BRISBANE
de charité. À quelques pas de là s'élève la cathédrale encore inachevée, Ici, comme dans les colonies, l'élément catholique est fort en évidence, et partout règne la bonne harmonie entre les différentes communautés religieuses,
Le terrain occupé par l'hôtel du gouverneur descend en pente douce vers la rivière. Dans les jardins qui entourent cette jolie construction, toute en bois, on voit de beaux arbres exotiques.
Le gazon était desséché par le soleil; mais la
nuit dernière des averses torrentielles, les premières qui soient tombées depuis sept mois, l'ont singulièrement rafraichi. On ne peut pas en dire autant de l'air, qui est devenu plus chaud et plus lourd après la pluie. L'intérieur avec ses pièces ouvertes jour et nuit, et fermées seulement par de petits battants qui admettent l'air dans les appartements, sans y laisser pénétrer le regard, m'a rappelé Singapour, Ceylan, Pernambuco et d’autres villes équatoriales. L'activité, l'animation, la prospérité de ses habitants ont imprimé à la capitale de Queensland le caractère de toutes les grandes villes australiennes. Les coteaux des environs sont parsemés de maisonneites et de jardins. C'est toujours la même chose : les murs badigeonnés de gris, les toits en fer couleur de plomb, des jardinets à côté, devant, derrière les maisons, qui sont presque
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toujours flanquées d’un ou de deux pins de l’île de Norfolk ou de quelques acacias australiens,
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quand ce ne sont pas des saules pleureurs. La
sécheresse qui sévit depuis sept mois a répandu des tons gris et jaunes sur ce paysage si mono- né tone, mais qui n’est pas dépourvu d’un certain fol charme. le tel co Darling-Downs, du 1* au 3 décembre. — Ce Darling-Downs, la partie la plus fertile de la "ei colonie, est située sur le versant occidental de dé cette chaine appelée Coastrange qui longe la côte el orientale du continent. Les grands squatters de ‘ Darling-Downs forment l'aristocratie de Queens- us land. Les pâturages où ils élèvent des bestiaux et bl
des moutons, surtout des moutons, couvrent un terrain d'environ soixante-quinze milles en long d et en large. Au delà, vers l’ouest et le nord, di commence l'inconnu. On y pénètre, 1l est vrai, pi de plus en plus, et un certain nombre de colons q hardis, bravant dangers et privations, se sont w établis à plusieurs centaines de milles de la côte. s Mais ce n’en est pas moins encore un monde mys- P térreux. p
Une plaine accidentée sépare la mer du Coastrange, dont les crètes ne sont que les bords d’un te
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haut plateau qui s’abaisse doucement vers l’ouest et le sud-ouest. Les sources des déclivités orientales de la chaîne versent leurs eaux peu abondantes dans le Pacifique, tandis que les ruisseaux nés sur le plateau descendent vers le sud-ouest, forment le Darling et autres fleuves, traversent le continent et, réunis au Murray, se précipitent, non loin d’Adélaïde, dans l’océan Indien.
Nous voilà en route pour cette intéressante contrée. Le bush commence où la ville finit.
Ces forêts sont pour la plupart ce qu'on appelle ici des open forests, c'est-à-dire partiellement défrichées. Tout ce pays-ci n'est guère autre chose. Çà et là de petites fermes, des groupes de maisons appelés villes, le tout noyé dans le bush un peu plus varié de feuillage, un peu moins bleu que celui de la Nouvelle-Galles.
Le terrain s'élève graduellement et le chemin de fer à voie étroite s'enfonce de plus en plus dans la forêt, jusqu’au moment où il arrive au pied de la muraille haute de deux mille pieds qu'il s’agit de gravir. Tàche ardue et risquée, mais que les ingénieurs n’ont pas hésité à résoudre au moyen de très petites courbes.
