gazettes australiennes et les éditions des grands journaux anglais abrégées à l’usage des colonies. Mais comme j'ai pu le constater dans toutes ces contrées, on s'intéresse peu aux hommes et aux choses d'Europe. Il y a aussi un club allemand dont les arrangements rappellent le Vaterland.

Depuis quelque temps, on voit presque tous les jours quelques milliers d'hommes parcourir lentement et silencieusement les quartiers les plus fréquentés de la ville. Arrivés à l'entrée d'un des grands jardins publics, ils s'arrêtent près de la statue du prince de Galles. Là, du haut d’une estrade, des tribuns débitent des discours. Ces promeneurs sont des ouvriers sans emploi qui par ces « processions » comptent exciter le public et intimider le gouvernement. Les Zrades Unions, qui jouent un grand rôle dans les colonics. fournissent aux désœuvrés les moyens d’existence. À’: nlus d'une fois interrompu ma promenade du matin pour écouter ces orateurs de earrelour. De soi-disant gentlemen alternaient avec des ouvriers, ct les orateurs en veste et en bonnet de police m'ont paru moins violents de langage et plus convaineus de ce qu'ils disaient que les messieurs en toilette bourgeoise et coiffés de cylindres. Ces derniers répétaient simplement les phrases ressassées des démagogues de profession. C'était une excitation violente, perfide, du pauvre contre le riche: Les orateurs ouvriers racontaient leurs embarras, leurs souffrances, affirmaient leur désir et, en mème temps, l’impossibilité où ils étaient de trouver du travail. Is finissaient presque toujours par une protestation contre l'immigration. Ils ne deman-

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