‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 57 sur 97 · LES DÉSŒUVRÉS · texte numérisé non relu

LES DÉSŒUVRÉS

daïent qu’à travailler, mais à condition que

l'État les défendit contre la concurrence. Les

hommes en habit noir et en chapeau de ville demandaient simplement la spoliation du riche.

Pendant qu'ils occupaient la tribune, les ouvriers de la procession, évidemment peu désireux d'entendre des élucubrations qu'ils savaient par cœur, se dispersaient dans le jardin, fumaient leur pipe en silence, semblaient ennuyés, tristes, mais nullement disposés à des actes de violence. C'étaient les passants qui formaient l'auditoire. J'ai vu dans cette foule, amenée par le hasard, beaucoup de gens bien mis; ils appartenaient probablement au petit commerce ou à la petite industrie, et ils écoutaient les discours avec une attention soutenue. Des cochers de fiacre, malgré les protestations timides de leurs clients, s’arrétaient au passage. Le reste de l'auditoire se composait de gens du peuple. Le venin, s’il est permis de nommer ainsi la calomnie brutalement lancée contre ceux qui possèdent, ne fut pas distillé goutte à goutte, mais versé à flots, évidemment non sans produire de l'effet sur une partie de l’auditoire.

Si le ministère laisse faire, c’est qu'il doit compter avec les partis avancés. Cependant ces scènes qui excitent de plus en plus le public, commencent à l’alarmer, et l’on me dit que,

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sinon les processions, du moins les réunions du

parc, serontinterdites, sous prétexte que le jardin et la statue du prince de Galles pourraient avoir à en souffrir! On n'osera pas donner la véritable raison. On ne trompera personne, mais on dorera la pilule en faisant acte de déférence pour le bon plaisir du roi Mob.

On le voit, tout n’est pas rose dans ces communautés si pleines de jeunesse, de vie, d’espérances et d’aspirations téméraires. Je dois à la vérité d'ajouter que, dans les clubs qui me prodiguent leur hospitalité, et même dans les régions officielles, j'ai rencontré peu de personnes qui, sans s’exagérer le mal, m'’aient caché leurs inquiétudes. Voici en résumé ces confidences : — Les processions, les réunions, les harangues aux coins des rues, continuent et ont pour but d’intimider le gouvernement et de terroriser le public. On veut d’abord obtenir que l’immigration soit arrètée dans la Nouvelle-Galles, comme elle l’est, de fait, dans Victoria. Les hommes du pouvoir ne se rendent pas ou ne veulent pas se rendre compte du danger de la situation et, pour écarter des embarras momentanés, font souvent aux démagogues des concessions dangereuses. Les trades-unions sont une puissance et reçoivent leur mot d'ordre d'Europe et d'Amérique. Les ouvriers, rendus par les hésitations du gou-

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vernement de plus en plus exigeants, ne s’arrètent pas là. Ils demandent aussi, à l'exemple de la Nouvelle-Zélande, les quatre Auit : Huit heures de travail, huit heures pour manger et se distraire, huit heures de sommeil et huit shillings.de gages. Ceux qui arrivent d’Angleterre sont et se montrent dans les premiers temps enchantés de leur sort : ils comparent leur existence nouvelle avec la vie qu’ils ont menée dans le vieux pays, et se félicitent de la prospérité relative qu'ils trouvent aux antipodes. Iei comme dans la Nouvelle-Zélande, les vivres sont à très bon marché et les prix de vêtements dépassent de cinq pour cent seulement ceux de l’Angleterre. D'ailleurs pas d'hiver, par conséquent pas de frais d’habits chauds ni de combustibles. Mais les agitateurs ne tardent pas à s'emparer de ces satisfaits. En peu de mois ils les ont transformés en mécontents.

Toutes ces doléances de mes amis se terminent par le refrain : « Je vois beaucoup de rochers sur notre chemin. » « Z see many rocks in our way.» Cependant, tout en s’effrayant un peu de ce qui se passe, on ne désespère pas des destinées brillantes de la colonie, et les soupirs se terminent ordinairement par une petite fanfare de la trompette australienne ; c’est comme si on vous disait : Ne tremblez pas trop pour ce pays-ci. C’est le premier du monde. On se tirera d'affaire.

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Du 27 novembre au 13 décembre 1883

Brisbane, — Darling-Downs. — Rockhampton. — Townsville. Ile de Thursday. — Aperçu politique.

Queensland a, dans les commencements, fait

partie de la Nouvelle-Galles, en fut séparée en 1859, se débarrassa de ses déportés, attira, par la découverte de mines aurifères sur différents

points de son territoire, la foule des immigrants; mais Queensland était, est et restera probablement un pays essentiellement pastoral,

Un petit steamer qui entretient les communications entre Sydney et Brisbane nous emporte, Lord Rosebery et moi, accompagnés de Sir Patrick Jennings qui veut bien nous servir de guide dans ce voyage.

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