THURSDAY
son du magistrat. Il a fait arracher les minces broussailles et les arbres qui entouraiént son habitation, devant laquelle flotte le pavillon de Queensland. Tout près on voit le palais de justice, le Court-house, une hutte en bois avec le siège du juge, le box des jurés et le banc des accusés. Heureusement, faute de population, il ne se commet pas de crimes dans cette ile fortunée. Il n’y a que les ouvriers (noirs) en rupture d'engagements qui fournissent des locataires à la prison, autre maisonnette à côté du palais de justice. Ce dernier sert aussi de salle de réunion quand il s’agit de fêter des commandants et des officiers de bâtiments de guerre et autres, et d'église dans les rares occasions où un prédicateur se montre dans ces parages. Une quatrième maison contient les bureaux du magistrat, de la douane et de la poste. Enfin un chalet servant de caserne abrite les cinq soldats de police blanes qui constituent la force armée.
A une portée de fusil du quartier officiel s'étend la ville, c'est-à-dire une douzaine de maisons de pauvre apparence, deux ou trois magasins et deux auberges, celles-ci toujours combles. Aussi les hôteliers font-ils fortune en très peu de temps. Cela s'explique par le nombre de steamers qui touchent ici : d’abord les petits vapeurs coloniaux chargés de la maille, ensuite
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les grands paquebots qui vont et viennent entre Sydney et Hongkong, enfin et avant tout ceux de la compagnie de British India.
La population flottante de l'île de Thursday et des îlots qui s'y trouvent annexés est de quinze cents personnes, dont quarante-cinq blancs. Les autres sont des Malais, des insulaires du Pacifique, des Chinois et un très petit nombre de Japonais. Les enfants du Soleil-Levant n'émigrent pas. Il n'y a pas d’aborigènes dans l’île de Thursday et fort peu dans les îlots qui l’environnent, mais les rivages voisins du continent en fourmillent.
La grande et, je pense, la seule industrie qu'on : trouve ici est la pêche aux perles. Les blancs ne s'y adonnent pas. Ce sont des hommes de couleur appartenant aux races que je viens de nommer, qui se livrent à ce dangereux métier. Au reste il y a peu d'accidents. La mer grouille
de requins, mais ils n’attaquent guère le plon-
geur, dont le costume les effraye. Cependant les pêcheurs, les sLellers, n'aiment pas la rencontre de ce formidable monstre marin, qui s'approche d'eux, les regarde de ses petits yeux, les côtoie, les bouscule, les quitte à la fin lentement et coñme à regret, mais sans leur faire aucun mal.
Pour pénétrer dans la résidence du magistrat, il faut traverser une zone de feu : c’est le vide