Pendant l'ascension on jouit d'une de ces vues particulières à l'Australie : sévères, grandioses, changeant avec les anfractuosités de la montagne, et cependant toujours les mêmes. Des
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chaines aux crètes aplanies, toutes boisées d'eu- Ils s calyptus, se succèdent, s’enfuient vers le sud, de t bleu clair, bleu foncé, bleu gris. A vos pieds, Hè à ag Dr :s d'où s’élà 1G hes des gorges profondes d'où s'élèvent les panache: FEU x ns 3 LU \ de l'éternel arbre à gomme. d'au Le train, après avoir escaladé le plateau, à y après avoir côtoyé la ville Toowoomba, la capi- pe E ! £ 9 A 4 2 | (l tale de Darling-Downs, s'arrête à la station Fes | € | d’Oakly. Distance de Brisbane : cent vingt-quatre tout | milles. com f Des chars à bancs, buggies, nous transporteni j Ë HA. rOaRe sons | rapidement à travers la plaine, qui est couverte 1e \ de pâturages, jusqu’à la station de Sir Patrick quil : Fi douz (! Jennings. | Ens 1h " ÿ] il C'est la saison de la tonte des moutons, et l’on en fc fl nous mène tout droit aux hangars où s’accomplit di Li cette opération importante. Je ne m'arrèterai dc { ù | as aux bêtes que l’on dépouille de leur robe. | . l ? | rub:
|! Je n'y entends rien. On dit que ce sont des mé- port f rinos de première qualité. Ce qui m'intéresse L fl plus que les moutons, ce sont les hommes que je huit vois à l’œuvre. Il y à une série d'opérations à es € 4 exécuter, et l’on procède avec un ordre systéma- ds s tique. Des jeunes gens, les uns d’une apparence soda plutôt délicate, ceux-là sont nés dans les colonies, dé . . , L ) d'autres, à la poitrine large, aux épaules carrées ‘ hon
aux bras vigoureux, ce sont des Européens, liqu travaillent avec une rapidité merveilleuse qui
s'explique par la nature de leurs engagements. Ils sont payés à la tâche, c’est-à-dire à raison de tant par vingt moutons. Ordinairement, ils ne mettent que cinq minutes à dépouiller le mouton de sa toison. Celle-ci, passant de suite à d’autres mains, est jetée sur une table, de façon à y tomber étendue, ce qui exige une certaine adresse acquise par la pratique. Ces pauvres animaux, chassés par des poternes, s’enfuient tout confus de se voir privés de leur robe, et comme honteux de montrer leur nudité. Les toisons sont ensuite classées, roulées et déposées sur un casier où elles doivent rester huit à douze heures afin de perdre la chaleur animale. Ensuite, on les serre avec d’autres peaux et on en forme des balles dont chacune est enveloppée d'un morceau de toile forte, cousue et marquée sur place. Deux balles jointes au moyen de rubans de fer forment l’article tel qu’il est exporté à Londres.
Les tondeurs peuvent gagner de quinze à dixhuit shillings par jour. Les hommes occupés aux autres opérations en reçoivent dix. En outre ils sont nourris. Ils ont pour boisson du thé servi très faible et sans sucre. Pendant toute cette période, qui dure de six à huit semaines, les hommes s’abstiennent rigoureusement de toute liqueur alcoolique. Mais, en quittant la station, la
plupart d’entre eux tâchent de réparer le temps perdu. C’est le moment des fortes libations.
Un des ouvriers, un homme robuste, à la chevelure grisonnante, occupé à serrer les peaux, attira mon attention par sa physionomie franchement tudesque. D’emblée je lui adressai la parole en allemand. Ses traits sévères se détendirent, et, répondant à mes questions, il me raconta sa simple biographie. « Je suis né, me dit-il, aux environs de Berlin. Nous gagnons ici beaucoup plus que dans le Vaterland. Mais cela ne fait pas de grande différence, car ici la vie est plus chère, ou plutôt nous vivons plus largement et nous ne nous refusons pas une bonne nourriture. De la viande tous les jours, et encore à profusion. Chacun de nous, pour peu qu'il travaille, est sûr de trouver de quoi vivre; la misère est inconnue. »
Sir Patrick m'a dit que cet homme avait été autrefois à sa solde et qu'il gagnait cent livres sterling par an. Il a quitté sa première condition pour se faire free selector. Sa femme s'occupe de la maison et de leur petit jardin. Elle surveille aussi les quelques moutons qu'ils possèdent. Lui-mèême va travailler de station en station. C’est done un homme prospère. Le service militaire obligatoire en Allemagne, et ses dispositions peu guerrières l'ont déterminé à émigrer,
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comme tant d’autres de ses compatriotes. C’est l’histoire de tous les free selectors et petits fermiers. À moins d'être de mauvais sujets ils arrivent promptement à l’aisance.
Cette station, une des plus considérables de Darling-Downs, s'appelle Westbrook. L'habitation se trouve à quelques milles de là. Le plateau conservele même caractère : les pâturages, fermés de clôtures, alternent avec la forêt, qui est la vlupart du temps à demi défrichée. Les crêtes des montagnes que nous avons traversées restent toujours visibles, mais elles ne semblent plus
que de bas coteaux. C’est à peine si elles s’élè-
vent au-dessus du niveau du plateau.
Westbrook est une maison spacieuse. Une large véranda protège les chambres à coucher. Devant celle qui m'est destinée, on me montre des taches noires, c'est le sang d'un cobra qu'un chat a tué hier. Il y a quelques mois, à mon début dans les pays à serpents, j'aurais passé une nuit blanche. Aujourd'hui pas trace d'émotion. On se fait à tout.
La compagnie se disperse. Lord Rosebery, piloté par Sir Patrick, retourne à Sydney, voie de terre, et-moi je dirige mes pas vers l'Inde.
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Un ami de mon hôte se charge de me faire traverser l’Eldorado des grands squatters.
Drayton est un groupe de maisons en partie abandonnées. On y voit la plus ancienne église (anglicane) de Darling-Downs et, à peu de distance sur la lisière de la forêt, une hutte en bois surmontée d’une croix. C’est l’église catholique. Drayton appartient au passé. La ville bien plus jeune de Toowoomba et l: chemin de fer qui la touche en passant, mais qui évite Drayton, lui suppriment les conditions de la vie. Elle se meurt comme les eutalyptus qu'on tue lentement en pratiquant une incision circulaire au pied du tronc.
Toowoomba a grande apparence. Beaucoup
de ses rues, d’une longueur et d’une largeur démesurées, attendent encore leur bordure de maisons; mais c'est déjà un centre important entouré de villas et de jardins. Le pin de Norfolk semble fort à la mode, et il le mérite. Au reste, sur tout l'emplacement de la ville, on brüle et l'on détruit tout ce qui rappelle le bois. Des Allemands forment le tiers et, en même temps, la partie la plus prospère de la population.
À un mille de distance se trouve une maison isolée appelée Harlexton, coquettement plantée sur le point culminant du Coastrange, à l'endroit même où Île chemin de fer l'escalade, ayant vue
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d’un côté sur la plaine du plateau, et de l’autre sur un chaos de gorges et de promontoires. Un ruisseau qui prend sa source derrière la maison, s'enfuit en formant des cascades, et va joindre le Pacifique. A quelques pas de là, de l’autre côté de la villa, nous apercevons un maigre cours d'eau qui se dirige vers l’est. Le but de son long voyage à travers le continent est l’océan Indien.
Deux gentlemen de Toowoomba viennent diner chez mon hôte, qui, engagé dans le commerce des terrains, a exploré des parties inconnues de la colonie. Il nous raconte les sensations d'un homme près de mourir de soif. En effet, le manque d’eau, cette grande calamité de l'Australie, est le seul obstacle qui s’oppose d’une façon jusqu'ici insurmontable, à la colonisation de l’intérieur”.
Jusqu'à présent, j'ai rencontré peu de Chinois en Australie; mais on m'assure que, malgré les lois draconiennes dont on les a frappés, leur
1. J'ai fait à Sydney la connaissance de M. Robert Watson, homme fort honorablement connu dans la colonie. Il avait été chargé par le gouvernement de Queensland d’explorer une pertie du continent dans le but de tracer une ligne de chemin de fer destinée à relier Brisbane avec le golfe de Carpentaria, Le manque d'eau est une des causes principales pour lesquelles ce projet a. dû être abandonné. Le compte rendu de son expédition. m'a paru très intéressant, Voir Queensland Transcontinental railway, Melbourne, 1883.
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nombre augmente constamment. Tout enfant de l'empire du Milieu, quelque pauvre qu'il soit, est tenu, à son débarquement, de déposer dix livres sterling, qui lui sont reridues à son départ. Cela n’empèche pas l'immigration. Le coolie ne trouve pas de difficulté à emprunter à des compagnies de son pays la somme, considérable pour lui, qui doit lui ouvrir les portes de l’Australie. Une fois arrivé, il est sûr de réussir. Dès qu’il pourra, il acquittera sa dette. Je trouve ici la confirmation de ce que tout le monde dit des 1eprésentants de la race jaune : ce sont les meilleurs jardiniers, les meilleurs cultivateurs, les meilleurs ouvriers en tout genre, les meilleurs cuisiniers, et les gens les plus honnètes et les plus soumis à la loi.
La Duranda, capitaine Hay, de la compagnie dite de British India, attend ses passagers à l'embouchure de la rivière Brisbane. |
Cette entreprise, dirigée par: des hommes de valeur, parmi lesquels M. Macinnon occupe le premier rang, a pris dans les dernières années un très grand développements Les bateaux de la compagnie, partant d'Angleterre et passant par le canal de Suez, transportent au Queens-
L'ÉMIGRATION: 339 land des imalles et des voyageurs, surtout des émigrants. Ils parcourent, sans s'arrêter et sans faire du charbon, des distances énormes, comme par exemple celle d'Aden à Batavia. D'autres bateaux de la même compagnie desservent la ligne de la côte orientale d'Afrique qui, partant de Bombay et touchant à Aden, Zanzibar et autres points du littoral est-africain, se termine à Delagoa-Bay. Un service régulier, très populaire dans l'Inde, a été aussi établi entre Singapore et Calcutta.
La Duranda, comme tous les bâtiments de cette compagnie, est un bon bateau, destiné à transporter des émigrants et des marchandises et construit en conséquence. La place réservée aux passagers non émigrants est assez réduite. Il en résulte qu'on évite de prendre ces steamers pour se rendre en Australie. Ils sont au contraire recommandables pour le voyage de retour, parce qu'on y trouve peu d'émigrants et fort peu d’autres passagers. Mais ce qu’on redoute, ce sont les épidémies, surtout la petite vérole, qui constituent un danger latent mais permanent à bord des grands steamers chargés d’émigrants.
Désirant voir la côte du nord-est de Queensland, le détroit de Torres et l'archipel de l'Inde néerlandaise, je me suis décidé, en dépit des
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